Biarritz, Ville d’Avant-Garde

Il règne à Biarritz une atmosphère de délectation, de chic et de beauté paysagère — une atmosphère héritée de Belle Epoque !

Biarritz, La Belle Epoque

Si l’impératrice Eugénie découvrait Biarritz avant même de monter sur le trône de France, on lui doit d’avoir initié une vogue pour la ville qui jamais ne s’est démentie depuis.

« Biarritz la Reine des Plages et la Plage des Rois »

La vogue des bains de mer en provenance d’Angleterre a atteint les côtes Normandes au milieu du XIXème siècle. Mais à Biarritz, on se baigne en mer dès 1784. Et si Napoléon Ier s’y baigna en 1808, ceci semble figurer les liens étroits qui lieront Napoléon III et l’Impératrice Eugénie au destin de Biarritz.

Car voilà bien l’étincelle qui a fait de Biarritz un lieu si couru — l’Impératrice Eugénie. Celle par qui déjà la Haute Couture de Charles Frederick Worth a pu se mettre en place; celle qui, par son goût pour la nature a inspiré à Chaumet plus d’unes icônes… Cette même Eugénie a attiré vers Biarritz un intérêt bien particulier.

Eugénie de Guzmán n’est alors que la jeune comtesse de Teba lorsqu’elle fréquente Biarritz dans les années 1830, aux côtés de sa mère. La jeune femme aime alors le grand large et, fidèle à son adoration de la nature, Eugénie a trouvé à Biarritz quelque chose de différent.

En 1847, Prospère Mérimé écrivit ainsi à propos de la jeune femme et son adoration des bains de mer à Biarritz : « une Néréide des plus blanches dans la personne d’Eugénie qui embellit en ce moment le port de sa présence. »

Devenue Impératrice des Français en 1853, c’est elle qui attire Napoléon III à Biarritz. Charmé à son tour par cette ville bénie par une nature et un climat hors norme, Napoléon III et l’Impératrice Eugénie y fondent leur villégiature. En 1854 donc, Napoléon III fait bâtir pour son épouse une villa plantée sur un promontoire à une trentaine de mètres en retrait de la mer.

Cette villa ressemble à s’y méprendre à un palais. D’ailleurs, elle en portera le nom, dès 1893. Taillée dans le très chic style Louis XIII, en brique et pierre, cette bâtisse se nomme d’abord Villa Eugénie avant de prendre le nom d’’Hôtel du Palais’. Le lieu est connu de toute personne ayant séjourné à Biarritz. Pour les autres, il se raconte ici.

Cette Villa Eugénie devient donc la villégiature du couple impérial — tous les étés, les Napoléons séjournent à Biarritz. Il n’en faut pas plus pour attirer les têtes couronnées, venues de toute l’Europe. Et Biarritz de gagner son adage : « Biarritz la reine des plages et la plage des rois. »

L’Impératrice Eugénie, elle, concourt à poser les standards de la vie à Biarritz. Elle dispose d’une tente à rayures roses et blanches; organise des courses de nage… Mais surtout, l’Impératrice impose une vie de cour sans véritable étiquette. Réduite au minimum, sa suite vit à un rythme… Balnéaire.

Dans le même temps, en 1858, Napoléon a fait construire les Bains Napoléon — répondant à la nouvelle vogue pour les bains de mer qui, cette fois, touche une plus grande partie de la bonne société. Bains d’eau de mer ou d’eau douce, chaude ou froide… Détruits en 1898, ils n’en restent pas moins l’un des premiers soin thermal du genre.

En 1864 encore, Napoléon III envisage de creuser un port de refuge pour les pêcheurs dans le rocher de la vierge; alors nommé rocher du Cucurlong. Il le creuse et le relie à la ville par une passerelle typique d’un style bien connu du Second Empire, puisqu’elle est attribuée à l’architecte Gustave Eiffel.

