Les Peintres A Saint-Tropez

Avant de figurer l’épicentre d’un mode de vie tout fait de volupté, d’audace et de liberté, Saint-Tropez, le village, attira à lui les peintres en quête de lumière et de paysages pittoresques.

Signac, Le Premier Peintre A Saint-Tropez

Paul Signac avait pour habitude de sillonner les côtes Atlantiques et Méditerranéennes à bord de son yacht, baptisé l’Olympia. Ainsi, lorsqu’il mouille au large de Saint-Tropez, un jour de 1892, Paul Signac a déjà en tête le récit fait par Guy de Maupassant, quatre années plus tôt.

Paul Signac, Le Port De St-Tropez,1899

Dans ce livre, Sur L’Eau, Maupassant y dépeint toute la splendeur de ce village caché, peu connu car comme localisé au bout du monde… Il y note: « Saint-Tropez, à l’entrée de l’admirable golfe nommé jadis golfe de Grimaud, est la capitale de ce petit royaume sarrasin dont presque tous les villages, bâtis au sommet de pics qui les mettaient à l’abri des attaques, sont encore pleins de maisons mauresques avec leurs arcades, leurs étroites fenêtres et leurs cours intérieures où ont poussé de hauts palmiers qui dépassent à présent les toits.

Si on pénètre à pied dans les vallons inconnus de cet étrange massif de montagnes, on découvre une contrée invraisemblablement sauvage, sans routes, sans chemins, même sans sentiers, sans hameaux, sans maisons. De temps en temps, après sept ou huit heures de marche, on aperçoit une masure, souvent abandonnée, et parfois habitée par une misérable famille de charbonniers. »

Touché par le même charme foudroyant de Saint-Tropez, Paul Signac va y faire une halte. A l’origine, le peintre débarquait par curiosité, le temps d’un instant. Mais cet instant va durer 20 ans. Signac s’attache en effet à ce petit village de caractère — une impression d’avoir atteint le point tant recherché, au vue de la lumière solaire qui baigne Saint-Tropez.

Paul Signac, l’Orage de St-Tropez 1895

Signac vit ainsi d’abord dans un cabanon avant de faire l’acquisition d’une villa, la Hune, qu’il transforme en ateliers. C’est cette villa qui va devenir l’épicentre Provençal d’une génération de peintres.

Car à l’été 1904, Signac invite ses amis à venir découvrir ce village hors du temps. Parmi eux, Matisse, Pierre Bonnard, Raoul Dufy, Albert Marquet, Manguin et Francis Picabia…

Matisse, Vue De St-Tropez, 1904

Ces peintres à la recherche d’un nouveau langage pictural vont trouver dans les ruelles escarpées, le port, la modeste chapelle, son clocher, les points de vus magistraux qu’offrent le village de Saint-Tropez sur la mer, une manne de formes, de tons et de couleurs idéale !

Du post-impressionnisme au fauvisme, en passant par le pointillisme — Saint-Tropez, dit-on, aurait été l’élément déclencheur de ces nouveaux mouvements picturaux.

Pierre Bonnard, Le Golfe De Saint-Tropez 1937

Ce qui est certain, c’est que des toiles demeurent pour témoigner de la découverte de Saint-Tropez par ces peintres. Deux d’entre d’elles, datées entre 1905 et 1906, présentent la complicité existante entre ces génies du pinceaux… Deux toiles représentant la même femme: l’une de Matisse, l’autre de Manguin. Peintes dans la maison de Manguin à Saint-Tropez, elles témoignent bien d’un esprit fédérateur et amical qui habite alors les peintres à Saint-Tropez.

Complémentaire plutôt que compétitive, cette période passée à Saint-Tropez a comme porté l’art moderne vers le chemin qui en a fait l’un des plus révolutionnaires…

Bernard Buffet, Amour A Saint-Tropez

Ayant ainsi ouvert la voie aux générations à venir, les peintres de ce début de siècle ont concouru à mettre des lignes et des couleurs sur l’imaginaire de la Côte d’Azur. Près d’un demi-siècle plus tard, c’est une autre génération qui lui donnera son aspect festif et décontracté !

Cette génération n’est autre que celle de Boris Vian, Juliette Gréco, Sartre et De Beauvoir. Arrivant tout droit de Saint-Germain-des-Près, ils vont faire déferler le jazz, l’insouciance, le swing et la jeunesse sur Saint-Tropez.

