Le Pardessus Cuir Grainé Hermès de l’Automne/Hiver 2018

hermes_automne_hiver_2018_icon_icon_sebastien_girard.jpg

Nadège Vanhée-Cybulski a une fois encore présenté sa collection pour le mythique sellier parisien dans un cadre extérieur. C’est au sein d’un des deux jardins du lycée Victor-Duruy, à Paris VIIe, qu’Hermès introduisait sa collection Automne/Hiver 2018/19. Et il s’agit de l’une des plus instinctives de l’actuelle directrice artistique depuis son arrivée à la tête de la maison. Il faut dire que Nadège Vanhée-Cybulski semble aujourd’hui parvenir à épouser les icônes et les gimmicks Hermès de façon plus spontanée. C’est ainsi que l’on retrouve une collection comme une ode à la matière fétiche de la maison – pièce-phare de l’Automne/Hiver 2018/19, le pardessus cuir grainé rouge honore en effet nombre des codes du sellier.

            Pièce coupée dans un veau grainé des plus sensuels, le pardessus Hermès brille de par son apparente simplicité. Un chic sans excès, un raffinement sans tapage – chez Hermès, les pièces témoignent d’une recherche savante dans la matière. Comme à l’habitude, le talent des ateliers travaille et transforme le cuir avec une finesse exceptionnelle – il n’y a en effet aucune rigidité dans ce cuir signature. Matière première de la « sophistication chuchotée » du sellier, le pardessus grainé rouge de l’Automne/Hiver 2018/19 se pique d’éléments rock pour une allure encore plus contemporaine. Chic au possible, la silhouette ici portée par Hayett McCarthy est incontestablement l’apanage de la grammaire Hermès.

            Dans le pur respect de l’ADN de la maison, Nadège Vanhée-Cybulski présente ainsi une pièce très contemporaine, prolongée de ses savoir-faire ancestraux. La griffe du 24 Rue du Faubourg Saint-Honoré développe donc pour la saison prochaine un pardessus au minimalisme certain – coupe nette, quatre poches et une ceinture… Rien de plus n’est nécessaire pour signifier tout le panache de cette silhouette. Structuré, mais sans entraver le mouvement, le pardessus cuir grainé rouge est assurément l’une des pièces de l’hiver prochain.

Le Cuir Epi, la Griffe Emblématique de Louis Vuitton

epi_1.jpg

Fondée en 1854, la maison Louis Vuitton est littéralement née par et pour le voyage. Dans un monde où les progrès techniques permettent enfin de relier les quatre coins de planète, un certain Georges Vuitton voit l’intérêt grandissant de ces contemporains pour les nouveaux moyens de transport. Ni une ni deux, le voici qui s’intéresse de près à la vie nomade et, fait de sa spécialité les caissons de transport. C’est par exemple le Steamer-Bag, ce sac de bord imaginé par la maison pour se plier et se déplier sur un paquebot, une voiture ou un chemin de fer. Il est vrai que les pièces du malletier Louis Vuitton facilitent avec un chic démesuré le concept de bagage. Tout le monde connait ainsi la malle Vuitton – mais combien savent que celle-ci tient toute sa renommée en ce qu’elle fut la première à s’adapter à ce moyen de transport révolutionnaire qu’était alors la voiture ? Mieux, l’entreprise Vuitton est si attachée à révolutionner elle-même la bagagerie qu’elle tient à innover dans tous les domaines : les objets Vuitton ont une optimisation particulière, mais surtout une matière particulière. Le cuir épi est ainsi né en 1920 lorsque Georges Vuitton et son fils Gaston-Louis ont l’idée de retranscrire sur une matière plus que résistante l’ondoyance des champs de blé sous le soleil. Sophistiqué, robuste, inrayable, le cuir épi se définit alors comme un cuir gravé  imprimé par deux bains procédant ainsi à une différence de tons entre la couche profonde et celle de surface.

C’est en 1926 que le cuir épi est utilisé pour la première fois. Aimant à réaliser des commandes spéciales, tout en prônant le goût du sur-mesure, Louis Vuitton a ici composé une pièce depuis devenue mythique. La tea-case du Maharaja est en effet le tout premier object confectionné à partir du cuir épi – dès lors ce cuir n’a cessé d’être utilisé pour sa beauté, et sa capacité à épouser les couleurs les plus ardentes. La réputation de la maison est faite et, Louis Vuitton est mondialement reconnu pour être le malletier le plus doué et le plus innovant. Aujourd’hui encore, la philosophie de la confection Vuitton est la même : « La concentration n’a pour complice que la précision du geste : découper finement les arrêts, brunir une tranche, comme piquer au fil enduit de cire d’abeille pour que celui-ci se rétracte peu. Combat de quelques millimètres parfois qui peuvent tout remettre en question. A l’ombre des machines à coudre ; les doigts se préparent, parlent, marquent leur avancée, avec une alène faite pour percer les points en biais… De fil en aiguille, la mémoire se transmet, à la lumière de l’expérience et des secrets. » En 1930, le grand chef d’orchestre Américain Leopold Stokowski commande ainsi un secrétaire-bureau fait en cuir épi.

