Maria Callas, Divine Icône Couture

Elle fut, peut être, l’une des dernières divas. Au sens propre: Maria Callas fut de celles qui, à la vie comme à la scène, ont incarné la splendeur de la Haute Couture. Avec un naturel déconcertant !

Maria Callas, La Couture En Scène

Maria Callas a su dépasser son statut de cantatrice Grecque pour atteindre celui d’icône internationale. Une icône au destin tragique, peut-être, mais qui a laissé derrière elle la force et la grandeur d’une artiste hors pair.

Une artiste lyrique qui, en plus de sa voix iconique, a largement compris l’intérêt des silhouettes exquises pour transmettre tout le génie dont elle fut dotée.

Le Chef Leonard Bernstein, aux côtés de qui elle se produit dans les années 50, ne se trompe pas lorsqu’il affirme qu’elle est « la plus grande artiste au monde ».

La Naissance De La ‘Divina’

Si les premières photographies de Maria Callas montre une jeune femme timide, il suffit de voir comment la cantatrice a su s’appuyer sur la couture et la mode pour ciseler ses rôles au plus près de leur grandiloquence.

Ainsi, la Callas, comme on l’appelle, n’a pas seulement bouleversé l’art lyrique au travers d’un jeu d’actrice éminemment puissant. Maria Callas a su tirer de son corps, sa posture et ses mouvements une narration plus forte encore !

Utilisant ainsi son corps de manière expressive, elle a su s’appuyer sur le pouvoir transformateur de ses costumes de scène.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il est bon de rappeler que c’est à travers cette double dialectique du corps et du vêtement que Maria Callas a atteint des sommets pour rendre plus crédible son interprétation. Et quelle interprétation! On parle ici de personnages d’opéra, antiques ou chrétiens. Peu étonnant alors que Leonard Bernstein l’ait surnommé ‘la Bible de l’opéra’.

C’est simple, tous les grands rôles d’héroïnes lui semblaient destinés. Sa présence magnétique et sa puissance vocale furent ainsi doublées d’un corps destiné à être recouvert des silhouettes les plus abouties. Des interprétations proches de la transe qui ont largement contribué au mythe de la ‘Divina’.

Les Costumes Emblématiques De La Callas

Maria Callas avait le glamour scellé au corps. Qu’elle se glisse dans des robes aériennes, des fourreaux ravageurs, des fourrures opulentes, des capes volumineuses ou des costumes à la limite de l’extase — tout, absolument tout renversait l’attention du public.

Avec un goût excellent pour le choix de ses costumes, Maria Callas a contribué à faire entrer au panthéon de la couture et de la mode nombre de ses costumes de scène. Des références pour les professionnels, et des souvenirs inaltérables pour les amateurs.

C’est ainsi que les costumiers de ses différents opéras ont aussi contribué au mythe de la Divina. L’apparente simplicité de ses costumes cachait en effet une structure très élaborée — laissant ainsi à la seule de Maria Callas le pouvoir d’exulter beauté et émotion.

Le secret? Des soufflets de tulle chair, dissimulés dans les coutures des corsages, augmentent la capacité élastique des tissus. Laissant ainsi Maria Callas libre de respirer plus facilement.

Elle a pu ainsi insuffler aux oeuvres magistrales de l’opéra une nouvelle interprétation plus vivante encore !

Et au fur et à mesure que sa carrière s’épanouissait, ses silhouettes se précisaient… Ses rôles d’opéra ont donné naissance à un éventail de pièces et de bijoux aussi éblouissants que dramatiques — des icônes du genre !

Parmi ses costumes les plus emblématiques, les robes qu’elle arbore pour La Traviata. Ceux encore de la Tosca.

Ceux de l’Aida de Verdi, Norma de Bellini et Medea de Cherubini…

Ses 63 silhouettes, encore, qui s’emboîtent tel un enchantement tout au long de l’opéra Casta Diva.

Des performances tout bonnement divines doublées de costumes fantastiques… C’est encore en actrice dans le film Médée de Pier Paolo Pasolini que Maria Callas subjugue littéralement ! Des colliers en cuivre doré dessinés par Pier Paolo Pasolini lui-même…

Drapée de perles ou glissé dans une étole de velours rouge foncé… Comment oublier sa performance du le 5 juillet 1965 dans Tosca au Covent Garden de Londres. La Callas respirait la sophistication…

Enfin, dans le rôle de Norma dans « Norma » Vincenzo Bellini, Maria Callas atteint des sommets dans une longue cape en velours rouge, bordée de galons or et d’une frange en chenille rouge…

Et sa maîtrise du glamour ne s’arrêtait pas à la scène.

