Victoire De Castellane, Joaillière Iconique

VElle a su faire entrer la Haute Joaillerie dans une nouvelle époque — Victoire De Castellane a dépoussiéré, révolutionné, renversé les codes de la Haute Joaillerie. D’abord pour Chanel, mais surtout pour la maison Dior.

Victoire De Castellane, L’Irrévérence Joaillière

Descendante du dandy Boni de Castellane, Victoire de Castellane a en héritage tout l’humour et le détachement aristocratique de ses ancêtres — ça, et l’espièglerie d’une femme de son temps !

Victoire De Castellane Et Les Bijoux

« Je ne peux pas imaginer ma vie sans bijoux. Ce serait tellement triste. Cela fait vraiment partie de ma vie. » Et il est vrai que Victoire de Castellane côtoie les plus grands atours, depuis sa tendre enfance. Aux côtés de sa grand-mère paternelle, Silvia Hennessy, née Rodriguez de Rivas, Comtesse de Castilleja de Guzmán, elle s’imprègne de la folle élégance et de l’attitude de celle qui, des mots de Victoire De Castellane « changeait ses bijoux plusieurs fois par jour, pour qu’ils s’accordent avec ses tenues. »

L’autre grande dame derrière l’inspiration de Victoire de Castellane, c’est Barbara Hutton. L’épouse de Cary Grant, et sa marraine.

Avec de telles femmes dans son entourage, Victoire de Castellane s’éprend rapidement de la liberté de faire ce qui lui semble le plus adéquat. Adéquat ainsi de démonter des bijoux qu’on lui offre pour en faire de plus beaux. Adéquat, surtout, de faire fondre ses médailles de communion pour en faire sa première bague — Victoire de Castellane n’a pas encore 12 ans !

Précoce et fascinée par les atours et le spectre infini de la création joaillière, Victoire de Castellane va injecter cette créativité électrisante dans un exercice un brin standardisé. Car voilà, la Place Vendôme n’est pas le centre mondial de la création joaillière pour rien — on répond à des codes, et ces codes Victoire de Castellane va les bousculer.

Victoire de Castellane sur le défilé Chanel 1994

Si elle commence à travailler pour Chanel auprès de Karl Lagerfeld à la réalisation des bijoux fantaisistes de la maison, c’est pour Dior que Victoire de Castellane opère depuis 20 ans déjà.

Et en 20 ans, elle a en bousculé, des codes joailliers !

Victoire De Castellane Et Les Icônes Dior

C’est en 1999 que Bernard Arnault approche Victoire de Castellane pour lui confier les rênes d’une toute nouvelle maison. Dior Joaillerie fut en effet créée cette même année !

Avec John Galliano à la création artistique et Victoire de Castellane aux commandes de la joaillerie, le résultat ne pouvait qu’être révolutionnaire ! Dès 1999, la première bague réalisée par Victoire de Castellane fait écho au glamour et à l’extravagance salvatrice de l’ancien directeur artistique.

Bague de la collection ‘Incroyables et Merveilleuses’ Dior Joaillerie

Follement glamours, les atours viennent ainsi accompagner des silhouettes plus inspirées encore — la première bague de Victoire de Castellane s’appelait ‘Incroyables et Merveilleuses’. Est-ce là un clin d’oeil à la collection de fin d’études de John Galliano à la Central Saint Martins, Les Incroyables, en 1984 ?

Reste que cette première bague, taillée autour de pierres de 80 carats, pose les bases de la révolution Victoire de Castellane — du volume, des couleurs, des pierres jusque là bannies des codes esthétiques de la Place Vendôme…

Loin du conservatisme, Victoire de Castellane va tailler pour Dior une épopée joaillière faite de volumes, de couleurs chatoyantes ou pastel, de pop culture et surtout… D’une révérence absolue pour l’univers de Monsieur Dior.

Car Victoire de Castellane va bien injecter toute la grammaire Dior dans ses créations. Et ce, tout au long de ces 20 dernières années. Elle reprend ainsi les iconiques cannage, en 2012, avec My Dior. Le tressage que l’on retrouve dans les mobiliers Dior, dès les premiers défilés…

Elle traite le tailleur Bar en manchette et bague tout bonnement splendides pour la collection Archi Dior ! Elle joue à son tour du noeud et du ruban, en 2015 avec la collection Soie Dior — un élément déjà adoré de Monsieur !

