Les Vapeurs A Trouville, Une Institution

Certaines brasseries jouissent d’une réputation sans faille — les Vapeurs à Trouville sont de celles-ci. C’est que l’institution possède une aura qui charme les locaux et les grandes icônes du cinéma Américain. Depuis longtemps déjà. 

Les Voiles ou Les Vapeurs A Trouville: Deux Noms Pour Une Même Icône 

L’Histoire D’une Institution 

C’est en 1927 que fut implantée, face à la Touques, dans un immeuble typique, une brasserie peu commune aujourd’hui. Les Voiles ou Les Vapeurs — qu’importe le nom qu’on lui préfère aujourd’hui, cette brasserie hors du temps a su amener dans notre présent une tradition culinaire, et une ambiance tout simplement exaltante ! 

Et cette aura se lit dès que l’on pénètre dans la salle de cette brasserie Art Déco follement charmante. C’est simple, tout n’est que bon goût et espièglerie bien élégante. Des banquettes coupées dans un moleskine rouge-bordeaux. Aux murs, les affiches de Raymond Savignac signent tout l’esprit bon enfant de cette brasserie qui vise le bien vivre. 

L’affichiste Parisien qui trouva à Trouville une ville en parfaite écho avec son esprit allègre et frétillant — rieuses, ses affiches trônent désormais sur les murs de cette brasserie ô combien iconique. C’est d’ailleurs Savignac qui a signé la radieuse affiche de la brasserie Les Vapeurs. 

Et son nom même raconte un pan de l’histoire de Trouville. Car en 1927, le pont de Tancarville n’existant pas encore, ce sont les bateaux à vapeurs qui effectuaient la liaison avec le Havre… Débarquant, juste en face de ce bistrot, les mondains et autres élégantes en villégiature. 

Dès les années 30, tous les acteurs, les comédiens… Toutes les âmes d’esthètes qui ont fait l’âge d’or du cinéma et de l’art, aussi bien Français qu’international, y trouvent déjà leur compte.

Les Vapeurs ont ainsi conservé tout le cachet de leur époque — restée dans son jus, la brasserie compte ainsi pour être une bulle hors du temps où l’on savoure et l’on se remémore la grande tradition Française.
Peu étonnant alors de savoir que les stars Américaines en goguette à Trouville-Deauville le temps du Festival du Cinéma Américain trouvent toujours le temps d’y passer… Le propriétaire des lieux, Jérôme Meslin, mais surtout le maître d’hôtel, Hervé Tranquille, y veillent depuis 37 ans.

La Brasserie Iconique de Trouville

Plantée face au marché aux poissons, la brasserie Les Vapeurs a fait son succès sur des produits frais et locaux — que l’on déguste dans un décor fantasmagorique. On vient ici pour l’atmosphère du lieu; et pour les spécialités cuisinées sans chichi, mais avec beaucoup de lyrisme. 

Fricassée de bulots de Granville. Crevettes chaudes. Moules ou plateaux de fruits de mer gargantuesques et solaires. Petite friture trouvillaise. Huîtres creuses de la baie de Saint-Vaast-la-Hougue… Qu’on arrose volontiers du Calvados typique de la région — avant de ponctuer ces délices gastronomiques d’une tarte normande ou d’un sorbet, là encore au Calvados.

Au murs les dédicaces ne mentent pas. « C’est toujours aussi fou, merci » signait Johnny Hallyday. Car oui, Les Vapeurs, c’est cette brasserie iconique de Trouville. Une brasserie de charme et de traditions culinaires qui vise, avant tout, le plaisir et la convivialité. La douceur et la légèreté en plus. Qui en fut conquis? 

Il y eut Françoise Sagan et Michel Serrault. Il y a à présent Gérard Depardieu, De Niro, Tom Hanks, et Steven Spielberg. Eux qui, entre deux projections au Festival du Cinéma Américain de Deauville, s’y font joyeusement emmener pour goûter cette cuisine simple, fraîche et finalement succulente. C’est là le coeur de l’art de vivre Normand ! 

Trouville, Plus Ancienne Station Balnéaire de Normandie

A la différence de sa voisine Deauville, Trouville jouit d’une aura un brin moins huppée. On la dit bohème, tendre et chic ! 

Trouville, Un Charme Qui Ravit Les Coeurs

Comment devient-on le lieu de villégiature iconique du Tout-Paris? L’histoire de Trouville l’illustre à merveille — une histoire qui lie de grands peintres et auteurs à des investisseurs de talents. 

1825. Trouville n’est alors qu’un village de pêcheurs lorsque le peintre Parisien Charles Mozin y capture un charme qui ravit son coeur. C’est par lui que Trouville va, une première fois,être introduite au gotha de la capitale. Car voici bien la genèse de la plus ancienne station balnéaire de Normandie — un peintre qui en figea la beauté et le mystère sur des toiles devenues légendaires. 

En 1825 donc, le peintre Charles Mozin fait de Trouville la vedette d’une série de toiles qu’il introduit sans mal à Paris, dans les salons mondains. Dès lors, le charme agit. La bonne société Parisienne s’éprend immédiatement de ce petit bout de mer, pas si loin de la capitale — et contrairement à Dieppe, Trouville-sur-Mer présente l’élégance d’un sable fin, parsemé de coquillage. 