Biarritz brille depuis d’une réputation mondaine — une destination iconique où souverains, aristocrates et riches industriels sont tous tombés sous le charme de cette ville d’avant-garde.

Biarritz, Une Beauté Qui Inspire

Il faut dire que la beauté de Biarritz inspire. Il y a d’abord ses plages, au nombre de 6, qui balaient de leur sable insolent sa côte Basque. Il y a ensuite l’air de Biarritz — un parfum boisé pur et énergique !

Spectaculaire, la nature à Biarritz l’est assurément. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que les fameux  « trains de plaisir » qui permettaient à la haute société Parisienne de gagner les lieux de villégiature y fit une halte — dès 1864.

A cela, c’est sans doute Victor Hugo qui résume le mieux la situation. En 1843, il découvre Biarritz, et tombe littéralement sous son charme. Mais, à défaut d’y voir un lieu propre à devenir iconique, il craint plutôt de le voir devenir populaire… Il écrit ainsi: « Je ne sache pas d’endroit plus charmant et plus magnifique que Biarritz. […] hameau de pêcheurs, pleins de mœurs antiques et naïves, assis au bord de l’océan ne devienne à la mode. Village à toits roux et à contrevents verts posé sur des croupes de gazon et de bruyère dont il suit les ondulations, ne soit pris du mauvais appétit de l’argent… »

Ses doutes sont fondés, mais il faut croire que Biarritz, comme l’île d’Yeu ou Noirmoutier, a su conserver tout de sa nature farouche et sublime !

Biarritz, La Mode Et Le Surf

Biarritz est à part comme destination iconique. Elle lie en effet à son destin impérial un goût pour la mode d’avant-garde, et la pratique sportive.

Biarritz Et La Mode

S’il nous fallait lier Biarritz et la mode, on remonterait évidemment à l’époque Napoléonienne. Car l’Impératrice Eugénie n’était pas seulement une amoureuse du grand air, et une nageuse hors pair. Elle est aussi celle par qui la Haute Couture s’est libérée de nombreux carcans. A commencer par celui qui voulait que les couturiers ne soient là que pour exécuter les commandes royales.

Eugénie donc a permis l’essor de figure comme Charles Frederick Worth, le père du système couture tel qu’on le pratique encore aujourd’hui. On retrouve tout naturellement nombre de grands noms de la couture et de la mode associés à la ville de Biarritz.

Etant la destination privilégiée des têtes couronnées et de l’aristocratie depuis si longtemps… Il est de bon d’y avoir sa boutique-atelier. Au coeur de la cité impériale donc, on retrouvait les ateliers de Worth, mais aussi Paquin et Poiret, Lanvin et Hermès.

Plus tard, c’est Coco Chanel qui ravivera l’attrait de Biarritz avec sa mode taillée pour les activités en plein air, dès 1915. La relation très particulière qui existe entre Chanel et Biarritz, se raconte plus amplement ici.

Si l’on retrouve autant de grands noms du luxe liés à Biarritz, c’est que la ville a toujours été un refuge. Ce fut vrai lors de la Première Guerre Mondiale. La vie mondaine internationale a trouvé à Biarritz le lieu enchanteur et hors du temps qu’il lui faut pour s’électriser en paix.

Et les couturiers furent à même de répondre aux exigences vestimentaires de ce nouveau mode de vie. A Biarritz, on vit de sport et de chic, de simple glamour. Un art de vivre gourmet et festif où le casino fait tourner les têtes en même temps que la roulette, dès 1929.

Ainsi les grands noms de l’art et de la mode entrent en écho avec les lieux iconiques de Biarritz. L‘hôtel Régina fut le lieu de villégiature de Jeanne Lanvin. Pablo Picasso aimait descendre à l’hôtel Miramar…

Après eux, les grands noms de ce monde jamais ne se sont détournés de Biarritz. Les grands noms de la mode non plus. Le Pays-Basque a su inspirer nombre de designer-couturiers. L’un d’eux a même réimaginé l’emblème de la région, le béret basque !

