Cheval Blanc St-Tropez, Nouvelle Icône Tropézienne

Inauguré il y a un peu plus d’un an, Cheval Blanc St-Tropez s’est érigé en lieu et place de la Résidence de la Pinède — un palace comme une ode à l’harmonie des lieux avec la nature environnante.

La Résidence De La Pinède, Icône Provençale

Si la famille Cheval Blanc est connue pour avoir remis au goût du jour nombre de destinations iconiques, c’est qu’il y règne une approche très élégante. Dans la ligne Cheval Blanc, et ce depuis le premier inauguré à Courchevel en 2006, on aime à respecter la nature et la tradition des lieux extraordinaires que l’on reprend.

C’est ainsi que le dernier né de la famille, Cheval Blanc St-Tropez, a repris une ancienne maison provençale, familiale. Car c’est bien niché au coeur de l’icône provençale qu’est l’ancienne Résidence de la Pinède que se distille désormais tout l’art de recevoir digne de Cheval Blanc.

Et l’histoire de cette résidence s’est écrite sous les hospices de l’art et de l’élégance tournée vers la nature. Erigée dans les années 1930, la Résidence de la Pinède fait face à la mer Méditerranée — lovée dans un ancien champ d’oliviers et un parc de pins centenaires. On le devine, la vue est inouïe; l’atmosphère encore plus divine avec ces parfums provençaux.

Ainsi, en 1936, Monsieur Michel, le propriétaire de ce paradis entre verdure luxuriante, mer et terre, a choisi de confier sa demeure au Chef Galier. Le gastronome et ami de la famille conserve alors tout de l’endroit, mais décide à son tour de lui offrir une autre vocation.

C’est là qu’il transforme le lieu pour qu’il devienne la Résidence de la Pinède — une auberge axée sur les délices gastronomiques d’une région ô combien fantasmée.

Mais voilà que la tornade BB va souffler un vent nouveau sur le Saint-Tropez discret et familial. En 1956, le phénomène culturel est tel autour du film ‘Et Dieu… Créa la Femme’ de Roger Vadim que les foules, bientôt, vont littéralement déferler sur la Côté d’Azur. Dans leur giron, c’est Saint-Tropez et rien d’autre !

Il faut dire que le mythe est de taille — village favori des peintres, terre d’accueil du swing de Saint-Germain-Des-Près… Tout cela se raconte ici.

L’effet Saint-Tropez met alors le propriétaire de la demeure sur une nouvelle idée — celle de transformer l’auberge en hôtel. Monsieur Michel va alors faire appel à des artistes de la région. Et lorsque l’on sait que Matisse ou Picasso aimaient particulièrement Saint-Tropez, ce n’est pas un hasard de découvrir que l’un des artistes appelés à en revisiter le décor soit… Roger Capron.

En 1968, il est en effet sollicité pour rénover la demeure — les céramiques de Roger Capron, proche de Picasso, capturent tout de l’esprit bon enfant, de la gaieté et des espiègleries propres à Saint-Tropez. Ses céramiques parsèment alors l’endroit, ça et là, d’une touche toute iconique !

Mais voilà, le temps passe, et l’on oublie Roger Capron, la résidence et… un peu de l’âme de Saint-Tropez. En 2008, et c’est l’équipe du Cheval Blanc qui le raconte le mieux…

« En 2008, un matin pluvieux au cœur de l’hiver, un collectionneur parisien frappe à la porte de la maison à la recherche des œuvres disparues de l’artiste. A l’aide d’une photo ancienne, une fresque solaire est retrouvée derrière un mur. Originale, intacte, après de longues décennies protégée par le panneau. »

Car voilà bien la mission que s’est confié Cheval Blanc — celui de sublimer ce qui a été oublié. Comme une filiation, le symbole du Cheval Blanc St-Tropez reprend cette fresque iconique imaginée par Roger Capron.

Rénové durant quelques années, voici enfin venu l’été 2019 et l’inauguration du Cheval Blanc St-Tropez… C’est l’architecte tropézien Francois Vieillecroze qui a mené le dialogue. Cherchant à respecter l’âme de cette résidence hors du commun .

Aux manettes pour son décor intérieur, Jean-Michel Wilmotte — et il s’est largement inspiré de cette fresque !

Le Cheval Blanc Saint-Tropez, L’Elégance Dans La Continuité

Confiée à Jean-Michel Wilmotte donc, la décoration intérieure de la Résidence de la Pinède s’est faite dans l’élégance de la continuité… Jusqu’à devenir le Cheval Blanc St-Tropez !