Maria Callas, La Haute Couture Au Quotidien

Maria Callas, La Magnificence De Tous Les Jours

Maria Callas exaltée la beauté et le glamour dans la vie de tous les jours, aussi. C’est à la Milanaise Elvira Leonardi Bouyeure dite Biki qu’elle confiait la réalisation de ses costumes de scène. Et de ville aussi !

Et lorsque Biki est interrogée sur le style Callas, elle répondait sans détour en 1957; Maria Callas est passé de la « paysanne endimanchée » à la « femme la plus élégante du monde. »

Parmi les autres noms ayant largement contribué au glorieux vestiaire de ‘La Divina’, nuls autres que Christian Dior, Lanvin et Yves Saint-Laurent !

Ils ont chacun apporté leurs visions à ses ensembles sur scène, et l’ont accompagné aux quatre coins du monde, dans sa vie ô combien turbulente.

A Milan, en 1958, comme plus d’une fois d’ailleurs, elle se fait photographier en Christian Dior. Cette fois, c’est dans une robe de bal à l’imprimé floral.

Ainsi, La Callas, en tant que directrice de la prestigieuse Julliard School à New York, de 1971-1972, s’appuyait notamment sur un chemisier et une jupe, teinte noire, signée de l’élégance très moderne de Yves Saint-Laurent.

Devenue aussi un personnage central de la jet-set internationale, on pouvait apercevoir Maria Callas à Capri ou Porto Fino, aux côtés de son grand amour tragique, Aristotele Onassis.

Une pochette Bvlgari incrustée de diamants… Un sac Gucci offert en cadeau par la princesse Grace de Monaco.

Côté joyaux, les goûts de la Callas étaient à la hauteur de ses performances scéniques — tout simplement éblouissants.

Signés Cartier ou Swarovski. Pour sa première apparition en tant que Tosca, ses bijoux de scène ont été conçus par le metteur en scène MET Dino Yiannopoulos, exécutés exclusivement pour Callas par Swarovski.

Sur de nombreuses photos, elle porte une paire de boucles d’oreilles en diamants et rubis signée Van Cleef & Arpels. De même qu’un somptueux collier formé de deux rangs de rubis de taille coussin bordés de diamants… Une superbe broche en forme de feuille, sertie de diamants de taille marquise et de rubis de taille coussin, signée aussi Van Cleef & Arpels

Autant de témoins éternels des années de glamour, d’ostentation et d’opulence — des années où Maria Callas irradie de beauté et de raffinement…

Un glamour que la plus adulée des chanteuses lyriques du XXème siècle a laissé dans la mémoire commune.

L’Heritage De Maria Callas

A regarder nombre de collections, Haute Couture ou prêt-à-porter, on sent tout l’héritage de Maria Callas dans l’inventivité des designers contemporains.

Nombre de silhouettes de Marc Jacobs semblent faire écho à son aura incomparable. Mieux, Pierpaolo Piccioli chez Valentino n’a-t-il pas dédié une collection entière à la Divina? On reconnait son influence dans ces coiffures grandiloquentes et ses silhouettes opératiques au glamour éternel.

C’est aussi, parfois, dans des détails que l’on peut lire toute l’influence de Maria Callas. Un héritage qui semble se lire dans le désormais mythique manteau brodé Dior Kim Jones. Une pluie de strass pour l’Automne/Hiver 2021 qui rappelle certes une pièces des archives de la maison Dior. Mais qui sonne, aussi comme cette longue cape en velours rouge bordé de galons or et d’une frange en chenille rouge portée par Maria Callas pour le rôle de Norma…

Une vie comme une oeuvre d’art et de mode donc.

Le Damier, la Toile Exclusive de Louis Vuitton

Le damier Louis Vuitton n’est pas qu’un simple imprimé — devenu un code la maison détourné de Marc Jacobs à Virgil Abloh, il est d’abord un pare-feu à la contrefaçon.

Le Damier LV Aussi Vieux Que la Tour Eiffel

En 1889, tout Paris s’affaire et bouillonne à l’approche de l’Exposition Universelle qui se tient cette année-là entre le 5 mai et le 31 octobre. C’est que, celle-ci est particulière – pour le centenaire de la Révolution Française, on promet en effet aux visiteurs et aux Parisiens une nouveauté sans pareille : une construction toute en fer, trônant sur un Paris sublimé par l’Art Nouveau.

Et, c’est dans ce contexte que Georges Vuitton, fils de Louis, imagine un imprimé plus complexe encore que la toile rayée : une toile à damier où est inscrite, ou plutôt ancrée la signature “L. Vuitton, marque déposée“. Aussi ancienne que la Tour Eiffel donc, la toile à damier est elle aussi née de cette période de grande créativité.