Depuis, le cuir épi a signé nombre de sacs iconiques – en 1985, il devient l’épithète de sa propre ligne. La ligne Epi se veut l’expression d’un design vigoureux et rassurant. Et, à partir de ce cuir grenu et résistant, le succès ne pouvait être que durable. Lorsque Nicolas Ghesquière prend la direction artistique de la maison en 2014, c’est donc pour offrir une toute autre vision du cuir épi. Sa collection inaugurale fait la part belle à la matière quand, toute l’attention est retenue par cette Nano  Malle . Quand les manteaux se font aussi robustes et nobles que la peau tannée des bagages mythiques, c’est la malle Vuitton, emblème visionnaire, qui se pense dans une version inédite entre minaudière et petit coffre à trésor. Sublime alliance d’un savoir-faire ancestral et de l’audace Ghesquière, la Nano Malle en cuir épi se veut la réponse aux nouveaux besoins de nomadisme tout en légèreté. Et, depuis sa création, l’icône est évidemment de tous les plus beaux looks et tapis rouge !

Le Léo de Robin Day

posts-26.jpg

Robin Day, designer britannique très réputé, s’est imposé dans le monde de la création par sa célèbre Polyprop : première chaise réalisée en polypropylène moulé par injection, elle est fonctionnelle et empilable. Quelques années plus tard, il imagine un fauteuil anguleux, aux lignes pointues et viriles. Fait de cuir et non de plastique pour une version haut de gamme, le Léo voit alors le jour, en 1965. Aussi bien destiné aux professionnels qu’aux particuliers, il offre un confort et une assise exceptionnels. Son slogan le confirme : «Léo fonctionne très bien au bureau et se sent chez lui chez vous».

Une petite perle du mobilier moderne qui n’échappe pas à l’oeil affûté de Ken Adam, décorateur officiel de la série des James Bond. C’est ainsi que l’on retrouve à l’écran, en 1967, Sean Connery s’y reposer entre deux courses-poursuites dans On ne vit que deux fois. De par sa naturelle distinction et son élégance charmante, l’acteur écossais assied la réputation du fauteuil Léo, qui incarne désormais la classe et l’intemporalité au masculin. 

Cette année, Loft décide de rééditer cette version à piétement fixe, ainsi que de nombreux autres classiques de Robin Day. Entreprise en collaboration avec le designer britannique depuis 2000, Loft présente alors le fameux Léo, aux pieds en acier chromé et déclinable en cuir beige ou noir. S’il s’inspire de son prédécesseur, il s’inscrit néanmoins dans une modernité contemporaine, ce que nous explique Andrew Donoghue, directeur de Loft : «il est moins volumineux, plus fonctionnel et d’un confort inégalé une fois équipé de son ottomane». Une expérience délicieuse et relaxante, digne des plus grands maîtres en espionnage.

Le Spencer en Cuir Balmain Printemps-Été 2016

spencer_balmain_2.jpg

Chez Balmain, on aime montrer qu’il n’y a pas de standard : « la femme n’est pas un porte-manteau, elle a du caractère ! » La saison Printemps/ Eté 2016 fut ainsi l’occasion pour le directeur artistique de la maison de faire appel à sa Balmain Army pour le démontrer : Doutzen Kroes, Gigi Hadid, Joan Smalls, Allessandra Ambrosio ou Kendall Jenner, toutes ont bel et bien incarné les visages des femmes Balmain. Olivier Rousteing, lui, par le biais de nombreuses matières et de coupes, a une fois de plus mis en avant toute la créativité qui s’opère dans la maison Parisienne.

Il se permet tout, surtout quand il s’agit de réhabilité le déshabillé, toute en modestie. Des pièces originales, charnelles et insolentes, là est la trame de la prochaine saison Balmain. Coupées dans la soie, la dentelle, la résille ou le cuir, ce dans des proportions nouvelles, les bases du vestiaire se réinventent. Pour preuve, le spencer qui ici se déploie dans une version graphique et croped – high texture, une fente discrète et drapé ouvre le buste pour faire l’allure d’une femme conquérante et sexy. Une glamazon sans peur qui, pour le printemps prochain, conserve la sexyness comme ligne de base de son dressing.

La Veste Perfecto Bouchra Jarrar Printemps-Été 2016

bouchra_jarrar_perfecto2.jpg

C’est dans la tranquillité et l’intimité de son atelier du premier arrondissent que Bouchra Jarrar a présenté sa collection Printemps-Été 2016. Une collection composée comme un vestiaire de pièces essentielles et classiques, où éléments masculins et féminins s’éprennent à fusionner. La fondatrice de la maison éponyme met ainsi en place une mode fonctionnelle et portable, où c’est le détail qui se charge de sublimer la silhouette tout en subtilité. Une véritable leçon d’épure.

