La Force Du Vivant : Quatre Artistes Face À La Matière Du Monde

La Force Du Vivant — exposition à la Galerie ICON-ICON

Du 5 novembre au 7 décembre 2026, la Galerie ICON-ICON réunit Christine Jean, Julie Legrand, Laurence Nicola et Catherine Van den Steen sous un titre qui tient autant de la déclaration que du constat : La Force Du Vivant. Quatre femmes, quatre parcours déjà largement constitués, quatre manières d’examiner ce qui persiste, se transforme et recommence. L’exposition ne cherche pas à illustrer la nature. Elle observe plutôt ce que la matière enregistre : les traces du temps, les tensions entre apparition et disparition, la circulation de l’énergie, les formes que le monde produit lorsqu’on lui accorde une attention suffisamment longue.

L’eau, la terre, le feu et l’air dessinent ici une géographie sensible. La mer rejette des fragments que Laurence Nicola recueille et assemble ; le feu métamorphose les verres filés, soufflés ou hybridés de Julie Legrand ; l’air et la lumière s’inscrivent dans les images que Catherine Van den Steen déplace vers le dessin et la peinture ; les strates de l’huile deviennent, chez Christine Jean, le lieu d’une énergie presque cosmique. L’humain demeure au centre, non comme maître de ce vivant, mais comme celui qui le perçoit, le traverse et tente d’en traduire les signes.

La Force Du Vivant, exposition à la Galerie ICON-ICON du 5 novembre au 7 décembre 2026

Christine Jean : Peindre Ce Qui Circule

Chez Christine Jean, la peinture n’est jamais une surface immobile. Elle se construit par reprises, effacements, superpositions et transformations. L’artiste fait dialoguer peinture, dessin, installation, son et écriture dans un réseau où chaque fragment semble appartenir à une constellation plus vaste. Le processus ne conduit pas vers une forme définitive : les œuvres peuvent naître, disparaître, se reconfigurer et reprendre vie. Cette circulation donne à la matière une autonomie troublante, comme si la toile retenait moins une image qu’un phénomène en train de se produire.

Son parcours donne à cette recherche une profondeur singulière. Diplômée de l’École régionale des Beaux-Arts du Havre avec les félicitations du jury, Christine Jean a exposé en France comme à l’étranger, notamment en Italie, en Ukraine, aux États-Unis, au Vietnam, au Gabon et en Allemagne. En 2024, le Musée d’art et d’archéologie du Périgord lui consacrait une exposition personnelle. Ses œuvres figurent dans les collections du Fonds national d’art contemporain et du Fonds départemental d’art contemporain de Seine-Saint-Denis. En 2018, la Fondation Simone et Cino Del Duca, à l’Institut de France, lui attribuait un prix pour l’ensemble de son œuvre. Pour le collectionneur, ces repères institutionnels éclairent un travail patient dont chaque toile condense des décennies d’expérimentation.

Julie Legrand : Les Métamorphoses Du Verre

Julie Legrand confronte le verre à des matières minérales, végétales, animales, manufacturées ou issues de la vie quotidienne. Elle en explore la mutabilité depuis 2001, sans l’isoler des techniques populaires : la céramique, la vannerie, le bois tourné ou encore le cuir entrent dans ses constructions. De ces alliances naissent des écosystèmes hybrides, à la fois fragiles et puissants, où le sublime rencontre parfois le trivial. Le verre y devient une matière de passage : il capte la lumière, garde la mémoire du feu et révèle la vie cachée des objets.

Formée aux lettres modernes, à l’École nationale supérieure d’art de Cergy et au mastère Création et technologies contemporaines de l’ENSCI Saint-Sabin, Julie Legrand développe une œuvre nourrie de botanique, de science et de philosophie. Ses installations ont été présentées notamment au Palais de Tokyo, à La Maison Rouge, au Musée Bourdelle, au CRAC de Sète, à la Venice Glass Week et au Monastère royal de Brou. Invitée d’honneur représentant la France au Biot International Glass Festival en 2022, elle a reçu en 2026 le prix Coup de cœur du jury Métamorphose à la Ceramic Art Fair. Cette reconnaissance récente confirme la place particulière de son œuvre dans le renouveau contemporain des arts du verre.