Le coeur du Cheval Blanc St-Tropez bat ainsi autour de matières brutes. Les murs se taillent dans de fines lamelles de bois, assemblées une à une à la main — du bois de chêne dont les nervures ont volontairement été laissée visibles. Une façon de révérer la beauté de la nature environnant cette superbe bâtisse.

30 chambres et suites seulement, avec terrasse ou large balcon… Nichées au coeur du parc sensationnel de la Pinède — une vue sur le Golfe à littéralement couper le souple… Une vue sur l’infini du ciel… Tout ici n’est que volupté, raffinement. L’art de recevoir à la Française en somme.

Dans ce palace aux allures mirifiques, on tient à rendre hommage à l’histoire provençale du lieu. C’est par exemple l’ancien moulin à huile qui abrite les chambres 001 et 101.

C’est encore le bleu Rivera — véritable colorama du Cheval Blanc St-Tropez. Ici il se fait vif ou profond; captant la lumière pour la renvoyer de façon plus éclatante encore.

Jean-Michel Wilmotte a bien cherché à distiller ici tout le charme et le confort d’un endroit où tout n’est que savoir-vivre et perfection séduisante.

Ce n’est évidemment pas tout. Car les bulles de sophistication que sont les Cheval Blanc se lisent dans les détails. Ici, ce sont des citations extraites de L’Odyssée, gravées sur verre, qui figurent un peu plus cet écrin de tranquillité ouvert sur la mer.

© Richard Haughton

Un écrin où l’on peut aussi goûter aux cimes de la gastronomie. La Vague d’Or, le restaurant qui déjà appartenait à La Résidence de la Pinède, trouve sa place dans ce nouveau palace Cheval Blanc. Le Chef Arnaud Donckele y orchestre toujours une cuisine ayant obtenue 3 étoiles au MICHELIN !

Un écrin où, encore, on peut se laisser guider par le savoir-faire centenaire de la maison Guerlain en matière de beauté. Un savoir-faire qui rencontre ici les formules ancestrales des beautés Méditerranéennes… Le tout dans un Spa Cheval Blanc signé Guerlain chic au possible !

Définitivement, le Cheval Blanc St-Tropez a bien tout ce qui fait les icônes Tropéziennes. Le chic, la sincérité, et le luxe lové dans l’authenticité.

L’Hôtel Du Palais A Biarritz, Palace Total

D’une villa construite par amour d’une ville et d’une femme a ainsi émergé l’un des palaces les plus iconiques au monde — ou quand Napoléon III érigeait pour l’Impératrice Eugénie les fondations de l’actuel hôtel du Palais.

L’Hôtel Du Palais, Une Histoire De France

L’Impératrice Eugénie est l’icône par qui la vogue pour Biarritz a commencé, et depuis jamais ne s’est tarie. Elle qui, enfant, découvrait les joies des bains de mer en compagnie de sa mère, attira à Biarritz son époux, l’Empereur Napoléon III.

Il lui fit construire une villa aux vrais airs de château.

La Villa Eugénie, Ou Napoléon III Sous Le Charme de Biarritz

La nouvelle tomba un jour de Juillet 1854. Le journal qui informait alors quotidiennement des faits et gestes du couple impérial lance la rumeur: Napoléon III et l’Impératrice Eugénie vont installer leur résidence d’été à Biarritz. Le 3 Août 1854 la rumeur se confirme: Napoléon III a bien donné pouvoir au maire de Biarritz afin d’acquérir, en son nom, les terrains nécessaires à la construction du futur domaine impérial… 10 hectares sur lesquels va s’ériger la villa Eugénie.

Construite entre 1854-1855 en brique et pierre, la villa Eugénie brille d’une esthétique pleine de noblesse et de panache. Dans le style Louis XIII donc, le couple Impérial a confié l’oeuvre à une série d’architectes. Le premier Hippolyte Durand, architecte du département des Basses-Pyrénées, en dresse les plans —  Louis-Auguste Couvrechef reprendra le travail.

Résidence impériale de 1856 à 1868, année de la dissolution du Second Empire, la villa Eugénie n’a cessé de s’étoffer. Une nouvelle aile fut ainsi construite en 1859, par l‘architecte Gabriel-Auguste Ancelet. En 1867, il est remplacé par Auguste Lafollye — cette fois, l’architecte va ajouter une bergerie, une vacherie, avant d’hausser le bâtiment d’un étage. L’ensemble trace dans le paysage un E de par sa forme. Un E comme Eugénie.

Mais voilà, la fin de l’Empire sonne le glas de cette villa hors paire, véritable bijou de l’architecture Belle Epoque. L’Impératrice en devient propriétaire à la mort de Napoléon III, en 1873.

