La Toile Oblique De Dior, Signe De Désir

Une toile oblique imaginée en 1967, devenue cette année l’une des plus recherchées — le Canvas oblique Dior est une icône luxe et pop.

La Toile Oblique Et Marc Bohan

Le couturier à la tête de la création la maison Dior durant trois décennies est certes un peu moins populaire qu’Yves Saint Laurent ou John Galliano, mais il n’en reste pas moins derrière l’une toiles les plus iconiques de la galaxie.

C’est lui qui, en 1967, tire des archives de la maison Dior cette toile évènement. La toile oblique tire son nom de la collection du même nom, dessinée par Christian Dior pour l’Automne/Hiver 1950-1951. Mais elle n’apparaît en boutique qu’en 1969, lors de la collection Printemps/Eté.

L’imprimé signe alors ce cabas tiré de la collection. Dès 1974, la toile oblique devient l’élément clé de la boutique homme de Christian Dior — du sol, aux marches de l’escalier, elle devient l’élément de la grammaire Dior Monsieur.

La Toile Oblique, L’Icône Populaire

Si elle reste quelques années de côté dans les tiroirs de la maison, c’est John Galliano qui va l’introduire définitivement dans l’univers de la pop culture. En renversement l’échelle des valeurs de la maison, il imprime à tout va la toile Oblique sur des pièces en accord avec l’époque.

Dans les années 2000, elle est partout — sur des publicités sugestives, sur l’icône qu’est le Saddle Bag, des clips de MTV aux jambes des starlettes de l’époque… La toile Oblique atteint le paroxysme de sa notoriété sur cette publicité du Printemps/Eté 2000 avec Gisèle Bundchen.

Et c’est tour à tour Maria Grazia Chuiri et Kim Jones qui vont remettre au goût du jour cet imprimé emblématique. La directrice artistique de la maison n’hésite à en imprimer d’autres icônes — le Saddle Bag, mais aussi le nouveau Book Tote…

Kim Jones quant à lui en fait un élément clé de sa couture streetwear — apposée par touche sur des sneakers ou en all-over sur des sacs et des complets, la toile Oblique est de nouveau au firmament du désir.

Symbole d’un savoir-faire sans cesse en accord avec son temps, la toile Oblique Dior va de paire avec une obsession pour les codes Dior. Des codes qui, à l’instar du gris Montaigne, du cannage et du léopard, ont encore beaucoup à apporter à la mode contemporaine.

Le Sac Lady Dior, Must Have Absolu

Un concentré de la couture de la maison Dior, avec ses charms et son cannage, le Lady Dior doit beaucoup au hasard.

Diana, Lady Di Et Le Lady Dior

1994. Un petit nouveau entre au répertoire maroquinerie de la maison Dior – en interne, on l’a baptisé Chouchou. En 1995, le dossier de presse de la maison Parisienne annonce: “Lady, Lady Di, Lady Dior“. Que s’est-il passé entre temps?

Diana Spencer, Princesse de Galles, s’est entre temps rendu à Paris, pour assister au vernissage de l’exposition Cézanne au Grand Palais, en 1995. Bernadette Chirac, alors Première Dame, demande conseils à la maison Dior pour offrir un cadeau à son invité…

Ce jour de 1995 donc, vu entre les mains de Lady Di, le sac Dior est littéralement intronisé. Désormais appelé Lady Dior, transcendé par la grâce d’une Lady Di à la réputation infaillible, il se vend à 100.000 exemplaires cette seule année.

Dans ce léger jeu de mots en cascade où l’égérie s’énonce là sans être, Lady Diana comme un nom escamoté – c’est à la fois le climat d’une époque éprise de statut, et le prestige d’un nom de la haute couture et du luxe qui se concentrent.

Ce sac, on le dirait dessiné par le maître lui-même. Par sa grande technicité, le Lady Dior s’ancre en complet écart avec le minimalisme environnant des années 90.

L’Emblème De La Couture Dior

Mais si le sac est devenu si iconique, c’est que la pièce emprunte nombre de ses gimmicks au vocabulaire déjà iconique de la maison de Monsieur. Il y a d’abord ce porté main – démarche très couture initiée, sinon inventée, par Christian Dior. Vient ensuite son caractère audacieux, en rupture avec les codes de l’époque. Comme elle le fit dans l’après-guerre en rendant aux dames cette allure de femme-fleurs, la maison Dior initie avec Chouchou une véritable révolution dans l’allure des sacs à mains – le porté épaule et les sacoches sont alors légion.

Chouchou respire aussi toute l’élégance et le raffinement du 30 Avenue Montaigne. Sa surpiqûre cannage, signature même Dior, est ici constituée d’un réseau de coutures obliques et perpendiculaires. Sa poignée en forme d’arceau, symbole du geste féminin, confère à la pièce sa gestuelle couture quand, les charms qui l’ornent égrainent magnifiquement les quatre lettres qui font toujours autant rêver le monde. D.I.O.R.

Pour fabriquer ce miracle couture, il ne faut pas moins de 130 pièces… À l’instar d’une parure sur mesure, ces différentes pièces sont assemblées autour d’un moule. Pour plus de précision, collées entre elles, les faces seront ensuite cousues à la piqueuse pilier.