C’est ainsi au coeur du Saint-Tropez-des-Prés que le peintre Bernard Buffet, venu sur les pas de ces grands maîtres à la recherche d’une contradiction picturale, va rencontrer l’amour…

Tout juste séparé de Pierre Bergé, Bernard Buffet en 1958 tombe amoureux sur la mythique la terrasse du bar de La Ponche… Elle s’appelle Annabel Schwob, et c’est une figure de l’âge d’or de Saint-Germain-des-Prés. Amie de Françoise Sagan, de Juliette Gréco et… du photographe Luc Fournol.

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C’est par son entremise qu’Annabel Schwob va rencontrer Bernard Buffet. Quelques mois plus tard, elle devient Annabel Buffet. Dans la plus grande discrétion, typique de ce Saint-Tropez, Bernard Buffet a en effet épousé celle qui partagera sa vie jusqu’à son dernier souffle — à Ramatuelle !

Annabel Buffet notait ainsi en 1981 dans le livre Saint-Tropez d’hier et d’aujourd’hui : « Notre amour est né à Saint-Tropez… Je sais pourquoi j’aime les arbres, les mâts de bateaux… »

De cette période du peintre à Saint-Tropez il reste des oeuvres puissantes et audacieuses — en porte-à-faux des premières visions impressionnistes de Saint-Tropez, elles caractérisent bien le tempérament volcanique que la ville insuffle à ses hôtes.

On le voit, Saint-Tropez est une presqu’île ayant portée en elle l’inspiration de plus d’un artistes. Il n’est alors pas étonnant de lire que la toile la plus chère jamais vendue fut inspirée de Saint-Tropez.

En effet, la toile de David Hockey ‘Portrait of an Artist (Pool with Two Figures)’ adjugée pour 80 millions d’euros chez Christie’s à New York en 2018 fut… Composée à Saint-Tropez.

C’est bien dans la villa de son ami Tony Richardson dans les hauteurs de Saint-Tropez que David Hockney a fait poser son assistant et un ami avant de figer la scène sur un appareil photo Pentax.

En travaillant à partir de la centaine de clichés faite ce jour là, David Hockney n’a pas seulement capturé l’atmosphère de Saint-Tropez. Il a aussi contribué à forgé l’idéal de l’imaginaire collectif contemporain: la Dolce Vita sur la Riviera !

Le Défilé Yves Saint Laurent de 1998

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L’année 1998 est pour la France celle de sa victoire en coupe du monde – mais quelques instants avant le coup d’envoi, c’est surtout les 40 ans de carrière du plus grand couturier du XXe siècle qui se célèbrent sur la pelouse du Stade de France. L’un des premiers défilés-grandiose est signé Yves Saint Laurent. Ce 12 Juillet 1998, l’artiste-couturier fait ainsi défiler 300 modèles comme autant de rappels d’une mode éminemment inspirée – 300 pièces iconiques qui rappellent combien le talent de Saint Laurent émerveille.

La blouse see-through, la robe Mondrian, les sahariennes, le smoking et la chemise jabot – 1 milliard 700 000 téléspectateurs devant leur poste de télévision goûtent à l’un des premiers méga-défilés de l’histoire de la mode. Et le maître de la haute couture a pris soin de regrouper les silhouettes mythiques de ses 174 collections passées. Inspirations Russes, Asiatiques ou Africaines, Yves Saint Laurent est depuis longtemps passé maître dans le dialogue entre les cultures – ici, 300 mannequins défilent arborant les pièces signatures du style Saint Laurent depuis 1958. Parmi elles Katoucha, Laetitia Casta, Carla Bruni, Noémie Lenoir… « Ce sera l’entrée de l’éternel féminin dans le temple de l’homme » prophétise Pierre Bergé à quelques minutes de l’entrée des filles sur le terrain alors changé en podium. Iconique !

 

La Blouse See-Through de Saint Laurent Version Printemps-Eté 2018

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La mode pensée, imaginée et proposée durant tant d’années par le duo Yves Saint Laurent/Pierre Bergé recèle de mille et unes pièces iconiques. Et s’il est une chose qui jamais ne cesse d’inspirer cette grande maison, c’est Paris et la Tour Eiffel. Ainsi pour son second défilé à la tête de la maison Saint Laurent, l’Italien Anthony Vacarello a planté le podium YSL sur la fontaine du Trocadéro – en arrière-plan, la Tour Eiffel sur le point de s’illuminer. « Je veux raconter l’histoire de Saint Laurent, celle de Paris – rien de plus que ça » souligne Vaccarello. Il faut dire que dans la grandeur du cœur de Paris, les silhouettes qui défilaient le 26 septembre dernier rendaient un hommage particulier à cette mode qui rythme depuis longtemps déjà celle de la capitale.

