Icônes De L’Art Et Icônes Du Luxe: Quand Les Premières Remodèlent Les Secondes

Nombre des pièces iconiques tenant de notre patrimoine universel s’appuient sur l’art et les artistes pour renouveler leur quotient de désirabilité. Une affaire très inspirée!

Si la filiation entre mode et art ne fait plus aucun doute, la capacité de l’un à repositionner l’autre reste à explorer. En effet, nombre d’artistes ou plus largement de pratiques artistiques ont pu compter sur la mode pour les introniser au plus haut niveau. Plus les univers semblent antinomiques, à première vue, plus la révolution est totale. Preuve s’il en faut, l’oeuvre du plus adroit des designers en la matière. 2001, Marc Jacobs parvient en effet à conjuguer au patrimoine de l’une des maisons les plus respectées, une pratique jusqu’alors dénigrée.

En 2001 donc, il invite l’artiste et designer Stephen Sprouse à dérider la mythique toile de Louis Vuitton. A coup de graffitis colorés et apposés de façon quasi-exagérée sur le monogramme, le duo fait entrer dans le même temps le luxe dans un autre univers; tout en plaçant le street art au panthéon des pratiques les plus cool de ce début de siècle.

S’en suit une ribambelle de collaborations artistiques qui toutes réinventent l’habillage des icônes de la maison Vuitton. En 2004 c’est à Takashi Murakami qu’il confie le même travail. Mais cette fois, l’univers pop et bigarré de Murakami vient jouer du monogramme jusqu’à provoquer un trompe l’oeil des plus psychés. En 2012, c’est au tour du damier de côtoyer l’oeuvre de Daniel Buren. L’apothéose est atteint en 2017 lorsque Jeff Koons et Louis Vuitton révèlent une série de sac décalquant pêle-mêle le Titien, Da Vinci, Gauguin, Van Gogh et autres sur les iconiques sac Speedy, et Neverfall.

En 2008 déjà  la maison Fendi en appelait aux artistes les plus en vue de l’art contemporain pour réinventer l’iconique sac Baguette. Le premier it-bag de l’histoire, crée en 1997, prouve en passant à travers la créativité d’André, Sylvie Fleury, Jeff Koons, Tom Sachs ou encore Damien Hirst, sa capacité à épouser l’époque. C’est ainsi que le logo même de la maison Romaine — le double F, pour ‘Fun Fur’ — passe, en 2018, entre les mains de l’artiste digital Reilly. Quoi de plus logique à une époque où l’art se consomme sur Instagram, quand il ne vient à l’oeil du public au détour de memes décapants..

Du côté du 30 Avenue Montaigne, l’arrivée de Kim Jones et Maria Grazi Chuiri a un peu plus encore resserré les liens déjà très grands entre Dior et l’art. Il y eut d’abord Kim Jones qui rappelle à nous l’emblème, ou plutôt le grigri de Monsieur Dior. L’abeille chère à Christian est de retour dès la première collection du Britannique. Mais, en 2018, celle-ci se joue des traits de la figure de Kaws, artiste clé de l’époque. Présente ici sur le Saddle, là sur les nouveaux sacs imaginés à partir de cannages iconiques des salons de la maison Dior… L’abeille, comme les icônes Dior, s’acoquine de la légèreté du temps

Car voici encore un intérêt à ce que les icônes de mode et celles de l’art se rencontrent — les secondes aident les premières à rester désirables au delà des contraintes commerciales. Pour s’en convaincre, l’exemple du Lady Dior est tout bonnement parfait. Un sac resté dans l’ombre des ateliers jusqu’à ce que Bernadette Chirac vienne faire l’acquisition du prototype pour l’offrir à la Princesse Lady Di en visite à Paris… Voici comment une icône fut intronisée et ainsi produite pour le public. Aussi lorsque le projet Art Lady Dior voit le jour, il fait fi des obligations marchandes pour laisser libre court à l’imagination de John Giorno, Jack Pierson et Lee Bul. En 2016, Maria Gazia Chuiri en lance la version féminine et féministe — le résultat? Une série de sacs Lady Dior aussi divine et révolutionnaire que les oeuvres d’Olga De Amaral, Polly Apfelbaum, Burçak Bingöl ou encore Pae White…

Dans le même esprit, Hermès poursuit sa recherche d’imprimés fantasques et originaux, inspirée de l’élan créatif de Robert Dumas. L’esprit derrière le premier carré Hermès. Sous le nom ‘Hermès Editeur’ le projet fait appel de façon sporadique à des artistes, afin d’imaginer de nouveaux imprimés pour le mythique carré. Là encore, loin des contraintes qui astreignent habituellement à la mode… C’est ainsi que Daniel Buren, imagina 365 carrés pour Hermès — un pour chaque jour de l’année. De quoi raviver le quotient désidérabilité d’une icône née en 1937!