Rien n’est laissé au hasard. Les œillets sont pressés, puis ajustés pour être parfaitement à l’horizontal. Comme les poignées sont lourdes, des renforts entre les deux épaisseurs de cuir viennent structurer le sac pour ne pas qu’il s’affaisse. Enfin, le huitième (un signe Dior) et dernier artisan s’assure, lui, de la perfection de l’objet : 1 à 2 % des sacs ne passent pas ce test. Il faut donc neuf heures, en comptant le temps de séchage, pour concevoir le Lady Dior.

Le Lady Dior, Un Objet d’Art

Le Lady Dior est si pur qu’il constitue une toile très facile à réinventer. En 2014, la toile se pare ainsi du mythique léopard Dior.

En novembre 2016, à Art Basel Miami, la maison Dior introduit le projet Lady Art. Le plot? Un sac iconique revisité par des artistes de renom.

Les beaux-arts sont depuis longtemps au cœur de la création Dior – déjà du temps de Monsieur, nombre de ses amis comptaient parmi les artistes les plus influents de leur temps. Des noms comme ceux de Max Ernst, Alexander Calder, Alberto Giacometti et Pablo Picasso furent en effet exposés dans la galerie de Christian Dior.

C’est cet héritage que retravaille désormais Maria Grazia Chiuri. Avec des artistes contemporains, tels Hong Hao, Friedrich Kunath, Jamilla Okubo, et Spencer Sweeney ou encore Daniel Gordon, le Lady Dior achève son statut de légende de la mode.

Hypnotique, perforé, graphique, conceptuel, volumineux, romantique, en velours imprimé en relief et nuage en cuir d’agneau… Le Lady Dior se prête à toutes les audaces !

Un caractère particulier qui se dévoile au fil de campagnes publicitaires éminemment inspirées — avec pour égérie, Marion Cotillard, depuis 2008. De quoi ravir les générations à venir, tant le Lady Dior incarne un concentré diorifique, indémodable.

Le Tailleur Bar, Le Manifeste Dior

En 1947, au lendemain de la seconde guerre mondiale, Christian Dior envoie valser l’image de la femme-soldat d’usine — la femme-fleur est née, le Tailleur Bar en étendard.

Comment Le Tailleur Bar de Dior Est-Il Né?

Christian Dior, aux côtés de l’industriel du textile Marcel Boussac, s’engage pour que se fasse le « retour à un idéal de bonheur civilisé ». Par son refus du compromis, par son engagement en faveur du retour des vêtements seyants, Monsieur Dior pense une première collection qui renoue avec l’idéal de beauté.

Lui qui aimait passer boire un verre en fin d’après-midi au Plaza Athénée, c’est le bar du palace même qui lui inspire sa création phare. Epaules droites, légèrement tombantes de profil, jupe extrêmement large et couvrant le mollet, taille très fine et resserrée, constituant le point d’ancrage de toute la tenue — l’ensemble Bar fait fureur ce jour de 1947, dans les salons du 30 Avenue Montaigne.

La ligne se veut symbole de la féminité et de l’absolue élégance.  Le couturier assurait vouloir «  que mes robes fussent construites, moulées sur les courbes du corps féminin dont elles styliseraient le galbe. J’accusais la taille, le volume des hanches, je mis en valeur la poitrine. » En harmonisant le tout grâce à une doublure de trois mètres de percale et de taffetas, Christian Dior renouait ainsi avec une vieille tradition.

La silhouette galbée du Tailleur Bar évoque déjà les crinolines du XIXe siècle; la veste est un emprunt à l’âge d’or de la mode masculine, emprunt permis par la démocratisation du complet veston.

Mais en cette veille de défilé, les premiers essayages sur le mannequin Tania vont d’échec en échec. Les basques tombent à plat. L’effet sur les hanches est insignifiant… Dior a alors l’idée d’utiliser des plaques de coton chirurgical qu’il plie en accordéon pour créer le volume désiré. Ça marche !

Le tailleur-bar est né. Emerveillées, nombreuses sont les mondaines à s’être précipitées vers cette nouvelle signature de la mode Française. Dès 1947, le Tailleur Bar est reproduit dans tous les magazines; aux quatre coins du monde, les femmes s’habillent en Dior.

Le Manifeste Dior, Une Modernité Radicale

En ce qu’il constitue une balance parfaitement harmonieuse entre courbes et lignes, les proportions du Tailleur Bar magnifient les courbes naturelles d’une femme. Et c’est en cela qu’il est un chef d’oeuvre absolu de la maison.

De John Galliano à Raf Simons en passant par Maria Grazia Chuiri, le manifeste inventé par Christian Dior est une merveille à réimaginer. Toujours en avance sur son temps, le Tailleur Bar est devenu le basique des femmes — élégantes et de pouvoir… Un basique capturé à merveille par le photographe Peter Lindberg.

Car là où John Galliano en faisait une version extravagante toute en tissus et volumes imposants, Raf Simons a très vite prouvé qu’il était aussi efficace dans une version minimale.

Noir et coupé au cordeaux, le Tailleur Bar épousait ainsi en 2012 le pantalon dans une version des plus désirables !

Maria Grazia Chuiri a elle aussi beaucoup réinventé le Tailleur Bar ces dernières années — piochant dans ses lignes accentuées, une grammaire néo-féministe des plus radicales. Une légende qui résiste, finalement, à tous les changements d’époque.