Dior, 2008

Lors même que John Galliano était à la tête de la création Dior, l’artiste a souvent cherché à mêler la grammaire couture de Monsieur aux emblèmes un brin plus folkloriques. Parmi eux, le béret basque. Apparu sur de nombreux défilés signés Galliano, il est aussi une icône réinterprétée à chaque saison par l’actuelle directrice artistique de la maison Dior, Maria Grazia Chuiri.

D’ailleurs, le Pays-Basque, Espagnol cette fois, a chéri l’imaginaire d’un autre grand couturier — celui de Cristóbal Balenciaga. On raconte que ce sont les côtes limées et affutées de la région qui lui ont inspiré cette couture tirée au cordeau !

Le monde a peut-être changé, mais Biarritz, elle, a su rester ouverte aux nouveautés. Sportives, notamment.

Le Surf A Biarritz

Comment Biarritz a-t-elle liée son destin au surf? C’est une double histoire. Celle qui lit un scénariste Américain, Ernest Hemingway à ceux que l’on surnomme désormais les ‘tontons du surf’.

1956. Le scénariste Peter Viertel accompagne son épouse Deborah Kerr sur le tournage du film Le Soleil se Lève Aussi. Le tournage a lieu à Biarritz et, Peter Viertel découvrant avec surprise le flux et la force des vagues de la plage de Biarritz, se fait livrer, par avion des Etats-Unis, quelques planches de surf.

Ce film est en fait tiré d’un livre. Celui d’Ernest Hemingway. Et l’écrivain a fait le déplacement. Scène ubuesque pour notre époque: Peter Viertel et Ernest Hemingway s’essayant au surf sur la plage de Biarritz.

Ce faisant, il initie quatre jeunes à ce sport encore peu connu en France. Quatre hommes qui installeront définitivement le lien entre le surf et Biarritz —  Michel Barland, Jo Moraiz, Jacky Rott et Joël de Rosnay.

Le surf-club de Biarritz, le Waïkiki est ainsi créé dans la foulée, en septembre 1959, par Jo Moraïtz. Le 24 juillet 1960, on organise la première compétition internationale de surf — en septembre 1960, c’est la première édition des championnats de France… Dont Joël de Rosnay remportera le titre !

 La vogue du surf en France est lancée, et c’est Biarritz qui lui sert de rampe de lancement.

Dès lors, les tontons surfers vont faire de Biarritz l’une des villes iconiques du sport — attirant à eux des néophytes pas si anonymes. Comme Catherine Deneuve qui, en septembre 1962, s’initiait au surf avec Joël de Rosnay.

Aujourd’hui, c’est au Surf Camp, l’école de surf de Biarritz, que l’on s’initie à la pratique d’un sport né aux confins du monde, il y a de cela des millénaires.

Et on le voit, si Biarritz est une ville à part dans l’histoire des stations balnéaires, c’est qu’elle sait comme nulle autre épouser les nouveautés… Surtout lorsqu’il s’agit de mode avant l’heure. Dans tous les sens que l’on donne à ce mot !

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Icônes De L’Art Et Icônes Du Luxe: Quand Les Premières Remodèlent Les Secondes

Nombre des pièces iconiques tenant de notre patrimoine universel s’appuient sur l’art et les artistes pour renouveler leur quotient de désirabilité. Une affaire très inspirée!

Si la filiation entre mode et art ne fait plus aucun doute, la capacité de l’un à repositionner l’autre reste à explorer. En effet, nombre d’artistes ou plus largement de pratiques artistiques ont pu compter sur la mode pour les introniser au plus haut niveau. Plus les univers semblent antinomiques, à première vue, plus la révolution est totale. Preuve s’il en faut, l’oeuvre du plus adroit des designers en la matière. 2001, Marc Jacobs parvient en effet à conjuguer au patrimoine de l’une des maisons les plus respectées, une pratique jusqu’alors dénigrée.