Quand Luxe Et Art Contemporain Font Les Icônes De La Mode

Nombre des pièces les plus iconiques de notre histoire sont nées de cette filiation aussi sublime que décriée. Ou quand art et mode se rencontrent, bien souvent pour le meilleur.

Printemps/Eté 2014, la collection Chanel orchestrée par Karl Lagerfeld s’inscrit dans une dialectique entretenue depuis longtemps — cette fois, le podium s’est mue en une galerie d’art. Ça et là, les gimmicks de l’art contemporain se mêlent à ceux du luxe de la rue Cambon. Le propos est limpide: la mode est un art, certes, mais la rencontre entre mode et art tient encore plus de l’expression sacrée! Il n’y a qu’à voir du côté des pièces iconiques, désirables au possible non par le simple ajout d’un logo, mais bien en ce qu’elles ont révolutionnées, un jour, l’interaction entre l’art passé et le corps présent.

Et il suffit de regarder du côté de Cristobal Balenciaga pour s’en convaincre. Le couturier a habilement pioché dans l’oeuvre des grands peintres Espagnols, la grammaire, les lignes et les silhouettes qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier. Il donna vie au drapé légendaire de Goya, quand Ignacio Zuloaga lui inspira ses robes cocktail tout en volants. Mais c’est entre les mains d’Yves Saint Laurent que la dialectique art et mode devient véritablement révolutionnaire.

Il ne s’agit plus pour le couturier de décalquer les brocards, broderies et autres dentelles des maîtres de l’académisme… Non. Yves Saint Laurent préfère, lui, magnifier le corps autour d’un mouvement inédit. « Mon but n’est pas de me mesurer avec les maîtres de la peinture, j’aimerais juste tirer profit de leur génie. » Sa collection Printemps/Eté de 1981 est ainsi dédiée aux impressionnistes. Celle de l’hiver de la même année à Matisse. Celle de 1988 s’intitule ‘Collection cubiste, hommage à Braque’. Il joue comme au casino, et gagne à tous les coups — l’oeuvre d’Yves Saint Laurent est la première à entrer dans un musée, sous le patronage de Diana Vreeland. C’était en 1983, au Costume Institute du Metropolitan Museum of Art de New-York. Le point culminant du plus artiste des couturiers? En 1969, il habille de mousseline les deux moulages réalisés par Claude Lalanne.

Mais c’est la mythique robe Mondrian, en 1965, qui a ouvert la voie au vêtement-tableau. La mode, plus que jamais, transcende l’art et lui donne vie. Karl Lagerfeld, en 2005, marche sur ses traces lorsqu’il fait défiler pour la collection Haute Couture de Chanel une robe réifiant la forme et élégance de l’oeuvre de Yahoi Kusama. Et tout comme Yves Saint Laurent a donné une nouvelle cote à Piet Mondrian, Karl Lagerfeld a largement contribué à ainsi faire émerger l’oeuvre allumée de Yahoi Kusama

Avant eux, déjà, Elsa Schiaparelli collaborait avec ses amis surréalistes à l’élaboration d’un art portable. La mode, en somme. Le chapeau-chaussure ou la robe homard réalisés en 1937 en collaboration avec Dali cherchaient à faire sortir la fantaisie du cadre des tableaux surréalistes. Est-ce un hasard si, en 2018, Maria Grazia Chiuri s’appuie sur l’oeuvre de Nikki de Saint Phalle pour raviver la silhouette de la parisienne? Pas vraiment.. Première femme à assurer la direction artistique de la maison Dior, elle transcende alors sa position à travers l’oeuvre d’une artiste féministe — surtout à rebours des normes imposées!

Car voilà aussi ce que cherche Raf Simons lorsqu’il imprègne Calvin Klein des oeuvres de Warhol: une critique de la société Américaine, à l’orée du plus pop des artistes critiques. Car Crashes, Knives, Electric Chair, d’un certain Andy Warhol viennent s’imprimer sur des pièces au basic racé. Son oeuvre déborde d’un tel cynisme acidulé que Gianni Versace lui-même y trouve son compte en 1991. Jamais le luxe et l’art contemporain ne s’était mêlés si habilement que dans ces combinaisons aux imprimés inspirés des peintures colorées d’Andy Warhol! Sauf, peut être, en 2019, lorsque Nicolas Ghesquière fit entrer avec génie l’architecture art deco dans le répertoire Louis Vuitton… Une série de pièces follement luxe et si désirables, inspirée du Chrysler building de New York. Une véritable interaction entre l’art et la mode. L’art total, en somme.

