Une Histoire de Raquette… La Vedette de Roland Garros

Très vite, le tennis prend une importance considérable en Angleterre, avant de connaitre en France un essor et une popularité qui correspondent à l’apparition de très grands champions comme Suzanne Lenglen et les célèbres Mousquetaires : Jean Borotra (1898-1994), Jacques Brugnon (1895-1978), Henri Cochet (1901-1987), René Lacoste (1904-1996). En 1877, a lieu à Wimbledon le premier championnat de l’histoire du tennis. L’anglais Gore triomphe de ses vingt-deux concurrents devant deux-cents spectateurs. En 1879, les femmes, jusque-là tenues à l’écart, participent à leur premier tournoi à Dublin. C’est en 1878 que le tennis arrive en France avec la création des deux premiers clubs français : le Décimal Club de Paris et le Lawn-Tennis Club de Dinard.
 
Comme pour le danseur, le corps est l’outil du joueur de tennis ; la raquette comme prolongement du bras. En 1570, les cordes sont nouées à chaque croisement. On note peu de changement jusqu’en 1675, date à laquelle le cadrage devient droit. Vers 1760, le manche, jusque-là court (environ 20 centimètres), s’allonge et les cordes, toujours droites, sont de nouveau nouées à chaque croisement. Vers 1820, la raquette se courbe légèrement pour faciliter la reprise des balles basses. A partir de 1874, la raquette redevient droite et ne subit que peu d’évolution jusque dans les années 60 où le bois est remplacé par divers matériaux révolutionnaires tels que l’acier, puis plus tard la fibre de verre ou de carbone. Quelques raquettes outrepassèrent leur simple fonction pratique et devinrent des mythes… Dans les années 70, alors qu’il n’existait pas encore de véritable réglementation pour les raquettes de tennis, un artisan allemand, Edwin Fischer, eut l’idée d’inventer une raquette avec un double cordage. Les cordes étaient superposées et peu tendues permettant de donner davantage d’effet à la balle, notamment lors d’une frappe liftée. La balle était ensuite incontrôlable et illisible. Cette dernière tourbillonnait comme une toupie lorsque l’adversaire parvenait par chance à la frapper. Plusieurs joueurs l’adoptèrent, elle fut surnommée  » raquette spaghetti « . Certains joueurs moyens auront des résultats inespérés face aux leaders du circuit. L’australien Philips-Moore a été le premier à l’expérimenter au mois de juin 1977. Rapidement, on l’accusa de dénaturer le jeu. La polémique s’amplifia de tournoi en tournoi… Jusqu’en octobre 1977, date à laquelle la Fédération Internationale de Tennis décida d’interdire l’utilisation de cette raquette.
 
Ainsi, au fil des siècles, les raquettes connurent diverses formes, tailles et poids. Mais, en général, elles gardaient des caractéristiques morphologiques semblables à la raquette du XVIème siècle. Principalement fabriquées en bois de frêne, les nouvelles colles pour bois des années 1930 permettent aux raquettiers de varier les essences (noyer, hêtre, érable). Elles résistent à des tensions plus fortes et permettent d’avoir un meilleur équilibre entre puissance et contrôle de la balle. Durant les années 70, le métal (acier, aluminium) fait peu à peu son apparition… Mais les raquettes en métal ne remportent que peu de succès. Yannick Noah est le tout dernier tennisman à avoir gagné un tournoi du grand chelem avec une raquette en bois, de la marque Le Coq sportif. Le 5 juin 1983, il remportait Roland-Garros. Sa raquette semble bien rudimentaire quand on la compare à la Babolat en carbone avec laquelle Rafael Nadal est sorti victorieux du tournoi parisien en 2013. A peine plus légère que celle du français, cette raquette restitue beaucoup mieux l’énergie. Dans une interview Noah estime que, pour le même effort physique, les nouvelles raquettes offrent un rendement 50% supérieur en vitesse et en puissance que celles utilisées dans les années 1980.
 
Concernant les dimensions des raquettes, notons qu’elles sont désormais réglementées par la Fédération Française de Tennis. Elles doivent, au maximum, mesurer 73,66 centimètres pour les professionnels et 81,80 centimètres pour les amateurs. Le tamis n’excède pas 29,10 cm de large et 39,7 cm de haut. Entre les années 60 et les années 80, les équipementiers développent de nouvelles technologies afin de dépasser les limites de la performance sportive. La marque Lacoste dépose plus de vingt brevets : la mise en tension diagonale des cordes, la poignée en plastique remplaçant le bois, le « damper » : une pièce de polyuréthane positionnée à la base de la raquette est destinée à absorber les vibrations lors de la réception de la balle, tout en augmentant la précision du tir et la force du coup. «The Equijet racket» eu une importance particulière. Comme la raquette en métal qui la précéda, elle améliora les performances marquant un jalon important dans le développement du jeu. En 1988, Lacoste commence à travailler sur le projet d’une nouvelle raquette combinant les avantages d’une petite et d’une grande largeur de cadre. Une fois de plus, Lacoste s’associe avec un joueur de haut niveau : Guy Forget. Sceptique, il change très vite d’avis lorsqu’il essaie le prototype. S’ensuit alors une série de longues séances de tests à Paris et Chantacao (où Lacoste possédait également un atelier). L’objectif était simple ; atteindre la perfection. En mars 1991, « The Equijet » emmène Guy à la quatrième place mondiale. Pour couronner le tout, en décembre de cette même année, il remporte la Coupe Davis à Lyon. Derrière chaque grand joueur de tennis, se cacherait-il une raquette ?

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