Le Carrosse de Xavier Veilhan

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« L’art est un outil de vision au travers duquel il faut regarder pour comprendre notre passé, notre présent et notre futur. » Xavier Veilhan le dit lui-même : spécialement conçu pour répondre le long d’un axe est-ouest traversant tout le domaine de Versailles, Le Carrosse, accueillait en 2009 les visiteurs dès leur arrivée dans la Cour d’honneur du Château.

Coulée dans un violet qui tend au pourpre, Le Carrosse joue de l’œil dans une combinaison entre formes reconnaissables et flou artistique, n’oubliant pas d’intégrer la perspective. « De loin, on le perçoit comme un logotype. Plus on s’approche, plus il se décompose, comme la chair se décompose en cellules sous la peau », dit l’artiste. En réalité, le jeu va plus loin : l’attelage est un moyen de transport dans l’espace, et voici qu’ici, il se déplace aussi dans le temps. Présentée avec ses animaux captés en plein galop, la sculpture est la représentation d’un objet du XVIIe siècle saisi avec les moyens du XXe siècle.

Et on en sait plus en s’approchant. Devant les éléments morcelés d’un origami géant dont la signification se perd, Le Carrosse renoue avec l’esprit de la Renaissance et imagine sur ordinateur toute la décomposition du mouvement d’un attelage en proie à fuir. Celle de Louis XVI ? Peut-être. En tout cas, c’est XavierVeilhan qui impulse, dirige, et signe son œuvre. D’ailleurs, son dernier projet Merzbau Musical, rappelant le travail du dadaïste Kurt Schwitters, a été celui retenu pour représenter le Pavillon français lors de la Biennale de Venise, en 2017 !

 

L’Araignée de Louise Bourgeois

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Connue pour son araignée monumentale en acier appelée Maman et exposée de Tokyo à New York en passant par la Tate Modern de Londres, c’est ici une œuvre murale que nous pouvons admirer, comme figée dans son mouvement, projetant son ombre sur les pans blancs du mur qui l’expose. La plasticienne puisa le motif de l’araignée dans la figure de sa mère, réparatrice de tapisseries, qui tissait ainsi sa toile, à laquelle elle ajouta la notion de protection. Mais l’histoire va plus loin : l’enfant qu’était Louise n’a pu supporté le tacite triangle de tromperie qui unissait son père, sa nourrice et sa mère – volontairement aveugle. Qu’importe, Louise Bourgeois voit l’art comme garant de sa santé mentale. Chez l’artiste qu’elle devient, on réifie ses peurs pour les exorciser ; l’angoisse se mue en plaisir.

La « spider-woman » disait ainsi que sa « meilleure amie était [sa] mère et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable, qu’une araignée. Elle pouvait se défendre elle-même. » Une mère qu’elle perdit à l’âge de 21 ans, qui lui inspira son départ vers l’Amérique, point de départ de sa carrière et à laquelle elle rendit hommage au travers de ces araignées, animaux puissants mais fragiles face à l’homme, comme sa mère l’était face à son père.

 

Kevin Lyons Revisite la Converse pour Colette

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Kevin Lyonsréinterprète la Converse et offre un modèle « bleu-Colette », pour le mois de l’illustration. 

L’épopée Converse a l’essence de l’icône. Au début du XXe siècle, le Marquis Mills Converse tombe dans l’escalier et, manque de se fracturer la cheville. En 1908, il décide de créer des chaussures avec une semelle en caoutchouc, pour ne pas glisser : la converse All Star est créée en 1917. Chuck Taylor, joueur de basket passionné, à l’âge de 17 ans, acquiert sa première paire de All Star. Inspiré par sa basket, il se rend à Chicago : dans les bureaux de Converse, il propose des innovations pour adapter la basket à sa passion. Ces chaussures mettent à jour l’uniforme des joueurs. Taille haute, lignes élancées et coupe sportive, elle se métamorphose, une première fois, en 1962 : la version courte – Oxford – supplante la Chuck, et entre dans la pop culture américaine. La marque scellée d’une étoile devient alors un état d’esprit.

Érigée en pièce du cool, il n’est pas étonnant de la trouver, un siècle après la basket pionnière, dans le temple parisien du genre. « Sarah Colette que je voyais souvent porter des Chucks, n’a jamais cessé d’encourager mes créations artistiques. L’idée de cette collaboration est donc arrivée naturellement » confie Kevin Lyons. Après avoir paré semelles et languettes de la sneakers Nike Air Max 90 Current en 2008, le fameux petit monstre farceur de l’illustrateur, cette fois se démultiplie à l’infini sur la converse en canvas. Mugs, coques d’iPhone 5, mais aussi bougies, pochettes d’iPad n’échapperont pas à l’invasion. Pire, même les biscuits en sous-sol du concept-store seront infestés. La pandémie est prévue pour le 10 décembre 2012, chez Colette. 

1- Ancien directeur Urban Outfitters.