Evidemment, la rose a une place particulière dans la joaillerie Dior… On la retrouve ça et là, toujours travaillée dans cette dissonance baroque qui fait toute la splendeur des atours signés Victoire de Castellane !

Et chaque collection Haute Joaillerie Dior est un jalon de plus vers l’extase esthétique — 2 ans de travail sont nécessaires pour la réalisation de chacune d’elles.

La ligne directrice reste la même: prendre les éléments comme ils viennent et les sublimer dans une veine follement imparfaite; toujours émotionnelle.

Les Signatures Du Style Victoire De Castellane

Car voilà bien ce que l’on retrouve dans les créations joaillières de Victoire de Castellane. Beaucoup d’espièglerie et une liberté de ton qui a érigé le décalé joaillier en épitome du chic !

L’Asymétrie Dans Les Pièces Joaillières

Jamais là où on l’attend, la création de Victoire De Castellane a ainsi mené la joaillerie vers de nouveaux sommets. Et l’un des codes iconiques de sa création n’est autre que l’asymétrie. En dissonance plutôt qu’en totale parure, les atours signés Victoire De Castellane se reconnaissent en ce qu’ils sont étonnants. Éminemment chic, ils reposent sur l’asymétrie.

Paire de boucles d’oreilles Dior Joaillerie, 2017

De tailles, de volumes, de teintes ou de représentations — l’asymétrie à la Castellane a ringardisé les standards des joailliers. Et il faut dire qu’il y a du panache et beaucoup de modernité dans cette façon de porter les créations les plus époustouflantes dans une approche qui tient de ce fameux détachement aristocratique ! Et puis, il y a l’imagination surtout…

Paire de boucles d’oreilles Dior Joaillerie, 2017

Les atours sans pareils imaginées par Victoire De Castellane brillent de ce qu’ils caressent l’imaginaire d’une rêverie absolument divine!

Elle le dit elle-même, son processus de création tient compte de cela: « Quand je commence un bijou, je commence toujours par des choses asymétrique. Même dans mes bagues à cocktails Incroyable, chaque côté du décor est différent, donc lorsque vous êtes seule avec votre bague, vous pouvez la regarder et laisser votre imagination vagabonder. Il n’y a pas qu’une seule façon de la voir, ce n’est pas quelque chose de fermée. J’aime créer avec l’idée que les choses soient ouvertes. »

Paire de boucles d’oreilles Dior Joaillerie, 2007

Et l’asymétrie à la Castellane tient aussi à la façon dont on porte les bijoux. Dépareillés, ils subliment. Accordés, ils ennuient…

« Avant, les clientes étaient beaucoup plus bourgeoises – les femmes portaient des ensembles complets de bijoux, ou elles les portaient juste pour sortir. Maintenant, c’est plus bohème, d’une certaine manière – vous vivez tous les jours avec vos bijoux et pour moi, les bijoux doivent faire partie de vous. Le «total look» est pour un autre genre de femme. Quand je suis arrivé dans le monde de la bijouterie, je pensais que les bijoux pouvaient vous faire paraître beaucoup plus vieux, surtout si vous les portiez sérieusement – ils pourraient vous faire vieillir de 10 ans! Mais maintenant, mélanger vos bijoux et ajouter des pièces de costume est beaucoup plus amusant et plus jeune. »

Pierres et Couleurs En Mélange

L’autre signature clé du style Victoire de Castellane, c’est le mélange. Des pierres, des genres, des teintes !

Morganites, rubellites, améthystes, aigue-marines… Lapiz, béryls naturels verts, diamants, or, opales… Animaux, insectes, fleurs ou amphibiens… Victoire de Castellane a l’oeil pour mêler teintes et pierres dans une harmonie baroque !

Sortant ainsi du monochrome trop souvent associé au chic de la Place Vendôme, les atours imaginés par Victoire de Castellane révolutionnent chaque fois un peu plus le genre. Et le public adhère. Nombre de tendances en la matière furent en réalité le fait des expérimentations esthétiques de Victoire de Castellane pour la maison Dior.

