Le Damier, la Toile Exclusive de Louis Vuitton

Le damier Louis Vuitton n’est pas qu’un simple imprimé — devenu un code la maison détourné de Marc Jacobs à Virgil Abloh, il est d’abord un pare-feu à la contrefaçon.

Le Damier LV Aussi Vieux Que la Tour Eiffel

En 1889, tout Paris s’affaire et bouillonne à l’approche de l’Exposition Universelle qui se tient cette année-là entre le 5 mai et le 31 octobre. C’est que, celle-ci est particulière – pour le centenaire de la Révolution Française, on promet en effet aux visiteurs et aux Parisiens une nouveauté sans pareille : une construction toute en fer, trônant sur un Paris sublimé par l’Art Nouveau.

Et, c’est dans ce contexte que Georges Vuitton, fils de Louis, imagine un imprimé plus complexe encore que la toile rayée : une toile à damier où est inscrite, ou plutôt ancrée la signature “L. Vuitton, marque déposée“. Aussi ancienne que la Tour Eiffel donc, la toile à damier est elle aussi née de cette période de grande créativité.

Mais déjà la France et ses prouesses techniques et esthétiques font l’objet de nombreuses convoitises. Les pièces du malletier Louis Vuitton n’y échappent pas. S’il apparaît aujourd’hui évident que la contrefaçon va de paire avec cette maison, cette relation tumultueuse a en fait début dès la fin du XIXe siècle.

Louis Vuitton et la Contrefaçon

Ainsi, lorsque l’héritier de la griffe, Georges Vuitton imagine la toile à damier, c’est pour tuer dans l’oeuf l’imposteur. Cette toile à motifs différents fut imaginée afin de distinguer la griffe, de la protéger, mais aussi et surtout pour permettre de distinguer les malles Louis Vuitton d’un seul coup d’œil. Plus tard, la maison développera d’ailleurs une serrure incrochetable, qu’une seule et unique clé peut ouvrir.

À la fois solide et souple et totalement imperméable, la toile damier est d’abord tissée – ce n’est qu’avec l’apparition des toiles enduites que le damier devient véritablement un imprimé. Il conserve ainsi en trompe l’oeil l’aspect d’un tissage de nattes permettant l’apparition rythmique de la fameuse inscription qui scelle la marque déposée.

Devenu un code exclusif de Louis Vuitton au même titre que le monogram, le damier illustre la grande force de l’empire : le caractère visionnaire qui habite le fondateur et ces nombreux successeurs.

Pourtant, en 1896, la maison cesse la production de la toile Damier ; ce n’est qu’en 1996, 100 ans après, que le malletier renoue avec sa griffe, grappe à l’arrivée de Marc Jacobs.

De Marc Jacobs à Nicolas Ghesquière, la Second Vie du Damier LV

Dès lors, la toile est réintroduite dans les collections sous le nom de ‘Damier Ébène’ – le succès est aussi immédiat que sensationnel. Nombres de toiles damiers furent depuis imaginées : Damier Azur, Damier Graphite pour le 120ème anniversaire de la toile, le Damier Infini en cuir embossé, ou encore le Damier Aventure…

En 2001, après les attentats du 11 Septembre, Marc Jacobs décide de repeindre la mythique toile à damiers – le coloriste Japonais Takashi Murakami s’en empare donc. C’est un triomphe.

2013, la maison signe une collection hommage à sa toile iconique – c’est avec la collaboration de Daniel Buren pour la scénographie que Marc Jacobs lance sur le podium une myriade de pièces à la géométrie spectaculaire, vivement calquée sur le damier.

Le directeur artistique d’alors pense le damier comme « un motif en mouvement, un rythme, une équation mathématique, une sorte de mouvement et de changement perpétuel. » Depuis, c’est Nicolas Ghesquière qui se trouve aux commandes de la création Louis Vuitton chez les femmes.

Et, pour la saison Printemps/Eté 2017, il réinvente une fois de plus le mythique assemblage damier dans d’une robe plus qu’avant-gardiste. Une preuve, s’il en faut, de l’inépuisable évidence de la toile à damier, depuis devenue le motif iconique des créations du 101 Avenue des Champs-Élysées.