Sans trop forcer, Anthony Vacarello reprend beaucoup du vocable d’Yves Saint Laurent. La collection Printemps/Eté 2018 est ainsi un voyage dans la couture du plus artiste des couturiers. Ce voyage s’ouvre avec les souvenirs hippies de Marrakech découvert en 1966, et se termine dans la tradition de la haute couture des l’ateliers Saint Laurent, portée jusqu’en 2002. Là, c’est la silhouette N°80 qui capte toute l’ampleur de cette tradition… Le mythique couvre-chef pointe fut travaillée la dernière fois lors la collection Automne/Hiver 2001, alors régie par le maître. La veste tuxedo aux revers exagérés démontre ici la volonté d’opulence de notre époque dans des lignes déjà explorées par Yves lui-même… Enfin, l’icône absolue de la maison, la blouse see-through se pense ici en plumetis flottant.

Une sensualité et un chic tout Parisien qui fait dire à Vaccarello : « Cette fille Saint Laurent – elle veut s’amuser. Elle n’est pas déprimée. Elle veut profiter de la vie ! » Justement, l’érotisme et l’hédonisme que distillent cette collection n’est pas sans rappeler l’aura Saint Laurent des années 80. Une décennie où Yves a définitivement ancré son vestiaire glamour mais libérateur dans le paysage international. Au pied de la Tour Eiffel donc, Kate Moss, Lenny Kravitz, Lou Doillon et Courtney Love ont assister à une déclaration extrême et audacieuse du leadership Saint Laurent sur une mode à l’érotisme suggéré plutôt qu’avoué… L’oeuvre de “l’amour fou, l’amour de deux fous” comme l’exprimait le déjà regretté Pierre Bergé.

Le See-through de YSL En quelques dates

1966 : Pour la collection Printemps/été Yves Saint Laurent dévoile partiellement la poitrine de la femme grâce à une robe de chiffon, en bleu marine organdi, dont «See-through» broderie paillettée couvrait la poitrine.

1967 : Un premier scandal: dans le film “Belle de Jour” de Bunuel Catherine Deneuve porte un voile noir Yves Saint Laurent en organdi avec des transparences, qui révèlent tout son corps.

1968 : Le “nude look” est né. Saint Laurent dessine la robe la plus emblématique de cet année la: une robe de chiffon entièrement transparente avec une ceinture en plumes d’autruche nommée le « See-through dress” (ou chemise).

1968 : Yves Saint-Laurent explore le concept du corps féminin au moyen du robe de mariée- bikini dans la collection Printemps/été.

1969 : Pour son triomphe aux Oscars 1969 Barbra Streisand porte un Arnold Scaasi tuxedo-nude look manifestement inspiré au « See-through dress » de Saint Laurent.

1969 : En occasion de la première du film “Slogan” Jean Birkin porte une mini-robe « see-through« . Elle deviendra une des muses d’YSL.

1970s : Après le scandal et un premier refus des magazines Americains et étrangers, le style « See-through » deviant populaire: le « See-through » est immortalisé par Helmut Newton.

1999 : La robe noire See-through évolue: Naomi Campbell présente un See-through bustier blue marine pour Yves Saint Laurent.

2002 : Pour la présentation de la dernière collection d’haute couture de sa glorieuse carrière, aux Centre Pompidou de Paris, Yves Saint Laurent choisit de revisiter sa légendaire robe « See-through”.

2010 : Quarante ans après sa création, Laetitia Casta rend hommage au look « See-through » d’Yves Saint-Laurent en portant sa robe mythique pendant les Césars du Cinéma 2010.

2014 : L’ancienne muse d’Ysl, Danielle Luquet de Saint Germain, met aux enchères sa collection d’haute couture. La légendaire robe « See-through » est vendue à un prix supérieur à 110.000 Euros.

2014 : Hedi Slimane revisits some iconic pieces like Le Smocking and the See through blouse.

2015 : Hedi Slimane revisite le concept de la chemise See-through en présentant la robe « Mono breast dress« .

2016 : Anthony Vaccarello développe le concept de nudité en proposant une nouvelle version de la chemise See-through et du Mono breast dress.

2017 : Anthony Vaccarello propose la robe See-through blouse pour homme (voir l’image 9 de 58).