Le Come Back De La Jungle Dress Versace, Pour Le Printemps/Eté 2020

« Je suis fière d’une certaine façon d’avoir inspiré Google » a notamment décalé Donatella Versace.

L’histoire est désormais connue de tous. Une robe, une star, une cérémonie. La star, J-Lo. La cérémonie, celle des Grammy Awards en 2000. La robe? Celle qui coupa le souffle à l’assistance; avant de provoquer une véritable ruée sur google, alors à ses balbutiements — THE Dress, comme l’appelle Donatella Versace, est bel et bien à l’origine de Google Images. Ce weekend, à la Fashion Week Milanaise, elle était à l’origine d’un nouveau coup d’éclat.

Venant clore le défile Printemps/Eté 2020, Jennifer Lopez en personne arborait la robe iconique. Retravaillée, certes. Le décolleté plus anguleux, les bras laissés libres pour accentuer les épaules étirées, et une attache très glitz, très Versace. Donatella a souvent défendu une féminité décomplexée — cette robe est un symbole pour la femme « qui veut se montrer et être fière. »

Et c’est bien là toute la veine du style Versace. Dans ce défilé, l’ode au happy black se faisait autour de coupes et de dénudés sexy au possible — contrebalancés par cette rigueur moraliste propre au noir. Mais on est là dans le domaine de Donatella: les femmes sont belles et assumées, libérées des entraves patriarcales ou pire, celles de la bien pensance. Une nouvelle fois, la saison Printemps/Eté 2020 de Versace mêle avec adresse sensualité exacerbée et styling complètement dans l’air du temps. Un fait bien rare!


Pied-De-Poule Et Tailleur Bar: La Vision Sustainable Dior Pour Le Printemps/Eté 2020

Maria Grazia Chuiri a voulu une collection où créativité et sustainable fusionnent — Miss Dior et la coupe bar en têtes de condole!

De Christian Dior on connait la femme-fleur, son amour pour la rose et la délicatesse du parfum Miss Dior. Ce que l’on sait moins c’est que Catherine Dior, sa soeur, en plus d’être une résistante décorée après la Seconde Guerre Mondiale, a trouvé sa réminiscence dans la botanique et le jardinage… La nature et la beauté des fleurs ont en effet une résonance toute particulière pour cette femme exceptionnelle. Et c’est bien cela que Maria Grazia Chuiri a voulu souligner pour le Printemps/Eté 2020.

Le résultat? Une pléthore de silhouettes inspirée de cette jardinière, mais aussi et surtout les codes iconiques de la maison Dior injectés ça et là. Le motif pied-de-poule, présent dès les premières collections de Monsieur, fait plus qu’une apparition — mêlé à la ligne H, resserrée façon coupe Bar, il donne un cachet inattendu à la silhouette du Printemps/Eté 2020! Mieux, c’est coiffée d’un bob reprenant le mythique cannage du 30 Avenue Montaigne que la vision de Maria Grazia Chuiri gagne en pertinence!

Réalisé par Stephen Jones, « Les chapeaux pour Dior cette saison sont fabriqués à partir d’herbe récoltée en Suisse, en Italie aux Philippines et en France. Ce sont les Nations Unies, rassemblées en un chapeau de paille » plaisante le célèbre chapelier. Une ode à la nature certes, cette collection Dior Printemps/Eté 2020 sort aussi du cadre du désirable pour donner aux femmes d’aujourd’hui des pièces éternelles. Une sorte de fusion entre héritage et avenir, qui, sous couvert de Dame Nature, porte haut les revendications environnementalistes. Nul besoin de faire une mode fonctionnelle pour respecter la planète!

Blouse See-Through, Smoking Et Esprit Hippie Pour Le Printemps/Eté 2020 De Saint Laurent

« Saint Laurent, c’est l’élégance dangereuse » selon l’actuel directeur artistique de la maison, Anthony Vaccarello.

Paris, septembre 2019. Les jardins du Trocadéro accueillaient une nouvelle fois le défilé hautement scénarisé de la maison Saint Laurent. Là, avec la Tour Eiffel en arrière-plan, les femmes YSL se sont élancées sous une pluie battante mais poétique. Toutes en jambes, les déesses de la nuit arboraient ainsi les gimmicks iconiques initiées par Yves Saint Laurent au siècle dernier. Le Smoking, bien entendu, mais aussi et surtout l’inspiration hippie-glam!