Sept ans plus tard, elle la vend à la Banque de l’Union parisienne. Pour la première fois, la villa Eugénie perd son nom et sa fonction — désormais appelée le Palais Biarritz, elle est un hôtel-casino en 1881… un hôtel tout court en 1893. C’est l’Hôtel du Palais.

Quelques dix ans plus tard, un incendie ravage pourtant l’ouvrage. Un hôtel plus luxueux encore est alors rebâti et augmenté sur les murs de l’ancienne villa. Dès lors le destin de l’Hôtel du Palais peut s’écrire en lettres d’or.

La Villa Eugénie Devient L’Hôtel Du Palais

L’Hôtel du Palais capture beaucoup de l’architecture Art nouveau et Art déco. Sorte d’oeuvre vivante d’une esthétique devenue iconique, l’Hôtel du Palais surplombe l’océan avec un aplomb tout sauf ampoulé.

Ainsi édifié à partir de la villa Eugénie, l’Hôtel du Palais peut se targuer d’avoir conservé tout ce qui a fait la grandeur du Second Empire — le luxe, le savoir-vivre et un goût particulier pour le sublime. Tout se lit sur cette magnifique façade.

Comment le vit-on à l’intérieur? Situé à flanc de falaise, sa vue littéralement époustouflante sur l’océan se savoure à travers certaines des grandes fenêtres des 154 chambres. Des fenêtres hautes et agréables qui ouvrent sur l’ardeur vivifiante de l’océan Atlantique.

50 suites et 100 chambres ainsi décorées dans la plus pure tradition du style Second Empire… L’Hôtel du Palais veille sur son héritage.

Dans le hall à colonnes, des lustres impérieux… Dans les suites, du marbre de Carrare, du bois de teck de Birmanie. Des mosaïques en pâte de verre Italienne… Tout y distille une vision noble, discrète et précieuse du luxe.

Classé 5 étoiles en 2011, distingué de la « Distinction Palace » renouvelée en 2016… L’Hôtel du Palais figure sans aucune doute l’un des derniers palaces à l’authenticité avérée.

D’ailleurs, ses illustres hôtes s’y rendaient, et s’y rendent encore pour vivre ce glamour tranquille qui sied tant à Biarritz. Une atmosphère intemporelle qui a ravi Garry Cooper, Romy Schneider, Edmond Rostand, Hemingway, le Roi Farouk ou la Duchesse de Windsor… La reine Victoria ou encore Elizabeth d’Autriche, aka Sissi. Venue à Biarritz en 1896 et 1897, une suite porte son nom, en sa mémoire.

L’Hôtel Du Palais, Symbole De La Villégiature de Biarritz

Si l’hôtel est actuellement fermé pour rénovation jusqu’au Printemps 2021, c’est pour mieux raviver ce qui en a fait un symbole de la villégiature de Biarritz. Didier Beautemps et Valéria Sanchez d’ATELIER COS sont derrière la rénovation de l’icône.

Icône Du Raffinement A La Française

C’est bien cela qui attire tant de gens de goût à l’Hôtel du Palais — le raffinement à la Française. Du sol au plafond, des colonnes aux services de table: tout n’est que charme, magnificence, grandeur et mesure.

Fidèle à la grande tradition de l’art de vivre à la Française, l’Hôtel du Palais distille ainsi en cuisine et dans ses soins tout le luxe qui fait sa singularité.

En gastronomie, c’est sous la houlette du Chef Jean-Marie Gautier que l’on pense les délices des trois restaurants de l’Hôtel du Palais. Le premier, la Villa Eugénie, une étoile au Michelin, puise son inspiration « Entre terre & océan. » Proche des pêcheurs amarrés sur les bords de l’Adour, le Chef s’y approvisionne en saumon ou alose. L’asperge, le piment d’Espelette, le porc basque, le petit pois, le foie gras, les girolles, les cèpes, la truffe…

Le second restaurant, l’Hippocampe offre une vue hypnotisante sur la grande plage — servant des mets composés à partir de fruits de mer, salades et desserts… Au bord de la piscine non moins sublime.

Enfin, c’est le restaurant La Rotonde qui requiert une attention particulière. Avec sa vue magique sur l’océan, son ambiance Belle Epoque et les mets raffinés imaginés autour de la gastronomie basque… Il est sans aucun doute l’un des plus beaux restaurants au monde. D’ailleurs, pour Alain Ducasse qui y a célébré son mariage, c’est incontestablement « la plus belle salle à manger au monde. »

Tout dans l’Hôtel du Palais n’est que beauté. D’ailleurs, en parlant de beauté, au Spa Impérial, les soins prodigués par Guerlain et l’institut du cheveu Leonor Greyl y veillent.

