La Baule, Le Charme Discret Des Plaisirs

C’est une baie qui berce, depuis longtemps déjà, les âmes d’esthètes, les artistes et les gens de goût en quête de discrétion — la Baule se raconte en effet au gré d’une charmante histoire.

De ces dunes caressées par l’océan et battues par le vent est sortie, au XIXème siècle, l’une des stations balnéaires les plus iconiques de France. Une station courue par le Tout-Paris, qui s’y délecte d’un art de vivre raffiné mais discret.

La Baule, Iconique Station Balnéaire

Au Commencement, La Bôle

A quelques encablures de Quiberon et la Trinité, La Baule est sortie des sables au tournant du XIXème siècle. Ou devrait-on dire La Bôle. Car avant de se voir rebaptisée La Baule à la fin du XIXè siècle, La Bôle n’est qu’un hameau perdu au coeur des marais salants. Cela dit, un hameau très prometteur.

Car voilà — le développement du chemin de fer sur la côté Atlantique attire avec lui curieux et investisseurs vers ces contrées jusque là sans grand intérêt. La Bôle, elle, n’est alors qu’une gare aidant à desservir d’un côté Guérande et de l’autre Croisic.

C’est l’intervention d’un homme, Jules Hennecart, qui va sceller son histoire.

Jules Hennecart était en fait l’un des investisseurs de la Compagnie de l’Etat en charge de la construction de la ligne ferroviaire. Et c’est lors d’une de ses visites de chantier que la plage immaculée qu’est alors La Bôle attire son attention…

Une baie ouvrant sur l’océan Atlantique; une plage qui s’étire sur des dunes de sable fin. Il en est persuadé, cet endroit ne peut rester inexploité. Il va alors tout entreprendre de façon à édifier ici une “station balnéaire“. C’est que, la vogue des bains de mer en provenance direct de l’Angleterre semble sur le point de déferler sur la France. Et puis, la baie de La Bôle s’y prête à merveille – ce lieu béni, Jules Hennecart va le construire !

Avec Edouard Darlu, il pense et édifie une ville où la bonne société pourra y savourer toute l’oisiveté de sa condition, en famille ! Pas question de suivre l’exemple de Deauville qui s’érige à la même époque. Jules Hennecart veut une station de bon ton.

Pour la bâtir, des architectes de renom vont mettre leur talent à exécution de l’entreprise — l’idée? Mêler les inspirations néogothique et médiévale. Georges Dommée, Georges Lafont, Émile Le Bot et Ferdinand Ménard suivent les pas de l’architecte phare du XIXème siècle, Eugène Viollet-le-Duc. De cette terre de sable et de dunes, vont ainsi s’ériger des villas Belle Epoque.

A la fin du XIXème siècle, les premiers touristes débarquent à La Baule — son nom change, en même temps que la ville se connecte mieux encore à la France, alors en pleine ébullition moderne.

Le Premier Casino de La Baule, La Fin De L’Ere Hennecart

En 1902, c’est un autre entrepreneur qui reprend le flambeau laissé par Jules Hennecart. Mais il désire une ville un brin moins familiale. Enfin… Joseph André Pavie avait d’abord dressé l’iconique hôtel Royal comme un sanatorium pour enfants — espérant ainsi attirer à La Baule les familles de la haute société. L’entreprise étant un échec, il destine l’impressionnante bâtisse à un tout autre dessein. Celui de casino.

Ainsi l’hôtel Royal devient-il le premier casino de La Baule, en 1902. Bals, concerts, représentations… La Baule esquisse petit à petit le visage qu’on lui connait aujourd’hui. Car l’entreprise de Joseph André Pavie ne s’arrête pas là. Poussé par l’élan de modernité qui habite la France d’alors, il importe à La Baule électricité, télégraphe, goudron, et ascenseur… Attirant par là même l’intérêt du jeune François André.

Celui qui finira par fonder le groupe Lucien Barrière, est alors associé à Eugène Cornuché, l’homme derrière Deauville. Et il se trouve justement que François André fut appelé à visiter Escoublac-La Baule…

Pendant la Première guerre, son compagnon de tranchée, Ambroise Fleury, lui parla tant de son village natal… que sa mort par un obus décida François André à le visiter, dès la guerre terminée !