Le Cannage: De L’Assise Napoléon III A La Mode Dior

LPrésent depuis le premier défilé de Christian Dior, le cannage est à la maison Dior un motif idéal — des atours au Lady Dior, l’icône distille prestige et majesté.

L’Assise d’Une Chaise Napoléon III

Deux époques furent très chères à Christian Dior dans l’élaboration de l’esthétique de sa maison — le XVIIIe siècle, et la Belle Epoque. S’il emprunte des codes devenus iconiques de sa couture à la première, notamment le noeud et la ligne corolle, c’est dans l’assise d’une chaise Napoléon III qu’il lit la pertinence du cannage.

Cette chaise faisait en fait partie de l’aménagement de l’hôtel particulier du 30 Avenue Montaigne, organisé en collaboration avec le décorateur et ami Victor Grandpierre. Le siège historique de la maison de couture de Monsieur était, du sol au plafond, l’exacte reflet du goût Dior. Tandis que le Gris Montaigne colore les murs d’une élégance subtile, le mobilier souligne, lui, le panache de la couture.

Il y a encore aujourd’hui, dans les grands salons de sa boutique avenue Montaigne, ces chaises Napoléon III dont le cannage est depuis devenu un motif égrené ça et là dans la mode Dior. Destinées dans un premier temps aux invités de ses  défilés Haute Couture, ces chaises deviennent un symbole fort de la maison.

Un motif géométrique fait de carrés et de diagonales empruntés au travail de tressage de la fibre végétale, le cannage Dior réalisé en matelassé est omniprésent dans les créations, et notamment sur le mythique Lady Dior.

Mais c’est Marc Bohan qui le première l’insert littéralement des robes et un manteau, en 1961. Parmi lesquelles cet iconique manteau Rolls Royce.

Directeur de la maison Dior trois décennies durant, il est aussi derrière la toile Oblique — icône absolue !

Le Cannage Dior Aujourd’hui

Depuis ses successeurs n’ont eu de cesse de rappeler la puissance esthétique du cannage. De John Galliano à Kim Jones qui, pour le Printemps/Eté 2019 en fait un sac très désirable, le cannage épouse nombre de créations avec une évidence rare…

Montres Grand Bal, lunettes My Dior Electric Rubber où le cannage se taille dans du caoutchouc, foulards, joaillerie..

Justement, en 2012, le cachet fou du cannage Dior se révèle sur les créations joaillières de Victoire de Castellane. Intitulée My Dior, la collection est née d’un souvenir d’enfance, celui de Victoire de Castellane qui accompagnait sa mère dans cette même boutique Dior de l’Avenue Montaigne…

Il en résulte une ligne de bijoux raffinés et avec beaucoup d’aplomb — des manchettes, de simples anneaux, des bracelets-joncs, délicatement tressées d’or jaune, rose ou blanc, au maillage très graphique et glamour. L’élégance et le raffinement de Dior, tout simplement.

Le Noeud Dior, Une Grammaire Élégante


L’esthète que fut Christian Dior a longtemps été inspiré par le patrimoine de la mode Française — notamment du temps de la cour… Le noeud, icône Dior, tient de cela.

La Duchesse de Fontanges, Christian Dior Et Le Noeud

On le sait, la mode de Christian Dior doit beaucoup à son enfance passée à Granville. Là, où, les dernières traces de la Belle Epoque pouvaient se lire sur la toilette des élégantes. Quelques rares photos de la famille Dior montrent ainsi tout le romantisme de la mode des années 1900. Une photo accroche cependant l’oeil — celle d’un jeune Christian Dior portant un noeud. Ce nouer aurait pu être anodin si, des années plus tard, il n’était au coeur de la couture de Monsieur.

Cultivé et inspiré du patrimoine Français, Dior a en effet pioché plus d’un tics de sa couture dans ce répertoire. Le noeud, à l’instar de la ligne corolle , est directement lié à sa fascination pour l’apparat de cour. La Duchesse de Fontanges, icône de mode de l’époque, lui aurait donc inspiré tout le charme des noeuds. Elle-même laissa son nom à la postérité dans ce que l’on nomme une fontange. Dans cette iconographie, Dior repère aussi la passion de Marie Antoinette pour les noeuds et les rubans; d’une folle délicatesse …

Il y a dans ces noeuds toute la sophistication que Christian Dior veut, au lendemain de la guerre, rendre à la femme moderne. « J’aime que les noeuds finissent un décolleté, garnissent un chapeau, ferment une ceinture. Petits, grands ou énormes, je les aime dans tous les styles et toutes les matières » a-t-il un jour déclaré.

Miss Dior Et Le Noeud

Pourtant, avant d’apparaître dans la couture même de la maison Dior, le noeud est vu pour la première fois dans une publicité. Une illustration de René Gruau pour le lancement du Miss Dior met en scène un cygne voguant avec délicatesse, un ravissant noeud noir autour du cou. Immédiatement, le noeud vint symboliser le Miss Dior.

Inspiré du dessin, c’est en 1950 que Christian Dior décide de modifier l’apparence de sa bouteille — désormais, l’imprimé pied-de-poule gravé sur le fond de la bouteille, un noeud vient en twister l’apparence. La bouteille comme nous la connaissant aujourd’hui était née.