Bague collection Tie & Dior, 2020

Dernier haut fait en date, la collection Tie & Dior qui mêle allègrement volumes, tailles et teintes — pour des atours glamours et éminemment solaires !

Boucles d’oreilles collection Tie & Dior, 2020

Une approche clairement épatante qui signe immédiatement le style de la Haute Joaillerie Dior. Reconnaissable au premier coup d’œil.

Le Tailleur Bar, Le Manifeste Dior

En 1947, au lendemain de la seconde guerre mondiale, Christian Dior envoie valser l’image de la femme-soldat d’usine — la femme-fleur est née, le Tailleur Bar en étendard.

Comment Le Tailleur Bar de Dior Est-Il Né?

Christian Dior, aux côtés de l’industriel du textile Marcel Boussac, s’engage pour que se fasse le « retour à un idéal de bonheur civilisé ». Par son refus du compromis, par son engagement en faveur du retour des vêtements seyants, Monsieur Dior pense une première collection qui renoue avec l’idéal de beauté.

Lui qui aimait passer boire un verre en fin d’après-midi au Plaza Athénée, c’est le bar du palace même qui lui inspire sa création phare. Epaules droites, légèrement tombantes de profil, jupe extrêmement large et couvrant le mollet, taille très fine et resserrée, constituant le point d’ancrage de toute la tenue — l’ensemble Bar fait fureur ce jour de 1947, dans les salons du 30 Avenue Montaigne.

La ligne se veut symbole de la féminité et de l’absolue élégance.  Le couturier assurait vouloir «  que mes robes fussent construites, moulées sur les courbes du corps féminin dont elles styliseraient le galbe. J’accusais la taille, le volume des hanches, je mis en valeur la poitrine. » En harmonisant le tout grâce à une doublure de trois mètres de percale et de taffetas, Christian Dior renouait ainsi avec une vieille tradition.

La silhouette galbée du Tailleur Bar évoque déjà les crinolines du XIXe siècle; la veste est un emprunt à l’âge d’or de la mode masculine, emprunt permis par la démocratisation du complet veston.

Mais en cette veille de défilé, les premiers essayages sur le mannequin Tania vont d’échec en échec. Les basques tombent à plat. L’effet sur les hanches est insignifiant… Dior a alors l’idée d’utiliser des plaques de coton chirurgical qu’il plie en accordéon pour créer le volume désiré. Ça marche !

Le tailleur-bar est né. Emerveillées, nombreuses sont les mondaines à s’être précipitées vers cette nouvelle signature de la mode Française. Dès 1947, le Tailleur Bar est reproduit dans tous les magazines; aux quatre coins du monde, les femmes s’habillent en Dior.

Le Manifeste Dior, Une Modernité Radicale

En ce qu’il constitue une balance parfaitement harmonieuse entre courbes et lignes, les proportions du Tailleur Bar magnifient les courbes naturelles d’une femme. Et c’est en cela qu’il est un chef d’oeuvre absolu de la maison.

De John Galliano à Raf Simons en passant par Maria Grazia Chuiri, le manifeste inventé par Christian Dior est une merveille à réimaginer. Toujours en avance sur son temps, le Tailleur Bar est devenu le basique des femmes — élégantes et de pouvoir… Un basique capturé à merveille par le photographe Peter Lindberg.

Car là où John Galliano en faisait une version extravagante toute en tissus et volumes imposants, Raf Simons a très vite prouvé qu’il était aussi efficace dans une version minimale.

Noir et coupé au cordeaux, le Tailleur Bar épousait ainsi en 2012 le pantalon dans une version des plus désirables !

Maria Grazia Chuiri a elle aussi beaucoup réinventé le Tailleur Bar ces dernières années — piochant dans ses lignes accentuées, une grammaire néo-féministe des plus radicales. Une légende qui résiste, finalement, à tous les changements d’époque.

Le Noeud Dior, Une Grammaire Élégante


L’esthète que fut Christian Dior a longtemps été inspiré par le patrimoine de la mode Française — notamment du temps de la cour… Le noeud, icône Dior, tient de cela.