Il faut dire que la révolution apportée par Monsieur Yves a largement consisté à magnifier les gimmicks-mode d’une rue alors boulonnante de liberté. On retrouve ainsi les turbans et l’esprit bohème Rive Gauche tant portés par Loulou de la Falaise. Mais cette fois, c’est combiné à d’autres effets clés de la mode YSL qu’Anthony Vaccarello les pense. Les robes bohèmes embrassent ici les effets see-through, quand la blouse iconique de la maison ne réapparait sur les épaules de Freja Beha, dans une version somme toute proche de l’originale.

La part belle faite à l’opulence seventies côtoie la simplicité très contemporaine de débardeur élégamment échancrés, quand ils ne sont carrément transparent! Et c’est bien là tout le propos d’une telle maison — manier avec élégance et raffinement le sulfureux à la distinction… Mais comme le résume Anthony Vaccarello, « Saint Laurent, c’est l’élégance dangereuse. »

Le Peekaboo, Le Baguette Et La Dolce Vita De Fendi, Façon Printemps/Eté 2020

Une première collection sans Karl Lagerfeld qui promet des heures heureuses pour la maison Fendi — il n’y a qu’à voir les nouveaux Baguette et Peekaboo!

« Réalité. Je pars toujours de la réalité. Étant donné que je suis une femme, je voulais surtout donner de vrais vêtements. C’est pourquoi je n’appelle pas cela du prêt-à-porter, mais du vrai-à-porter. Je pense que c’est le plus grand hommage de voir ses vêtements sur les gens. C’est pourquoi je voulais commencer par des choses simples, comme les émotions, par exemple : une émotion de journée ensoleillée, lorsque vous vous sentez vraiment libre, prêt à sortir et que vous rencontrez des gens et que vous êtes optimiste quant à la vie. » La vision de Silvia Venturini Fendi pour le Printemps/Eté 2020 respire en effet tout de la Dolce Vita. Des pièces exquises, un concept de Fun Fur travaillé dans une veine légère et délicieuse — Fendi distille une attitude douce et aristocratique.

Dans cet esprit, le mythique sac Peekaboo se coupe dans du raffia vert, quand il ne se griffe de paillettes. Quant au sac Baguette, premier it-bag de l’ère moderne, il est cette fois pensé dans une combinaison de perles — aux teintes inspirées d’un coucher de soleil du sud de l’Italie. Mais qu’on ne s’y trompe guère: les femmes Fendi du Printemps/Eté 2020 ne sont pas des sucreries.

Elles ont du style, beaucoup, et une vraie attitude. « J’ai voulu m’amuser à tailler de petites chemises hawaïennes dans du shearling, des peignoirs rétro dans du vison thermocollé sur le Lycra des Bikinis, des vestes de tailleur power dressing dans de l’éponge matelassée » précise Silvia Venturini Fendi. Le résultat? Des silhouettes désirables à souhait! Glam et cool, simples et surtout délestées d’une certaine austérité.

Prada, La Rigueur Minimaliste du Printemps/Eté 2020

Quand Miuccia Prada rebat les cartes de la mode — le style l’emporte sur les tendances. La formule iconique de Prada en tête!

« C’est une collection sur le pouvoir qu’exercent les femmes sur leurs vêtements, et le style sur la mode. L’accent est mis sur la manière de porter le vêtement et sur la personnalité des femmes, le tout offrant une nouvelle pluralité. » Miuccia Prada n’est pas à sa première contre-indication mode. A l’heure où les nouvelles générations se questionnent sur l’avenir de la planète et remettent en cause l’intérêt même de la mode, Prada surprend et répond: il y trop de tout! Trop de vêtements, trop de tendances — l’idée: un retour à l’essentiel.

En mêlant les contraires avec l’adresse qui lui est propre, Miuccia Prada met en scène une collection Printemps/Eté 2020 en phase avec l’époque — une retour aux classiques, mais twistés, façon Prada! Dans une quête de pièces éternelles, le sens du style Prada se fait sentir dans des juxtapositions aussi osées qu’élégantes. En puisant dans sa formule iconique, Prada remet au goût du jour ses coupes caractéristiques des années 90 – mais avec ce zest années 20 et 70 dès plus allurant!