En 2001 donc, il invite l’artiste et designer Stephen Sprouse à dérider la mythique toile de Louis Vuitton. A coup de graffitis colorés et apposés de façon quasi-exagérée sur le monogramme, le duo fait entrer dans le même temps le luxe dans un autre univers; tout en plaçant le street art au panthéon des pratiques les plus cool de ce début de siècle.

S’en suit une ribambelle de collaborations artistiques qui toutes réinventent l’habillage des icônes de la maison Vuitton. En 2004 c’est à Takashi Murakami qu’il confie le même travail. Mais cette fois, l’univers pop et bigarré de Murakami vient jouer du monogramme jusqu’à provoquer un trompe l’oeil des plus psychés. En 2012, c’est au tour du damier de côtoyer l’oeuvre de Daniel Buren. L’apothéose est atteint en 2017 lorsque Jeff Koons et Louis Vuitton révèlent une série de sac décalquant pêle-mêle le Titien, Da Vinci, Gauguin, Van Gogh et autres sur les iconiques sac Speedy, et Neverfall.

En 2008 déjà  la maison Fendi en appelait aux artistes les plus en vue de l’art contemporain pour réinventer l’iconique sac Baguette. Le premier it-bag de l’histoire, crée en 1997, prouve en passant à travers la créativité d’André, Sylvie Fleury, Jeff Koons, Tom Sachs ou encore Damien Hirst, sa capacité à épouser l’époque. C’est ainsi que le logo même de la maison Romaine — le double F, pour ‘Fun Fur’ — passe, en 2018, entre les mains de l’artiste digital Reilly. Quoi de plus logique à une époque où l’art se consomme sur Instagram, quand il ne vient à l’oeil du public au détour de memes décapants..

Du côté du 30 Avenue Montaigne, l’arrivée de Kim Jones et Maria Grazi Chuiri a un peu plus encore resserré les liens déjà très grands entre Dior et l’art. Il y eut d’abord Kim Jones qui rappelle à nous l’emblème, ou plutôt le grigri de Monsieur Dior. L’abeille chère à Christian est de retour dès la première collection du Britannique. Mais, en 2018, celle-ci se joue des traits de la figure de Kaws, artiste clé de l’époque. Présente ici sur le Saddle, là sur les nouveaux sacs imaginés à partir de cannages iconiques des salons de la maison Dior… L’abeille, comme les icônes Dior, s’acoquine de la légèreté du temps

Car voici encore un intérêt à ce que les icônes de mode et celles de l’art se rencontrent — les secondes aident les premières à rester désirables au delà des contraintes commerciales. Pour s’en convaincre, l’exemple du Lady Dior est tout bonnement parfait. Un sac resté dans l’ombre des ateliers jusqu’à ce que Bernadette Chirac vienne faire l’acquisition du prototype pour l’offrir à la Princesse Lady Di en visite à Paris… Voici comment une icône fut intronisée et ainsi produite pour le public. Aussi lorsque le projet Art Lady Dior voit le jour, il fait fi des obligations marchandes pour laisser libre court à l’imagination de John Giorno, Jack Pierson et Lee Bul. En 2016, Maria Gazia Chuiri en lance la version féminine et féministe — le résultat? Une série de sacs Lady Dior aussi divine et révolutionnaire que les oeuvres d’Olga De Amaral, Polly Apfelbaum, Burçak Bingöl ou encore Pae White…

Dans le même esprit, Hermès poursuit sa recherche d’imprimés fantasques et originaux, inspirée de l’élan créatif de Robert Dumas. L’esprit derrière le premier carré Hermès. Sous le nom ‘Hermès Editeur’ le projet fait appel de façon sporadique à des artistes, afin d’imaginer de nouveaux imprimés pour le mythique carré. Là encore, loin des contraintes qui astreignent habituellement à la mode… C’est ainsi que Daniel Buren, imagina 365 carrés pour Hermès — un pour chaque jour de l’année. De quoi raviver le quotient désidérabilité d’une icône née en 1937!