Laurence Nicola : Collecter Pour Faire Apparaître

Laurence Nicola commence par marcher, observer, rencontrer. Elle recueille ce que le paysage laisse derrière lui : éléments naturels, objets, rebuts, surfaces et fragments sans valeur apparente. Le geste de collecte n’est jamais décoratif. Il devient une manière de lire le monde, presque à la façon d’une naturaliste ou d’une géologue. Par l’alignement, la juxtaposition, la mise en lumière ou le changement d’échelle, l’artiste fait émerger de nouvelles relations entre des choses que tout semblait séparer.

Vidéo, photographie, dessin, sculpture et installation se répondent dans une pratique où le corps demeure engagé dans la matière. Le sentiment précède souvent l’explication : ses images font surgir une étrangeté discrète, à la frontière du rêve, de l’absurde et de l’inquiétude. Diplômée de l’École nationale supérieure d’art de Cergy-Pontoise avec les félicitations du jury, Laurence Nicola a vu ses premières vidéos acquises par Antoine de Galbert dès sa sortie d’école. Ses œuvres sont également présentes dans plusieurs collections publiques, parmi lesquelles celle du Conseil général de Seine-Saint-Denis et l’Artothèque de l’Aisne. Lauréate en 2026 du concours de sculpture Lil’Ô Sculptures, elle inscrit aujourd’hui cette pratique de l’assemblage dans une réflexion écologique qui ne réduit jamais le vivant à un discours.

Catherine Van Den Steen : La Forêt Comme Puissance

Pour Catherine Van den Steen, le vivant porte en lui le tragique de l’Histoire autant que la possibilité d’un recommencement. Après une période non figurative et un travail consacré à l’humain, l’artiste a trouvé dans la forêt un espace où se mêlent ombre et lumière, surgissement et effondrement, mort et vie. Elle ne représente pas un paysage paisible : elle cherche les lignes de force, les profondeurs, les enchevêtrements et la poussée fondamentale qui traverse les formes.

Diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, Catherine Van den Steen travaille par grandes séries. Drie Keer Belgisch / Belge Trois Fois a donné lieu à une triple exposition au MAMAC de Liège, à BOZAR à Bruxelles et au Consulat général de France à Anvers, en lien avec le Fotomuseum. Son livre Portraits d’exil, publié chez Buchet-Chastel, prolonge une recherche ouverte à partir de La Chute des damnés de Rubens. Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Fotomuseum d’Anvers et des villes de Cergy et de Nanterre. Sa nouvelle série consacrée à la forêt, présentée au centre d’art contemporain l’arTsenal à Dreux en 2025-2026, replace la peinture au contact direct d’un monde instable mais irréductiblement vivant.

Quatre Langages, Une Même Attention

Ce qui unit ces quatre artistes n’est ni un style ni un matériau, mais une qualité d’attention. Chacune refuse la vision d’une nature extérieure à nous-mêmes. Le vivant apparaît comme un ensemble de relations : entre le corps et le paysage, la mémoire et la matière, la destruction et la régénération, la fragilité et la résistance. L’exposition rend ces liens visibles sans les simplifier.

Pour le regardeur comme pour le collectionneur, La Force Du Vivant propose ainsi quatre portes d’entrée distinctes dans des œuvres arrivées à maturité. Les reconnaissances institutionnelles, les collections publiques et les expositions muséales dessinent un cadre ; mais l’essentiel demeure dans l’expérience des œuvres elles-mêmes. Une toile, un verre, une photographie ou un assemblage devient le lieu où quelque chose insiste. Non pas une nature idéalisée, mais une puissance sensible, parfois inquiétante, toujours en mouvement. C’est précisément cette force que l’exposition invite à rencontrer.

La Force Du Vivant
Du 5 novembre au 7 décembre 2026
ICON-ICON Gallery, Paris

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