Car c’est bien cela, l’équation iconique de Prada — mêler les genres, les imprimés, les silhouettes d’antan dans une veine si contemporaine qu’elle tient de l’avant-garde. Et le look d’ouverture porté par Freja Beha dit tout de la tendance à venir: la mode Prada se veut désormais éblouissante dans les matières et la simplicité, laissant la femme qui la porte briller par son allure. Naturellement.

Les Andy De Berluti

Souliers iconiques dessinés par et pour Andy Warhol, les Andy incarnent le « made in savoir-faire » de Berluti.

Précurseur du prêt-a-chausser de luxe; créateur des premiers escarpins à lacets, Berluti brille dans le monde entier de par ses souliers ‘made in savoir-faire’. Depuis 1895. Fabriqués quasi-exclusivement dans un cuir ‘’Venezia’’, réputé pour sa souplesse et son appétence pour les couleurs, tous les souliers sont réalisés à la main dans les ateliers de la maison. En prêt-à-chausser ou sur-mesure, le client adopte son modèle ‘’nu’’, à savoir sans patine ni coloris. Berluti a ainsi su se démarquer des maisons concurrentes en proposant des souliers aux chaussants incomparables — souliers dont les formes avant-gardistes sont bien souvent considérées comme des œuvres d’art. La chaussure ici devenue un véritable objet d’art vivant, c’est avec le temps qu’elle révèle sa véritable identité : celle de l’homme qui l’habite. Une dimension charnelle du mocassin qui, en 1962, ravit un certain Andy Warhol.

Lorsqu’il gravit les marches de la boutique du 26 rue Marbeuf à Paris, c’est pour y commander une paire de mocassins dessinée par ses soins. Encore inconnu du grand public, Warhol entre avec l’idée d’un mocassin classique mais à bout carré. Il en dépose le croquis mais voilà, il repart sans laisser d’acompte. C’est alors que Talbinio Berluti, directeur artistique de la maison, décide de se débarrasser du croquis avant qu’Olga Berluti, encore simple apprentie, en prenne possession. Contre l’avis de sa famille, elle confectionne elle-même les souliers à partir de peaux de récupération. La légende veut qu’elle s’aperçut trop tard que le cuir choisi fut marqué d’une grosse veine sur l’un des deux plateaux…

Défaut usuellement rédhibitoire, elle explique au Pape du Pop Art que le cuir utilisé provenait d’une vache transgressée qui se frottait aux barbelés. Ces mocassins, d’un modernisme inouï pour l’époque, furent la première création d’Olga — et Andy en tomba littéralement sous le charme. A l’époque seule femme bottier au monde, son mocassin Andy demeure aujourd’hui le modèle le plus iconique de la maison parisienne. En 2012, pour les cinquante ans du modèle, la maison lançait une collection spéciale rendant hommage au modèle clé de son répertoire. Riches de leur histoire et de leur notoriété, les Andy demeurent les mocassins les plus chers ainsi que les plus désirés au monde. Il est donc tout naturel pour l’actuel directeur artistique de Berluti, Kris Van Assche, d’injecter aux Andy une bonne dose de Pop — à l’instar de sa collection Printemps/Eté 2020. Une telle icône est un plaisir à réinventer!


Espèces En Danger, L’Iconique Crocodile De Lacoste S’Engage

Pour la seconde fois de son histoire, la signature Lacoste laisse place à dix espèces en danger — une collection capsule, engagée pour la planète!

Le crocodile, c’est Lacoste. René Lacoste. Un joueur de tennis hors norme, vainqueur émérite de La Coupe Davis, désigné meilleur joueur du monde en 1926 et 1927. Dit Le Crocodile. Cette même année, son ami Robert George pique un crocodile brodé en 46 couleurs sur la poche du blazer blanc porté par René avant chacun de ses matchs. Ainsi lorsqu’en 1933 René Lacoste imagine le désormais mythique polo Lacoste, à partir d’une chemisette à laquelle il ajoute un col — la signature du polo L.12.12. lui vient tout naturellement.

Autre temps, autre priorité. En collaboration avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, la maison Lacoste tient cette fois à défendre 10 espèces en danger d’extinction. Le crocodile fait place à ses compères, dans une démarche aussi unique qu’engagée. Allant au bout de la logique, la production de chacun de ces polos dépend donc du nombre d’animaux recensés. Parmi ces dix espèces, le Lynx d’Espagne — 589 pièces. La baleine de Biscaye, 444. Le petit-duc de Mohéli, 400. Le phoque moine d’Hawaï, 1400. Ou encore le Wombat à nez poilu de Queensland, 115 polos… Des pièces dont l’intégralité des bénéfices soutiendra les efforts de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.