L’Allure Loulou De La Falaise En Campagne YSL A/H 2020

Anthony Vaccarello et Juergen Teller présentent une campagne sobre et allurée d’esprit sixties !

Elle fleur bon l’esprit Rive Gauche — YSL Rive Gauche. La nouvelle campagne YSL pour l’Automne/Hiver 2020 orchestrée par l’actuel directeur artistique de la maison, Anthony Vaccarello, joue en effet des accents de photos devenues iconiques. Comme celle du fondateur Yves Saint Laurent lui-même, posant flanqué de ses deux muses absolues, le jour de l’ouverture de la fameuse boutique Yves Saint Laurent Rive Gauche qui révolutionna la mode, pour un long moment !

C’est en effet en 1969 qu’Yves Saint Laurent révolutionna le prêt-à-porter. Une vision du luxe moins outrée qui figea l’allure YSL dans l’esprit de tous !

Ainsi capturée par le non moins révolutionnaire Juergen Teller – on lui doit bien la révolution de l’imagerie mode opérée dans les années 90 – la campagne YSL pour la saison à venir tient bien de cet esprit plus anti-conformiste encore.

Campée par Grace Hartzel, la femme Saint Laurent distille un esprit bohème. Le foulard ainsi noué dans les cheveux n’est pas sans rappeler celui adoré par Loulou de la Falaise ! Quant à ce blond cendré, et cette frange étirée… On devine sans hésiter la silhouette de Betty Catroux.

Une composition photographique en noir et blanc qui fige un peu plus l’idée d’un style intemporel et franchement dynamique. Le style YSL.

Brigitte Bardot, Icône De Mode

Son oeil charbonneux et sa chevelure désinvolte incarnent tout du style Bardot. Un style qui tient d’abord d’une attitude — incandescente et spontanée – qui a érigé nombre de pièces en icônes !

Dans la préface du livre qui célèbre Le Style Bardot, par Henry-Jean Servat, Brigitte Bardot écrit: « Je m’habillais comme je me coiffais, au coup de cœur selon mon envie du moment. J’ai porté des robes élégantes de grands couturiers, mais aussi des tenues bohèmes ravissantes anti-conventionnelles, des trucs que je dénichais par hasard et qui devenaient à la mode ! Je suis fière d’avoir créé un style qui ne se démode pas puisque je n’ai jamais été à la mode ! »

Car c’est bien cela l’essence de l’icône de mode que fut Brigitte Bardot — l’audace d’une femme à contre-courant des conventions, notamment féminines.

Le Style Brigitte Bardot Et Les Maisons De Mode

Si le style Bardot et d’abord celui de l’effortless, l’icône des années 60 et 70 fut aussi habillée par les couturiers de son temps.

Bardot et Les Couturiers

Bardot et les couturiers, c’est d’abord une histoire d’époque. Dans les années 50 et 60, c’est en effet vers la maison Christian Dior et son New Look que la jeune Brigitte Bardot se tourne.

Découverte en 1949 en Une du magazine ELLE, Brigitte Bardot joue bien souvent les modèles. La même année, elle incarne pour la maison Dior une féminité voluptueuse et très élégante dans cette robe signée de la main de Monsieur. Une robe baptisée Miss Dior.

Car à l’aube des années 60, c’est dans des robes et des jupes à volants infinis que Brigitte Bardot aime à être vue. Pour des cérémonies, des galas ou des réceptions aux quatre coins du monde, celle qui n’a pas encore envoyé valser les conventions de la haute bourgeoise se montre dans des créations Dior.

Une robe rouge vermillon, comme en 1957 pour un gala à Munich. Il n’était pas rare de voir ainsi Brigitte Bardot autour de la mythique boutique Dior du 30 Avenue Montaigne.

L’autre couturier favori de Brigitte Bardot, c’est Pierre Balmain. Avec la ligne Jolie Madame, elle s’appuie sur ce couturier hors-pair pour incarner certains de ces rôles. Comme en 1956, dans le film ‘La Mariee Est Trop Belle’.

Mais voilà, les tonitruantes années 60 sonnèrent l’avènement d’une toute autre Bardot. Figure de proue d’une émancipation qui a envoyé valser les codes de la bourgeoisie et les pièces qui vont avec, Brigitte Bardot va porter haut de nouveaux couturiers bien en phase avec leur époque — elle devient BB.

Devenue un phénomène planétaire avec le film ‘Et Dieu Créa la Femme’ de Roger Vadim en 1956, Brigitte Bardot va incarner plutôt qu’initier le Youthquake.

C’est ainsi qu’elle va tour à tour mettre en vedette des couturiers de la trempe de Yves Saint Laurent, ou encore Paco Rabanne. Paco Rabanne qui, en 1966, lui taille sur-mesure une robe à partir de sa matière industrielle de prédilection.