Le Jardin Majorelle de Marrakech, un Lieu Féérique

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Après celle de l’hôtel La Mamounia, c’est l’histoire d’un autre bijou marocain que nous contons aujourd’hui. En 1919 le peintre français Jacques Majorelle fils du célèbre artiste Louis Majorelle s’installe dans la médina de Marrakech dont il tombe amoureux. Trois ans plus tard il achète une palmeraie au nord-ouest de la médina, et en 1931, y fait construire par Paul Sinoir sa villa d’un style architectural mauresque. Il aménage son habitation principale au premier étage et d’un vaste atelier d’artiste au rez-de-chaussée.Passionné de botanique, il crée son jardin, structuré autour d’un long bassin central, avec diverses ambiances variées, peuplé d’une végétation luxuriante où se nichent des centaines d’oiseaux. Orné de fontaines, bassins, jets d’eau, jarres en céramique, Jacques Majorelle disait : « Le peintre a la modestie de tenir cet enclos de verdures fleuries pour sa plus belle œuvre ». Il en parle comme « des vastes splendeurs dont j’orchestre l’harmonie .Ce jardin est une tâche terrible, à laquelle je me donne tout entier. Il me prendra mes dernières années et je tomberai épuisé, sous ses branches après lui avoir donné tout mon amour ». Au fur et à mesure de ses voyages, l’artiste s’est fait jardinier pour rapporter des quatre coins du monde, des centaines de variétés rares d’arbres et de plantes qui s’épanouissent entre ombre et lumière.

En 1937 le peintre crée un bleu outremer à la fois intense et clair : le bleu Majorelle, dont il recouvre les murs de son atelier, puis tout le jardin pour en faire un tableau vivant qu’il ouvre au public en 1947. À la fin de sa vie, après avoir dû le morceler à plusieurs reprises, Jacques devra vendre ce qui lui en reste. Le jardin, laissé à l’abandon, tombe en décrépitude. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé le découvrent en 1966, au cours de leur premier séjour à Marrakech : « nous fûmes séduits par cette oasis où les couleurs de Matisse se mêlent à celles de la nature ». Un Marrakech où Yves Saint Laurent entrera en collection comme en religion y dessinant parmi ses plus belles collections dont celle de 1976 où il éprouvera le besoin et le désird es’exprimer en couleurs ; Plus tard en 1980, Pierre Bergé et Saint laurent achètent le jardin pour le sauver d’un projet de complexe hôtelier qui prévoyait sa disparition.

Après le décès d’Yves Saint Laurent en 2008, Pierre Bergé décide de faire don du Jardin à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent. Fondation de droit français reconnue d’utilité publique. C’est la première fois que ce label distingue une maison hors du territoire français. L’espace accueille plus de 600 000 visiteurs par an, touristes et citoyens marocains qui aiment à se promener dans cette œuvre d’art vivante.

La Collection Monogram de Saint Laurent

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Depuis son arrivée à la tête de la direction artistique d’Yves Saint Laurent en 2012, Hedi Slimane n’a eu de cesse de révolutionner la griffe. Associant patte androgyne, ADN rock, et audace en accord avec la jeunesse d’aujourd’hui, l’artiste dévoile cette année une nouvelle gamme d’accessoires de voyage Saint Laurent, dans la sobriété et le raffinement qui ont fait tout l’attrait des créations de la maison. En fait, si avant lui la maison d’Yves Saint Laurent n’avait jamais développé sa signature sur toile, c’est pourtant bel et bien en hommage à l’héritage d’Yves qu’Hedi Slimane pense cette collection. Il explore, fouille et déniche dans les archives de la griffe une écriture datant de 1961. C’est celle de l’artiste graphiste Cassandre qui, cette année-là, réalisa l’iconique logo YSL. Pour Pierre Bergé, « Cassandre était le plus grand, le meilleur graphiste de son temps ».

Et aujourd’hui, à travers le prisme contemporain d’Hedi Slimane, le logo Saint Laurent est miniaturisé puis répété à l’infini sur le cuir et la toile. Le résultat ? Trente pièces androgynes, de toutes tailles — briefcases, portefeuilles, pochette d’IPad, sac ou étui. C »est un nouvel imprimé signature tout en subtilité qui vient se décliner sur trois couleurs. Sur du noir, sur du brun clair ou du brun foncé, le monogramme se fait raffiné comme un détail. Renforcée par de délicates bandes de cuir noir et réveillée par le nouveau logo doré de la maison, la bagagerie acquiert déjà la désidérabilité des classiques. Obsédante comme une icône. Cependant, les logos sont densément tissés ensemble ; cela pour éviter d’obtenir quelque chose de trop flashy, quelque chose de trop évident. Car, comme Yves Saint Laurent le disait lui-même : « Nous ne devons jamais confondre élégance avec snobisme ». Et c’est ainsi qu’Hedi Slimane a préféré saupoudrer un peu d’abstraction dans la reprise de monogramme. Une manière de célébrer l’intemporalité et la sophistication de la maison Saint Laurent.