La Duchesse de Fontanges, Christian Dior Et Le Noeud

On le sait, la mode de Christian Dior doit beaucoup à son enfance passée à Granville. Là, où, les dernières traces de la Belle Epoque pouvaient se lire sur la toilette des élégantes. Quelques rares photos de la famille Dior montrent ainsi tout le romantisme de la mode des années 1900. Une photo accroche cependant l’oeil — celle d’un jeune Christian Dior portant un noeud. Ce nouer aurait pu être anodin si, des années plus tard, il n’était au coeur de la couture de Monsieur.

Cultivé et inspiré du patrimoine Français, Dior a en effet pioché plus d’un tics de sa couture dans ce répertoire. Le noeud, à l’instar de la ligne corolle , est directement lié à sa fascination pour l’apparat de cour. La Duchesse de Fontanges, icône de mode de l’époque, lui aurait donc inspiré tout le charme des noeuds. Elle-même laissa son nom à la postérité dans ce que l’on nomme une fontange. Dans cette iconographie, Dior repère aussi la passion de Marie Antoinette pour les noeuds et les rubans; d’une folle délicatesse …

Il y a dans ces noeuds toute la sophistication que Christian Dior veut, au lendemain de la guerre, rendre à la femme moderne. « J’aime que les noeuds finissent un décolleté, garnissent un chapeau, ferment une ceinture. Petits, grands ou énormes, je les aime dans tous les styles et toutes les matières » a-t-il un jour déclaré.

Miss Dior Et Le Noeud

Pourtant, avant d’apparaître dans la couture même de la maison Dior, le noeud est vu pour la première fois dans une publicité. Une illustration de René Gruau pour le lancement du Miss Dior met en scène un cygne voguant avec délicatesse, un ravissant noeud noir autour du cou. Immédiatement, le noeud vint symboliser le Miss Dior.

Inspiré du dessin, c’est en 1950 que Christian Dior décide de modifier l’apparence de sa bouteille — désormais, l’imprimé pied-de-poule gravé sur le fond de la bouteille, un noeud vient en twister l’apparence. La bouteille comme nous la connaissant aujourd’hui était née.

Mais entre 1948 et 1949, le noeud commençait à entrer dans la couture de Monsieur. Le New Look ayant déjà fait sa révolution à coup de lignes strictes mais fluides, le noeud venait en fait adoucir encore un peu plus l’allure Dior. Avec le muguet, le noeud devient essentiel à Christian Dior — féminin et frivole, il signe le plus souvent des robes cocktail et robes du soir d’une préciosité jamais affectée.

Le Noeud Dans La Couture Dior

C’est néanmoins à Yves Saint Laurent que l’on doit au noeud Dior d’être devenu iconique. Le jeune couturier, remplaçant Dior tout juste défunt en 1957, organise rapidement une vision plus romantique encore.

Sa vision d’une femme féline et romantique trouve dans le noeud une signature évidente — souvent utilisé en combinaison avec un autre emblème de la maison, le noeud devient le ‘Noeud Dior’. Broderies, lignes envolées, froufrous, volants et dégringolades de fleurs magnifient ainsi des drapés à nœuds vraiment sublimes.

Plus tard, c’est John Galliano et sa vision théâtrale, baroque et ô combien inspirée là encore de la cour, qui redonne un souffle inédit au noeud Dior. Extravagance et provocation se mêlent et font du noeud une icône explorant les extrêmes. Très audacieux, les noeuds à la Galliano se taillent dans des matières et des tissus inédits, tels le plastique ou le denim.

En 2009, pour le Printemps/Eté, Galliano dédie une collection entière au noeud Dior. Le résultat? Une pléthore de robes follement sophistiquées, démontrant toute l’efficace de la touche Dior — les noeuds sont ici immenses !

Un an plus tard, c’est dans la joaillerie que Victoire de Castellane fait du noeud un atour des plus désirés. La bague Tralala, célèbre l’esprit romantique de Dior et surtout sa passion des noeuds. Cette fois, c’est entièrement incrusté de diamants que le noeud sert une nouvelle symbolique: celle du lien amoureux…

Succédant au génial Galliano, Raf Simons et Maria Grazia Chuiri auront tous deux une vision un brin plus minimale, amenant le noeud à sortir des silhouettes pour venir ponctuer les accessoires. D’ailleurs, c’est en 2012 que celui-ci vient égayer pour la première fois l’icône Lady Dior .