Avec Yves Saint Laurent, Bardot partage le goût des pièces simples mais riches d’émancipation. Le smoking, le caban et tant d’autres icônes de la maison, Brigitte Bardot va en faire ses pièces iconiques.En 1968, elle s’affiche en Saint Laurent à la première de Shalako, à Londres.

Mais c’est au couturier Jean Bouquin qu’elle confie son style à partir du milieu des années 60 — un style plus groovy et hippie qui l’accompagne de Saint Tropez aux écrans de cinéma !

Elle écrit ainsi: « Celui qui sut mieux que personne m’habiller, me chiffonner, me pavoiser, me déguiser, me dénuder, me sexyfier, me parer et me désemparer. L’unique, le seul, l’irremplaçable Jean Bouquin.

[…] Ces étoffes somptueuses qu’il me tournicotait autour du corps, parures de déesse, soies arachnéennes […] Jean me couvrit de « foulards-robes », de « mini-maxi » indiennes, de chaînes afghanes, de « pantalons-jupes », de coloris fondus et acidulés. Il fût l’inventeur de cette mode extravagante dite hippie que je portais avec tant de joie, qui me colla à la peau pendant tant d’années et qui revient aujourd’hui en force dans tous les journaux à ma mode ! »

Le Vichy Et Jacques Esterel

En parlant de sa mode justement, c’est à Brigitte Bardot et à Jacques Esterel que l’on doit l’intronisation du vichy. Et quelle intronisation ! Désignée la femme la plus belle du monde, Brigitte Bardot a vu ses faits et gestes être scrutés et copiés dans le monde entier.

Incarnation de la femme incandescente, libre et hors catégorie, son mariage en juin 1959, à avec l’acteur Jacques Charrier fait évidemment la Une de la presse. Mais voilà, en sortant de la mairie ce jour là, Bardot a une nouvelle fois fait chavirer les conventions avec une robe de mariée très peu conventionnelle.

Taillée dans un imprimé à carreaux roses et blancs, surmontée d’un petit col Claudine en dentelle anglaise, doublée d’un jupon ample — la robe de mariage de Bardot est alors une robe à imprimé Vichy. Jusque là réservé aux nappes et autres draps de table traditionnels… Brigitte Bardot et Jacques Esterel ont engendré une nouvelle révolution esthétique.

La robe est sortie des ateliers du faubourg Saint-Honoré de Jacques Esterel. Il racontait ainsi vouloir une pièce aussi raffinée et audacieuse que celles de Marie-Antoinette. « J’ai dessiné une robe qui me rappelait les petites bergères du XVIIIe siècle. »

Et si les audaces à la Bardot sont aujourd’hui reconnues dans le monde entier pour avoir posé les jalons d’une mode et d’une attitude devenue la norme, elles n’ont pas toujours été bien accueillies.

Ainsi Brigitte Bardot elle-même se confiait sur l’une d’elles… « A l’Elysée, entre autres, en 1967 : invitée par le général de Gaulle à une réception des arts et des lettres, je suis arrivée les cheveux défaits, en pantalon et veste militaire d’opérette à brandebourgs. Sa femme ne pouvait pas me voir. »

Qu’à cela ne tienne, Brigitte Bardot était devenue BB dans le monde entier.  Au cinéma, en 1963, dans ‘Le Mépris’ de Jean-Luc Godard, elle fait du bandeau une icône des années 1960. Une icône du style moderne même, puisqu’au aujourd’hui encore nombre de ses pièces qui passaient à l’époque pour des audaces stylistiques sont devenues des basiques intemporels…

Et c’est surtout pour ses tenues de ville que le style Bardot s’est ancré dans la mémoire collective.

Le Style Bardot A La Ville

Cuissardes, Repetto Et Col Bardot

A la ville surement plus qu’à l’écran le style Bardot s’est imposé comme le modèle à suivre. Et en parlant de modèle justement, avant d’en devenir un, Brigitte Bardot se destinait à devenir danseuse étoile. Ayant suivie une formation de danseuse de ballet à l’Opéra de Paris, Brigitte Bardot a inspiré une ballerine devenue iconique.

Car c’est bien à sa demande que Rose Repetto a imaginé la mythique ballerine BB, aussi appelée Cendrillon. Une ballerine que Bardot destinait d’abord à son rôle dans ‘Et Dieu Créa La Femme’, de Roger Vadim… Une ballerine qui figure la première création Repetto destinée à être porter dans la vie de tous les jours. Et Bardot l’a portait bien tous les jours !