Le Smoking : une Pièce de Mode Constamment Réinventée

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1966. Le pantalon est prohibé, ou très mal vu sur les jambes des femmes ; en cause : son « obscénité ». Deux ans avant Mai 68, alors que les femmes affleurent dans la vie active, Yves Saint Laurent ponctue une carrière au service de la beauté et de l’élégance en leur léguant l’argument du pouvoir. Cette année-là, en effet, le couturier annonce la collection Pop Art ; celle-ci affole et finalement affecte les codes du monde de la mode. Parmi les pièces de ce défilé haute couture automne-hiver 1966-1967, une silhouette scandalise : la n°262 ; les Américains la baptisent « Le Smoking » – premier costume pour femmes jamais dessiné par un homme. YSL, lors de ces adieux à la haute couture en 2002, non sans émotion rappelait : « J’ai toujours voulu me mettre au service des femmes. J’ai voulu les accompagner dans ce grand mouvement de libération que connut le siècle dernier ». Et, c’est par cette pièce, consituée d’un pantalon droit, d’une chemise en organdi blanc à jabot, d’un nœud lavallière, d’une ceinture de satin pour s’achever sur une veste longue à la coupe ajustée, qu’il parvient à renverser son époque. Exit les sempiternelles robes longues insupportables à enfiler : le smoking est la nouvelle tenue de soirée. La première à l’arborer est Catherine Deneuve, en 1967. Les conservateurs s’offusquent ! voyant là la confusion des genres, et, in fine, la perversion de l’espèce ; jugeant sans savoir observer le génie d’Yves Saint Laurent car, la relecture est un modèle du genre. A défaut de rhabiller les femmes d’habits d’hommes, l’artiste déshabille les hommes pour accommoder les femmes.
Et puis, ces femmes parées de smoking ne sont d’ailleurs pas sans évoquer la vogue du « cross-dressing », qui, des colonies britanniques aux cabarets lesbiens de Paris, étaient d’usage durant l’entre-deux-guerres ; garçonnes et homosexuelles arborant complet et porte-cigarettes. Pour Pierre Bergé, la femme Saint Laurent n’est pas une androgyne : « elle emprunte les vêtements de l’homme pour exacerber sa féminité ». Un peu à la Chanel. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on dit qu’elle a libéré les femmes quand Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir. Le pouvoir, c’est bien de cela dont il s’agit. En empruntant, en transcrivant ce vêtement masculin symbole du pouvoir pour le faire porter par les femmes, Yves a, pour lui, « conféré les attributs d’un sexe à l’autre ». Pierre Bergé sonde ainsi l’idée d’une femme en costume d’homme : « la marque même d’une femme d’aujourd’hui. Je pense que, s’il fallait représenter la femme des années 1970 un jour dans le temps, c’est une femme en pantalon qui s’imposerait car le pantalon est devenu une des pièces maîtresses de la garde-robe de la femme moderne. » De 1966 et jusqu’à ce qu’Yves Saint Laurent tire sa révérence, le smoking se fait éternel : à la manière d’un rituel, son passage sur le podium est convoité. Au fil de ses années de création, le couturier explore et use de toutes les possibilités du principe : ne bornant aucun métissage, appelant à toutes hybridations, le smoking se transfigure au contact de jupes, shorts, knikers, robes, ou kimonos. Demeurant une constante à la plume d’YSL, le smoking ne cesse ainsi de suggérer l’extrême sensualité du contraste féminin-masculin ; découvrant sa rigueur virile d’une fente le long de la cuisse, exhibant une épaule ou se nouant simplement sur un soutien-gorge de dentelle… Le smoking devient mythique lorsqu’il se fait l’écrin d’une ultra féminité : en 1989, c’est à même la peau qu’il s’enfile. Aujourd’hui, cette création incarne le summum de l’élégance, léguant grâce et assurance.
Mais si c’est pour la haute couture qu’il l’imagine en 1966, c’est dans la ligne prêt-à-porter Rive Gauche que l’icône fait un carton. Cette rupture entre la scène et la rue, entre le faste et le circonspect, Yves Saint Laurent a engagé sa création à la tordre. Empoignant cette distinction, il a fait de sa création un manifeste. Marguerite Duras perçoit « des femmes de Saint Laurent sorties des harems, des châteaux et même des banlieues ; elles courent les rues, les métros, les Prisunic, la Bourse ». À travers ce vêtement, il fait que la femme se sent continuellement à la mode, car, c’est un vêtement de style, non un vêtement de mode. « Les modes passent, le style demeure ».
 