Mais entre 1948 et 1949, le noeud commençait à entrer dans la couture de Monsieur. Le New Look ayant déjà fait sa révolution à coup de lignes strictes mais fluides, le noeud venait en fait adoucir encore un peu plus l’allure Dior. Avec le muguet, le noeud devient essentiel à Christian Dior — féminin et frivole, il signe le plus souvent des robes cocktail et robes du soir d’une préciosité jamais affectée.

Le Noeud Dans La Couture Dior

C’est néanmoins à Yves Saint Laurent que l’on doit au noeud Dior d’être devenu iconique. Le jeune couturier, remplaçant Dior tout juste défunt en 1957, organise rapidement une vision plus romantique encore.

Sa vision d’une femme féline et romantique trouve dans le noeud une signature évidente — souvent utilisé en combinaison avec un autre emblème de la maison, le noeud devient le ‘Noeud Dior’. Broderies, lignes envolées, froufrous, volants et dégringolades de fleurs magnifient ainsi des drapés à nœuds vraiment sublimes.

Plus tard, c’est John Galliano et sa vision théâtrale, baroque et ô combien inspirée là encore de la cour, qui redonne un souffle inédit au noeud Dior. Extravagance et provocation se mêlent et font du noeud une icône explorant les extrêmes. Très audacieux, les noeuds à la Galliano se taillent dans des matières et des tissus inédits, tels le plastique ou le denim.

En 2009, pour le Printemps/Eté, Galliano dédie une collection entière au noeud Dior. Le résultat? Une pléthore de robes follement sophistiquées, démontrant toute l’efficace de la touche Dior — les noeuds sont ici immenses !

Un an plus tard, c’est dans la joaillerie que Victoire de Castellane fait du noeud un atour des plus désirés. La bague Tralala, célèbre l’esprit romantique de Dior et surtout sa passion des noeuds. Cette fois, c’est entièrement incrusté de diamants que le noeud sert une nouvelle symbolique: celle du lien amoureux…

Succédant au génial Galliano, Raf Simons et Maria Grazia Chuiri auront tous deux une vision un brin plus minimale, amenant le noeud à sortir des silhouettes pour venir ponctuer les accessoires. D’ailleurs, c’est en 2012 que celui-ci vient égayer pour la première fois l’icône Lady Dior .

Dans sa recherche de l’essentiel, dans son voyage dans les codes et les racines les plus chers à Dior, Maria Grazia Chiuri offre au noeud de s’épanouir sur des pièces simples. Pour la collection Haute Couture Printemps/Été 2017, les noeuds viennent enrubannés des souliers mémorables.

De quoi rappeler le romantisme de la femme Dior, marchant portée par la délicatesse du Noeud Dior.

Trèfle, Muguet, Etoile et Abeille, Les Grigris De Christian Dior

Christian Dior était très superstitieux, au point d’établir dans sa couture et sa maison un ensemble de talismans, autant guides que portes-bonheur. Il y a le muguet, le trèfle, l’étoile, l’abeille et le chiffre 8…

L’Etoile Et Le 8 Sur La Route Du Destin Dior

Si Christian Dior est connu pour avoir été très superstitieux, il a surtout su écouter les signes qui l’entouraient. En 1919, à seulement 14 ans, Christian Dior consulte d’ailleurs sa première voyante, lors d’une kermesse à Granville. « Vous vous retrouverez sans argent, mais les femmes vous seront bénéfiques et c’est par elles que vous réussirez. Vous en tirerez de gros profits et vous serez obligé de faire de nombreuses traversées » lui prédit-elle alors.

En 1946, Christian Dior s’apprête à rencontrer Marcel Boussac. Le Roi du coton, comme on le surnomme alors, veut proposer à Dior de reprendre la direction artistique de la maison de mode Philippe et Gaston. Christian Dior hésite. L’envie de se lancer se fait de plus en plus pressente. Car par trois fois la rencontre fut invoquée – c’est un ami d’enfance, Georges Vigouroux, croisé trois fois de suite dans les rues de Paris, qui connaît Marcel Boussac, qui tente de convaincre Dior de changer son avenir.

Ce soir du 18 avril 1946 donc, la veille de ce rendez-vous si important, la légende s’écrit: « en remontant la rue du Faubourg-Saint-Honoré, Christian Dior heurte du pied un objet au sol et manque de tomber, comme si l’objet lui-même cherchait à attirer son attention. » Il se retourne, s’approche, et constate qu’il vient de heurter une étoile, juste devant l’ambassade du Royaume-Uni. Son enfance à Granville, en Normandie, s’éveille en lui…

Le lendemain, Christian Dior annonce à Marcel Boussac qu’il ne reprendra pas la maison Philippe et Gaston, mais qu’il est tout prêt à ouvrir une maison à son nom « où tout serait nouveau depuis l’état d’esprit et le personnel jusqu’au mobilier et au local. » Après d’interminables discussions avec l’investisseur, Dior décroche son rêve, la maison Dior va naître.

Et c’est au coeur du 8e arrondissement de Paris qu’elle prend place. Au 30 Avenue Montaigne, « derrière le petit hôtel du début, un immeuble neuf de huit étages – huit ateliers – que doublait un autre immeuble également de huit étages » note Christian Dior dans ses mémoires. Le 8 est en effet un autre signe très évocateur.

Si Chanel avait le N°5 , Dior avait bel et bien le 8. C’est surement la sensualité de ce chiffre qui, marque l’infini une fois renversé, lui a tant plu. Enfin, il en a fait une ligne — une esthétique même. Sa silhouette iconique qu’il décrit comme « nette et galbée, gorge soulignée, taille creusée, hanches accentuées… » C’est la ligne 8.