« Elle a été l’étincelle qui a déclenché les choses. Les gens voulaient avoir le même produit qu’elle. Elle est devenue un symbole de l’émancipation des femmes. Elle a rompu avec les codes de l’époque » déclarait ainsi Jean-Marc Gaucher, actuel directeur général de Repetto.

Dans le même esprit, c’est l’adoration de Bardot pour les cols à large encolure qui imposa la mode, en même temps que son nom à cette ligne toute en sensualité. Les cols Bardot furent en effet l’attribut même du style Bardot — dévoilant sensuellement le cou et les épaules, ils soulignaient la fougue Bardot sans jamais l’exagérer.

Et ce n’est pas là le seul attribut du style Bardot à la ville. Sur elle, un simple t-shirt prenait des allures folles. D’ailleurs, on la voyait souvent simplement habillée d’un jean et d’un t-shirt — déambulant pieds nus dans les rues. Un chic désinvolte qui trouve, peut-être, un écho plus retentissant encore dans les cuissardes.

Véritable phénomène culturel, Brigitte Bardot a ainsi popularisé plus d’une pièces. Lorsque Serge Gainsbourg lui écrit pour la voir interpréter la chanson Harley Davidson, c’est en cuissarde qu’il la fait jouer. Mais Bardot n’a pas attendu Gainsbourg pour les chausser.

Elle apparaissait déjà vêtue de ces bottes, véritables chaussures de l’émancipation féminine des années 60 ! Mais c’est véritablement le style Riviera de Brigitte Bardot qui a largement répandu l’idée d’une femme qui « n’a besoin de personne » pour décider du degré d’exposition de son corps.

Le Style Riviera A La Bardot

Et voilà bien ce que Brigitte Bardot laisse en héritage aux femmes du monde entier. Son style Riviera qui, on peut le dire, s’esquisse en 1953 dans ‘Manina, La Fille Sans Voiles’ de Willy Rozier.

Sorti en 1953, le film contribue très largement à démocratiser le bikini. Car jusque là, sur les plages Françaises, Italiennes ou Espagnoles, les femmes se voyaient contrôler la longueur de leur maillot de bain… Interdit en 1949, il est peu à peu réhabilité face à l’engouement provoqué par ce film. Avant Ursula Andress dans ‘James Bond contre Dr. No’, Brigitte Bardot avait ainsi déjà imposé le bikini à l’écran !

Et à la ville — habituée de Saint Tropez depuis sa tendre enfance, Brigitte Bardot concourt ainsi à l’avènement du petit village de pêcheurs en haut lieu de la jet-set. En 1956, elle incarne bien toute la fougue des jeunes filles de son temps dans ‘Et Dieu… créa la femme’. Le style Riviera était né.

Car, à la ville comme à l’écran, Brigitte Bardot a fait du pantalon corsaire, du pull marin et des pieds-nus sa tenue iconique pour déambuler dans le village Provençal. A force de photos volées, ou d’éditoriaux, comme celui réalisé à Saint Tropez par Willy Rizzo, en 1958… Sa silhouette éminemment sensuelle dans des pièces si simples a fini par faire Ecole.

On n’imagine plus un vestiaire de vacances sans ces indispensables.

Finalement, Brigitte Bardot demeure une source d’inspiration contemporaine pour les maisons de mode, les filles et les femmes du monde entier. Désinvolte et glamour l’air de rien, elle incarne la femme émancipée dans un mélange de sophistication, de masculin-féminin et de laissez-faire, somme toute très Français.

Le Noeud Dior, Une Grammaire Élégante


L’esthète que fut Christian Dior a longtemps été inspiré par le patrimoine de la mode Française — notamment du temps de la cour… Le noeud, icône Dior, tient de cela.

La Duchesse de Fontanges, Christian Dior Et Le Noeud

On le sait, la mode de Christian Dior doit beaucoup à son enfance passée à Granville. Là, où, les dernières traces de la Belle Epoque pouvaient se lire sur la toilette des élégantes. Quelques rares photos de la famille Dior montrent ainsi tout le romantisme de la mode des années 1900. Une photo accroche cependant l’oeil — celle d’un jeune Christian Dior portant un noeud. Ce nouer aurait pu être anodin si, des années plus tard, il n’était au coeur de la couture de Monsieur.

Cultivé et inspiré du patrimoine Français, Dior a en effet pioché plus d’un tics de sa couture dans ce répertoire. Le noeud, à l’instar de la ligne corolle , est directement lié à sa fascination pour l’apparat de cour. La Duchesse de Fontanges, icône de mode de l’époque, lui aurait donc inspiré tout le charme des noeuds. Elle-même laissa son nom à la postérité dans ce que l’on nomme une fontange. Dans cette iconographie, Dior repère aussi la passion de Marie Antoinette pour les noeuds et les rubans; d’une folle délicatesse …

Il y a dans ces noeuds toute la sophistication que Christian Dior veut, au lendemain de la guerre, rendre à la femme moderne. « J’aime que les noeuds finissent un décolleté, garnissent un chapeau, ferment une ceinture. Petits, grands ou énormes, je les aime dans tous les styles et toutes les matières » a-t-il un jour déclaré.

