Art Paris Art Fair: Emmanuel Perrotin

Présent pour la première fois à Art Paris Art Fair, l’iconique galerie Emmanuel Perrotin introduit les nouvelles oeuvres d’artistes qu’elle a contribué à élever au rang d’incontournable. 

On ne devient pas l’une des figures de proue de la scène de l’art contemporain sans prise de risque — à cela, Emmanuel Perrotin peut se targuer d’avoir su prendre la mouvance à contre-courant. Et plus d’une fois, cela lui a bien réussi. 

Aujourd’hui qu’il signe sa présence pour la première fois au rendez-vous iconique de l’art contemporain Art Paris, l’occasion est donnée de revenir sur la fulgurante ascension d’une icône du monde de l’art. 

Emmanuel Perrotin: La Prise De Risque 

« Très tôt, j’ai donné la possibilité à de jeunes artistes de produire leurs œuvres, alors qu’avant, l’argent n’était donné qu’aux artistes confirmés et établis. J’avance de l’argent sur la production de l’œuvre. Si ça ne se vend pas, je perds de l’argent. Je prends de vrais risques pour les artistes. » Et il est vrai que la prise de risque fait partie de l’ADN même de la galerie Perrotin. 

Damien Hirst, 1991

A 21 ans, Emmanuel Perrotin inaugure sa première galerie d’art — dans son petit appartement Parisien. A 23 ans, en 1991, il offre au Young British Artist Damien Hirst son premier show — le succès est fulgurant. Quelques mois plus tard, Damien Hirst devient l’icône d’un nouveau courant artistique. 

Perrotin, lui, devient la figure de proue d’une nouvelle façon d’introduire l’art aux collectionneurs et au public — donnant le libre champ à des artistes que l’on dirait aujourd’hui disruptives, pour ne pas dire à l’avant-garde d’une nouvelle scène plastique.

Car l’on doit bien à Emmanuel Perrotin d’avoir accompagné jusqu’au devant de la scène des profils aussi typiques que fascinants. Maurizio Cattelan, Takashi Murakami, Sophie Calle,Wim Delvoye ou encore KAWS ont su trouver chez Emmanuel Perrotin un tremplin efficace pour imposer leur vision peu conventionnelle. 

Ainsi la prise de risque à la Perrotin repose autant sur l’artiste que la capacité du galeriste à accepter de relever des défis. Ainsi Maurizio Cattelan l’a-t-il fait s’habiller, pour la soirée d’ouverture de sa premières exposition personnelle, en un grand lapin rose en forme de phallus. Le caustique Cattelan l’a ensuite surnommé ‘Errotin, le vrai lapin’. 

Autre prise de risque, même artiste — l’espiègle Maurizio Cattelan ne cesse de repousser les limites de l’art, et le dernier fait en date remonte à Art Basel Miami 2019. Un ready-made plus absurde encore que ceux de Duchamps: une banane scotchée au mur, « Comedian ». L’oeuvre devient virale, le succès est là encore total. 

Aujourd’hui, la galerie Perrotin compte neuf espaces, avec notamment des galeries pionnières à Hong Kong, Seoul, Tokyo et Shanghai. L’ensemble fonctionnant comme un tout, bâti grâce à l’œil dénicheur d’Emmanuel Perrotin, et la volonté d’être toujours à l’avant-garde des goûts et des gestes artistiques. 

Voici donc, pour la première fois, la présence remarquée de la galerie à Art Paris. 

Art Paris Art Fair: Les Icônes d’Emmanuel Perrotin

Jusqu’au 13 Septembre 2020, la Grand Palais sert d’écrin exceptionnel à la 22ème édition Art Paris Art Fair. Et pour sa première participation, Emmanuel Perrotin a su mettre en avant les icônes de son écurie. Une photographie de JR, avec Finding hope, day view, Paris, France, 2020…

JR

Que l’on annonce déjà vendue. L’artiste n’ayant pas son pareil pour injecter dans le quotidien une dose de grandeur, riche en poésie urbaine. 