Ce n’est donc point un hasard de retrouver aujourd’hui ce chiffre émerveiller l’oeil et la technologie dans la Dior Grand VIII, cette montre exceptionnelle car marquée du savoir-faire et de la grammaire Dior.

Le Muguet, Le Trèfle Et L’Abeille Dior, Le Jardin Enchanté

Dior portait en fait sur lui une ribambelle de grigris. Ainsi, jamais ne le quittait son trousseau de charmes — un brin de muguet séché, dans un reliquaire ouvragé, un trèfle à quatre feuilles, l’étoile trouvée rue Saint-Honoré, deux coeurs, une pièce de bois et une autre en or.

De sa fleur fétiche, le muguet, Dior va faire un essentiel de sa couture. Il y a d’abord ce brin séché qu’il fait coudre à l’ourlet de chacune de ses création. Il y a ensuite le muguet qu’il porte en boutonnière et celui qu’il offre, tous les 1er Mai, à ses « petites mains » et ses plus grandes clientes.

Enfin, il y a le muguet dans la couture — le muguet qui lui inspire toute une collection au Printemps 1954. La Robe Muguet entre dans les annales de l’histoire de la mode. Une robe « à la fois jeune, souple et simple » dit-il; une robe dont les pochettes de muguet lui évoquent le « volume du chapeau, volume du buste, volume de la jupe. » Il aime tellement le muguet qu’il s’est arrangé pour que sa fleuriste en ait toute l’année à sa disposition.

Le jardin enchanté de Dior, c’est aussi le trèfle à quatre feuilles. Ce symbole de chance, le couturier lui accordait une place considérable dans les choix de son destin. Un brin moins présent dans la couture, c’est la joaillière Victoire de Castellanne qui en sublime l’héritage dans des bijoux fous et grandiloquents. Tel un talisman, le trèfle se pare ici d’une pierre verte, l’amazonite — un symbole de confiance.

Enfin, si l’abeille fut si chère à Christian Dior, c’est qu’elle fut à ses yeux l’insecte le plus prompt à symboliser la force et la vigueur de sa maison de couture. « Une petite ruche pleine à craquer, voilà ce qu’était ma maison lorsque je présentais ma première collection » note Christian Dior dans ses mémoires. Ses couturières, Dior les surnommait “les abeilles“ – consciencieuses et affairées, elles sont capables de réaliser des exploits. Parfois, plus de 400 ou 500 heures de travail pour la confection d’une seule robe.


Récemment, c’est pour un manteau d’un sublime fou imaginé par Kim Jones qu’elles ont une nouvelle fois démontrer tout l’étendue de leur génie — 900 heures de broderie pour achever un tel miracle couture. La quintessence du savoir-faire Dior est bien entre les mains de ses ‘abeilles’.

Les Lignes Dior, Une Couture Iconique

Si Kim Jones et Maria Grazia Chuiri parviennent aujourd’hui à créer une mode aussi désirable, c’est que le fondateur de la maison Dior avait déjà vu juste. La femme-fleur, les lignes Oblique, H, A et la ligne Tulipe servent désormais à une couture aussi sublime que cool.

La Femme-Fleur, Granville Et Le New Look De Christian Dior

Dessinateur, costumier de théâtre, de ballet ou pour Hollywood… Christian Dior avant même d’être le plus grand couturier du siècle avait déjà en tête ce la silhouette idéale de la femme du XXe siècle. C’est que, au lendemain de la Second Guerre Mondiale, Dior pressent comme personne l’intérêt vital de redonner à la femme sa beauté d’antan.

Là où les horreurs de deux guerres mondiales avaient aliéné le romantisme et trahit l’élégance féminine, Christian Dior entend bien tout remettre à zéro. Ainsi, ce 12 Février 1947, Dior présente au coeur du 30 Avenue Montaigne sa toute première collection. 170 silhouettes prônant le luxe et le raffinement, dont certaines en imprimé léopard.

Ce défilé donc se divise en fait en deux thèmes. La première partie, ‘Huit, met en avant une taille de guêpe, des hanchez galbées et une silhouette franchement exquise. La seconde, intitulée ‘Corolle’ est celle qui entrera dans les annales. C’est elle qui dévoile au monde le manifeste Dior: taille serrée, bustier, et déferlement inédit de métrages de tissu. Le tailleur-bar est de ces silhouettes introduites en 1947.

« Je dessinai des femmes-fleurs, épaules douces, bustes épanouis, tailles fines comme lianes et jupes larges comme corolles » affirme plus tard Christia Dior. En attendant, les magazines de mode, eux, ont déjà trouvé un nom — « Such a New Look » s’exclame Carmel Snow, rédactrice en chef du Vogue Américain.

Dans le numéro du 1 avril 1947, on y lit: « S’il pouvait y avoir une femme composite, mythique habillée par un couturier mythique et composite, elle porterait probablement sa jupe à environ 14 pouces du sol; Il pourrait avoir, pour son modèle de travail, une fleur: des pétales de rembourrage et de raidissement vus sous la coupe de la jupe. En d’autres termes, elle porterait la silhouette New Look introduite par Dior dans sa première collection, l’exemple le plus emblématique dont le costume Bar. »

Des lignes piochées de ces heures passées dans la roseraie de sa mère à Granville, Dior retient ainsi l’élégance et la poésie des fleurs. Avec un oeil travaillé par l’architecture, Christian Dior fait aussi entrer la ligne corolle dans la mode — ces fleurs qui ne cesseront d’inspirer sa création.

