Le Saddle, Le Diorama Et Le Lady Dior Se Parent De Noir

Les icônes de la maison Dior se trempent d’une teinte dramatique — un fini noir ultra mat éminemment chic!

Chez Dior, on poursuit le dialogue entre héritage et esprit de nouveauté. Cette fois, ce sont les sacs iconiques de la maison qui se parent d’un fini inédit — si noir, si mat, si fascinant! Le Lady Dior, d’abord. Pièce changée en it absolu au bras de la Princesse Diana lors de sa visite en France de 1995, le voici qui se pare d’un noir captivant — ses lignes graphiques, son porté couture, ses surpiqûres cannage bref, les codes chers à Monsieur trouvent dans ce fini noir ultra mat une résonance toute Hitchcockienne. Tellement glamour, façon Marlène Dietrich dans le Grand Alibi, pour lequel Christian Dior réalisait les costumes…

Le Saddle ensuite. Inspiré à John Galliano par le monde équestre en 1999, il fut l’icône de toute une génération. Dans ce fini, le voici qui semble purement atemporel! Vient ensuite le sac Diorama… Lui qui captive depuis le Printemps/Eté 2015 avec son mélange des genres trouve ici une allure radicalement contemporaine. Trois icônes Dior ainsi sublimées. Réinventées. Tout simplement uniques!

Le Noir Selon Soulages

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La toile, Peinture, 21 novembre 1959 vient en effet d’être attribuée à 4,3 millions de livres, soit 5,1 millions d’euros, chez Sotheby’s à Londres ce mercredi 26 juin. Le noir comme source de lumière, Pierre Soulages y travaille depuis ses premières œuvres pour lesquelles il utilise déjà des surfaces peu ordinaires comme le verre ou le papier. Le peintre s’inspire tout à la fois du cubisme et de l’écriture cunéiforme, comme sur la toile « Goudron sur verre 45,5 X 76,5 cm, 1948 » où le mouvement du pinceau semble être une référence à la calligraphie japonaise. Tout petit, déjà, la lumière obsédait Soulages. À huit ans, il dessine un paysage de neige à l’encre sur une page blanche. Un geste a priori fait de vacuité. Il dira pourtant plus tard, « ce que je voulais faire avec mon encre, c’était rendre le blanc du papier encore plus blanc, plus lumineux, comme la neige. C’est du moins l’explication que j’en donne maintenant ». Ce sont toutefois les couleurs de Cézanne et de Picasso, exposées au Louvre à la fin des années 30, qui seront pour lui une révélation.
Après la guerre, il retourne à Paris, où il s’adonne entièrement à la peinture. Utilisant le brou de noix, il s’attache à travailler le noir. Refusé au Salon d’Automne de 1946, il s’expose alors au salon des surintendants un an plus tard. Le peintre Picabia prévient : « vous allez vous faire beaucoup d’ennemis ». Il faut dire qu’au milieu des toiles colorées des autres artistes, les œuvres de Soulages, aussi sombres que la nuit, détonnent. Sous le pinceau du maître, le blanc d’une toile se noircit en effet mais seulement pour mieux souligner le passage de la lumière sur la surface. Dans Peinture « 220 x 366 cm, 14 mai 1968 », Soulages recouvre de bleu nuit la surface de son tableau avec détermination et vigueur. Pourtant, c’est bien la blancheur de la toile que l’on remarque tant elle semble s’infiltrer par interstice entre ces larges bandes de bleu sombre qu’elle perce de son éclat. 
En 1979, un évènement viendra marquer le travail du peintre. Soulages s’applique, s’acharne à travailler le noir des heures durant, sans résultat. Frustré, il quitte son atelier pour plusieurs heures. À son retour, c’est le choc. « Le noir avait tout envahi, à tel point que c’était comme s’il n’existait plus ». Il appellera cette expérience « l’Outre-noir », « le noir qui, cessant de l’être, devient émetteur de clarté, de lumière secrète». Ses toiles deviennent alors monopigmentaires, toujours dans le but de travailler les variations de la réflexion de la lumière sur les états de surface. Alors que l’on oppose par définition la lumière à la matière, Soulages remet en cause ce principe philosophique en faisant justement sortir la lumière de la peinture noire. En travaillant avec divers matériaux comme l’huile ou la résine, le peintre crée des stries à la brosse, des sillons, des collages où chacun renvoie un reflet unique de la lumière comme sur la toile « Peinture 290 x 654 cm, Polyptyque, janvier 1997 » . Cependant, Soulages ne travaille pas uniquement la réflexion de la lumière, mais aussi le regard. La lumière se laisse ainsi voir noire, grise ou brune selon l’endroit où l’on se place. En plus de la peinture, Pierre Soulages réalisa 104 vitraux pour l’église abbatiale de Conques entre 1987 et 1994. Il sera également l’un des fondateurs de la chaîne de télévision Arte. Enfin, le musée Pierre Soulages sera inauguré à Rodez, sa ville natale, en 2014 où 500 œuvres de l’artiste y seront présentées. Il a défini l’outre-noir, l’absence de couleurs et pourtant, c’est à partir de cette absence que le maître semble créer de l’éclat. Soulages le prouve : rien ne s’oppose à la lumière. 

 

La Petite Robe Noire

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Des robes noires, à l’ornementation sobre, Chanel n’est ni la première ni la seule à en faire dans les années 20. Dès 1923, la simplicité d’une robe noire de la maison Premet est louée par le Vogue français. Chanel, elle-même, réalise bien d’autres robes noires avant et après 1926. Mais c’est ce modèle repris par la presse américaine qui fait date et met le noir à la mode pendant tout le XXe siècle.