De quoi entendre, lors de ces moments d’intense bien-être, les murs chuchoter les histoires secrètes des icônes qui y ont séjournées. En juillet 1918, Pablo Picasso y passa sa lune de miel avec Olga Kholklova, sa première épouse, danseuse des Ballets russes. Gabrielle Chanel, qui avait ouvert sa maison de couture à Biarritz en 1915, fréquentait alors le Palais devenue épicentre de la vie mondaine et artistique.

Charlie Chaplin y occupa un appartement, Ernest Hemingway aussi. De quoi l’attester: la vie à l’Hôtel du Palais ressemble à s’y méprendre à une fête, façon Belle Epoque ou Années Folles ! L’esprit villégiature en plus.

Quand Luxe Et Art Contemporain Font Les Icônes De La Mode

Nombre des pièces les plus iconiques de notre histoire sont nées de cette filiation aussi sublime que décriée. Ou quand art et mode se rencontrent, bien souvent pour le meilleur.

Printemps/Eté 2014, la collection Chanel orchestrée par Karl Lagerfeld s’inscrit dans une dialectique entretenue depuis longtemps — cette fois, le podium s’est mue en une galerie d’art. Ça et là, les gimmicks de l’art contemporain se mêlent à ceux du luxe de la rue Cambon. Le propos est limpide: la mode est un art, certes, mais la rencontre entre mode et art tient encore plus de l’expression sacrée! Il n’y a qu’à voir du côté des pièces iconiques, désirables au possible non par le simple ajout d’un logo, mais bien en ce qu’elles ont révolutionnées, un jour, l’interaction entre l’art passé et le corps présent.

Et il suffit de regarder du côté de Cristobal Balenciaga pour s’en convaincre. Le couturier a habilement pioché dans l’oeuvre des grands peintres Espagnols, la grammaire, les lignes et les silhouettes qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier. Il donna vie au drapé légendaire de Goya, quand Ignacio Zuloaga lui inspira ses robes cocktail tout en volants. Mais c’est entre les mains d’Yves Saint Laurent que la dialectique art et mode devient véritablement révolutionnaire.

Il ne s’agit plus pour le couturier de décalquer les brocards, broderies et autres dentelles des maîtres de l’académisme… Non. Yves Saint Laurent préfère, lui, magnifier le corps autour d’un mouvement inédit. « Mon but n’est pas de me mesurer avec les maîtres de la peinture, j’aimerais juste tirer profit de leur génie. » Sa collection Printemps/Eté de 1981 est ainsi dédiée aux impressionnistes. Celle de l’hiver de la même année à Matisse. Celle de 1988 s’intitule ‘Collection cubiste, hommage à Braque’. Il joue comme au casino, et gagne à tous les coups — l’oeuvre d’Yves Saint Laurent est la première à entrer dans un musée, sous le patronage de Diana Vreeland. C’était en 1983, au Costume Institute du Metropolitan Museum of Art de New-York. Le point culminant du plus artiste des couturiers? En 1969, il habille de mousseline les deux moulages réalisés par Claude Lalanne.

Mais c’est la mythique robe Mondrian, en 1965, qui a ouvert la voie au vêtement-tableau. La mode, plus que jamais, transcende l’art et lui donne vie. Karl Lagerfeld, en 2005, marche sur ses traces lorsqu’il fait défiler pour la collection Haute Couture de Chanel une robe réifiant la forme et élégance de l’oeuvre de Yahoi Kusama. Et tout comme Yves Saint Laurent a donné une nouvelle cote à Piet Mondrian, Karl Lagerfeld a largement contribué à ainsi faire émerger l’oeuvre allumée de Yahoi Kusama

Avant eux, déjà, Elsa Schiaparelli collaborait avec ses amis surréalistes à l’élaboration d’un art portable. La mode, en somme. Le chapeau-chaussure ou la robe homard réalisés en 1937 en collaboration avec Dali cherchaient à faire sortir la fantaisie du cadre des tableaux surréalistes. Est-ce un hasard si, en 2018, Maria Grazia Chiuri s’appuie sur l’oeuvre de Nikki de Saint Phalle pour raviver la silhouette de la parisienne? Pas vraiment.. Première femme à assurer la direction artistique de la maison Dior, elle transcende alors sa position à travers l’oeuvre d’une artiste féministe — surtout à rebours des normes imposées!