Miss Dior Et Le Noeud

Pourtant, avant d’apparaître dans la couture même de la maison Dior, le noeud est vu pour la première fois dans une publicité. Une illustration de René Gruau pour le lancement du Miss Dior met en scène un cygne voguant avec délicatesse, un ravissant noeud noir autour du cou. Immédiatement, le noeud vint symboliser le Miss Dior.

Inspiré du dessin, c’est en 1950 que Christian Dior décide de modifier l’apparence de sa bouteille — désormais, l’imprimé pied-de-poule gravé sur le fond de la bouteille, un noeud vient en twister l’apparence. La bouteille comme nous la connaissant aujourd’hui était née.

Mais entre 1948 et 1949, le noeud commençait à entrer dans la couture de Monsieur. Le New Look ayant déjà fait sa révolution à coup de lignes strictes mais fluides, le noeud venait en fait adoucir encore un peu plus l’allure Dior. Avec le muguet, le noeud devient essentiel à Christian Dior — féminin et frivole, il signe le plus souvent des robes cocktail et robes du soir d’une préciosité jamais affectée.

Le Noeud Dans La Couture Dior

C’est néanmoins à Yves Saint Laurent que l’on doit au noeud Dior d’être devenu iconique. Le jeune couturier, remplaçant Dior tout juste défunt en 1957, organise rapidement une vision plus romantique encore.

Sa vision d’une femme féline et romantique trouve dans le noeud une signature évidente — souvent utilisé en combinaison avec un autre emblème de la maison, le noeud devient le ‘Noeud Dior’. Broderies, lignes envolées, froufrous, volants et dégringolades de fleurs magnifient ainsi des drapés à nœuds vraiment sublimes.

Plus tard, c’est John Galliano et sa vision théâtrale, baroque et ô combien inspirée là encore de la cour, qui redonne un souffle inédit au noeud Dior. Extravagance et provocation se mêlent et font du noeud une icône explorant les extrêmes. Très audacieux, les noeuds à la Galliano se taillent dans des matières et des tissus inédits, tels le plastique ou le denim.

En 2009, pour le Printemps/Eté, Galliano dédie une collection entière au noeud Dior. Le résultat? Une pléthore de robes follement sophistiquées, démontrant toute l’efficace de la touche Dior — les noeuds sont ici immenses !

Un an plus tard, c’est dans la joaillerie que Victoire de Castellane fait du noeud un atour des plus désirés. La bague Tralala, célèbre l’esprit romantique de Dior et surtout sa passion des noeuds. Cette fois, c’est entièrement incrusté de diamants que le noeud sert une nouvelle symbolique: celle du lien amoureux…

Succédant au génial Galliano, Raf Simons et Maria Grazia Chuiri auront tous deux une vision un brin plus minimale, amenant le noeud à sortir des silhouettes pour venir ponctuer les accessoires. D’ailleurs, c’est en 2012 que celui-ci vient égayer pour la première fois l’icône Lady Dior .

Dans sa recherche de l’essentiel, dans son voyage dans les codes et les racines les plus chers à Dior, Maria Grazia Chiuri offre au noeud de s’épanouir sur des pièces simples. Pour la collection Haute Couture Printemps/Été 2017, les noeuds viennent enrubannés des souliers mémorables.

De quoi rappeler le romantisme de la femme Dior, marchant portée par la délicatesse du Noeud Dior.

Blouse See-Through, Smoking Et Esprit Hippie Pour Le Printemps/Eté 2020 De Saint Laurent

« Saint Laurent, c’est l’élégance dangereuse » selon l’actuel directeur artistique de la maison, Anthony Vaccarello.

Paris, septembre 2019. Les jardins du Trocadéro accueillaient une nouvelle fois le défilé hautement scénarisé de la maison Saint Laurent. Là, avec la Tour Eiffel en arrière-plan, les femmes YSL se sont élancées sous une pluie battante mais poétique. Toutes en jambes, les déesses de la nuit arboraient ainsi les gimmicks iconiques initiées par Yves Saint Laurent au siècle dernier. Le Smoking, bien entendu, mais aussi et surtout l’inspiration hippie-glam!