Sophie Calle

Sophie Calle est elle aussi représentée, avec My mother, my cat, my father, 2017. Ou encore le sculpteur Daniel Arsham avec l’étonnante sculpture Rose Quartz Eroded Bust of Venus, 2020. Une pièce en résonance avec son concept d’archéologie fictive — éthérée et fascinante. 

Daniel Arsham, Rose Quartz Eroded Bust of Venus

On le voit, les pièces exposées ici ont, à leur tour, de quoi jouer un rôle déterminant dans la formation d’une autre trajectoire du monde de l’art — un monde de l’art qui, s’il est bousculé par la pandémie, a toujours de quoi compter sur des artistes tout sauf frileux d’exprimer leur vision. Qu’elle soit ou non en dissonance avec l’époque, Emmanuel Perrotin est là pour la faire valoir !

Le Veau d’Or de Damien Hirst, Une Œuvre Aussi Complexe Que Controversée

bloggif_591d898c318dd.jpeg

Damien Hirst a fait irruption sur la scène de l’art dès les années 90. Au sortir de l’université de Goldsmith, à Londres, l’artiste a l’idée de fédérer autour de lui certains de ses camarades – c’est la naissance des Young British Artists : des artistes aux méthodes choc qui trouvent rapidement un écho dans la presse. Dès 1992, c’est ainsi le collectionneur et magnat de la pub Saatchi, propriétaire de l’une des galléries d’art les plus importantes de Londres, la Saatchi galerie, qui expose le travail des YBA lors d’une série d’expositions. Très vite, le travail de Damien Hirst fait parler de lui – il faut dire que ses animaux coupés en tranches et plongés dans de larges bocaux de formol ont de quoi éveiller la curiosité du milieu. Dès lors, son goût pour l’argent, le scandale et l’art mystique s’affirme : son grand thème est la mort, rien de plus.

Pour que « l’art soit plus réel que ne l’est une peinture » il poursuit son exploration sur les animaux comme figés à tout jamais dans l’éternité en bloquant le processus de décomposition. Très vite, Damien Hirst s’impose comme la rock star de l’art contemporain. Mais en 2008, l’homme dézingue une fois de plus le milieu de l’art en s’attaquant directement au processus classique de vente d’un artiste. En effet, c’est Paul Durand-Ruel qui, à la fin du XIXe siècle, met en place le système de la galerie d’art, qui suppose d’avoir la main mise sur l’ensemble de la production d’un artiste. Ainsi, en 2008, Damien Hirst surprend tout le monde en mettant directement en vente ses œuvres auprès de Sotheby’s ! 223 œuvres originales sont alors présentées aux enchères, alors même que Hirst n’est représenté par aucune galerie d’art –  du jamais vu depuis la création de la maison de vente en 1744 !

Parmi ces œuvres se trouve le joyau de Damien Hirst : Le Veau d’Or, directement estimé entre 8 et 12 millions de livres. Il faut dire que l’œuvre vaut son pesant d’or :  l’animal, âgé de 18 mois, est installé dans un aquarium de formol avec les sabots, les cornes et le disque de la déesse Hator entre les cornes coulées en or 18 carats. Pour exposer cette œuvre pesant dix tonnes, Sotheby’s a même dû consolider le sol de sa maison. En reprenant ainsi un thème biblique, Damien Hirst pousse à se questionner sur le rapport que ses contemporains entretiennent avec ses idoles : est-ce l’or présent sur le veau ou le procédé artistique qui donne à cette œuvre une telle valeur ? La question reste ouverte – néanmoins, Le Veau d’Or s’est envolé ce jour-là pour la somme de 10 millions de livres…