Car voilà aussi ce que cherche Raf Simons lorsqu’il imprègne Calvin Klein des oeuvres de Warhol: une critique de la société Américaine, à l’orée du plus pop des artistes critiques. Car Crashes, Knives, Electric Chair, d’un certain Andy Warhol viennent s’imprimer sur des pièces au basic racé. Son oeuvre déborde d’un tel cynisme acidulé que Gianni Versace lui-même y trouve son compte en 1991. Jamais le luxe et l’art contemporain ne s’était mêlés si habilement que dans ces combinaisons aux imprimés inspirés des peintures colorées d’Andy Warhol! Sauf, peut être, en 2019, lorsque Nicolas Ghesquière fit entrer avec génie l’architecture art deco dans le répertoire Louis Vuitton… Une série de pièces follement luxe et si désirables, inspirée du Chrysler building de New York. Une véritable interaction entre l’art et la mode. L’art total, en somme.

L’Expo ‘Picasso Primitif’ au Musée du Quai Branly

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Un artiste de la trempe de Picasso est à l’avant-garde, c’est à dire au-delà des dires et croyances d’une époque. Sa relation aux arts dits “primitifs”, Pablo Picasso l’amorce en 1907 lorsqu’il acquiert sa première oeuvre non-européenne, un tiki des îles Marquises. La même année, l’artiste fait la découverte du musée du Trocadéro alors spécialisé dans l’art Africain – la même année, il travaillait sur Les Demoiselles d’Avignon mais, ce qu’il vit là fut si fort qu’il en reprit la trame pour l’achever en juillet de la même année. La suite, on la connait : c’est justement cette toile qui marque le tournant décisif de sa carrière. Aujourd’hui et jusqu’au 18 Juin prochain, l’exposition du Quai Branly Picasso Primitif rend compte avec force et passion d’une relation privilégiée, loin des clichés de l’époque. Divisée en trois parties, la première partie “Chronologie” établit de façon factuelle les oeuvres que Picasso a vues, celles qu’il a acquises, celles avec lesquelles il a vécu. Dans une deuxième partie intitulée “Corps à corps”, l’exposition interroge la façon dont Picasso et ces grands artistes se rejoignent dans l’expression d’archaïsmes universaux, l’activation des pouvoirs de l’image. Enfin, dans la troisième partie, le ‘primitif’ ne s’entend plus dans son sens littéral et déprécié.

D’ailleurs, l’exposition s’ouvre sur une citation intéressante. Le primitivisme dont il est question ici se doit d’être pensé à rebours des approches formalistes : « L’art nègre ? Connais pas ! » voilà la réponse que Picasso donne en 1920. « Mes plus pures émotions, je les ai éprouvées dans une grande forêt d’Espagne, où, à seize ans, je m’étais retiré pour peindre. Mes plus grandes émotions artistiques, je les ai ressenties lorsque m’apparut soudain la sublime beauté des sculptures exécutées par les artistes anonymes de l’Afrique. Ces ouvrages d’un religieux, passionné et rigoureusement logique, sont ce que l’imagination humaine a produit de plus puissant et de plus beau. Je me hâte d’ajouter que cependant, je déteste l’exotisme » précise Picasso dans une correspondance à Guillaume Apollinaire.

Et en effet, Picasso voyait dans l’art Africain la quintessence de l’expression elle-même ; autour de ces figures se dessinent les formes archétypales, primordiales de la nudité, de la verticalité… Ainsi, le célèbre tableau Jeune Garçon Nu, exécuté en 1906 puise son graphisme, ses lignes et finalement sa vérité dans une Statue Anthropomorphe découverte au Nigéria, alors en Afrique occidentale. « Je veux faire le nu comme il est. Il faut qu’il se fasse de lui-même. Je ne veux pas, moi, faire le nu, je veux qu’on ne puisse pas faire autrement que de voir le nu comme il est » indique Picasso cité par Hélène Parmelin. Et c’est en ce sens que Picasso a toujours puisé dans l’art Africain l’essence d’une création inspirée, épurée et finalement à la force élémentaire !

N°5 de Chanel : Un Manifeste Intemporel

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Créé en 1921 par Ernest Beaux, ancien créateur de parfum à la cour des tsars de Russie, la commande était précise. Coco Chanel souhaitait se différencier du temps, incarner une sorte d’avancée et être en accord avec sa mode tout en évitant soigneusement les soliflores habituels à la senteur caractéristique d’une seule et unique fleur. Elle demande « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c’est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé » car elle veut « un parfum de femme à odeur de femme », c’est-à-dire retrouver ces personnalités si éclectiques et si complexes que les femmes commencent à dévoiler à l’époque. Beaux répond à cette injonction en lui présentant deux séries d’échantillons numérotés de 1 à 5 et de 20 à 24. Chacun connaît l’histoire, Mademoiselle choisit l’échantillon n°5. Riche de ses 80 ingrédients composés autour de matières précieuses tel que le jasmin, l’ylang-ylang mais aussi plus simplement un bouquet de rose de Mai, la fragrance Chanel ne dévoile aucune note dominante et voit sa fraîcheur exaltée par le secret des aldéhydes pour parfaire l’essence d’une fleur mystérieuse. Cette abstraction vise à la perfection absolue, comme s’ils avaient trouvé la formule des silhouettes subtiles, graciles et audacieuses que sont les femmes Chanel.
 