Ainsi la veste perfecto s’imagine dans une veine raffinée dirigée dans un esprit “allure couture moderne“. La superposition est de mise ; une superposition d’intention et de graphisme : un peu long, un poil oversized, taillé comme il faut, le perfecto s’imagine à revers noir sur motif graphic duochrome, tandis que des découpes douces affinent l’allure de la pièce. Les pans deviennent motif quand les références animalières se brouillent dans un monochrome appréciable…

La Robe Bustier Versus Versace Printemps-Été 2016

bustier2.jpg

C’est dans un esprit biker qu’Anthony Vaccarello, le ancien directeur créatif de Versus Versace, ancre sa femme Versace pour la saison prochaine. Cuir, métal et médaillons siglés, le défilé eut lieu dans un sous-sol pour l’occasion transformé en boîte de nuit, avec un gig live! “Show-now, buy-now, wear-tomorrow collection” : un raccourci de la disponibilité de la mode qu’aucune autre maison ne maîtrise avec autant de détachement.

Mais Versace n’est pas sans un certain style du tailoring. Graphique et ultra-contemporain, les pièces ruisselaient de sexyness – à l’instar de la robe bustier coupée dans un cuir noir ébène. Estampillée de médaillons tantôt gravés V, tantôt S, tantôt lion-head, la robe bustier Versus Versace jouit d’une haute désirabilité tant le tombé se fait mou et naturel. Le mieux : elle est déjà disponible !

Le Pantalon Moto Alexander Wang Printemps-Éte 2016

wang.jpg

« Pas de concept. » Pour la saison prochaine, Alexander Wang a refusé de mettre en plie son inspiration sous une quelconque conceptualisation. Cette année, et comme à ses débuts, le pape du cool New-yorkais remet en avant l’ethos de la rue : « Nous sommes toujours à nous demander ce qui est moderne. Eh bien, ce qui est moderne est ce qui est juste en face de nous » a-t-il glissé dans les coulisses, résumant toute la philosophie de sa collection.

Et la collection elle-même était typique d’un Alexander Wang au sommet de son art : cool et un peu vulgaire sur les bords, mais dans une maîtrise parfaite des matières et de la coupe. Le New-yorkais parvient une fois encore à encenser la rue avec un glamour échevelé, et une attitude aux antipodes du style traditionnel et clinquant de la Grosse Pomme. Parmi ses looks, le pantalon de moto résume l’emprunt et la réappropriation si chers à Alexander Wang. Coupé dans un cuir épais, le pantalon reprend le style de coupe et de couture propres aux hommes ; tombant légèrement sur des hanches presque absentes, le pantalon de moto Alexander Wang renforce et élève l’incarnation du tomboy, dans une attitude confidente et une allure simplement très cool.

Les Indémodables Tropéziennes

trop.jpg

L’idée vint à l’imagination de Domique Rondini, bottier toscan venu ouvrir un atelier de cordonnerie dans la cité du bailli de Suffren, dans le village de Saint-Tropez. Nous sommes en 1927 et au début de la décennie, un homme – Monsieur Robert, a remis à la mode la spartiate, cette « sandale grecque » dont il a copié l’allure et les mesures sur une antique statue. Il la nommeTropézienne. Entièrement plate, toute de cuir, sobre, souple et robuste, la sandale est faite pour résister à l’eau et au sel. Ainsi en 1927, Rondini ouvrit son atelier et une boutique de sandales pour y fabriquer pièce par pièce sa tropézienne – c’est aujourd’hui toujours la seule boutique.

Aujourd’hui tout se passe encore comme hier : c’est dans l’atelier, situé dans l’arrière boutique, que la famille Rondini pense et produit ses tropéziennes. La sandale originelle n’a pas de boucle sur l’arrière, et ce afin de ne pas « gâcher la ligne ». Au fil des générations, la maison Rondini a élargi son offre à une trentaine de modèles. Ils restent des artisans, loin du tumulte créatif des businessmen. Dans les premiers temps, Domique Rondini ne présente à la vente qu’un unique modèle, fait à la main. Il attire l’oeil de Colette et celui de Marlène Dietrich. De ce cuir naturel se dégage comme un chic décontracté et libre. Une french touch, faite à partir de cuirs français tannés à l’écorce de chêne.

En 1933, une autre marque prend ses marques à Saint-Tropez et tombe sous le charme de la tropézienne : K. Jacques stylise alors la sandale. Les deux maisons ne sont pas pour autant rivales : la famille Keklikian collabore avec Karl Lagerfeld, Isabel Marant ou encore Vanessa Bruno, parfois avec réticence, optant pour un ancrage mode et tendance, tandis que la famille Rondini préfère s’inscrire dans la tradition. Il faut d’ailleurs attendre le fils de Dominique Rondini – Serge – pour voir s’agrandir la gamme : les lignes se travaillent alors à mesure que les Indes, l’Egypte, le Sahara et Capri les inspirent. Tandis que K. Jacques est plébiscité dans les années 30 par des artistes, des personnalités et des politiques, pour ces 20 à 30 modèles annuels, la famille Keklikian poursuit sa découverte de nouvelles couleurs, l’usage d’autres matières comme le veau ou le python ; tout en même temps qu’elle prend soin de garder l’essence fonctionnelle de la sandale. Et c’est dans ce style épuré où l’on trouve le secret de longévité de la simplissime chaussure. Vues aux pieds de Kate Moss ou d’Inès de la Fressange, une chose est certaine : il y aura toujours des tropéziennes.