Coco A Biarritz, Le Berceau De La Révolution Chanel

Lovée dans le Golfe de Gascogne, Biarritz a été le berceau de la révolution Chanel. Une révolution en jersey et silhouette épurée; une révolution de mode qui toucha aux normes même de la société.

Coco Chanel A Biarritz

Si la notoriété de Biarritz comme idéal de villégiature s’est faite tout au long du XIXème siècle, c’est à l’Impératrice Eugénie qu’on le doit. C’est par elle que Louis Napoléon Bonaparte découvre Biarritz, pour mieux tomber sous son charme… Il entreprend une série de grands travaux et, avec l’esthétique qu’on lui connaît, donne à Biarritz tout son cachet de villégiature élégance et raffinée. En communion avec l’océan et la nature qui l’entourent.

La Découverte De Biarritz Avec Boy Capel

Lorsque Coco Chanel découvre Biarritz aux côtés de Boy Capel, la destination est déjà prisée des têtes couronnées venant de toute l’Europe.

Mise à la mode par l’Impératrice Eugénie, Biarritz est une destination phare de la Belle Epoque. Mais voilà, la Première Guerre Mondiale, en éclatant, fait aussi de Biarritz une destination sûre… Loin des conflits, limitrophe avec l’Espagne, un pays neutre… Biarritz devient le centre de la vie mondaine et artistique internationale.

Alors que Boy Capel jouit d’une permission, en 1915, le grand amour de Coco décide de faire découvrir Biarritz à Chanel.

A ses côtés, Coco assiste aux soirées à la mode — et c’est au coeur de la vie mondaine et artistique de Biarritz qu’elle tourbillonne au rythme de celle-ci… Ce coeur battant n’est autre que l’hôtel du Palais.  L’ancienne Villa Eugénie, demeure à la magnificence toute impériale, construite par Napoléon III pour son épouse…

Cette ancienne Villa Eugénie donc était déjà devenue l’iconique hôtel du Palais. Coco, elle, y découvre alors un mode de vie sinon contradictoire mais à perfectionner. Les bains de mer, la nature, la communion avec les éléments… Biarritz fusionne avec l’océan, sa fougue et son ardeur. Le tempérament de Biarritz sied à Chanel. Tout donne à penser à la femme assoiffée de liberté qu’elle est !

Elle qui, déjà à Deauville avait perçu l’indispensable nécessité de révolutionner les habits féminins, s’en tenait jusque là aux chapeaux. Déplumés, épurés, faciles et élégants… Les chapeaux Chanel n’étaient en réalité que la première étape de la révolution à venir.

Un jour qu’elle empruntait la descente vers la plage et le casino, elle repère une demeure. La villa Larralde. C’est la révélation — elle emprunte de l’argent à Boy Capel. Celui-ci finance ainsi la troisième boutique Chanel qui s’inaugure alors. Mais celle-ci est différente. Chanel ne se contente pas d’une boutique: elle fonde sa maison de couture.

« Nous apprenons avec plaisir que la maison Gabriel le Chanel de Pars a ouvert ses salons de vente, villa de Larralde, 6 descente de la plage à Biarritz » peut-on lire dans l’édition de la Gazette de Biarritz, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 2 septembre 1915.

De 1915 à 1939, au 2 Avenue Edouard VII, la boutique Chanel de Biarritz sera l’épicentre de la révolution Chanel ! Il lui suffit d’un an pour rembourser la somme empruntée à Boy. Car Coco a visé juste — sa mode, son attitude, sa vision de la femme attire à elle les élégantes de la bonne société, bien décidées à en finir avec les carcans.

L’Attitude Chanel S’Affirme à Biarritz

Après la Place Vendôme à Paris, et Deauville, voici donc l’attitude Chanel qui s’installe à Biarritz. Et quelle attitude !

Coco va se lancer avec panache dans la redéfinition de la grammaire vestimentaire des femmes de son époque. Biarritz agit comme un catalyseur de la soif d’affranchissement de Coco Chanel. Elle a 32 ans, et elle s’apprête bien à imposer de nouvelles normes.

Car à cette époque où la vogue des bains de mers est déjà presque établie, hommes et femmes sont loin de goûter aux mêmes joies. Aux hommes qui s’enfoncent dans les vagues et apprécient les bienfaits des bains, répondent des femmes restant sur la plage. Engoncées dans leurs froufrous, leurs corsets, et des robes étouffantes de tissus.

Face à elles, Coco détonne. Elle aime nager, et faire dorer sa peau au soleil. Elle dénude ses bras, ses jambes… Son corps en mouvement, libre de se découvrir… L’attitude Chanel se reflète très tôt dans ses vêtements. Des vêtements faciles et pratiques, sportifs et confortables.

La ligne est svelte, la peau est bronzée, l’air marin la vivifie. Portée par ce mode de vie balnéaire, Coco va imaginer un vestiaire à la hauteur de la nature qui l’environne. Son but est simple: elle veut libérer les mouvement de la femme, qu’elle veut active et sportive.

La Révolution Chanel Se Concrétise A Biarritz

« J’ai rendu au corps des femmes sa liberté; ce corps suait dans des habits de parade, sous les dentelles, les corsets, les dessous, le rembourrage. »

Chanel a donné de l’élégance aux plages de Biarritz avec ses costumes de bains. Des maillots de bain que Picasso fige dans sa toile Les Baigneuses, peinte à l’été 1918… A Biarritz !