Qu’apprendre de plus sur son nom ? Le numéro 5, porte bonheur de la créatrice signifiait tout autant le jour du défilé de la saison Printemps-Été, le 5 du cinquième mois, qu’il représentait la cinquième marche sur laquelle elle s’asseyait pour observer du haut de l’escalier ses défilés… Mais dans ce numéro de matricule, cette dénomination de laboratoire se cache là encore une révolution dans le monde de la parfumerie, rejetant de son avant-gardisme les intitulés lyriques qu’affectionnaient habituellement les maisons. De cette étiquette blanche où trois lignes tracées de leurs majuscules exclamatives, se dresse aussi une référence au monde artistique de l’époque. L’esthétique radicale de ce papier imprimé sonne comme le parallèle des petits tracts, nommés les « papillons de Dada » que produisent les membres du mouvement Dadaïste, le plus souvent signés de l’imagination de Tristan Tzara. Le N°5 rappelle aussi les travaux d’Igor Stravinsky hébergé pendant deux ans à partir de l’Automne 1920 par Coco Chanel dans sa villa de Garches. Le compositeur précurseur russe y crée en 1921, année de lancement du parfum, un recueil de pièces pour enfants intitulés « Les Cinq Doigts ». Divisée en huit pièces, la main droite est seule au piano et n’évolue que sur cinq notes dans ses débuts pour se complexifier au fur et à mesure des pièces, sûrement comme lorsque Beaux s’éprit des nombreux ingrédients nécessaires à la composition du N°5, les ajoutant au gré de l’invention.
 
Pour contenir sa précieuse fragrance, Coco Chanel reste dans cette idée minimaliste attachée aux cercles artistiques qu’elle fréquente et choisit l’esthétique d’un flacon de verre épuré. Du bouchon taillé comme un diamant, schéma de la place Vendôme qu’elle chérit, elle scelle l’effluve d’un cachet de cire noire où la lettre C évoque à nouveau les mondes d’inspiration qui l’entoure. Son identité s’appose comme une signature avec la première lettre de son nom, lettre qu’elle traçait de sa main à l’intérieur des livres de sa bibliothèque, lettre qui rappelle les courbes rondes et les entrelacs des vitraux de la collégiale d’Aubazine qui l’accueillit à ses 12 ans, enfin lettre qui en la doublant fait écho au monogramme de Catherine de Médicis, femme puissante à la vie fascinante pour Mademoiselle Chanel. Pourtant les références ne s’arrêtent pas là, et le manifeste N°5 se développe tout autant dans son contenu que dans son emballage faits de papiers à gros grain collé et surligné de noir. Les collages cubistes de Picasso et la technique dites des « placards » de Marcel Proust aurait-il influencé la rigueur de la première enveloppe du N°5 ? Cet avant-gardisme artistique est si surprenant et novateur pour son temps que le Musée d’Art Moderne de New York l’intègre à ses collections afin de le présenter en 1959 comme pièce historique. Andy Warhol s’empare aussi de cet icône de la parfumerie dans une sérigraphie pop art, clamant au monde l’universalité de l’objet. Finalement avec le N°5, Coco Chanel ne s’attache pas à créer un simple parfum où seule l’effluve semble être l’importance de l’objet, elle développe une véritable œuvre où chaque détail est minutieusement mesuré dans le but d’offrir une éthique des années 1920, avec ses nouveaux questionnements et le début d’une nouvelle esthétique permettant à l’art d’ouvrir ce temps sur une nouvelle vision du monde.
Aujourd’hui, son nom résonne encore comme un parfum d’excellence, d’Histoire, d’Art et de savoir-vivre parisien, c’est pourquoi la maison a décidé de reprendre l’esthétique de ce parfum pour le N°5 Eau Première, lancé en 2008 par Jacques Polge. Le flacon à l’origine de forme allongée s’épaissit pour s’allier à la forme d’un parfum de caractère.
 
 
N°5 de Chanel, Quelques Dates Clés
 
De nos jours, le No.5 de Chanel est mondialement connu et reste un objet de désir.
 