Ici, Dior se pose en pourfendeur de la figure de proue des années 20: l’intrépide Garçonne, taille aux hanches, élégante androgyne, incarnée entre autres par Louise Brooks. Ce qui hérissa profondément Mademoiselle Chanel, qui sortie de sa retraite pour un dernier coup d’éclat.

En 1956, c’est Grace Kelly que l’on voit avec le tailleur Bar. Ce faisant, elle n’invente rien — le look de Christian Dior est déjà partout. D’ailleurs, des décennies plus tard, chaque talent se trouvant à la direction artistique de la maison le travaille tel un chef d’oeuvre absolu.

John Galiano, avec la plus iconique de ses versions en 2008, pour la collection Haute Couture. Raf Simons, aussi, qui a fait du tailleur Bar et de sa ligne Corolle un fil rouge… Ou récemment Maria Grazia Chuiri. Trois visions différentes, une seule icône à l’élégance intemporelle — c’est ça, le luxe Dior.

Oblique Et Tulipe Chez Dior, Des Lignes En Mouvement

Automne/Hiver 1950-1951. La collection Oblique de la maison Dior introduit une complication couture qui ne tarde à faire légion. C’est que le couturier repense une nouvelle fois la silhouette autour du mouvement. Il faut dire que Dior, alors galeriste, fut l’un des premiers à organiser les expositions solo de Salvador Dali en 1931, puis celle de Calder et Giacometto en 1932.

Peu étonnant alors de le voir introduire en couture cette idée de ligne inversée. La ligne Oblique, qui vient souligner un peu plus la délicatesse de la femme. D’ailleurs, cette photo de Richard Avedon capturant la divine Dovima dans l’ensemble ‘Ambuscade’ de la collection Oblique résume tout ! Le panache et l’élégance d’une telle audace. D’une subtilité et une simplicité folles.

Ainsi, lorsque Kim Jones en reprend le principe pour Dior Homme, lors de son défilé Printemps/Eté 2019, on ne peut que constater à quelle point celle-ci vient magnifier l’iconique costume Dior. Un modèle désormais phare…

La ligne Tulipe, elle, suit un principe un brin différent. Née en 1953 comme la combinaison  de la ligne de profil des saisons précédentes, elle fut l’une des favorites de Christian Dior. Le buste là encore épanoui, les jupes légèrement gonflées, il puise dans sa fascination du XVIIIe siècle l’accord de sa silhouette. Mais bientôt, Christian Dior se tourne vers des lignes plus naturelles…

La Recherche du Naturel, Les Lignes H et A

L’époque a changé. Dior veut désormais satisfaire le vestiaire des élégantes modernes — la femme est de plus en plus active, et les lignes doivent suivre.

« En stylisant l’ampleur de certains modèles de la collection Printemps/Eté 1955 et en laissant libres les jeux de la taille, j’ai isolé la lettre A qui succédait elle-même à la lettre H de la précédente. Mais chaque collection st constituée d’une grande variété de thèses et aucune lettre de l’alphabet – A, H, Y n’est capable à elle seule de les incarner toutes » détaillait le couturier.

Mois accentuée donc, la ligne H libère « une ligne entièrement  différente basée sur la longueur et  l’amenuisement du buste: c’est sur le  parallèles qui forment la lettre H, tout en hauteur, que se construisent robes,  tailleurs et manteaux » de la définition même de Dior.

La ligne A, quant à elle, propose le buste allongé et prolongé par des basques, cadré à l’horizontale d’une ceinture. Servant ainsi une allure libre et raffinée, la ligne A était souvent taillée autour de l’ajout d’un noeud qui, par empiècement, venait en souligner l’horizontalité.

Deux lignes si emblématiques du luxe et de l’allure de la maison Dior que Maria Grazia Chuiri en a fait l’étalon de sa mode. Nombre de ces toilettes exquises et légères profitent de cette couture née il y a presque 65 ans. De quoi certifier de l’éternelle beauté des femmes Dior.

Leopard Et Pied-De-Poule, Motifs Iconiques De Dior

Des imprimés présents depuis la création de la maison qui, une fois encore, ont révolutionné la mode.

Le Léopard, Mitzah Bricard Et La Femme Dior

Si le léopard apparait aujourd’hui anodin, il fut longtemps considéré comme vulgaire et inadéquat. Mais ça, c’était avant. Avant Dior exactement. L’homme derrière la révolution du New Look fut aussi à l’origine du renversement de la valeur accordée au motif léopard. Dès les débuts de la maison, le léopard fait partie de la grammaire Dior.

Et ces origines, on peut aisément les faire remonter à 1947. Car lors de son défilé évènement, Christian Dior déjà introduit deux silhouettes en léopard. Un fourreau baptisé ‘Jungle’ et une robe du soir nommée‘Afrique’. Expression de grâce féline, l’imprimé trouve un écho un brin particulier dans la création Dior. Monsieur le doit en effet à sa muse, Mitzah Bricard.

