Que reste-t-il du paysage lorsqu’il cesse d’être un décor ? Que révèle un visage lorsqu’il devient une matière plutôt qu’une identité ? Réunie à l’Icon-Icon Gallery, État Naturel rassemble les peintres Axel Pahlavi, Xavier de Maisonneuve et Hervé Ic autour d’une interrogation commune : celle du vivant comme état de transformation permanente.
Ici, la nature n’est jamais envisagée comme un simple sujet. Elle traverse les corps, façonne les regards, modifie la lumière et imprime sa temporalité jusque dans la peinture. Les frontières entre paysage et portrait s’effacent progressivement, laissant apparaître un même territoire sensible où mémoire, matière et perception se répondent.
Chez Axel Pahlavi, la peinture épouse d’abord le temps. Réalisés sur le motif pendant plusieurs jours ou construits au fil de longues séances de pose, paysages et figures enregistrent les transformations du réel autant que celles de leur propre élaboration. Comme le résume l’artiste, « les collages de peinture viennent fracturer le temps ». Les superpositions, les ruptures de perspective et les fragments font ainsi coexister plusieurs temporalités au sein d’une même image. La peinture ne cherche jamais à figer un instant : elle conserve la trace de son devenir. Une intuition traverse l’ensemble de son œuvre, empruntée à Carol Haute Saldia : « Nous vivons dans le temps et respirons l’éternité. »
Les œuvres de Xavier de Maisonneuve empruntent les chemins, les clairières, les sous-bois ou les reflets d’eau pour faire émerger une mémoire du paysage. À travers une lumière constamment mouvante, ses forêts semblent respirer, absorber le regard puis le conduire vers un espace intérieur. La nature n’y est jamais descriptive. Elle devient une expérience sensible, où chaque variation de lumière traduit une transformation du regard, comme une présence silencieuse qui persiste bien après avoir quitté le paysage.
Avec Hervé Ic, la figure humaine glisse vers une zone d’incertitude. Ses portraits, traversés par des déformations, des glissements chromatiques et des signes énigmatiques, interrogent une identité toujours en construction. Le visage cesse d’être une surface stable pour devenir le lieu où se rencontrent mémoire, technologie, langage et perception, révélant la fragilité de toute représentation.
Réunies, ces démarches proposent moins une représentation du monde qu’une réflexion sur ses métamorphoses. Le vivant n’y apparaît jamais comme un état fixe, mais comme une circulation permanente entre les êtres, les paysages et la matière picturale. Les œuvres réunies rappellent que le paysage est aussi un espace intérieur, que le portrait est toujours traversé par le temps, et que la peinture, loin d’enregistrer le réel, en révèle les transformations. Comme le dit encore Axel Pahlavi, « le temps passe », mais la peinture, elle, en retient les strates.

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