Mais déjà la France et ses prouesses techniques et esthétiques font l’objet de nombreuses convoitises. Les pièces du malletier Louis Vuitton n’y échappent pas. S’il apparaît aujourd’hui évident que la contrefaçon va de paire avec cette maison, cette relation tumultueuse a en fait début dès la fin du XIXe siècle.

Louis Vuitton et la Contrefaçon

Ainsi, lorsque l’héritier de la griffe, Georges Vuitton imagine la toile à damier, c’est pour tuer dans l’oeuf l’imposteur. Cette toile à motifs différents fut imaginée afin de distinguer la griffe, de la protéger, mais aussi et surtout pour permettre de distinguer les malles Louis Vuitton d’un seul coup d’œil. Plus tard, la maison développera d’ailleurs une serrure incrochetable, qu’une seule et unique clé peut ouvrir.

À la fois solide et souple et totalement imperméable, la toile damier est d’abord tissée – ce n’est qu’avec l’apparition des toiles enduites que le damier devient véritablement un imprimé. Il conserve ainsi en trompe l’oeil l’aspect d’un tissage de nattes permettant l’apparition rythmique de la fameuse inscription qui scelle la marque déposée.

Devenu un code exclusif de Louis Vuitton au même titre que le monogram, le damier illustre la grande force de l’empire : le caractère visionnaire qui habite le fondateur et ces nombreux successeurs.

Pourtant, en 1896, la maison cesse la production de la toile Damier ; ce n’est qu’en 1996, 100 ans après, que le malletier renoue avec sa griffe, grappe à l’arrivée de Marc Jacobs.

De Marc Jacobs à Nicolas Ghesquière, la Second Vie du Damier LV

Dès lors, la toile est réintroduite dans les collections sous le nom de ‘Damier Ébène’ – le succès est aussi immédiat que sensationnel. Nombres de toiles damiers furent depuis imaginées : Damier Azur, Damier Graphite pour le 120ème anniversaire de la toile, le Damier Infini en cuir embossé, ou encore le Damier Aventure…

En 2001, après les attentats du 11 Septembre, Marc Jacobs décide de repeindre la mythique toile à damiers – le coloriste Japonais Takashi Murakami s’en empare donc. C’est un triomphe.

2013, la maison signe une collection hommage à sa toile iconique – c’est avec la collaboration de Daniel Buren pour la scénographie que Marc Jacobs lance sur le podium une myriade de pièces à la géométrie spectaculaire, vivement calquée sur le damier.

Le directeur artistique d’alors pense le damier comme « un motif en mouvement, un rythme, une équation mathématique, une sorte de mouvement et de changement perpétuel. » Depuis, c’est Nicolas Ghesquière qui se trouve aux commandes de la création Louis Vuitton chez les femmes.

Et, pour la saison Printemps/Eté 2017, il réinvente une fois de plus le mythique assemblage damier dans d’une robe plus qu’avant-gardiste. Une preuve, s’il en faut, de l’inépuisable évidence de la toile à damier, depuis devenue le motif iconique des créations du 101 Avenue des Champs-Élysées.

Col Pierrot et Crochet, Marc Jacobs entre Glamour et Grunge pour le Printemps/Eté 2019

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« Je me moque sincèrement de savoir si c’est nouveau ou vieux ou casual ou habillé ou autre. Je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui habillent les femmes pour aller au Starbucks. Ce n’est pas intéressant pour moi. Si vous vous habillez, allez-y franco. Si vous ne comptez pas vous habiller, portez votre survêt pour aller au Starbucks. » Marc Jacobs se confiait à WWD avant la présentation d’une collection composée comme un hommage à l’histoire même de la mode. Volumes théâtraux, sophistication et riches matières, la femme Marc Jacobs du Printemps/Eté 2019 semble n’avoir que faire du commun. 

 

Ainsi glissée dans une toilette à la beauté étincelante, la femme Marc Jacobs prête des références appuyées aux designers qui l’inspirent, aujourd’hui encore. Yves Saint Laurent, Roberto Capucci, Coco et le Chanel de Lagerfeld, Stephen Sprouse, Vivienne Westwood… La collection mêle avec adresse les codes d’une mode plus baroque qu’utilitaire à ceux d’un Marc Jacobs au sommet de son art. La silhouette n°10 capture ainsi toute l’essence de cette vision — le col Pierrot, métonymie Jacobienne, mais aussi les matières flottantes et aériennes coupées façon jabot géant épousant le tricot typiquement grunge… 

 

Le défilé Marc Jacobs Printemps/Eté 2019 est une ode à la mise en beauté ; le genre de collection qui délivre du lazywear autour d’une démonstration technique ! Et une fois encore, l’Armory, ancien bâtiment militaire aux dimensions pharaoniques, vibrait au rythme d’un pur exercice du genre. Une mode qui exalte le passé plutôt qu’elle ne le dépoussière. Brillant ! 