 
 
 

Le Smoking Tuxedo de YSL en Quelques Dates

 

1966 Yves Saint Laurent lance Le smoking tuxedo dans le cadre de la collection POP Art avec l’actrice Catherine Deneuve comme modèle. Une typique veste – tenue de soirée pour homme est accompagnée d’un pantalon pattes d’éléphant.

1974 L’actrice anglaise, modèle et chanteuse Charlotte Rampling est protagoniste de la nouvelle campagne pour Le smoking.

1975  Helmut Newton rend immortel le Tuxedo à travers ses photographies de Vibeke Knudsen dans la Rue Aubriot qui apparaissent dans l’édition française de Vogue.

1971 Bianca Jagger porte le Smoking d’YSL pendant son mariage avec Mick Jagger.

1986 Catherine Deneuve est encore protagoniste d’une campagne pour Le smoking sur Vogue.

1991 La mannequin Yasmeen Ghauri porte Le smoking avec un chapeau très chic et une veste noire plus courte et informelle pour la collection Printemps/été couture.

1993 Kate Moss pose pour la campagne publicitaire Yves Saint Laurent Printemps signée par Helmut Newton.

1997 YSL présente une version vintage du Smoking et Le smoking Barathea tuxedo pour la collection Printemps/été couture.

1999 Phillipe Cometti modernise l’image du classique Smoking avec Stella Tennant comme mannequin pour la collection Automne/Hiver.

2001 Yves Saint Laurent remplace la traditionnelle veste avec de la fourrure et des chemises modernes pour la collection Automne/Hiver couture.

2001 YSL change tout avec des vestes plus grises avec des gants pour la collection Printemps/été.

2002 YSL dessine une nouvelle version du Smoking avec une robe dans son dernière défilé. Il dit au revoir au monde de la mode avec ses mannequins qui portent Le smoking pour la collection couture.

2008 Kate Moss pose pour une campagne YSL avec le tuxedo signée par Inez Van Lamsweerde et Vinoodh Matadin.

2009 L’actrice française Melanie Laurent brille au festival de Cannes en portant un Smoking blanc.

2012 Jessica Chastain pose pour la nouvelle campagne du parfum Manifesto en portant Le Smoking photographiée par Max Vadukul.

2013 Cara Delevigne porte Le smoking pour la campagne YSL Baby Doll Mascara.

2013 Anne Hathaway, Kate Moss, Scarlett Johansson et Amber Valletta sont séduites par le nouveau style de Hedi Slimane: chacune d’entre elles choisit son unique type de Smoking.

2013 : YSL habille la bande de Daft Punk en Smoking.

2014 Hedi Slimane présente Abbey Lee Kershaw avec une version plus moderne du Smoking.

2014 Jennifer Connelly en smoking Saint Laurent par Hedi Slimane au DuJour Magazine Performance party à New York.

2014 L’actrice Angelina Jolie est photographiée portant le smoking aux BAFTA. Un mois plus tard ce sera le tour de Emma Watson.

2015 Julianne Moore étonne avec son Smoking et un See-Through blouse aux Canadian Screen awards.

2016 – 2016 : YSL présente une nouvelle version de Le Smoking Tuxedo.

2016 Jane Birkin est le nouveau visage de la campagne pour le Smoking Yves Saint Laurent.

2017 : Anthony Vaccarello propose une nouvelle version du Tuxedo pour sa collection Automne/Hiver.

La Blouse Saint Laurent

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Cette adéquation entre l’usage et la forme leur confère une évidence, une noblesse à l’épreuve du temps. La blouse, comme le caban de marin, le tricot, le manteau d’officier, le trench-coat écrivirent un nouveau chapitre d’un livre commencé par Chanel dans les années 1910-1920, celui d’une allure intemporelle. Ils illustrent parfaitement l’aphorisme du couturier : « Mon rêve est de donner aux femmes les bases d’une garde-robe classique, qui échappant à la mode de l’instant, leur permettre une plus grande confiance en elles-mêmes », « Les modes passent, le style demeure ». Avec cette révolution du nouveau genre masculin-féminin, le couturier habille le quotidien de ses contemporaines, celles qui peuvent s’offrir la griffe fameuse mais aussi celles de la rue.
 