Il faut dire que la révolution apportée par Monsieur Yves a largement consisté à magnifier les gimmicks-mode d’une rue alors boulonnante de liberté. On retrouve ainsi les turbans et l’esprit bohème Rive Gauche tant portés par Loulou de la Falaise. Mais cette fois, c’est combiné à d’autres effets clés de la mode YSL qu’Anthony Vaccarello les pense. Les robes bohèmes embrassent ici les effets see-through, quand la blouse iconique de la maison ne réapparait sur les épaules de Freja Beha, dans une version somme toute proche de l’originale.

La part belle faite à l’opulence seventies côtoie la simplicité très contemporaine de débardeur élégamment échancrés, quand ils ne sont carrément transparent! Et c’est bien là tout le propos d’une telle maison — manier avec élégance et raffinement le sulfureux à la distinction… Mais comme le résume Anthony Vaccarello, « Saint Laurent, c’est l’élégance dangereuse. »

La Belle de Roger Vivier, un Soulier Emblématique

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C’est en 1937 que Roger Vivier fonde, à Paris, sa maison de chaussures. Et très vite, le style Vivier fait école — virtuose de la forme et de la matière, l’artiste parvient à élever le soulier au rang d’oeuvre d’art. Plastique, bois, dentelle de Bruges, corde tressée, satin, ou drapé… Roger Vivier conçoit, coupe et crée des souliers follement exquis. Les femmes ne s’y trompent guère – les artistes aussi : féru de music-hall, il signe ses premières pièces sur mesure pour Joséphine Baker.  Ornées de paillettes et de pampilles. La signature Vivier se reconnaît entre milles. Son savoir-faire aussi. Pour sa cérémonie de couronnement, Elizabeth II s’adresse à Roger Vivier. Pour la Reine d’Angleterre, il signe des souliers en chevreau or brodés de grenats assortis à la couronne. 

Mais le Youthquake des années 1960 entraîne avec lui un changement radical dans les silhouettes — moderne et épuré, le style Vivier s’adapte ou, plutôt, capture l’époque. Déjà associé à la maison de Christian Dior, Roger Vivier est appelé par Yves Saint Laurent afin d’imaginer les souliers qui ponctueront sa nouvelle ligne : la silhouette Mondrian. En 1965, le voilà qui signe les escarpins vernis noir à boucle métal de la collection — la Belle Vivier, une chaussure habillée, éperdument en phase avec la jeunesse. Bout rond et talon bas, la pièce est photographiée sur Jackie Kennedy dans l’édition de décembre 1966 du Women’s Wear Daily. Un an plus tard, c’est sur Catherine Deneuve que les souliers Roger Vivier entrent définitivement dans l’imaginaire populaire ! 

En 1967, Catherine Deneuve immortalise la Belle Vivier dans le film Belle de Jour du réalisateur Luis Buñuel. Un petit bijou aussi pratique qu’élégant, le soulier Vivier est si reconnaissable qu’il devient la signature maison. Et aujourd’hui encore, l’impact d’un tel design demeure intact. Acquise par Diego Della Valle, la maison Roger Vivier peut désormais poursuivre l’oeuvre du Fragonard de la chaussure. Bruno Frisoni, directeur artistique jusqu’en 2018, transcrit le style de la Belle Vivier au présent. « Lorsque je les ai redessinés, je n’avais jamais eu les originaux entre les mains. La boucle actuelle est plus rectangulaire que carrée et a des angles arrondis. Le talon est plus plat. C’est la même image, mais pas la même silhouette. » L’icône absolue de la maison fait brûler de désir les belles du jour.

 

La Belle de Roger Vivier, Quelques Dates Clés

2018 : Collection « Mystery Kiss » Automne/Hiver 2018/2019, dernière collection du directeur artistique Bruno Frisoni

2018 : Collection Printemps/Eté 2018 sortie de la collection VERTIGO inspirée du classique de Roger Vivier avec Ana Girardot comme nouvelle égérie 

2017 : Automne-Hiver 2017/1018 installation de Jean-Paul Goude pour la nouvelle collection

2017 : Brigitte Macron porte une paire de Belle Vivier Trompette lors de la réception à l’Elysée du Premier ministre libanais Saad Harir 

2016 : Automne-Hiver 2016/1017 sortie de la nouvelle collection Belle de Nuit avec Louise Follain comme égérie

2016 : Nouvelle réinterprétation de la boucle Belle Vivier dans la collection Flower Strass

2015  : Lancement d’une édition spéciale limitée de la Belle Vivier, 8 paires disponibles exclusivement dans la boutique de Genève

2015 : Jeanne Damas visage de la campagne Automne/Hiver 2015-2016

2014 : « Le Bazar » Collection Automne/Hiver 2014/2015 avec la nouvelle Belle de Nuit et autres interprétations de la fameuse boucleivier

2013 : Kerry Washington porte une paire de Belle de Nuit au MTV Movie Awards

2012 : Belle Vivier déclinée en couleurs pop dans collection Gommette Printemps-Été 2012