La Veste Flamboyante Marc Jacobs de l’Automne/Hiver 2018

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Le style Marc Jacobs aime à combiner couture et streetwear, l’exercice de style et la portabilité au quotidien. Et alors que l’on dit sa maison en proie à quelques écueils, voici que le new-yorkais livre une collection prônant la mode dans sa forme la plus théâtrale. De fait, la plus radicale. En s’inspirant des grands noms de la couture des années 1980 — Yves Saint Laurent, Thierry Mugler et Claude Montana en tête — la maison a fait défiler la semaine passée à New York une myriade de silhouettes mystérieuses aux lignes très assumées. Comme un clin d’œil de connaisseur au passé flamboyant du vêtement, Marc Jacobs signe ici une collection déjà historique en ce qu’elle démontre une nouvelle fois tout le talent du designer. 

Marc Jacobs a toujours été à l’opposé des mouvements du secteur et, aujourd’hui, le voici qui accentue le caractère opulent de sa griffe à coup de « matières riches et magnifiques ». On retrouve le cachemire ou la faille, le cuir ou la fourrure. L’Automne/Hiver 2018 sera ainsi une saison faite de mystère. Chez Marc Jacobs, on centre le propos sur la silhouette — les lignes sont graphiques et souples mais toujours piquées de streetwear. Il ne faut pas oublier tout l’attachement de Marc Jacobs pour le cool et la Pop. Bleu nuit, vert pomme, bleu cyan, rose fuchsia, et violet… Il signe là une collection dans des couleurs percutantes, et des volumes déstructurés. 

Dans sa note d’intention, le designer parle « d’ornements énormes, des gestes, de larges traits et des silhouettes exprimées dans des tissus riches et magnifiques … » Et la veste flamboyante coche tous les codes : lignes coutures empruntées aux grands maîtres, jaune captivant et silhouette 80’s avec son pantalon ample — elle est l’une des pièces à retenir de cette collection. Une collection radicale au glamour proche d’une couture prêt à être portée. Enfin, la saison prochaine. 

P/E 2018 : Marc Jacobs et son Iconique Pardessus XXL

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A 54 ans Marc Jacobs entre dans sa 25e année d’activité modesque, et, ce n’est pas pour rien qu’il célèbre l’évènement à travers une collection medley. Pour le Printemps/Eté 2018, le designer propose une rêverie, une envolée loin de New-York et sa région. Quelque Part, ou Somewhere, c’est ainsi qu’il baptise cette collection annoncée comme « une réimagination des saisons passées. » Mais il ne faut guère s’y méprendre : Marc Jacobs signe là une pléthore de silhouettes fantasmées, comme extraites d’un été passé dans un monde rêvé situé dans des tropiques paradisiaques. Dans ce contexte mirifique, les archives, ou plutôt les codes de Marc Jacobs épousent donc la légèreté, les imprimés et finalement l’audace des antipodes. Et d’antipodes, il en a toujours été question dans la création de l’Américain.

La collection Printemps/Eté 2018 de Marc Jacobs ne se contente pas de citer ses icônes ; plutôt de les distordre, les exagérées au prisme d’un exotisme décadent. Dans l’enceinte gargantuesque du Park Avenue Armory, ses mannequins avancent pourtant dans le silence le plus total. Aucune musique n’habille leurs pas, et dans cette atmosphère quasi religieuse, les regards se centrent sur l’essentiel : le vêtement. Justement, lorsque le glamour des sequins épouse admirablement l’adoration et les pièces streetwear du designer, il n’y a plus aucun doute : Marc Jacobs renoue avec ses premiers hautfaits. Le défilé trouve son point d’orgue dans ce pardessus XXL à carreaux savamment rattaché et ajusté par un système de cordes. Le turban orange, porté ici par Gigi Hadid, est un clin d’oeil au fameux turban argenté porté par Kate Moss lors du Bal du Met  – une édition co-organisée par le duo en 2009.

En total contraste avec la mise en scène, le défilé est une explosion de couleurs et de coupes ; oversized exagéré, estampes florales hallucinantes, couleurs vives, nombre de références se dessinent ici. On reconnaît les filles du Studio 54 introduites pour la collection Printemps 2012, les filles Jamiroquai de l’Automne 2012, les anges hivernaux de l’Automne 2014 ! Tant d’élément iconiques du vestiaire Marc Jacobs retravaillés dans une exagération de circonstance.