Le Requin, par Damien Hirst

bloggif_590b26f495221.jpeg

Tout a commencé avec une commande passée par Charles Saatchi –  nous sommes au début des années 1990, et le magna de la pub, grand collectionneur d’art, demande une œuvre à Damien Hirst. L’homme lui verse alors 50 000 livres pour réaliser le sanctuaire inspiré d’un requin. Ce sera le premier d’une longue série d’animaux sacrifiés sur l’autel de l’art. En 1991 donc, Damien Hirst demande à des pêcheurs Australien de capturer et tuer un requin d’origine, une bête de 4,25 mètres. Le requin-tigre, qui a coûté 28 000 livres, avancés par Saatchi, a ainsi voyagé durant des mois dans un cargo spécialement équipé – et, un beau matin, congelé, l’animal débarque sur les bords de la Tamise. En 1992, l’œuvre est pour la première fois exposée à la Saatchi Galerie de Londres. Choc, consternation ou fascination, l’œuvre est en tout cas rapidement devenue emblématique de la stratégie de provocation chère au cercle des Young British Artists. « Il est devenu le logo de l’Angleterre des années 1980 » raconte Gordon Burn, critique au Guardian. « On le voit partout : dans des caricatures politiques aussi bien que dans la publicité. » Une icône est née.

Mais Damien Hirst est bien plus intéressée par la mort que par le scandale – un phénomène qui vient finalement naturellement lorsque l’on touche à un tel sujet. « Je voulais faire de l’art qui soit plus réel, qui évoque vraiment la nature humaine. Je souhaitais installer un vrai requin dans une galerie plutôt que de le peindre sur une toile ou en projeter des images. Il fallait cette brutalité. Peut-être ai-je trop vu “Les dents de la mer” ? » ironise-t-il. En réalité, Hirst a plongé le requin-tigre dans près de 850 litres de formol afin de questionner sur la mort, notamment celle d’une créature qui effraie l’homme comme nulle autre. « J’aime l’idée d’utiliser une chose pour décrire un sentiment » en l’occurrence l’obscénité de la mort. Chacune des œuvres de Damien Hirst pousse en effet à questionner la mort – tentant, parfois, de lui donner un visage mais nous forçons, toujours, à la regarder bien en face. « Nous n’aimons pas être mis en face de notre propre décomposition » ajoute-t-il. Mais ces œuvres dégagent réelle beauté – celle de la vie figée dans des teintes vert-bleuté.

Mais voilà qu’une quinzaine d’années plus tard, l’animal s’est décomposé. « Il ne faisait plus aussi peur, se souvient l’artiste. On voyait bien que ce n’était pas un vrai. Il n’avait pas de poids. » L’artiste britannique reprend alors son travail – une expérience quasi-scientifique qui a nécessité l’intervention de spécialistes, dans d’anciens hangars Britanniques de la Seconde Guerre Mondiale.  L’idée : remplacer le requin-tigre en décomposition. Un autre requin fut alors chassé et, lors de l’intervention, l’air ici était si toxique que le site fut fermé par des portes d’acier avec code d’accès. Personne, pas même l’artiste, n’était autorisé à aller voir le requin sans tout un attirail de protection. Après avoir réinjecter du formol à-même les veines de l’animal, l’œuvre a pu retrouver son nouvel acquéreur, qui, pour la somme de 12 millions d’euros, s’est offert l’une des œuvres les plus emblématiques de ce début de XXIe siècle.

Le Foulard d’Alexander McQueen Version Damien Hirst


alex.jpg

À la recherche d’un équilibre entre des contractions insolubles, Alexander McQueen attachait une importance toute particulière à la symétrie, au beau et à l’harmonie. Alors, c’est tout naturellement que la maison éponyme a confié le projet d’une collection capsule à l’artiste britannique Damien Hirst. Dans ces étoffes inédites, la maison de couture Alexander McQueen rapporte l’art à la mode en empruntant directement aux œuvres de l’artiste les motifs qui les ornent. Ce crâne, d’abord emprunté aux tableaux de vanités de la Renaissance, rencontre aujourd’hui le travail de Damien Hirst, célèbre pour son crâne en platine incrusté de diamants, et contenant des dents humaines. La maison et l’artiste partagent ce goût commun pour un esthétique jouant tout autant autour de thèmes comme la nature, la vie, et la mort.