Dans sa recherche de l’essentiel, dans son voyage dans les codes et les racines les plus chers à Dior, Maria Grazia Chiuri offre au noeud de s’épanouir sur des pièces simples. Pour la collection Haute Couture Printemps/Été 2017, les noeuds viennent enrubannés des souliers mémorables.

De quoi rappeler le romantisme de la femme Dior, marchant portée par la délicatesse du Noeud Dior.

En Mémoire du Tailoring, la Déconstruction Maison Margiela du Printemps/Eté 2019

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Au Grand Palais, John Galliano livrait la première collection co-ed pour Maison Margiela — et le propos avait corps et pertinence. Sur un podium sans fioriture où seule brillait la puissance d’une mode convaincante, le designer britannique démontrait tout l’intérêt d’un défilé où le genre n’a pas lieu d’être. « La génération Z met en doute les valeurs de la société et j’ai été très stimulé » déclarait-il en prémices. Et il est vrai que cette collection Printemps/Eté 2019 recélait de pièces asexuées ; de pièces sublimant indifféremment femmes et hommes sans manière ni travestissement. Les genres ne sont plus, et c’est dans une cohérence exemplaire que John Galliano ouvre une voie intéressante à cette notion de co-ed. 

 

Mais l’actuel directeur artistique de la maison tient plus que jamais un propos dans la continuité de l’oeuvre du fondateur. Là où Martin Margiela s’ingéniait à faire des vêtements portables mais posant la question de la beauté dans les coutures défaites et étrangement montées, John Galiano, lui, propose des pièces toutes aussi artisanales ! La pièce vedette de ce cette collection est incontestablement celle apparaissant sur la silhouette n°6. Inachevé et génialement déconstruit, le par-dessus présente ici des découpes au laser faisant des poches les revers. 

 

Mieux, de la même façon que le doute plane sur le genre des silhouettes, un doute certain plane quant à la nature précise de ce vêtement. L’idée restant la même : le vêtement est en cours de réalisation ; prenant vie sur le corps qui l’habite, et non l’inverse ! La nature définie par l’expérience, par le sensible donc, la pièce phare de la collection Maison Margiela Printemps/Eté 2019 poursuit la philosophie salvatrice du couturier et, dans des ouvertures et asymétries paradoxalesdonne vie à un vêtement échappant à toute classification… De la matière à penser donc, coupée dans le crêpe georgette !

La Tabi Shoe Margiela sur Plateforme pour la Haute Couture 2018-2019

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Maison Margiela présentait à Paris sa collection Haute Couture, plus connue sous le nom de ligne ‘Artisanal’. Et cette année, l’actuel directeur artistique, John Galiano, a mêlé à ses propres questionnements de décortiqué et glamour-à-la-hâte les codes initiés par Martin Margiela. Ainsi la collection Haute Couture Hiver 2018 pensait la notion d’humanité nomade — une humanité qui, sur le catwalk, défile téléphones et tablettes chevillés au corps. Oui, la réflexion ici portée par John Galiano interroge une humanité qui se contente de voyager et d’approcher la réalité au prisme de lentilles virtuelles. 

Intitulée ‘En mémoire de’, la collection ‘Artisanal’ mettait aussi en vedette une pièce devenue la signature Margiela — un soulier qui, dès 1988, fait partie intégrante de la grammaire Margielesque! Les Tabi Shoes, empreinte reconnaissable entre mille, furent introduite dès la première collection de Martin Margiela. L’inspiration, on la connait: les Tabi Japonaises à bout fendu. Ce que l’on sait moins, c’est l’intention de Margiela. « Je voulais créer une chaussure invisible, l’illusion d’un pied nu marchant sur un talon haut et costaud » déclarait à l’époque Margiela à Brulot, son premier revendeur. Lors de ce premier défilé, Margiela avait ainsi pris soin de tremper ses Tabi dans la peinture rouge, de sorte à ce que les mannequins distillent sur le podium ces drôles d’empreintes de pas. 