Marc Jacobs et son Iconique Pardessus XXL

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À 54 ans Marc Jacobs entre dans sa 25e année d’activité modesque, et, ce n’est pas pour rien qu’il célèbre l’évènement à travers une collection medley. Pour le Printemps/Été 2018 , le designer propose une rêverie, une envolée loin de New York et sa région. Quelque Part, ou Somewhere, c’est ainsi qu’il baptise cette collection annoncée comme « une ré-imagination des saisons passées. » Mais il ne faut guère s’y méprendre : Marc Jacobs signe là une pléthore de silhouettes fantasmées, comme extraite d’un été passé dans un monde rêvé situé dans des tropiques paradisiaques. Dans ce contexte mirifique, les archives, ou plutôt les codes de Marc Jacobs épousent donc la légèreté, les imprimés et finalement , l’audace des antipodes. Et d’antipodes, il en a toujours été question dans la création de l’Américain.

La collection Printemps/Été 2018 de Marc Jacobs ne se contente pas de citer ses icônes ; plutôt de les distordre, les exagérer au prisme d’un exotisme décadent. Dans l’enceinte gargantuesque du Park Avenue Armory, ses mannequins avancent pourtant dans le silence le plus total. Aucune musique n’habille leurs pas, et dans cette atmosphère quasi religieuse, les regards se centrent sur l’essentiel : le vêtement. Justement, lorsque le glamour des sequins épouse admirablement l’adoration et les pièces streetwear du designer, il n’y a plus aucun doute : Marc Jacobs renoue avec ses premiers hauts faits. Le défilé trouve son point d’orgue dans ce pardessus XXL à carreaux savamment rattaché et ajusté par un système de cordes. Le turban orange, porté ici par Gigi Hadid, est un clin d’oeil au fameux turban argenté porté par Kate Moss lors du Bal du Met – une édition co-organisée par le duo  en 2009.

En total contraste avec la mise en scène, le défilé est une explosion de couleurs et de coupes oversized exagérées, estampes florales hallucinantes, couleurs vives, nombre de références se dessinent ici. On reconnaît les filles du Studio 54 introduites pour la collection Printemps 2012, les filles Jamiroquai de l’Automne 2012, les anges hivernaux de l’Automne 2014 ! Tant d’éléments iconiques du vestiaire Marc Jacobs retravaillés dans une exagération de circonstance.

Les Défilés Louis Vuitton et leurs Scénographies Emblématiques

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Si Louis Vuitton est considéré comme sa majesté malletier depuis le XIXe siècle, il faut attendre le 21 siècle pour voir toute la magie et le savoir-faire de la griffe s’imprégner sur des pièces de prêt-à-porter. C’est en effet l’arrivée de l’américain Marc Jacobs en 1997 qui initie et compose le premier vestiaire féminin de la maison – il a alors carte blanche pour définir l’image de la femme Vuitton. Vogue capte très vite l’essence qu’il donne à sa première collection aux tons neutres, minimaliste à souhait, où les brindilles n’arborent aucun sac ; Marc Jacobs esquisse ici un style « avec le désir de mettre en avant une jeunesse décontractée, mais chic, et libérée des codes en vigueur. » Mais les débuts sont timides et les défilés aussi. La formule est classique, le podium sans grand caractère. Il faut attendre le défilé Printemps/Eté 2008 pour qu’éclate au grand jour toute la créativité du designer… Les Daft Punk à la composition de la bande son, et des modèles habillées en infirmière imposent définitivement le nom Louis Vuitton dans le prêt-à-porter.  Marc Jacobs est lui-même métamorphosé : plus sûr de lui, il introduit une nouvelle féminité dans ce qui commence à être un défilé mise en scène.

Dès 2011, la cour carrée du Louvre devient le terrain d’expérimentation des fantaisies de Marc Jacobs. Sous couvert de l’héritage fantastique du malletier, voilà que le designer signe une ribambelle de défilés spectacle aux allures de superproduction – ambiance cabaret et « tigres » sur le podium en 2011… Les suivants se déroulent dans un décor à l’atmosphère décadente, très années folles tout emprunt de référence Asiatique. Et les silhouettes se montrent sous un nouveau jour. « Pour moi, un défilé sert surtout à donner une certaine aura, un certain prestige à la marque… » affirme-t-il. « Un peu funk, un peu trash, un peu chic » des mots mêmes du directeur artistique, les défilés Louis Vuitton deviennent des évènements immanquables – il faut dire que tout y est suggestif et suggéré ; difficile de cerner là où Marc Jacobs veut emporter son public. Une chose est certaine, il y a beaucoup de mystère dans ces mises en scènes spectaculaires. Louis Vuitton devient une machine à rêves. Pour l’hiver 2011, le designer métamorphose la cour carrée du Musée du Louvre en hall d’hôtel d’un autre temps, où des ascenseurs à claire-voie délivrent nombres de personnages. Clou du spectacle : une Kate Moss en espionne fumant sur le catwalk.