Armando Costa, Premier Lauréat I’M Alumni Collections Evolution

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La mode, pour Armando Costa, est l’une des seule forme d’expression capable de combler le vide de l’infinité infinie. Premier lauréat du mécénat tout juste inauguré par l’Institut Marangoni de Milan, le designer introduisait lors de la semaine de la mode Printemps/Eté 2018 sa toute première collection. Il faut dire que le jeune homme fut diplômé de l’Institut en 2006 – et c’est là tout l’intérêt de ce nouveau mécénat. Imaginé pour promouvoir et soutenir le travail d’anciens étudiants, le projet exceptionnel I’M Alumni Collections evolution, confirme l’implication de l’école dans la mise en valeurs de ses talents. Une aide économique et organisationnelle donc, qui vient propulser de nouvelles idées sur le devant de la scène mode. 

Pour sa première collection sous l’égide du projet, Armando Costa a ainsi présenté une ligne largement inspirée du thème du voyage – un nomadisme élégant où se mêle couleurs fluorescentes et noblesse des matériaux de l’artisanat Italien. Les teintes des néons des hôtels de Las Vegas se mêlent ici aux patterns des moquettes et autres intérieurs de ces mêmes palaces et casinos qui ne connaissent aucune limite. Mieux, c’est aussi dans les ornements baroques et gothiques des églises qu’Armando Costa pioche les détails des silhouettes inspirées de l’esprit gitan ! Exquise et exotique, sa collection se veut la pure expression d’un voyage à travers le temps et l’espace. 

« L’école a toujours été très attentive à l’avenir professionnel de ses étudiants. Nous sommes donc très fiers de pouvoir offrir cette opportunité extraordinaire, dans laquelle nous croyons fermement,  faire émerger les vrais professionnels de demain. Le projet fait partie des activités et des événements promotionnels à l’appui de I’M anciens, afin d’offrir de nouvelles opportunités, réseau privilégié et le partage des valeurs et des compétences communes » explique Roberto Riccio, Directeur Général du groupe Galileo Global Education. Une façon de rester connecter aux talents de demain. 

La Coupe, Maîtrise Absolue d’Hussein Chalayan

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Hussein Chalayan est l’un des designers les plus aboutis de sa génération – un designer mêlant très tôt la haute technologie à la mode dans des pièces au succès commercial jamais contesté. Au tournant du XXIe siècle, Time magazine le place parmi les 100 innovateurs les plus influents du nouveau siècle – il est alors le seul designer mode cité. Ses défilés ne sont pas seulement reconnus pour leur créativité. C’est aussi et surtout le génie de la coupe et de la couture qui laisse pantois nombre de rédactrices mode. Justement, pour son défilé Printemps/Eté 2018, la maison Chalayan replace au cœur de son propos la coupe et la puissance la simplicité.

Pièce majeur de cette collection, ce costume coupé en gris ardoise et piqué d’un châle ultra-léger noir. Pensée comme une célébration de sa légendaire réputation, la pièce maîtresse démontre le talent exquis de Chalayan – un talent qui une fois de plus pioche dans l’art le contre-propos du temps. Ce voile, à ne pas s’y méprendre, n’a rien à voir avec l’Islam, des mots mêmes du designer. C’est plutôt du côté de Magritte qu’il faut chercher la référence : Hussein Chalayan interroge en fait l’identité à l’heure du tout digital. Derrière ce voile en mousseline noir, c’est donc l’identité en construction qui s’incarne ; une identité tant malmenée par le désir de se faire remarquer pour exister, dans un monde digital régit par la crainte de manquer quelque chose. Le FOMO en anglais.