Le premier modèle de blouse retenu par l’histoire serait la blouse dite « normande » de satin gris perle de la collection automne-hiver 1962, inspiré de la chemise de paysan – on la nomme également, de ce fait, « blouse paysanne ». Elle est décrite par le New York Times du 12 août 1962 comme une chemise de paysan traduite en une tunique de flanelle étirée jusqu’aux hanches dans un effet de silhouette tubulaire. Elle flatte toutes les silhouettes, qu’elle amincit ; et libère le buste, la taille et la poitrine. Cependant, la collection précédente comporte déjà des blouses shatung ornées de franges découpées portées avec des tailleurs-jupes. La blouse, ou plutôt le style blousant, accompagne toute l’oeuvre du couturier et prend des formes variées : robe-chemisier  qui apparaît dès l’hiver 1963 en version soir, robe « chemise longuette » de l’hiver 1970, robe-chemise de paysan de l’été 1971, manteau « blouse de peintre » de l’hiver 1974, blouses traitées en robes. Il y a aussi les « Naïves chemises », désignées ainsi par la presse américaine comme le grand succès de la collection de haute couture de l’hiver 1974. La robe longue « chemisier » à noeud lavallière en mousseline fait partie des classiques aux effets vaporeux pour le soir. Si Yves Saint Laurent démocratisa la blouse, il ne fut pourtant pas le premier à la proposer aux femmes… Soixante-ans plus tôt, un autre couturier de génie, Paul Poiret, photographiait sa femme, Denise, endossant une blouse dite « paysanne » inspirée de la blouse slovaque. L’allure est plus décontractée, moins sophistiquée, mais le principe est le même.
 
Le succès de la blouse Saint Laurent est en partie dû au scandale d’un modèle transparent porté seins nus. Ce modèle de cigaline totalement transparent de la collection été 1968, accompagné d’un smoking-bermuda d’alpaga noir, fit scandale aux Etats-Unis. Les Américains la surnomment la see through blouse (« la blouse aux seins nus »). Yves Saint Laurent provoque, Yves Saint Laurent passionne. Il tient, avec quelques grammes de tissu, un pari audacieux : celui de dévoiler, de sublimer l’attribut féminin sans tomber dans le cliché, dans la vulgarité. Le léger tissu caresse la poitrine avec sensualité. Les jeux d’ombres et de transparences dévoilent la courbe d’un sein. Ce jeu coquin de la cigaline à l’opacité changeante amène l’érotisme à son comble. Pourtant, la coupe est sobre : col ras le cou et manches longues et bouffantes. Selon le principe de progression cher au couturier, une première recherche de transparence osée avait été tentée dès l’été 1966 avec une robe dite see-throught chiffon, en organdi marine, dont la broderie de paillettes dissimulait la poitrine. Plus tard, on verra la robe longue de mousseline et plumes d’autruche de l’hiver 1968 qui révélait entièrement le corps, simplement habillé en transparence d’une ceinture-bijou en forme de serpent doré. Laetitia Casta, muse du créateur dans sa jeunesse, fit sensation lors de la remise des Césars en 2010, en revêtant un modèle similaire à la griffe. Ainsi, sous le crayon d’Yves Saint Laurent, la blouse réussit avec brio sa conversion du vestiaire paysan à celui des femmes du monde. Pièce incontournable du vestiaire Saint Laurent, elle s’accommode à merveille avec le smoking, formant un duo de chic et de charme.

L’Antre du Smoking, de la Saharienne, de la Blouse Transparente, Se Visite

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C’est dans un hôtel particulier, style Second Empire, du XVIe arrondissement, que le mythe d’un des couturiers français les plus audacieux a commencé. D’un oeil averti, Yves Saint Laurent avait cette capacité ô combien convoitée – il pouvait sentir, bien avant les autres, la mode de demain. Confiant la gestion de ses talents à Pierre Bergé, son compagnon de toujours, l’homme se donne pour tâche de révolutionner la mode pour bouleverser les moeurs de toute une époque. La rue l’intéressait bien plus que les salons. Ses choix artistiques font de lui l’un des seuls artiste-couturier ; de cette alchimie sont nés le smoking pour femmes, la saharienne, la collection “pop-art“, le caban, la robe Mondrian et ce qui restera longtemps oublié comme venant de lui : les seins coniques, bien avant que Jean-Paul Gauthier ne se les approprie. De son studio, Yves Saint Laurent a réifié les mouvements d’émancipation féminine qui secouaient alors la France, donnant une longueur d’avance aux femmes qui, au moins sur le plan vestimentaire, se trouvaient, à l’orée des sixties, placées au même niveau que les hommes.