            En 2013, le défilé Printemps/Eté donne l’occasion de s’associer avec Daniel Buren pour réinventer l’iconique motif damier. Mais s’il faut retenir un seul de tous les défilés Marc Jacobs pour Louis Vuitton, c’est bel et bien celui de l’Automne/ Hiver 2012 qui reste dans les annales. On parle de huit millions de dollars de budget – la raison ? Une gare d’antan reconstituée dans la cour carrée du Louvre, une horloge antique signée Louis Vuitton, une grille coulisse et soudain, dans un halo de fumée, c’est une véritable locomotive bleu style 1900 qui siffle et annonce son entrée en gare. Le train « a été fabriqué rien que pour nous » confie alors Marc Jacobs, « nous avons commencé à travailler sur son design il y a cinq mois ».  Depuis son arrivée à la tête de la création, Nicolas Ghesquière renoue, lui, littéralement avec l’idée de voyage puisque c’est aux quatre coins du monde qu’il emporte son public. Rio de Janeiro, la place du Palais de Monaco, Palm Springs, Niterói, et plus récemment Kyoto

Les Icônes Féminines de la Maison Vuitton

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Si le patrimoine Louis Vuitton est indéniablement gravé dans la qualité de ses pièces malletières, il l’est tout autant incarné dans les traits de plus d’une icônes féminines. La première d’entre elles est l’Impératrice Eugénie. En 1854, l’épouse de Louis Napoléon Bonaparte charge en effet Louis Vuitton de confectionner ses bagages personnels…  Un siècle plus tard, la réputation du malletier est intacte et, les nouvelles figures de l’aristocratie ne tardent à se lier à la maison. En fait, posséder une malle Louis Vuitton devient même le signe d’appartenance à cette catégorie sociale. Ainsi, les malles réalisées pour des stars comme Greta Garbo, Katherine Hepburn, Elizabeth Taylor, Lauren Bacall, ou encore pour la cantatrice Mary Garden, sont autant de pièces rappelant l’attachement de la manufacture aux icônes féminines.

Ainsi, lorsque Louis Vuitton devient le fer de lance du géant LVMH à l’aube des années 90, c’est vers le prêt-à-porter féminin que le étant décide de se tourner dans un premier temps. Un prêt-à-porter alors initier par l’Américain Marc Jacobs. Et dès son arrivée en 1997, le designer ne tarde pas à imprégner la maison de l’aura de ses muses toutes choisies. Parmi elles, on compte évidemment celles qui ont initié l’expression même de top model : Naomi Campbell et Kate Moss. De celle-ci, Marc Jacobs dit d’ailleurs qu’elle est « la muse d’une génération. Elle définit un temps, un sentiment qui fait aujourd’hui partie de l’histoire. » Et l’histoire justement, Kate Moss l’a marqué lors d’un défilé spectaculaire réalisé pour l’Automne/Hiver 2011 – la brindille clôt alors le show fardée en espionne, une cigarette des plus altière à la main.

            Mais les muses de Jacobs ne sont pas toutes liées à la mode ; les actrices aussi prêtent volontiers leur charisme au malletier devenu couturier, comme à l’époque. Uma Thurman, Scarlett Johansson et Angelina Jolie comptent parmi les fidèles et les visages des campagnes Louis Vuitton. Et c’est la série de 2008 réalisée par Annie Leibovitz qui capture toute les icônes féminines de la maison. Laetitia Casta, Catherine Deneuve, Madonna, et Sofia Coppola… « J’ai rencontré Sofia Coppola en 1992. Sofia a été l’une des rares à reconnaître quelque chose de spécial et se lier à ce que je faisais à ce moment-là. Elle voulait me rencontrer, et quand nous l’avons fait, ce fut un coup de foudre pour moi! » confie Marc Jacobs. En 2009, l’amitié entre les deux va, par hasard, se concrétiser dans un sac éponyme. Lors d’une visite dans les ateliers historiques de Louis Vuitton à Asnières, et alors que Sofia Coppola a l’intention de passer une commande spéciale, elle n’imagine pas inspirer au directeur artistique un modèle très personnel. Le sac SC est ainsi né comme la rencontre impromptue entre une réalisatrice et une silhouette de sac plus qu’iconique – le résultat : un modèle phare de la maison composé en cuir de veau cachemire subtilement grainé.