Représentant les filtres sociaux, le voile noir accompagne ici une draperie exquise où l’habilité du couturier libère une silhouette douce au raffinement extraordinaire. Pourtant, rien ne dépasse, rien ne bronche : le tissu semble à peine travaillé… Et c’est bien là que s’incarne toute la magie Hussein Chalayan pensée pour la saison Printemps/Eté 2018. Une magie toute faite de savoir-faire et d’intellectualisme à l’heure d’une vulgarité si facilement érigée en avant-garde.

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Le Trench Amusé de Burberry

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Lors de la semaine de la mode Londonienne, la maison Burberry a présenté son désormais tant attendu défilé see-now/buy-now. En prenant possession de la Old Sessions House, ancienne prison fermée au public depuis plus d’un siècle, la griffe au tartan mythique a choisi de renouer avec l’essence même de la Grande Bretagne ; à savoir, un style savamment désagencé. Dans cette mode toute faite de textures, de couleurs et de silhouettes surprenant l’oeil bienséant, Christopher Bailey pioche des archétypes, des looks comme des portraits de l’éclectisme Britannique. Et le 16 septembre dernier, c’est bien la tradition Burberry qui se liait à l’audace de la rue.

Devant un parterre de stars et d’icônes, de Kate Moss à Naomi Campbell, le défilé a introduit une ribambelle de retournements stylistiques : le plastique waterproof, très habituel dans la capitale Britannique, se fond ici dans la structure d’un trench luxueux ; des teintes vives épousent le célèbre tartan Anglais… Mais la pièce qui capture tout l’esprit de cette collection est inévitablement le trench amusé – un paletot coupé en gabardine tropicale, évidemment tissée en Angleterre. Pièce classique du vestiaire et de l’histoire de la Grande Bretagne, la trench flirte ici largement avec le second degré Britannique. A la fois léger et protecteur, sobre et élégant, le trench version Automne/Hiver 2017 s’amuse aussi de l’imagerie de l’Albion.

A travers des imprimés à dessins esquissés à la main dans les studios Burberry, Christopher Bailey joue en fait des classiques de cette culture populaire : Huffin & Puffin, ou encore le lapin d’Alice au Pays des Merveilles qui n’en peut plus de courir après le temps sur le dos d’un Double Decker ! Une pièce aussi attrayante que parfaitement atemporelle donc, qui insère un peu plus Burberry dans l’aura caustique et urbaine de l’époque. 

Dover Street Market, le Temps d’une Mode Pointue et Non-Conformiste

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Inauguré en 2004 à Londres, le Dover Street Market dès ses débuts surprend par sa sélection mêlant sans prétention pièces de luxe et travail de designer encore inconnu. « Au début, nous avons approché quatre personnes: Hedi [Slimane], Raf [Simons], Alber [Elbaz] et Azzedine [Alaïa] » se souvient Adrian Joffe. Tous les quatre ont alors accepté de composer des pièces exclusives pour le lancement du magasin. Dès lors, Dover Street Market s’impose comme la maison naturelle de l’avant-garde, l’expérimentation mais aussi et surtout pour sa sélection pointue des collections des maisons déjà confirmées. Temple de la mode à la fois libre et ultra-spécialisé, le Dover Street Market a aussi cela d’exceptionnel qu’il présente et compose les univers de façon toute à la fois précise et différente : sous l’égide de Rei Kawakubo, créatrice de Comme des Garçons et reine emblématique de l’avant-garde, DSM s’imagine comme un espace haut de gamme à la créativité débordante. Conceptualisé par l’idée de ‘beau chaos’, le magasin ne cesse d’attirer à lui professionnels et passionnés.