Il a marqué de son empreinte le XXe siècle, et aujourd’hui, l’antre de son génie respire sa trace : l’exposition Entre couture et culture est l’occasion de pénétrer dans l’envers de la création d’Yves Saint Laurent. Comme si rien, finalement, ne pouvait entraver l’immortalité de l’oeuvre d’un artiste, ses croquis originaux, encore annotés des directives à destination de l’atelier, seront offert à vue du public. Le visiteur pénètre sans détour dans l’univers emblématique et anecdotique d’un imaginaire : planches de collections, modèles haute-couture, photos de défilés ; l’oeuvre de monsieur Saint Laurent se livre d’une façon pérenne, comme il a fait que la femme qui dévoile ses secrets le fasse avec la sécurité et l’audace de l’éternité. Dans la bibliothèque, s’entrechoquent croquis de mode, paper dolls, croquis de costumes et de décors pour le music-hall, le ballet, le cinéma, et le théâtre, affiches et une bande dessinée, s’étalant au milieu des grigris, et de l’unique bureau, fait d’une table sur tréteaux, qui trône au milieu du studio. Là, le faste des défilés s’efface devant l’atmosphère dépouillée de l’endroit ; là où les plus belles pièces de la mode française ont vu le jour avant de se voir concrétiser en référence absolue du vêtement… Un lieu qui sans doute abrite encore l’inspiration de l’homme, dont votre guide se fera l’honneur d’en être le traducteur.

Yves Saint Laurent : entre couture et culture

5 avenue Marceau 

75116 Paris 

Jusqu’au 30 septembre 2013 

Les Paper Dolls des Archives d’Yves Saint Laurent

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Créée en 2002 au 5 avenue Marceau où la Maison de Couture Yves Saint Laurent vit également le jour, la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent s’est muée au fil des collections en un véritable musée dédié au Maître de la Couture Française. 5 000 vêtements, 15 000 accessoires et des dizaines d’esquisses précieusement conservés par la Fondation, attendaient d’être admirés par le grand public. Historiquement, ces trésors ont toujours été dévoilés au compte-goutte, en raison de leur grande fragilité. Le ministère de la Culture et de la Communication a ainsi décidé de numériser ces archives sur le site de la Fondation, afin que le plus grand nombre puisse y avoir accès. le premier lever de rideau fut sur les Paper Dolls du futur créateur.

Oran, 1952. Alors que sous la chaleur écrasante, les cours de philosophie semblent s’étirer à l’infini, le jeune Yves Saint Laurent se prend à rêver à sa propre maison de couture « Yves Mathieu Saint Laurent Haute Couture Place Vendôme ». Ce doux poète de la couture imaginait-il un seul instant qu’il deviendrait l’un des plus grands créateurs de son siècle ? Armé de ciseaux, il découpe dans les magazines les silhouettes des mannequins qu’il admire et se met à leur créer des tenues pour les habiller. Depuis quelque temps, il alterne vie de lycéen à Oran et premières ébauches de créateur à Paris où il vient de recevoir le troisième Prix du concours du Secrétariat général de la Laine au côté d’un certain Karl Lagerfeld, futur kaiser de la maison Chanel. Fort de ses années de jeunesse passées à Oran, Yves Saint Laurent s’inspirera tout au long de sa carrière de cette ambiance chaude et colorée du Maghreb pour ses pièces les plus mythiques, comme la Saharienne dont le nom dit tout.

Au nombre de 11, les Paper Dolls d’Yves Saint Laurent disposent d’un vestiaire conséquent de 437 vêtements et 105 accessoires. Taillée étranglée, jupon corolle, ces délicates poupées de papier, créées au milieu des années 1950, portent bien sûr en elles, la patte du New Look et le temps de la femme conquérante, vêtue d’un smoking, semble bien lointain. Pourtant, au travers de quelques pièces plus audacieuses telles qu’une robe teintée d’humour avec des motifs de squelettes de poissons on sent déjà se former le style élégant et avant-gardiste de celui qui sublimera les atours féminins de la mousseline noire de la See-Through Dress. Paul Valéry disait « Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n’est rien », les Paper Dolls laissent entrevoir le temps de deux collections « Automne-Hiver 53 » et « Automne-Hiver 54 », le génial talent d’Yves Saint Laurent.

Paper Dolls d’Yves Saint Laurent : www.fondation-pb-ysl.net