Et ce n’est pas tout. La vogue pour les bains de mer en provenance directe d’Angleterre ne pouvait laisser Trouville sur la touche. Concomitant au développement du chemin de fer, c’est cette double conjoncture qui va mener le Tout-Paris sur la route de Trouville. Mais il fallait encore mettre en mots ce qu’on allait y trouver. Pour cela, c’est à Alexandre Dumas père que l’on doit d’être considéré comme « le découvreur de Trouville. »

Il y séjourna en 1832, alors à la recherche d’un coin retiré du monde et de la houle mondaine. Dans ses mémoires, il se rémora ainsi sa rencontre avec Trouville: « […] Arrivé au Havre, je me mis en quête d’un endroit où passer un mois ou six semaines ; je demandai un village, un coin, un trou, pourvu qu’il fût au bord de la mer ; on me nomma Sainte-Adresse et Trouville. […] et ayant appris que Trouville était encore plus isolé, plus perdu, plus solitaire que Sainte-Adresse, j’optai pour Trouville. […] 

Puis je me rappelai, comme on se rappelle un rêve, que mon bon ami Huet, le paysagiste, le peintre des marais et des grèves, m’avait parlé d’un charmant village au bord de la mer où il avait failli s’étrangler avec une arête de sole, et que ce village s’appelait Trouville. […] ll y avait au Havre infiniment plus d’occasions pour Rio de Janeiro, pour Sydney ou pour la côte de Coromandel qu’il n’y en avait pour Trouville. Trouville, comme latitude, était alors à peu près aussi ignoré que l’île de Robinson Crusoé ».

Aussi ignorée que l’île de Robinson Crusoé, Trouville ne le resta pas longtemps. Car déjà, Trouville est en train de se muer en lieu de villégiature où le charme opère. Dans tous les sens du terme. 

C’est ici que Gustave Flaubert connaît, à l’âge de 15 ans, ses premiers émois sentimentaux — sur la plage, il tombe sous le charme d’Elsa Schlésinger. Cet amour à sens unique lui inspira le personnage de Mme Arnoux, dans L’Education sentimentale… 

Trouville par son atmosphère pittoresque et ses embruns de bout du monde sert ainsi de décor à nombre d’impressionnistes. Claude Monet y peignit, dans les années 1870, Camille Assise sur La Plage de Trouville. Ou encore  La plage de Trouville. Ainsi l’imaginaire de l’époque est-il titillé par cette image d’un village où tout semble être magnificence, calme et volupté. 

Pour accueillir ce beau monde à l’exigence racée, c’est d’abord l’hôtel de Paris qui est construit. Et son nom démontre bien la fascination qu’exerce déjà Trouville sur les Parisiens. Érigé en 1840 sur le front de mer, il accueille ces étrangers du dedans venus découvrir les bains de mer, et la Côte fleurie. 

Quelques 26 ans plus tard, c’est l’hôtel des Roches Noires qui est bâtit dans un luxe devenu typique de Trouville. Cet hôtel, construit par l’architecte Alphonse-Nicolas Crépinet, s’agrandit au fur et à mesure que Trouville gagne en réputation.  75 chambres à l’origine, puis 300 chambres en 1913… Claude Monnet l’a encore figé dans l’une de ses toiles. 

Des ruelles pavées, des bateaux de pêche et un artisanat encore inconnu — Trouville gagne le surnom de « Reine des plages. »

Il n’en faut pas plus pour que des entrepreneurs aguerris et de riches familles choisissent d’y faire bâtir des villas somptueuses; aujourd’hui somptueusement conservées. 

Trouville, Lieu De Villégiature 

Dès 1847, le casino de Trouville fait se déplacer les foules. On s’y imprègne d’une oisiveté bien inspirée — tant il devient l’épicentre d’un mode de vie balnéaire. C’est ici même que le sculpteur trouvillais Gustave Binant y inventa les petits chevaux. Ici, encore, que les cocottes de la Belle Epoque y trouveront leur compte. Mais en attendant, Trouville est surtout le lieu où il faut investir. 

Et l’époque est à l’audace architecturale. Alors on construit des villas qui mêlent toutes les beautés architecturales du monde. Une villa mauresque piquée d’un escalier renversant. Une autre villa persane en brique polychrome, destinée au Prince Sagan. Une autre bâtisse digne d’un château, érigée là pour la marquise de Montebello… On se surpasse pour combler les attentes Trouvillaises, comme titillées par tant de récits picturaux ou romanesques. 

D’ailleurs le charme de Trouville ne s’est jamais tari. Lorsque Marcel Proust se rend à Trouville, il loge à l’hôtel des Roches Noires. Lorsque Marguerite Duras décide d’y acquérir un bien, c’est dans ce même hôtel, devenu entre temps une résidence privée, qu’elle achète un appartement faisant face à la splendeur de la mer ! 

Que reste-t-il alors de ce lieu de villégiature au charme épatant? Des brasseries typiques ayant traversées le temps sans une once de prétention — les Vapeurs avec leur nom évoquant ce glorieux passé ! Ou encore Deauville. La ville voisine qui fut construite pour directement concurrencer la beauté et l’attrait de Trouville. Désormais complémentaires, ces icônes de la côte Normande n’ont décidément pas fini d’inspirer les artistes. Il n’y a qu’à suivre la 46ème édition du Festival du Cinéma Américain de Deauville, s’il fallait s’en convaincre.