2012 Mars : la maison Roger Vivier propose ses célèbres ballerines « Gommette » en modèle enfant. Une micro capsule baptisée « Roger Vivier – Jeune Fille » qui se décline en cinq coloris (bleu, noir, blanc, rouge et rose) du 27 au 34, ornés d’une boucle amovible. Une partie des ventes est reversée à une association différente selon les pays. En France il s’agit de Mécénat Chirurgie Cardiaque

2011 : Les chiquettes de Roger Vivier à l’affiche des « Bien-Aimés » de Christophe Honoré

2011 : Victoria de Suède réitère au Polar Music Prize

2011 : Inès de la Fressange porte une paire de Belle Vivier au festival de Cannes

2011 : Anne Hathaway porte une paire de ballerine « Gomma » à Santa Monica

2010 : Katie Holmes porte les chaussures Belle Vivier lors de la première du film Extra Man

2010 : Freida Pinto porte une paire de Belle de Nuit au Hamptons International Film Festival

2010 : Catherine Deneuve porte des escarpins Belle de Nuit dans le film « Potiche » de François Ozon

2010 : Victoria de Suède se marie avec une paire de Belle de Nuit 

2009 : Jessica Alba porte une paire de Roger Vivier lors de l’avant-première de « My Bloody Valentine 3D » à Los Angeles

2008 : Catherine Deneuve porte une paire de Belle Vivier aux funérailles d’Yves Saint Laurent

2003 : Inès de la Fressange devient ambassadrice Roger Vivier

2003 : Arrivée de Bruno Frisoni comme directeur artistique de la maison Roger Vivier, il redessine la fameuse boucle, la rend plus actuelle, plus rectangulaire que carré avec des angles arrondis 

1968 : Grace Kelly porte une paire de Belle Vivier lors de sa visite à Fred Astaire sur le tournage de « La Vallée du bonheur » de Francis Ford Coppola

1967 : Jackie Kennedy porte une paire de Belle Vivier

1967 : Modèle immortalisé par Catherine Deneuve dans « Belle de Jour » de Luis Buñuel

1966 : Sophia Loren porte une paire du classique Roger Vivier

1965 : Roger Vivier signe les escarpins vernis à boucle métal de la collection Mondrian d’Yves Saint Laurent (les Chiquettes)

La Blouse See Through Habille l’Homme Saint Laurent du Printemps/Eté 2019

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A l’heure où l’on interroge les codes même de la masculinité, Anthony Vaccarello envoyait sur le podium la semaine passée une vision éminemment révolutionnaire de l’homme façon Printemps/Eté 2019 — un homme qui assume sa ‘virilité’ au contact d’une pièce venue tout droit de la grammaire iconique de la maison Saint Laurent. Et si en 1968, Yves Saint Laurent donnait aux femmes la pièce clé d’un vestiaire puissant et sexy, libéré et sophistiqué, l’actuel directeur artistique de la maison se glisse dans les pas mêmes du fondateur. 

La blouse See Through habille en effet l’Homme Saint Laurent du Printemps/Eté 2019 — une pièce rock mais classique, sensuelle mais stricte. Pièce vedette d’un défilé s’étant tenu sur les berges de l’Hudson River en périphérie de New York, la blouse See Through gagne en pertinence dans une version finalement très contemporaine. Donner une vision différente de l’homme; ouvrir de nouvelles possibilités d’appréciation de la décadence; le luxe chez Saint Laurent se réfère cette année à un New York fantasmé. 

« C’est pourquoi quand je conçois le prêt-à-porter masculin Saint Laurent, je m’imagine Saint Laurent lui-même. Il portait des pantalons taille haute, des chaussures pointues; sans être trop littéral, nous ne sommes plus dans les années 1970. J’aime être entouré de toutes ces images de Saint Laurent en partant de rien chaque saison » confiait Anthony Vaccarello aux abords de son défilé. Et il est vrai que Monsieur Saint Laurent a aujourd’hui de quoi inspirer plus d’une révolution! 

 

Doria Arkoun

La Blouse See-Through de Saint Laurent Version Printemps-Eté 2018

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La mode pensée, imaginée et proposée durant tant d’années par le duo Yves Saint Laurent/Pierre Bergé recèle de mille et unes pièces iconiques. Et s’il est une chose qui jamais ne cesse d’inspirer cette grande maison, c’est Paris et la Tour Eiffel. Ainsi pour son second défilé à la tête de la maison Saint Laurent, l’Italien Anthony Vacarello a planté le podium YSL sur la fontaine du Trocadéro – en arrière-plan, la Tour Eiffel sur le point de s’illuminer. « Je veux raconter l’histoire de Saint Laurent, celle de Paris – rien de plus que ça » souligne Vaccarello. Il faut dire que dans la grandeur du cœur de Paris, les silhouettes qui défilaient le 26 septembre dernier rendaient un hommage particulier à cette mode qui rythme depuis longtemps déjà celle de la capitale.