2016 : «  N.5, L’eau » est créée par le fils de Jacques Polge : Olivier Polge. Pour incarner cette nouvelle senteur, la maison a fait le choix de Lily-Rose Depp.
 
2015 : Chanel décline le numéro 5 dans un format nomade de 35 ml en édition limitée.
 
2014 : la mannequin brésilienne Gisele Bündchen incarne la nouvelle femme Chanel sous l’objectif de Baz Luhrmann.
 
Du 5 mai au 5 juin 2013 : exposition au Palais de Tokyo à Paris « No.5 Culture Chanel ».
 
2013 : Chanel utilise des images d’archives mais aussi des enregistrements de Marilyn Monroe pour faire une publicité, bien que celle-ci n’ait jamais été l’égérie de la maison.
 
2012 : l’acteur américain Brad Pitt présente le parfum dans une campagne publicitaire.
 
2011 : le parfum perd son titre de « parfum le plus vendu en France » au profit de Dior, J’adore.
 
2009 : Le N°5,  dans un décor noir et blanc, devient l’élément central du runaway du défilé Haute Couture Automne-Hiver 2009-2010, autour duquel les modèles défilent.
 
Mai 2008 : « train de nuit » est un spot publicitaire mettant en scène Audrey Tautou dans l’Orient Express pour présenter le produit.
 
2008 : C’est à présent une eau Première qui nait, toujours par Jacques Polge.
 
2004 : Nicole Kidman pose le temps d’une publicité pour incarner la femme Chanel, celle qui porte le numéro 5.
 
1998 : « le Chaperon rouge » est une campagne publicitaire réalisée par Luc Besson et interprétée par le mannequin Estella Warren.
 
1995 : Jean-Paul Goude fait revivre pour la première fois Marylin Monroe sous les traits de Carole Bouquet.
 
1992 : Vanessa Paradis incarne la nouvelle égérie du Parfum sous l’objectif de Jean Paul Goude.
 
1986 : Une eau de parfum voit le jour, créée par Jacques Polge.
 
1986 : changement de design pour le flacon qui est remodelé de manière plus simple et sobre.
 
1985 : Andy Warhol consacre ces célèbres sérigraphies au flacon.
 
1979 : « La Piscine » est la première publicité d’une série réalisée par Ridley Scott.
 
1973 : Catherine Deneuve pose dans une campagne publicitaire du parfum No.5, face à la caméra de Helmut Newton.
 
1970 : changement de design pour le flacon, c’est à nouveau le bouchon du flacon qui est modifié.
 
1966 : Ali MacGraw prête sa tête pour une campagne de publicité des produits Chanel dont le parfum.
 
1959 : le packaging du N° 5 entre dans les collections permanentes du Museum of Modern Art (MoMA) de New York.
 
1954 : Marilyn Monroe prononce son fameux « Juste quelques gouttes de N°5« .
 
1950 : changement de design pour le flacon qui prend un bouchon plus imposant.
 
1945 : Les GI se bousculent rue Cambon pour rapporter le N°5 à leur femme.
 
1925 : une fragrance dérivée sort, toujours sous la création d’Ernest Beaux. C’est une eau de toilette.
 
1924 : changement de design pour le flacon qui garde ses lignes simples et épurées mais de façon plus moderne.
 
1921 : Chanel est la première à réunir la femme, le vêtement et le parfum dans la même magie. 
 
1921 : No 5 est créé par Ernest Beaux pour Coco Chanel qui veut « un parfum de femme à odeur de femme ! ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des Portraits et Photos Inédites de Coco Chanel par Marion Pike

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On sait peu de choses de la rencontre qui y a mené, mais le premier tableau, lui, fut signé en 1967 alors que la peintre Californienne Marion Pike est pour quelques mois à Paris ; Chanel a 84 ans. Marion Pike fige avec délice, son amitié naissante avec la Dame aux Camélias dans le portrait qui ouvre le quintette. 5, un chiffre cher à Chanel. De 1967 à 1971 sont peintes des toiles imposantes et colorées donnant cinq visages de celle qui d’ordinaire ne disait aimer que le noir et le blanc. Une exposition où seront aussi affichées des pièces issues des collections Haute-couture dessinées par Coco.