Rencontrée à son arrivée à Paris, Mitzah Bricard devient rapidement une muse et un amie pour Christian Dior. Son style? Lèvres carmin, manteau ou foulard léopard. On raconte qu’elle avait pris pour habitude de nouer une mousseline en panthère à son poignet, afin d’en cacher une cicatrice… « Le foulard est à la femme ce que la cravate est à l’homme, et la manière de le nouer exprime votre personnalité » écrivait Christian Dior dans son Petit Dictionnaire de la mode.

En charge des collections de chapeaux pour Dior, elle est celle qui imagine l’iconique chapeau léopard en 1950. Elle aussi qui inspire à Dior le nom de son parfum Miss Dior, un jour qu’elle s’exclame, en voyant débouler Catherine Dior: « Tiens, voilà Miss Dior. »

Ains devenu chic et convenable entre les doigts et le style impeccable de la maison Dior, le motif léopard devient totémique. On le retrouve partout, et c’est en Haute Joaillerie qu’il se travaille à ravir. Habillée d’un pelage d’or ou de diamants, tachetée de laque noire ou chocolat, la bague se fait animale, mystique et féline, à l’image de la muse Mitzah. Une merveille imaginée par Victoire de Castellane pour Dior, en 2013.

Mais attention, Christian Dior précisait tout de même: l’imprimé léopard ne convient qu’à une femme sophistiquée.

Le Pied-De-Poule, l’Angleterre et Dior

De son enfance à Granville, sur la côte Normande, Dior retient aussi ce contact avec la Grande Bretagne voisine. Anglophile depuis l’enfance donc, il a pioché chez ces élégantes qu’il observait quelques tics qu’il incorpore plus tard dans sa couture… L’un d’eux? Le pied-de-poule, devenu synonyme de la maison Dior.

Et déjà en 1938, alors qu’il travaille pour la maison Robert Piguet, le jeune Christian signe une première — sa robe au motif pied-de-poule, ponctuée d’un jupon de lingerie dépassant… Il la nomme ‘Café anglais’. Ce motif, emprunté largement aux aristocrates Britanniques, et notamment popularisé par le duc de Windsor — ce motif donc entre dans la grammaire Dior jusqu’à en devenir l’un des codes emblématiques.

C’est simple, on le retrouve partout ! C’est que sa géométrie architecturée et sobre, ce graphisme noir et blanc ont tout pour plaire à Christian Dior. Une simplicité et une élégance qu’il aime insérer ça et là…. gravée dans le verre du flacon de Miss Dior, tissée dans une étoffe, imprimée sur l’eau de Cologne Diorissimo ou sur un soulier Roger Vivier imaginé pour Dior en 1959.

C’est surtout ce manteau légendaire, issue de la collection 1948, qui marqua les esprits. Et aujourd’hui encore, le pied-de-poule a de quoi allurer nombre de pièces signées Dior.

Le Blé Chez Chanel

Le blé fut un des symboles chers à Mademoiselle — un symbole qui, lorsqu’il est travaillé dans les matériaux les plus fous, devient un véritable objet du désir.

Le Blé Et Coco Chanel

Si l’enfance de Gabrielle Chanel n’est pas faite que de beaux souvenirs, le blé, lui, a toujours eu une place particulière dans sa mémoire. Sa date de naissance par exemple. Née le 19 août, c’est à cette période que prend place la fête des moissons. Une célébration de fin d’été, symbole d’abondance et de richesse renouvelée…

“L’orpheline“ Gabrielle se souvient encore de son père pour qui le blé était synonyme de bon, de bien… Combien de fois, lorsqu’elle était enfant, elle entendait évoquer: « Le bon blé. » Comme le lionou le camélia, le blé devient l’un de ses talismans. Mais chez Chanel, un talisman est aussi vecteur d’identité.

L’appartement de la rue Cambon ou la Suite du Ritz en étaient recouverts: naturel, en bois, en bronze ou peint par son ami Dalí, le blé est présent sous toutes ses formes ! Oui car, un jour que Dalí lui offre de lui peindre une toile, elle lui dit: « Fais-moi des épis de blé. »

Un simple coup de pinceau sur fond noir. La toile trône encore sur une étagère de son appartement rue Cambon. Au pied de la cheminée, repose aussi un bouquet de blé séché… Le blé conte ses racines, ses origines qu’elle n’a eu de cesse de réinventer. Mais le blé demeure, là, immortel et bienveillant.

Le Blé Dans La Mode Chanel

Lorsqu’une symbolique rencontre un savoir-faire sans égal, cela conduit souvent à une création d’une beauté extraordinaire. En Haute Joaillerie et en Haute Couture.

La collection de Haute Joaillerie ‘Les Blés de Chanel’ célèbre le blé, chaque année. Signe d’abondance, de résistance, de chance et de prospérité, le blé chez Chanel prend des allures d’atours par excellence. Souples, les 62 pièces de Haute Joaillerie s’intègrent ainsi dans une inspiration conduite comme une ode à la nature. Tel un champ de blé, les pièces semblent bouger au gré du vent, embrassant les pas de celle les portent…

Les parures “Premiers Brins“, “Brins de Printemps“ et “Brins de Diamants“ rendent hommage au blé en herbe pour évoquer le début du printemps. Diamants, péridots cristallins et aigues marines jouent ainsi avec les transparences comme autant de jeunes épis. Sur la peau, la pièce chatoie comme le blé aux premiers rayons de l’été ! Les moissons, elles, sont évoquées à travers la série de parures “Moisson Ensoleillée“, “Bouquet de Moisson“ et “Moisson de Perles“.