Sans trop forcer, Anthony Vacarello reprend beaucoup du vocable d’Yves Saint Laurent. La collection Printemps/Eté 2018 est ainsi un voyage dans la couture du plus artiste des couturiers. Ce voyage s’ouvre avec les souvenirs hippies de Marrakech découvert en 1966, et se termine dans la tradition de la haute couture des l’ateliers Saint Laurent, portée jusqu’en 2002. Là, c’est la silhouette N°80 qui capte toute l’ampleur de cette tradition… Le mythique couvre-chef pointe fut travaillée la dernière fois lors la collection Automne/Hiver 2001, alors régie par le maître. La veste tuxedo aux revers exagérés démontre ici la volonté d’opulence de notre époque dans des lignes déjà explorées par Yves lui-même… Enfin, l’icône absolue de la maison, la blouse see-through se pense ici en plumetis flottant.

Une sensualité et un chic tout Parisien qui fait dire à Vaccarello : « Cette fille Saint Laurent – elle veut s’amuser. Elle n’est pas déprimée. Elle veut profiter de la vie ! » Justement, l’érotisme et l’hédonisme que distillent cette collection n’est pas sans rappeler l’aura Saint Laurent des années 80. Une décennie où Yves a définitivement ancré son vestiaire glamour mais libérateur dans le paysage international. Au pied de la Tour Eiffel donc, Kate Moss, Lenny Kravitz, Lou Doillon et Courtney Love ont assister à une déclaration extrême et audacieuse du leadership Saint Laurent sur une mode à l’érotisme suggéré plutôt qu’avoué… L’oeuvre de “l’amour fou, l’amour de deux fous” comme l’exprimait le déjà regretté Pierre Bergé.

Le See-through de YSL En quelques dates

1966 : Pour la collection Printemps/été Yves Saint Laurent dévoile partiellement la poitrine de la femme grâce à une robe de chiffon, en bleu marine organdi, dont «See-through» broderie paillettée couvrait la poitrine.

1967 : Un premier scandal: dans le film “Belle de Jour” de Bunuel Catherine Deneuve porte un voile noir Yves Saint Laurent en organdi avec des transparences, qui révèlent tout son corps.

1968 : Le “nude look” est né. Saint Laurent dessine la robe la plus emblématique de cet année la: une robe de chiffon entièrement transparente avec une ceinture en plumes d’autruche nommée le « See-through dress” (ou chemise).

1968 : Yves Saint-Laurent explore le concept du corps féminin au moyen du robe de mariée- bikini dans la collection Printemps/été.

1969 : Pour son triomphe aux Oscars 1969 Barbra Streisand porte un Arnold Scaasi tuxedo-nude look manifestement inspiré au « See-through dress » de Saint Laurent.

1969 : En occasion de la première du film “Slogan” Jean Birkin porte une mini-robe « see-through« . Elle deviendra une des muses d’YSL.

1970s : Après le scandal et un premier refus des magazines Americains et étrangers, le style « See-through » deviant populaire: le « See-through » est immortalisé par Helmut Newton.

1999 : La robe noire See-through évolue: Naomi Campbell présente un See-through bustier blue marine pour Yves Saint Laurent.

2002 : Pour la présentation de la dernière collection d’haute couture de sa glorieuse carrière, aux Centre Pompidou de Paris, Yves Saint Laurent choisit de revisiter sa légendaire robe « See-through”.

2010 : Quarante ans après sa création, Laetitia Casta rend hommage au look « See-through » d’Yves Saint-Laurent en portant sa robe mythique pendant les Césars du Cinéma 2010.

2014 : L’ancienne muse d’Ysl, Danielle Luquet de Saint Germain, met aux enchères sa collection d’haute couture. La légendaire robe « See-through » est vendue à un prix supérieur à 110.000 Euros.

2014 : Hedi Slimane revisits some iconic pieces like Le Smocking and the See through blouse.

2015 : Hedi Slimane revisite le concept de la chemise See-through en présentant la robe « Mono breast dress« .

2016 : Anthony Vaccarello développe le concept de nudité en proposant une nouvelle version de la chemise See-through et du Mono breast dress.

2017 : Anthony Vaccarello propose la robe See-through blouse pour homme (voir l’image 9 de 58).