Aujourd’hui, John Galiano les perche sur des plateformes. « Les volumes, c’est ça qui fait avancer la mode. C’est de ça qu’il s’agit toujours. Je suis couturier, c’est pour ça que je travaille. Et j’ai donc enquêté, exploré et je nous ai fait faire pas mal d’exercice à l’atelier » soulignait-il dans un podcast transmis à la presse. Et il est vrai que cette collection Couture repousse un peu plus les limites de l’exercice — vêtements décortiqués et superposés, les voici mêlant avec une adresse folle tissus délicats et restes de la vie moderne. Oui, les codes initiés par Margiela font plus que jamais écho à notre époque. Une époque où les vêtements naissent de formes brutes et poétiques! 

 

Doria Arkoun

L’Upcycling Maison Margiela par John Galliano Printemps/Eté 2019

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Pour son premier essai Homme Maison Margiela, John Galliano a baptisé sa collection “Artisanal“ — une ligne Printemps/Eté 2019 qui interroge le genre et la masculinité autour de techniques coutures. « Une nouvelle masculinité à travers la féminité et les coupes […] Les lignes directrices des silhouettes sont le tailleur et la coupe dans le biais. C’est ce que je voulais explorer plus profondément pour les hommes » expliquait le directeur artistique de la maison dans un podcast envoyé aux rédactions. 

Et lorsque la technique irréprochable de John Galliano rencontre l’univers Margiela, cela donne vie à une pièce désirable certes, mais surtout figure de proue de l’upcycling. L’une des marques de fabrique de la maison de Martin Margiela consistait en effet à faire la récupération d’objets du quotidien, avant de les transformer en somptueuses pièces de mode! Pour le Printemps/Eté 2019, la pièce phare du défilé est ainsi cette veste de judo fabriquée à partir d’une robe entièrement recyclée; une robe perlée ici coupée dans le biais!  

La complexité des techniques de la haute couture s’efface aussi pour laisser le vêtement sublimer l’homme Margiela; dans une simplicité folle. Transcendant la notion de genre, cette pièce est à l’image de la collection — enracinée dans l’authenticité! Partant de kimonos originaux – certains datant du XVIIIe siècle – John Galliano est parvenu à conjuguer esprit couture et philosophie de la récupération; le tout pour léguer à l’homme d’aujourd’hui une garde-robe plus pertinente, plus puissante. En bref, une garde-robe libérée des contraintes et des normes! 

 

Doria Arkoun 

La Veste Détournée de Margiela pour l’Automne/Hiver 2018/19

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À l’heure où s’ouvre à Paris une rétrospective très attendue de l’œuvre de Martin Margiela, le directeur artistique, John Galliano, n’en finit pas d’explorer et de distordre à sa façon les gimmicks iconiques de la maison. Pour la saison Automne/Hiver 2018/19, le génie anglais puise dans le fameux « blanc de Meudon » tant apprécié par Margiela, l’élément trouble d’une veste chinée. Le blanc, code et couleur clé de la maison – du showroom, à l’étiquette-signature à quatre points de couture, au siège social en passant par les blouses portées par l’atelier, le blanc immaculé est partout dans l’œuvre de Martin Margiela.

           Ici, la veste détournée fait aussi écho à l’adoration de la déstructuration – travail ostensiblement inachevé, la pièce vedette du défilé de l’Automne/Hiver 2018/19 met un point d’honneur à célébrer ces fameuses coupes construites-déconstruites. Eloge de l’artisanat et d’une forme de récupération, la veste détournée sert ici de contrepoint à une combinaison jaune à la techno-matière des plus futuristes ! Et là encore, il s’agit de l’équation iconique de la maison.

            Les vêtements Martin Margiela font depuis toujours la part belle à l’intervention humaine – rarement les pièces ne jouent du trompe-l’œil autrement que pour faire réaliser tout de l’acte créatif. Et la veste détournée de l’Automne/Hiver 2018/19 combine avec nombre d’éléments fascinants de la grammaire Maison Margiela. Une pièce-icône, voilà tout.