Avec son époux Adrian Joffe, Rei Kawakubo imagine alors Dover Street Market comme un magasin aux allures de galerie d’art. Pour la première fois, un magasin prenait en considération des notions de conservation, redonnait aux baskets et autres bijoux leur statut d’oeuvre d’art en les présentant comme rarement elles le furent auparavant. Très vite, Dover Street Market devient aussi une expérience shopping privilégiée – un véritable antidote au conformisme et à la culture du centre commercial. Il faut dire que leur approche est plus spontanée, intuitive et créative. « Au Japon récemment, Burberry a ouvert un magasin phare de plusieurs millions de dollars » précisait en 2004 Rei Kawakubo « Il sera l’antithèse de cela. Heureusement, nous n’avons pas beaucoup d’argent, donc nous ne pouvons pas nous permettre de marbres. Nous devons trouver une idée qui ne coûtera pas trop. » Un manifeste délibérément anti-luxe donc qui rapidement s’étend à Tokyo et New York.

Il faut dire le Dover Street Market refuse de répondre à l’exigence d’une mode industrialisée, forcée d’oublier le passé, tirée à marche forcer vers le neuf. C’est ainsi qu’en 2014, la maison Prada réintroduit sa célèbre collection de 2008 en exclusivité pour DSM. En 2016, le magasin fait peau neuve et se transforme ; sur ses cinq étages et désormais 3000 m2 de l’ancien siège de Burberry – celui-même inauguré par Thomas Burberry en 1912 – se côtoient alors maisons de luxe et labels de jeunes premiers. Gosha Rubchinskiy ou Dior, Loewe ou Vetements, Gucci ou Jacquemus, les univers s’encastrent pour finalement mieux dialoguer.

Ambre Sultan par Serge Lutens

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Son Ambre sultan, «arabe et non pas oriental» pour reprendre les termes de son créateur, marque ce baptême. Iconoclaste et rêveur, c’est en marge de tout et à travers son parfum que Lutens se positionne : «Vous sentiez un parfum, c’était une soupe. On sentait la femme sexy ou bien la femme qui tient des dossiers. Pour l’homme, c’était la panoplie de Zorro. Avec Ambre sultan, je voulais sortir des Adam et Ève du marketing». Une nouvelle genèse de l’humanité, incarnée par un sillage envoûtant, où l’antiquité et la sensualité s’entremêlent, exacerbées. 

L’ambre classique s’enrichit des notes poudrées et vanillées du benjoin des petits arbres de Siam. Le ciste apporte une chaleur sensuelle. La coriandre, l’origan et la myrte s’arrondissent autour d’une note de patchouli et de bois de santal. Autant d’ingrédients qui s’accordent parfaitement, telle une symphonie odoriférante et maîtrisée. Mais la sophistication n’est qu’une évidence, une simple immanence pour Serge Lutens. Il ne cherche rien, si ce n’est qu’à s’exprimer. Selon lui, Ambre sultan unit «le goudron épais, austère, mystérieux du ciste qui colle les doigts, et le goudron accueillant, réconfortant de la vanille, elle aussi adhérente et que sa mémoire retenait». Le parfum reflète une certaine dichotomie, une sensible ambivalence humaine et personnelle, perçue avec justesse par cet homme d’une extrême finesse. Une émotion saisissante nous frappe alors, issue de la force d’un récit et d’un mythe personnel. Le voyage est fantasmé, la spontanéité sublimée et le sentiment témoigné par cette fragrance princière.

C’est ainsi que, luxueux et intime à la fois, Ambre sultan règne sur le Palais-Royal, à Paris. La boutique est singulière et préservée de tout, un bel escalier forgé s’érige au centre de la pièce mystérieuse. Au somptueux décor XIXe, celle-ci est habillée de marbre et de marqueterie. Les joyaux fugaces et éphémères, parfums de l’instant, sont exposés sobrement et sans caprice. Ils sont contenus dans des flacons aux lignes claires et cristallines. S’opère alors une magie des sens chez Serge Lutens, cet alchimiste baudelairien qui transforme les sentiments et les souvenirs en sensations olfactives, et inversement. 

Le Bumster Selon Alexander McQueen

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“Pour moi, c’est cette partie du corps – pas tellement les fesses mais la chute de reins – qui est la partie la plus érotique du corps de chacun, homme ou femme.” Alexander McQueen