YSL s’Encanaille à Tokyo pour l’Automne/Hiver 2017

Si la maison Yves Saint Laurent ne défile pas en cette semaine de la mode masculine à Paris, c’est que les collections femme et homme sont à présent introduites pêle-mêle lors de la Fashion Week de septembre. Ainsi, cela donne l’occasion à Anthony Vaccarello de présenter une narration toute particulière pour la saison Automne/Hiver 2017. En mettant en lumière dans une courte vidéo aussi psychédélique que captivante les pièces de la saison à venir – le Smocking en vedette – le nouveau directeur artistique de la maison annonce une atmosphère plus proche de la personnalité du fondateur.

Dans un Tokyo nocturne et frénétique, la femme et l’homme Saint Laurent semblent comme habités d’une sensualité toute électrique – l’histoire, shootée par Nathalie Canguilhem, met ainsi en scène les muses de la maison, Mica Arganaraz, Anja Rubik, Adut Akech, Dalibor Urosevic et Paul Manniez. En fond sonore, une voix suave déclame les vers du poème Her Voice d’Oscar Wilde… Le décor est planté : l’Automne/Hiver 2017 sera enivrant ou ne sera pas. Dans une dimension de plus en plus hypnotique et enivrante, Saint Laurent semble ici déployer les pièces de la saison à venir comme autant d’expériences sensorielles veillant à faire voler en éclats les frontières entre rêve et réalité.

Ainsi la pièce maîtresse de l’élégance androgyne YSL s’encanaille-t-elle au contact de cuir et de hoodies évidemment trempés du racé d’Yves Saint Laurent. Dans une veine plus urbaine et finalement un brin plus jeune, le smoking fusionne avec l’atmosphère tokyoïte très hallucinogène imaginée par Anthony Vaccarello. Avec une aisance qui n’appartient qu’aux vêtements les plus iconiques, l’intemporel Smoking franchi aisément le cap de notre modernité, dans une attitude contemporaine plus dure, plus brute, mais incroyablement distinguée. Le romantisme pervers d’Yves Saint Laurent lui-même en somme.

 

 

Le Smoking Saint Laurent

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S’il y a une pièce qu’une femme se doit d’avoir dans sa garde-robe, c’est bien le Smoking Saint Laurent. « S’il fallait représenter la femme des années 70 un jour dans le temps, c’est une femme en pantalon qui s’imposerait car le pantalon est devenu une des pièces maîtresses de la garde-robe de la femme moderne » disait le maître de l’élégance à la française. Le Smoking a révolutionné l’univers de la mode en y ajoutant un je-ne-sais-quoi de minimalisme androgyne, ouvrant la voix au « power suit » des années 80. Pierre Berger ajoutera : « J’aime le Smoking parce qu’il représente l’instant où Yves a donné le pouvoir aux femmes. »

Lors de son défilé en 1966, le couturier « bouscule » les normes en introduisant le Smoking, le tout premier costume destiné aux femmes. La seconde vague féministe ayant tout juste débuté, le costume pour dame demeurait une alternative controversée à la petite robe noire. Le veston est droit ou croisé, à revers de satin brillant ou de soie. Le pantalon est du même tissu que celui de la veste, la chemise en mousseline : elle apporte au tailleur-pantalon une souplesse et une subtilité résolument féminines. A la place du noeud papillon, Saint Laurent appose un ruban de soie flou. Le jabot se substitue au col des chemises masculines.

Le Smoking Saint Laurent Version Automne/Hiver 2017-2018

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« L’approche subversive de vêtements de Monsieur Saint Laurent » ainsi le défilé du Mercredi 1er Mars s’annonçait sur cette note. Il faut dire qu’Yves Saint Laurent a longtemps traduit l’énergie des soirées parisiennes, et le tourbillon de la vie de la jet set dans des vêtements injectés de fantaisie, de glamour et d’androgynie. La subversion donc, le masculin-féminin, les seins nus, les robes des années 1980, c’est finalement cette fascination pour le romantisme transgressif du fondateur qui se distille ici le long de pièces tantôt ingénieuses, tantôt audacieuses. Mini robes du soir en cuir drapé, la femme Yves Saint Laurent se mue ici en créature sexy et guerrière, lorsque une échauffée de gants si longs qu’ils forment des manches-sculptures, viennent accompagner son mouvement.

Le tout dessine ainsi une silhouette graphique définitivement ancrée dans ce qu’Anthony Vaccarello définit comme « un romantisme sombre teinté de perversité. J’ai voulu cette collection comme une relecture, un fantasme radical de cet héritage. » Radical donc, le mythique Smoking d’Yves Saint Laurent imaginé pour donner au femme la poigne dans une extrême sensualité se pare ici de revers à strass – un exemple de pièce extraite du classicisme de la griffe et rehaussé d’un style somme toute très impertinent. Un smoking Automne/Hiver 2017-2018 pensé pour accompagner une soirée dans les clubs les plus branchées des capitales du monde !