Bien sûr, cette nouveauté n’est pas acclamée par tout le monde. Les détracteurs décrient l’allure de « télégraphistes sous-alimentés, sans poitrine, et sans croupe ». Poiret, avec qui Chanel fut toujours en concurrence, décrit les créations de Chanel comme « une pauvreté de luxe ». Et Coco de rétorquer sèchement : « Mieux vaut choisir d’être dépouillée par soi-même que par autrui. » Toujours est-il que la robe plaît, pourquoi ? Sa grande simplicité d’un chic absolu et son aspect passe-partout séduit. Une telle petite robe noire est du plus pratique, elle peut être portée à tout moment de la journée, à toute occasion, et garantit une élégance constante. « Aucune femme n’est jamais trop – ou pas assez – habillée avec une petite robe noire », a dit Karl Lagerfeld.

Elle est si passe-partout, si standard, que le commentaire de Vogue la désigne comme une « robe Ford ». C’est la robe reproductible par excellence, et qui de ce fait peut être rendue accessible au plus grand nombre, tout comme l’automobile selon Ford. Toutes les femmes ne portèrent pas du Chanel du jour au lendemain, loin de là. Son prix restait prohibitif pour la plupart des femmes mais de nombreuses imitations virent le jour, d’autant plus que Chanel ne décourageait pas la copie. Au contraire, elle souhaitait que ses modèles soient repris dans la rue, que le plus de monde possible les porte, ce n’est qu’ainsi, à son avis, que son style ne pouvait véritablement prendre son envol. Contrairement à d’autres couturiers, elle ne craignait pas que ces productions annexes détournent ses fidèles clientes, puisqu’elle était convaincue qu’un article issu de ses propres ateliers se distinguait d’entre tous par la qualité de ses finitions. Et c’est ainsi que la petite robe noire devint l’uniforme de l’élégante.

Flashback 2012 : Le Houla Hoop Bag de Chanel

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Le noir pour l’énergie. Le blanc pour la pureté. Ajoutez à cela le classique… matelassé et des formes généreuses et oversize, cela donne naissance à un nouvel objet de désir : le houla hoop bag. Une fois de plus, c’est un accord sans fautes pour la maison Chanel.

Cet “Objet de Mode Non Identifié” dépasse les limites de la fonction première du sac. Karl Lagerfeld le dit lui-même : “C’est pour la plage. On a besoin de place pour les serviettes de bain, après tout. Et après, on peut le mettre dans le sable et s’en servir pour accrocher des choses dessus.

Imaginez-le parmi les vestes à pois-perles, les mini-robes trapèze en tweed d’été ou encore les tailleurs graphiques à jupe courte qui ont rythmé le défilé Chanel printemps/été 2013, le houla hoop bag est déjà un incontournable de l’originalité.

La Naissance de la Petite Robe Noire

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Le 1er octobre 1926, le Vogue américain publie un dessin illustrant un modèle de Chanel, accompagné du commentaire : « the Chanel ‘Ford’ – the frock that all the world will wear »1, et la « petite robe noire » est lancée.2 Des robes noires, à l’ornementation sobre, Chanel n’est ni la première ni la seule à en faire dans les années 20. Dès 1923, la simplicité d’une robe noire de la maison Premet est louée par le Vogue français. Chanel, elle-même, réalise bien d’autres robes noires avant et après 1926. Mais c’est ce modèle repris par la presse américaine qui fait date et met le noir à la mode pendant tout le XXe siècle.

Bien sûr, cette nouveauté n’est pas acclamée par tout le monde. Les détracteurs décrient l’allure de « télégraphistes sous-alimentés, sans poitrine, et sans croupe ». Poiret, avec qui Chanel fut toujours en concurrence, décrit les créations de Chanel comme « une pauvreté de luxe ». Et Coco de rétorquer sèchement : « Mieux vaut choisir d’être dépouillée par soi-même que par autrui. »3 Toujours est-il que la robe plaît, pourquoi ? Sa grande simplicité d’un chic absolu et son aspect passe-partout séduit. Une telle petite robe noire est du plus pratique, elle peut être portée à tout moment de la journée, à toute occasion, et garantit une élégante constante. « Aucune femme n’est jamais trop – ou pas assez – habillée avec une petite robe noire », a dit Karl Lagerfeld.4

Elle est si passe-partout, si standard, que le commentaire de Vogue la désigne comme une « robe Ford ». C’est la robe reproductible par excellence, et qui de ce fait peut être rendue accessible au plus grand nombre, tout comme l’automobile selon Ford. Toutes les femmes ne portèrent pas du Chanel du jour au lendemain, loin de là. Son prix restait prohibitif pour la plupart des femmes, mais de nombreuses imitations virent le jour, d’autant plus que Chanel ne décourageait pas la copie. Au contraire, elle souhaitait que ses modèles soient repris dans la rue, que le plus de monde possible les porte, ce n’est qu’ainsi, à son avis, que son style ne pouvait véritablement prendre essor. Contrairement à d’autres couturiers, elle ne craignait pas que ces productions annexes détournent ses fidèles clientes, puisqu’elle était convaincue qu’un article issu de ses propres ateliers se distinguait d’entre tous par la qualité de ses finitions.5 Et c’est ainsi que la petite robe noire devint l’uniforme de l’élégante.

 

1 [la ‘Ford’ Chanel, la robe que tout le monde va porter]
2 Chanel, New York : Metropolitan Museum of Art, 2005.
3 BOTT Danièle, Chanel, Paris : Ramsay, Collection & Créations, 2005.
4 BAXTER-WRIGHT Emma, Le petit livre de Chanel, Paris : Eyrolles, 2012
5 DE LA HAYE Amy et TOBIN Shelley, Chanel, The Couturière at Work, London : The Victoria & Albert Museum, 1994