Retour d’une Icône : Le Sac Saddle Dior Automne/Hiver 2018/19

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C’est lors de la collection prêt-à-porter du Printemps/Eté 2000 que John Galliano, alors directeur artistique de la maison, introduit un nouvel élément du vestiaire Dior. Le sac Saddle est inspiré du profil d’une selle de cheval – et l’objet devient celui du désir lorsqu’il est vu aux bras de Beyoncé et Carrie Bradshow dans Sex and the City. Immédiatement, la pièce devient iconique. Pour l’Automne/Hiver 2018/19, Maria Grazia Chiuri réintroduit ainsi le Saddle autour de deux formats tout en cuir. Ici réinterprété dans un format plus petit et porté en bandoulière dans le dos, le Saddle gagne en pertinence lorsqu’il s’accoquine du mythique logo Dior en noir et blanc…

Ainsi coupé dans une toile oblique ou orné de neuf pièces de broderies, toutes finement perlées, entièrement réalisées à la main dans des teintes vives et contrastées, le sac Saddle version Automne/Hiver 2018/19 promet de faire des émules… Porté du bout des doigts ou glissé sous le bras, le Saddle est en effet la pièce idéale pour les femmes d’aujourd’hui – actives et loin de vouloir s’embarrasser, voici une nouvelle façon d’étoffer le propos féministe de la maison Dior.

Touche ultime d’une sophistication toute engagée, les nouvelles versions du sac Saddle référencent ainsi les éléments clés du vestiaire de Mai 68 – une révolution culturelle, politique et sociale qui a su mettre en avant la broderie, le point de croix et surtout l’artisanat. Et là encore, l’objet du désir de l’Automne/Hiver 2018/19 parvient à honorer l’héritage de la mode, tout en célébrant celui de la maison du 30 de l’Avenue Montaigne.

Le Déshabillé Décortiqué de Maison Margiela Haute Couture 2018

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            Cette année, la collection Artisanal Maison Margiela était un brin spéciale. John Galliano a en effet injecté une bonne dose de futurisme dans une ligne qui joue avec les matières, Instagram et les flashs des appareils photos. L’idée est aussi simple que géniale : des tissus holographiques et des jeux de superposition savamment maîtrisés s’animent au contact d’un flash. L’audience ainsi invitée à l’utiliser plus que d’ordinaire ne pouvait découvrir qu’à travers l’écran de son téléphone l’impact du flash sur les créations qui défilaient devant elle. Ces robes furent ainsi transformées ; et John Galliano, lui, explorait un peu plus sa notion de glamour à la hâte. Son ambition était celle de « geler le glamour de l’accidentel, le moment magique » a-t-il précisé.

            Côté silhouette, on retient tout particulièrement l’association convaincante entre la tradition de la couture et la signature Margiela quant à l’innovation des matières. Concrètement, cela s’incarne dans cette toilette composée comme un déshabillé décortiqué mêlant tulle bleu marine et corset en plexi couleur vert acide. Galliano a ainsi joué des tissus qui ne sont pas communément associés à la Haute Couture.

            La note d’intention du défilé était limpide : « Lorsque les lignes entre les vêtements de jour et les vêtements de soirée sont floues, le glamour décontracté devient le code vestimentaire essentiel de notre vie quotidienne. » Et cette silhouette numéro 20 illustre parfaitement le propos. Un croisement entre les genres, les teintes et les lignes qui sied bien à la mondaine d’aujourd’hui. Un déshabillé décortiqué comme une ode au futur ; un délice pour l’œil et pour la mode.

 

Le Gant Manche Martin Margiela Automne-Hiver 2015-2016

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Tout droit sortie de l’univers rétro-futuriste des années 90, la collection Automne-Hiver 2015-2016 de la ligne MM6 relève d’une expérience chimique très compliquée. Tout au long du défilé l’on découvre en effet des pièces très techniques mais néanmoins poétiques. En concentrant l’ADN de cette collection autour de la notion de survie, la ligne MM6 Martin Margiela ne pouvait mieux sied son temps et l’engagement de son fondateur. Ainsi, le concept de survie relève tantôt de la réutilisation de matériaux récupérés tels que la bâche de camion ou le caoutchouc recyclé, tantôt de la recherche d’effets montrant le passage du temps, comme les éclaboussures de peinture sur les uniformes de travail.

Le résultat vient ainsi à concilier deux mouvements : le conceptualisme Margiela et le classicisme des pièces, à l’instar du gant d’opéra. Le gant manche MM6 a cela de l’exécution parfaite : en cuir noir, remontant le long du bras, il incarne parfaitement l’idée des textures abritantes. Mieux, sa forme rigoureuse touche à l’hybridation, fusion réussie d’une mode qui réinvente le genre.