Avec l’arrivée de Nicolas Ghesquière, la maison se comprend désormais comme une griffe ultra-contemporaine dotée d’un fort patrimoine… Et les icônes féminines s’en trouvent quelque peu changées : « La femme que j’ai imaginée s’est assouplie […] Il n’y a pas une femme, il y en a cent, il y en a mille. D’ailleurs, les campagnes LV mettent en scène des femmes très différentes les unes des autres. Mais c’est vrai que, à mes yeux, elle aura toujours un peu de Charlotte Gainsbourg, un peu de Jennifer Connelly et aussi un peu de Delphine Arnault. » Les femmes-icônes de Louis Vuitton sont alors des femmes fortes, multi-facettes et carrément rebelles. Des exemples? « Dominique Gonzalez-Foerster, mon héroïne de science-fiction » déclare l’actuel directeur artistique ; et l’on peut ajouter Doona Bae, Hélène Fillières, Brit Marling ou encore Rinko Kikuchi… Le fil rouge de ces femmes entendues comme des héroïnes, le sphinx Catherine Deneuve, fidèle parmi les fidèles des femmes exemplaires.

Le Damier, la Toile Exclusive de Louis Vuitton

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En 1889, tout Paris s’affaire et bouillonne à l’approche de l’Exposition Universelle qui se tient cette année-là entre le 5 mai et le 31 octobre. C’est que, celle-ci est particulière – pour le centenaire de la Révolution Française, on promet en effet aux Parisiens et aux visiteurs une nouveauté sans pareille : une construction toute de fer trônant sur un Paris sublimé par l’Art Nouveau. Et, c’est dans ce contexte que Georges Vuitton, fils de Louis, imagine un imprimé plus complexe encore que la toile rayée : une toile à damier où est inscrite, ou plutôt ancrée la signature “L. Vuitton, marque déposée“. Aussi ancienne que la Tour Eiffel, la toile à damier est elle aussi née de cette période de grande créativité.

Il faut dire que déjà la France et ses prouesses techniques et esthétiques font l’objet de nombres de convoitises. Prenons les pièces du malletier Louis Vuitton – s’il nous apparaît aujourd’hui évident que la contrefaçon va de paire avec cette maison, cette relation tumultueuse a en fait début dès la fin du XIXe siècle. Ainsi, lorsque l’héritier de la griffe imagine la toile à damier, c’est pour tuer dans l’oeuf l’imposteur : cette toile à motifs différents fut donc imaginée afin de distinguer la griffe, de la protéger, mais aussi et surtout pour permettre de distinguer les malles Louis Vuitton d’un seul coup d’œil. Plus tard, la maison développe d’ailleurs une serrure incrochetable, qu’une seule et unique clé peut ouvrir.

À la fois solide et souple et totalement imperméable, la toile damier est d’abord tissée – ce n’est qu’avec l’apparition des toiles enduites que le damier devient véritablement un imprimé. Il conserve ainsi en trompe l’oeil l’aspect d’un tissage de nattes permettant l’apparition rythmique de la fameuse inscription qui scelle la marque déposée. Devenu un code exclusif de Louis Vuitton au même titre que le monogramme, le damier illustre la grande force de l’empire : le caractère visionnaire qui habite le fondateur et ces nombreux successeurs. Pourtant, en 1896, la maison cesse la production de la toile Damier ; ce n’est qu’en 1996, 100 ans après, que le malletier renoue avec sa griffe avec l’arrivée de Marc Jacobs. Dès lors, la toile est réintroduite dans les collections sous le nom de ‘Damier Ébène’ – le succès est aussi immédiat que sensationnel. Nombres de toiles damiers  furent depuis imaginées : Damier Azur, Damier Graphite pour le 120ème anniversaire de la toile, le Damier Infini en cuir embossé, ou encore le Damier Aventure…

En 2001, après les attentats du 11 Septembre, Marc Jacobs décident de repeindre la mythique toile à damiers – le coloriste Japonais Takashi Murakami la repeint ; c’est un triomphe. 2013, la maison signe ainsi une collection hommage à sa toile iconique – c’est avec la collaboration de Daniel Buren pour la scénographie que Marc Jacobs lance sur le podium une myriade de pièces à la géométrie spectaculaire, vivement calquée sur le damier. Le directeur artistique d’alors pense le damier comme « un motif en mouvement, un rythme, une équation mathématique, une sorte de mouvement et de changement perpétuel. »  Depuis, c’est Nicolas Ghesquière qui se trouve aux commandes de la création Louis Vuitton. Et, pour la saison Printemps/Eté 2017, il réinvente une fois de plus le mythique assemblage damier dans d’une robe plus qu’avant-gardiste. Une preuve, s’il en faut, de l’inépuisable évidence de  la toile à damier depuis devenue le motif iconique des créations du 101 Avenue des Champs-Élysées.

