Avec Tela Alma, Serge Lesage poursuit une exploration singulière du tapis comme médium artistique. Pensée par la directrice artistique Sarah Gracia, cette collection Printemps-Été 2026 affirme une vision claire : faire du textile un territoire d’expression, à la croisée du design, de l’art et du geste.
Serge Lesage Tisse L’Art : Tela Alma
Inspirée par l’œuvre de Olga de Amaral, figure majeure de l’art textile, la collection s’appuie sur une idée simple mais exigeante : le tissage comme langage. Chez Amaral, la fibre capte la lumière, absorbe la couleur et construit des surfaces presque architecturales. Tela Alma prolonge cette approche, en traduisant ces principes dans des compositions où le tapis devient une surface active.
Chez Serge Lesage, tout commence par la matière. Les techniques artisanales ne sont pas convoquées comme un décor, mais comme une structure. Les fibres sont travaillées en profondeur, les textures se superposent, les dégradés s’installent dans le temps. Le motif n’est jamais frontal. Il apparaît, disparaît, se recompose.
Visuellement, les pièces évoquent des paysages abstraits, des reliefs imaginaires, presque géologiques. On ne regarde pas un tapis, on entre dans une surface. Une écriture textile sensible, précise, où chaque variation de matière agit comme une nuance.
La couleur, elle, est centrale. Une obsession presque. L’or, le bleu profond et le rouge carmin dominent la collection, en écho direct à l’univers chromatique d’Olga de Amaral. L’or capte et diffuse la lumière, le bleu installe une profondeur silencieuse, le carmin introduit une tension maîtrisée.

Cette attention à la couleur n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans l’ADN même de la maison, comme le rappelle Christophe Verley, PDG de Serge Lesage : « La première fois que je l’ai rencontré, il s’est décrit comme un spécialiste de la couleur, un ingénieur textile, mais spécialiste de la couleur. »
Une définition fondatrice, qui traverse encore aujourd’hui chaque étape de création, du dessin initial jusqu’à l’intégration du tapis dans un intérieur. Chez Lesage, la couleur n’est pas un choix esthétique, mais une construction maîtrisée de bout en bout.
Arrivé récemment à la tête de la maison, Christophe Verley inscrit son approche dans une continuité intuitive, presque narrative. « Je pense que c’est plus la maison Lesage qui m’a choisi que l’inverse. »
Une phrase qui dit beaucoup. Ici, la direction ne s’impose pas, elle se prolonge. Elle s’inscrit dans une histoire faite de rencontres, de transmission et d’attention au détail.
Cette logique se retrouve dans la manière dont la création est pensée aujourd’hui. Verley ne revendique pas une posture de designer, mais un rôle de catalyseur :
« La première chose, c’est entoure-toi de gens qui savent vraiment très très bien faire ça. »
Dans ce cadre, Sarah Gracia joue un rôle clé. Sa direction artistique ne cherche pas à imposer une signature visible, mais à orchestrer un dialogue. Entre héritage et contemporanéité. Entre artisanat et abstraction.
La collection s’ouvre également à d’autres territoires avec la collaboration de l’artiste vénézuélienne Claudia Lavegas. Son œuvre est transposée dans le tapis Churuatas, une pièce qui explore la géométrie des habitations indigènes d’Amazonie.

Ici, la forme devient structure. Le motif s’inspire sans reproduire. Il traduit une architecture vernaculaire en langage textile. Une manière de prolonger le dialogue entre cultures, déjà présent dans le travail d’Olga de Amaral.
Avec Tela Alma, Serge Lesage ne propose pas simplement une collection. La maison redéfinit la place du tapis dans l’espace contemporain. Non plus comme un élément décoratif, mais comme une pièce structurante, capable de transformer la perception d’un lieu.
Dans un contexte où le design tend vers l’immédiateté, cette collection impose une autre temporalité. Celle du geste lent, du savoir-faire maîtrisé, et d’une esthétique qui s’installe dans la durée.

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