Sans doute destinés à faire atteindre à son éternelle frange, à ses yeux mutins et rieurs, cette durée propre à l’art ; sans début et sans fin, les portraits présentés lors de cette exposition semblent inviter à y déceler la relation, les liens, la rencontre entre deux femmes : une artiste-peintre et une Chanel acceptant de laisser transparaître l’intimité de sa personne. Permise grâce au prêt de la fille de Marion Pike, le projet est aussi là une façon de mettre à l’honneur celle qui a fait le portrait de personnalités telles que Ronald Reagan, le Pape Jean-Paul II ou encore Lee Kwan Yew. Jusqu’au 16 novembre 2013, le London College of Fashion abrite aussi des photos inédites des deux dames, et expose en prime les nombreux vêtements et tailleurs Chanel dont l’artiste se parait au quotidien.

La Marinière

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La marinière est entrée dans le monde le 27 mars 1858… consacrée sous le nom de « vareuse ». Car, avant d’être l’illustre tricot rayé, elle est l’uniforme officiel des marins français : le jersey rayé est le vêtement pour vivre à bord. Répondant à des règles strictes – 21 raies blanches larges de 20 millimètres juxtaposées à 20 ou 21 raies bleues larges elles de 10 millimètres – elle est faite d’un rigide tissu qui se pare d’une vive couleur blanche, afin de détonner dans l’eau noire en cas de chute.

En 1900, elle entre dans les couches civiles de la population, harponnant les femmes et les enfants d’abord : la rayure fait alors son entrée sur les costumes de bains. Et, en 1910, la sphère mode se l’approprie à travers Gabrielle Chanel. Inspirée de la tenue des marins de Deauville, la jeune adulte, lassée de voir la femme accessoirisée en poupée, parée de mille et un inutiles, la libère du poids du diktat sociétal. N’hésitant pas à jouer sur l’androgynie de la pièce, les casual cotonnades rayées séduisent jusque dans la capitale.

Il faut attendre l’été 1962 pour qu’un certain Yves Saint Laurent la façonne à sa façon. Sous ses traits, elle se stylise en prenant l’allure d’une robe pull et se dote de paillettes. A la même époque, Bardot s’y enveloppe lorsqu’elle arpente les ruelles de Saint Tropez quand Picasso ne la quitte pas : la pièce est définitivement sacrée quand Charlotte Gainsbourg l’habite pour l’Effrontée.

Dans les années 80, Jean Paul Gaultier gomme l’héritage Chanel : il élargit la répartition des rayures et en alourdit la matière. Plus masculine, plus graphique et surtout plus créative, elle apporte une bouffée d’oxygène à une époque qui sonne baroque. Au fil de ses collections, le couturier n’a cessé de la revisiter – robe de plumes rayées, mélange de rayures rouges et bleues – la plaçant définitivement au hit-parade des must have.

Depuis, la marinière est un modèle, un emblème. Déclinée sur tout support et toute matière. L’enfant sage, rebelle, ou simplement effrontée, la femme fatale ou sagement désirable, la marinière semble s’adapter avec génie à l’éternité du temps. Ce mimétisme qui lui est propre, fait d’elle le compagnon des promeneuses de Biarritz, de Paris et de Monte-Carlo, franchissant, aisément, les barrières sociales.

Exposition : N°5 Culture Chanel au Palais de Tokyo

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Ernest Beaux, en 1921. Une fragrance qui deviendra presque instantanément iconique, au sillage unique et atemporel. « Je lance ma collection le 5 mai, cinquième mois de l’année, laissons-lui le numéro qu’il porte et ce numéro 5 lui portera chance » disait Coco Chanel, lors du lancement de son parfum.

C’est ainsi que le Palais de Tokyo accueillera, du 5 mai au 5 juin 2013 – dates significatives – l’exposition N°5 Culture Chanel, qui raconte l’histoire d’une vie, d’un style, d’un parfum. Elle est orchestrée par Jean-Louis Froment, directeur artistique, commissaire d’expositions et critique d’art français de renom. L’événement nous invite à renouer avec le Paris des années folles, ce lieu de rencontres littéraires et artistiques, cette ville-fusion des arts. Du Train bleu aux surréalistes, en passant par Modigliani, N°5 Culture Chanel tracera le parcours du lien étroit qui unit la maison de Haute Couture aux arts et à la culture.

On pourra découvrir les œuvres qui ont insufflé l’essence même du N°5 à madame Chanel, et qui l’ont portée au sommet du jeu des correspondances sensorielles. Photographies, objets, films et archives nous conteront le récit d’une amitié avec Cocteau, Picasso, Radiguet, Picabia ou en encore Reverdy, pour une avant-garde emblématique et symbole d’une vie. Synesthésie des arts, roman d’une vie et mythe d’un parfum sont au rendez-vous.

 

Exposition N°5 Culture Chanel, du 5 mai au 5 juin 2013
Palais de Tokyo, Paris
www.5-culturechanel.com
http://www.palaisdetokyo.com