En couture, Karl Lagerfeld aimait les distiller ça et là. Il en sème surtout pour la collection Printemps-Été 2010. Des broderies épis de blé venaient ainsi parsemées sur les tailleurs iconiques… Ce même épis qui vient aussi ponctuer quelques unes des créations de Virginie Viard pour sa collection Métiers d’Art 2019/2020. Un symbole toute en filiation.

Le Camélia, Symbole Souverain de Chanel

Thème totémique dans l’univers Chanel, le Camélia fut à Mademoiselle aussi précieux qu’il fut pour Karl Lagerfeld, et Virginie Viard – un grigri travaillé jusqu’à l’émerveillement.

D’où Vient Le Camélia Chanel?

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le camélia parvient à entrer en Europe. Venu de l’extrême Orient, connu par-delà l’Himalaya depuis des millénaires déjà, il faut attendre le siècle des Lumières et son ouverture au monde pour voir l’espèce fleurir sur le vieux continent.

Mais c’est un siècle plus tard que l’harmonie parfaite de ses pétales et toute la symbolique qu’il porte en lui achève aimer def Dandys et autres esthètes de l’époque. Ainsi se réfère-t-on souvent à La Dame aux Camélias, célèbre courtisane immortalisée par Alexandre Dumas puis par Verdi dans la Traviata, pour avoir fait sa légende.

Et justement, à l’âge de treize ans, une certaine Gabrielle Bonheur Chasnel tombe d’émoi devant l’interprétation de Sarah Bernhardt sur les planches. L’adaptation par Alexandre Dumas Fils de son roman autobiographique, La Dame aux Camélias, où il y conte son amour malheureux pour la courtisane Marie Duplessis.

Cocotte, Coco l’était surement. Maie elle avait un talent, une vision et quelque chose à dire. Devenue Chanel, voici qu’elle a pioché, une fois de plus dans le vestiaire masculin, un apparat bien pensé. Une seule fleur, piquée sur la boutonnière de Proust et ses amis dandys.

Enfin, elle l’aurait, seulement, car il est bien difficile de déceler le vrai du faux dans le mythe de Coco. Néanmoins, une chose est sûre: un jour qu’elle se baladait sur une plage d’Etretat, Chanel décide de cueillir un camélia pour l’épingler à la ceinture de sa marinière…

Cette idée fait son chemin et, en 1923, elle pique la fleur pour la première fois sur la robe en mousseline à l’austérité allurée qu’elle vient de créer. Coco serait ainsi tombée amoureuse du camélia car cette fleur a «  la délicatesse de n’exhaler aucun parfum, pour mieux offrir aux femmes la liberté de choisir le leur. »

Sa signature est née. Il n’est alors plus de saison sans que le fétiche de Mademoiselle n’apparaisse sur les silhouettes Chanel. Et c’est Monsieur Lemarié qui lui en sert, de tout son talent.

Les Camélias Chanel, Lemarié, Karl Lagerfeld Et Virginie Viard

Confectionné en tweed, en cuir, en plume, en fourrure, en satin et en organdi, Lemarié livre jusqu’à 20 000 camélias par an à la maison. Hier partenaire, Lemarié a depuis rejoint les rangs du groupe Chanel. Les Métiers d’Art comme composés par Karl Lagerfeld dès 2005.

L’art de la plumasserie, de la confection de fleurs en tissu et la couture se perdant alors, le directeur iconique de la maison a soudé autour de Chanel plus d’un experts. De Lesage à Lemarié en passant par Goossens.

Lorsque le camélia rencontre ainsi la couture de Lagerfeld, il adopte mille et un visages. Dans sa version d’un blanc immaculé, en tweed, ou recouvert de diamants sur une bague, une broche ou un sautoir, la fleur de Mademoiselle orne et émerveille la modernité avec une prestance incontournable !

Figées ou récemment détachables dans la fameuse ligne de Haute Joaillerie ‘1.5 1 Camélia, 5 Allures’, les lignes du camélia sont d’une telle perfection pour Chanel qu’elles deviennent intemporelles. En 2012, c’est une collection entièrement dédiée, sous le nom plus de Jardin de Camélias, qui émerveille l’oeil autour de 99 pièces…

Et la Haute Horlogerie de la maison fait aussi entrer sa montre Première dans le monde des hautes complications horlogères en la stylisant en camélia, la Première Camélia Squelette. « Au lieu d’enlever le métal, nous avons fait en sorte que les roues, les ponts… s’inscrivent dans le dessin du camélia, fleur fétiche de Gabrielle Chanel, dont nous fêtons cette année les 60 ans » indiquait commente Nicolas Beau, en 2017, le directeur international de Chanel Horlogerie.

Récemment, c’est lors du défilé Haute Couture présenté à Paris en Juillet 2017 que le camélia fut une nouvelle fois mis-en-beauté… La mariée entre en scène dans une majestueuse robe en satin double face blanc, ornée de guirlandes de plumes tels des bouquets de camélias. La collection Métiers d’Art 2019/2020 par Virginie Viard a aussi puisé dans le camélia une veste des plus folles — toute faite de camélias, d’une blancheur hypnotisante.