Oui, Picasso le pacifiste avait aussi rejoint la côte Basque pour y trouver refuge, le temps d’un voyage de noces avec sa femme Olga Kokhlova.

Ainsi c’est cette proximité avec l’Espagne qui va donner à Chanel l’assise de sa révolution. Car si la France est en guerre, et souffre d’une pénurie de tissus, à Biarritz tout est possible. L’Espagne à côté lui permet de se fournir en tissu. Et notamment en maille jersey.

Avec le jersey, elle va ancrer sa révolution dans les tenues de bains. Puis c’est pour des ensembles veste et jupe qu’elle se sert de cette matière jusque là réservée aux dessous masculins.

Elle taille ainsi son premier succès dans une robe plus courte et légère — la robe chemise sans taille.

Elle pense un vestiaire pour une plus grande liberté de mouvement— elle imagine des pantalons larges à taille haute qui font office de sortie de bain. Elle taille encore son iconique veste trois quart en jersey, l’ancêtre de la petite veste Chanel. Chanel vient ainsi de mettre au jour une nouvelle harmonie vestimentaire — Gabrielle Chanel inventa une toute nouvelle silhouette.

Cette révolution Chanel est aussi une question de couleurs. En réponse aux robes bariolées affichées par les élégantes, Chanel réplique avec du vieux rose, du vert tamaris. Une palette qui fait écho aux nuances typiques des bords de l’océan. Comme à Biarritz.

Mais ce n’est pas tout ce que la révolution Chanel doit à Biarritz. Etant devenue le refuge de l’aristocratie Russe fuyant la révolution Bolchévique, Biarritz va permettre à Chanel d’entrer en contact avec… La famille de la grande duchesse Maria Pavlovna.

Chanel fait alors la connaissance du frère de celle-ci, le Prince Dimitri. Elle tombe amoureuse de lui.

Elle confie à Maria Pavlovna la création de l’atelier de broderie de la maison de couture. Oui car, la duchesse était experte en broderie russe… Chanel ne pouvait qu’être inspirée par leur pelisse et blouse brodée.

Quant à Dimitri… Il l’introduit à un certain Ernest Beaux. Nous sommes en 1920 et Chanel vient de rencontrer le nez par qui va être composer le plus célèbre parfum au monde. Le N°5.

Elle lui commande alors: « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c’est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé. »

« Mlle Chanel, qui avait une maison de couture très en vogue, me demanda pour celle-ci quelques parfums. Je suis venu lui présenter mes créations, deux séries : 1 à 5 et 20 à 24. Elle en choisit quelques-unes, dont celle qui portait le no 5 et à la question « Quel nom faut-il lui donner ? », Mlle Chanel m’a répondu : « Je présente ma collection de robes le 5 du mois de mai, le cinquième de l’année, nous lui laisserons donc le numéro qu’il porte et ce numéro 5 lui portera bonheur ». Je dois reconnaître qu’elle ne s’était pas trompée… »

On le voit, Chanel a trouvé à Biarritz une atmosphère emplie de raffinement et de panache. Une ambiance qui, si l’on en croit l’histoire même de sa maison, a été un terreau inouï pour sa révolution.

La Marinière

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La marinière est entrée dans le monde le 27 mars 1858… consacrée sous le nom de « vareuse ». Car, avant d’être l’illustre tricot rayé, elle est l’uniforme officiel des marins français : le jersey rayé est le vêtement pour vivre à bord. Répondant à des règles strictes – 21 raies blanches larges de 20 millimètres juxtaposées à 20 ou 21 raies bleues larges elles de 10 millimètres – elle est faite d’un rigide tissu qui se pare d’une vive couleur blanche, afin de détonner dans l’eau noire en cas de chute.

En 1900, elle entre dans les couches civiles de la population, harponnant les femmes et les enfants d’abord : la rayure fait alors son entrée sur les costumes de bains. Et, en 1910, la sphère mode se l’approprie à travers Gabrielle Chanel. Inspirée de la tenue des marins de Deauville, la jeune adulte, lassée de voir la femme accessoirisée en poupée, parée de mille et un inutiles, la libère du poids du diktat sociétal. N’hésitant pas à jouer sur l’androgynie de la pièce, les casual cotonnades rayées séduisent jusque dans la capitale.

Il faut attendre l’été 1962 pour qu’un certain Yves Saint Laurent la façonne à sa façon. Sous ses traits, elle se stylise en prenant l’allure d’une robe pull et se dote de paillettes. A la même époque, Bardot s’y enveloppe lorsqu’elle arpente les ruelles de Saint Tropez quand Picasso ne la quitte pas : la pièce est définitivement sacrée quand Charlotte Gainsbourg l’habite pour l’Effrontée.

Dans les années 80, Jean Paul Gaultier gomme l’héritage Chanel : il élargit la répartition des rayures et en alourdit la matière. Plus masculine, plus graphique et surtout plus créative, elle apporte une bouffée d’oxygène à une époque qui sonne baroque. Au fil de ses collections, le couturier n’a cessé de la revisiter – robe de plumes rayées, mélange de rayures rouges et bleues – la plaçant définitivement au hit-parade des must have.

Depuis, la marinière est un modèle, un emblème. Déclinée sur tout support et toute matière. L’enfant sage, rebelle, ou simplement effrontée, la femme fatale ou sagement désirable, la marinière semble s’adapter avec génie à l’éternité du temps. Ce mimétisme qui lui est propre, fait d’elle le compagnon des promeneuses de Biarritz, de Paris et de Monte-Carlo, franchissant, aisément, les barrières sociales.