Et le lieu de naissance de son ami Ambroise Fleury ne le laissa pas indifférent — il tomba littéralement sous le charme d’une plage de sable fin, caressée des zéphyrs, et absolument vierge de toute construction. Sans attendre, il rencontre le maire et acquiert le terrain. L’hôtel Royal et son petit casino.

François André initia ainsi le tourisme des plaisirs à La Baule. Il le dira lui-même lors d’une interview, en 1959: « Voyez La Baule, qui n’était rien et qui est devenue l’une des plus grandes villes d’eaux françaises. Eh bien, il faut savoir qu’il y a un homme, pas deux, un, qui l’a faite : c’est moi ! »

Le Royal-Thalasso Barrière est aujourd’hui l’héritier et le garant de ce mythe du bien vivre !

La Baule Et Les Artistes

Et justement. La Baule gagne très vite sa réputation de station balnéaire pas comme les autres. Loin de l’agitation mondaine et de l’exagération d’une Deauville par exemple, La Baule trône au panthéon des villes romantiques. D’ailleurs, la baie attira les artistes romantiques tout au long du XIXe siècle.

Un siècle plus tard, les Frères Jacques, Édith Piaf, Juliette Gréco et Charles Trenet. Yves Montand, Dalida, et Sacha Distel. Toutes ces grandes icônes du music-hall se sont produites à La Baule. C’est bien qu’il s’y passe quelque chose de très particulier.

Inspirante, La Baule l’est très certainement. Il n’y a qu’à lire les vers qu’on lui a destiné. Sacha Guitry en 1929 écrivait ainsi:

« Je ne sais pas quand je mourrai
Si j’aurai très envie d’un saule,
Mais du moins tant que je vivrai,
C’est sous les grands pins de La Baule
Que j’aimerais passer ma vie. »

La Baule inspire, et La Baule a offert son paysage idyllique à des films devenus iconiques ! Lola de Jacques Demy, en 1990. Avant lui, en 1937, L’Homme du jour de Julien Duvivier. Plus récemment, en 2001, c’est Diane Kurys qui consacra à la station balnéaire un film titrée La Baule-les-Pins.

La Baule, Villégiature Du Tout-Paris

L’Art De Vivre La Baule

La Baule a su ancrer sa différence dans un art de vivre tout en charme et tendresse. On s’y délecte de sports, de loisirs et de spectacles. Là encore, c’est François André, fondateur du groupe Barrière, qui a su aménager pour sa clientèle un golf, un centre équestre, un tir aux pigeons et 30 courts de tennis.

A cela, François André ajouta l’organisation de courses automobiles sur la plage — tenu jusqu’en 1952, le Grand Prix automobile de La Baule a vu s’affronter les écuries les plus prestigieuses au monde. Ferrari et Bugatti en tête !

Mieux, une épreuve hippique, Le Jumping international de France, s‘y tient depuis 1960. L’une des plus importantes épreuves internationales de saut d’obstacles, attire chaque année nombre de gens de goût.

Et justement, en parlant de goût… L’art de vivre La Baule est aussi une affaire de gastronomie.

Des plaisirs de la mer à la cuisine reconnue par le mythique Guide Michelin. L’Eden Beach, Le Fouquet’s ou encore le Castel Marie-Louise — autant de tables ayant fait la réputation de La Baule comme station de l’expérience culinaire.

A quelques pas du casino, c’est encore la terrasse du Ker Causette qui figeait le rendez-vous idéal pour se délecter de cet art de vivre. On y buvait le thé ou du porto… Amusé par les concours en tout genre orchestré par le danseur américain Harry Pilcer — comme celui de la plus jolie jambe !

Car c’est bien cela la concoction qui fait de La Baule une destination à part entière. Luxueuse mais jamais tapageuse, elle figure un refuge espiègle et authentique d’un art de vivre initié il y a de près d’un siècle. La Baule, c’est finalement tout le charme de la discrétion.