Pour ce projet, Damien Hirst s’inspire de La Divine Comédie de Dante, et puise les motifs directement de sa série Entomologie. Au final, la collection de 30 pièces allie le motif de crâne avec des éléments naturels : sur des foulards en mousseline de soie, pongé, twill et cachemire, la nature se fait graphique quand le réel tutoie l’abstrait. Des vanités conçues comme un motif de kaléidoscope. La version de Damien Hirst combine des papillons, des insectes et d’autres créatures qui, dans une diablerie picturale, dessinent la forme d’un crâne. Incroyables, ces étoffes constituent une source d’inspiration. Particulièrement désirables The Forgiveness Skull Butterfly Grid, et The God Fearing Circular.

Le Foulard Tête de Mort D’Alexander McQueen Version Damien Hirst

alexander-mcqueen-men-silk-skull-print-scarf-in-black-1.jpg

Alexander McQueen disparaît en 2010. Depuis, sans surprise, ses collections s’arrachent. Lui qui n’avait pas son pareil pour surprendre et réjouir le milieu de la mode s’inspirait énormément de l’art byzantin, et du peintre Jérôme Bosch ; comme lui, il puise ses sujets dans le mysticisme, dans ce qui ne se prête pas à voir au premier coup d’oeil. C’est ce “monde d’à-côté“ qui fascine l’homme ; dans une sorte de réminiscence d’Edgar Allan Poe, il n’hésite pas à s’inspirer des clans qui hantaient, tapis dans l’ombre du brouillard, les rues malfamées du Londres Victorien. A la recherche d’un équilibre entre des contractions dialectiques insolubles, McQueen veut choquer pour faire penser : attitude bagarreuse, cheveux gras, il n’en faut pas plus à la presse française pour lui attribuer l’étiquette “d’enfant terrible de la mode“. L’ensemble de son oeuvre inachevée présente un caractère peu commun dans l’univers de la mode : elle reflète une situation historique. Bourrée d’historicité, chacune de ses pièces offre un voyage spirituel dans le temps, et notamment le XIXe siècle, siècle des dandys portés par Wilde et Baudelaire, connu aussi pour avoir été le siècle d’une profonde mélancolie. C’est bien du spleen dont il essayait de se défaire à travers ce motif de crâne, symbole de mort, de pouvoir, et du repos éternel ; ce crâne emprunté aux tableaux de vanités de la Renaissance. A défaut de pouvoir révolutionner les modes de pensée, Alexander McQueen a réussi à introduire toute la symbolique du crâne au plus haut de l’industrie ; Johnny Depp et Nicole Richie comptent parmi ceux qui le possèdent. Devenu l’emblématique marque de fabrique du couturier, c’est un véritable must-have de célébrités qui a déferlé sur toute l’industrie de la mode ; bien qu’ayant été galvaudée, l’étoffe a cependant encore des voluptés à apporter.

C’est du moins ce qu’avance la maison Alexander McQueen en éditant de nouvelles versions du foulard. Pour cela, il fallait quelqu’un qui partage cet amour pour le wild side, cette habilité à conjuguer à l’esthétique du monde naturel le design symétrique. Le projet fut confié à l’artiste britannique Damien Hirst qui, en collaboration pour Alexander McQueen, semble tout repenser de l’impertinent. Connu pour ses sacs à dos en crocodile que Lady Gaga peut se targuer de posséder, il livre ainsi des fichus asymétriques en sergé et en cashmere pour l’hiver ; en taffetas de soie, connu pour sa finesse et sa souplesse ; la collection compte 30 nouveaux designs, dont, cette fois, le motif singe des papillons, des araignées, et d’autres insectes dans une dimension géométriquement kaléidoscopique. Empruntés directement aux oeuvres de l’artiste, ces motifs donnent un écho au crâne primordial, comme disant : “il se peut que vous soyez humain, mais vous êtes toujours des animaux“. Un nouveau pied de nez à la bienséance, en vente en magasins et en ligne dès la mi-novembre.