 

Le motif Damier de Louis Vuitton en quelques dates

1888 : Après les tissus Trianon et Rayé Louis Vuitton donne vie à sa dernière création juste avant sa mort : le Damier motif beige et marron. Ce n’est pas seulement un choix esthétique, mais aussi un coup contre la contrefaçon. En effet, dans les carrés beiges, il fait imprimer la phrase “L. Vuitton marque déposée”. Simultanément au motif beige et marron, Vuitton expérimente aussi motif plus rare : le Damier rouge (points rouges foncés sur fond marron foncé) et un en gris-noir.

1889 : Le motif Damier devient une icône pendant L’Exposition universelle de Paris.

1996 : Presque cent ans après la naissance du motif Damier, il est à nouveau présentée sur le sacs et les malles comme Damier Ebène.

19982002 : L’édition limitée Damier Motif Vernis Cabaret Club est née. Elle sera produite en deux variantes : la noire et l’Amarante.

2006 : Inspiré des couleurs de la Côte d’Azur, LV crée le Damier Azur.

2007 : Le Neverfull, traditionnellement produit avec le LV Monogram, présente pour la première fois les motifs Damiers Azur et Ebène.

2008 : Exactement 120 ans après la naissance du Damier, Louis Vuitton lance le motif Damier Graphite, dédié aux lignes masculines.

2011 : Louis Vuitton lance la première version du motif Damier en cuir avec relief nommé Damier Infini.

2012 : Louis Vuitton crée deux lignes sportives en nylon Damier motif : Damier Challenge et Damier Aventure.

2013 : Marc Jacobs et Daniel Buren font un changement révolutionnaire  en portant les motifs Damiers sur les robes pour la collection Prêt-à-Porter Printemps/été.

2013 : Le Damier devient un must pour les vitrines et les magasins phares de Louis Vuitton.

2014 : Le sac Petite Malle est lancé : une version Damier ne pouvait pas manquer.

2014 : LV lance le Damier Cobalt, une ligne dédiée aux hommes.

2014 : Le palais de la Fondation Louis Vuitton adopte le motif Damier.

2014 : Un nouveau choix révolutionnaire : le motif Damier figure dans une grande variété de couleurs avec Damier Couleurs.

2015 : LV crée une édition limitée du Damier inspirée des oeuvres de l’artiste Christopher Nemeth.

2017 : Le Damier est encore protagoniste dans la collection Prêt-à-Porter Printemps/été.

2017 : Le motif Damier Tahitien est né.

 

Marcs Jacobs et ses Accents Hip Hop pour l’Automne/Hiver 2017-2018

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Il a décrit son défilé comme « un geste de respect pour une génération qui sera pour toujours la base de la youth culture urbaine – la génération hip hop, les outsiders par excellence qui sont venus réorganiser le mainstream. » La collection était elle-même baptisée Respect – sur le podium, des parkas, des joggings, des blousons, des mailles zippées et des mini-robes aux airs vintage habillaient les neo-street-heros. Avec sur leur tête des caps et bonnets surdimensionnés, pour la saison Automne/Hiver 2017-2018 les femmes Marc Jacobs optent pour un retour clair et net aux sources du hip hop.

Dans l’immense hall de l’Armory, l’ancien bâtiment militaire où Marc Jacobs a l’habitude de défiler, seules deux rangées de chaises étaient disposées – pas de musique, pas de chemin : le tout était brut, silencieux, comme si toutes les conditions étaient à nouveau réunies pour donner naissance à une nouvelle subculture. Mais attention, il s’agit là de New York : « Né et élevé à New York, c’est lors de mon passage à la High School of Art and Design que j’ai pu voir et ressentir l’influence du hip-hop sur d’autres genres musicaux, mais aussi sur l’art et la mode. Cette collection est un hommage » ; un hommage à ces cool kids du ghetto qui, avec peu de choses, ont ingénieusement façonné leur propre destinée face à l’indifférence fulminante de la culture blanche dominante.

Parmi les pièces à retenir, il y a évidemment les chapeaux cloches signés Stephen Jones qui rappellent les bucket hats popularisés par les rappeurs dans les années 1980. Mais il y a surtout ce grand manteau à la coupe droite, qui se pare de revers en fourrure. En velours côtelé, il n’est une pièce plus précise quant à l’inspiration première de Marc Jacobs – le tout coupé dans une palette de tons neutres allant du beige au brun foncé, pour un esprit premier degré à la désirabilité certifiée !