Le Tailleur-Ballet Jean Paul Gaultier pour la Haute Couture 2018

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Cette collection Haute Couture Printemps/Eté 2018 fut l’occasion pour Jean Paul Gaultier de rendre hommage à celui qui l’a fait débuter dans la mode. Pierre Cardin et son immense création étaient en effet au cœur de cette collection – mêlant célébration des années 60, optique et l’ère Space Age de Cardin, les pièces mettaient en vedette le jeu sans fin qu’est l’exercice de la mode. En même temps que Jean Paul Gautier distillait çà et là les inspirations qui l’ont conduit à être, selon Pierre Cardin, son digne successeur, le plus drôle couturier revisite une nouvelle fois les pièces iconiques de son répertoire.

             Ingénieusement taillé, le tailleur-ballet réintroduisait la gimmick Gaultier qui brouille le genre masculin-féminin avec toujours autant de malice. Très graphique et piquée de quelques torsades de tissus, la pièce est un superbe ensemble veste et pantalon de smoking. Mais c’est pour une héroïne au chic jamais austère qu’elle se destine. Savamment déstructurée ; voici comment une pièce typique du vestiaire masculin prend des allures de vêtement de ballet.

            Et Jean Paul Gaultier est connu pour réinterpréter sans fin cette pièce légendaire. La couture, pour lui est un jeu infini où le passé ressurgit avec une espièglerie certaine. « C’est mon début. Pourquoi ne pas revenir à cette période drôle des années 1960 ? » déclare-t-il après le spectacle. Et il est vrai que la fraîcheur de ses créations interroge le climat actuel des collections.

 

Wanda Nylon se Joue de la Météo

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Créée en 2013 par le duo de créateurs Johanna Senyk et Peter Hornstein, la marque Wanda Nylon fait du vêtement de pluie un jeu et décomplexe la météo des tristes jours. Connue pour ses vêtements faits de plastique, la tendance « plexi » s’incarne aussi dans des pièces iconiques du vestiaire féminin avec le trench, le perfecto et le caban. L’atout de la marque : utiliser des matières innovantes et surprenantes pour des pièces peu réinterprétées avec autant audace. L’imperméable devient transparent et laisse apparaître presque de façon exhibitionniste la tenue de la femme, le vêtement de pluie devient donc l’apanage d’une élégance pointue. Décliné en couleurs et imprimés léopard ou à pois, voire plus simplement en bordeaux ou noir, leurs pièces s’adaptent à toutes les allures avec une facilité presque ludique.
C’est dans une optique avant-gardiste et futuriste inspirée de Pierre Cardin et ses bottes en vinyle que les créateurs génèrent un univers tourné autour de l’eau, ouvrant les voies d’une esthétique nouvelle mêlant imperméabilité, fluidité, transparence au confort et au son. Attaché son trench en PVC transparent c’est aussi faire bruisser la matière, éveillant les multiples sens de la femme : le toucher, la vue et l’ouïe. Dans un univers presque Space Age, ce vestiaire de pluie luxueux est fait de matériaux recyclés, pour toucher d’autant plus aux éléments naturels que la marque célèbre. Ainsi les deux créateurs se questionnent sur la façon de figurer la silhouette de la femme d’aujourd’hui, lui donnant les aspects de l’élégance, de la modernité, tout en conjuguant ces notions à l’iconique de chaque pièce ainsi qu’à la performance d’une alchimie détonante entre créativité et fonctionnalité.

Le Corset A Seins Coniques de JP Gaultier

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Jean Paul Gaultier a grandi auprès de sa grand-mère, dans le Val de Marne. Très tôt, elle le met à la couture, et c’est tout naturellement à 6 ans qu’il confectionne ses premières tenues, pour vêtir son ours en peluche. Un jour, il trouve chez sa grand-mère un corset. Cette pièce, qui comme une cage venait jadis enserrer la taille féminine, jalonnera fréquemment ses futures collections. C’est quand il voit le film Falbalas – film retraçant l’ascension d’un jeune couturier – qu’il comprend le présage d’une destinée : c’est vers la Mode qu’il se tournera. C’est cette prédilection pour le vêtement fantasmé qui le mènera à détourner les grands classiques pour les réinventer dans une gimmick insolente. Et lorsqu’il voit Madonna, en 1983, chanter Holiday sur le plateau ambiancé de l’émission Top of the Pops, il y perçoit l’explosif mélange du punk et de la pop, une sorte de muse à la provocation stylisée. C’est alors pour lui une révélation : il rêve d’habiller sa Madone.

Il entre dans l’univers de la Mode aux côtés de Pierre Cardin. Sa sincérité, sa bonhomie et son humilité tout aussi entière font de sa personnalité une singularité dans un milieu fardé.

Dès 1984, le corset apparaît dans ses collections qui déjà attirent l’oeil des rédactrices fascinées par son habilité à démocratiser l’usage et le port d’un vêtement désuet. Les courbes sont soulignées, le dessous surpasse le dessus et dans une séduction sophistiquée, les attributs féminins s’extirpent des carcans de l’esthétique bourgeoise. Dans ses corsets culottés, véritable écrins pour seins obus, la femme se libère ; sensuelle, cool et sexy, elle se veut dominatrice. En 1990, son fantasme prend vie quand Madonna, emblème du double sexe, fait personnellement appel à lui pour les costumes de Blond Ambition, sa troisième tournée mondiale. Comme une évidence, les deux artistes collaborent pour donner naissance à des tenues ésotériques et érotiques. Le style punk faussement usuel de Gaultier épouse la provocation et l’incorrection de la chanteuse américaine.  Comme un évidence encore, le corset à seins coniques rose poudré incarne l’harmonie d’une époque. En satin rose avec un effet géométrique, le corset-bustier est zipé devant et ceinturé ; les bonnets en pointe comme deux torpilles prêtes à partir reflètent la vision des deux artistes : celle d’une féminité  conquérante, d’une féminité gardienne, bref d’une femme comme un mentor. Car, quoi de plus néoclassique qu’un sous-vêtement pour habiller une Madone.

Le non conformisme dans ce qu’il a de plus splendide, Jean-Paul Gaultier en a fait sa griffe, mieux, sa signature propre.