À La Source ne commence pas par une date, ni même par une adresse. L’exposition commence par une question de méthode : comment montrer l’art moderne sans le dissocier de celles et ceux qui l’ont créé, accompagné, conservé et transmis ? C’est cette ambition qui donne sa cohérence à l’exposition inaugurale de la Galerie Diane de Polignac, pensée comme une traversée de l’après-guerre autant que comme un retour aux origines des œuvres.
Dans son entretien pour ICON-ICON, Mathilde Gubanski résume avec précision la ligne de la galerie : « Nous représentons une quinzaine d’artistes, et nous les accompagnons sur le long terme. » Ce nombre limité ne relève pas d’une stratégie de rareté. Il permet de construire une connaissance attentive, œuvre après œuvre, archive après archive, famille après famille. À La Source donne une forme tangible à cette exigence : ici, la recherche et la proximité avec les héritiers deviennent une manière de regarder.
L’exposition réunit des œuvres d’artistes de l’après-guerre, parmi lesquels Huguette Arthur Bertrand, Albert Bitran, Inès Blumencweig, Sergio de Castro, Jean Miotte, Roberto Matta, Marie Raymond ou Gérard Schneider. Elle refuse pourtant le récit scolaire d’un mouvement ou d’une génération. Les œuvres ne sont pas réunies pour illustrer une période ; elles sont considérées comme les traces vivantes de trajectoires singulières, de liens d’amitié, d’ateliers partagés et d’une Paris cosmopolite redevenue foyer de modernité.
La provenance devient alors un sujet central. Les pièces présentées viennent directement des familles des artistes, avec tout ce que cette filiation implique : une histoire de l’atelier, des souvenirs, parfois des documents inconnus, et une compréhension plus intime des gestes de création. L’œuvre n’arrive pas seulement avec un certificat ; elle porte avec elle un contexte, une voix et une mémoire. C’est cette profondeur qui distingue une exposition de marché d’une véritable proposition curatoriale.
Mathilde Gubanski explique aussi que la galerie travaille avec des personnes « qui ont connu ces artistes, afin de publier des catalogues de grande qualité ». Derrière cette phrase se dessine une ambition plus vaste que l’édition. Il s’agit de restituer aux artistes la densité de leur parcours, de ne pas réduire leur œuvre à une image isolée, une signature ou une cote. Le catalogue et l’exposition deviennent les deux formes d’un même travail : rendre une œuvre à son histoire sans jamais l’y enfermer.
Cette attention se lit dans la manière dont la galerie imagine son nouvel espace. « Chaque artiste a sa propre section de la galerie, son propre petit mur ou accrochage », précise Mathilde Gubanski. La formule paraît simple, mais elle révèle une vision très précise : faire cohabiter les œuvres sans les uniformiser. Chaque peintre possède son rythme, son langage, ses obsessions plastiques. L’accrochage ne cherche donc pas une unité artificielle ; il laisse les singularités se répondre et les contrastes produire leur propre énergie.
Cette approche est particulièrement juste pour l’art de l’après-guerre. L’abstraction s’y invente sous des formes multiples : lyrique, gestuelle, construite, méditative, parfois traversée par le surréalisme. Réunir ces artistes aujourd’hui demande plus qu’un regard historique. Il faut comprendre les liens qui les unissent sans effacer ce qui les distingue. À La Source compose ainsi un paysage de l’art moderne où la peinture garde sa puissance propre, sans être séparée des vies et des récits qui l’ont portée.
L’exposition propose finalement une autre manière de regarder. Une œuvre n’est jamais seulement une surface, une signature ou une valeur. Elle est aussi le résultat d’une histoire partagée, de regards qui se transmettent et de savoirs qui se construisent lentement. À La Source fait de cette histoire une matière curatoriale à part entière. C’est là que l’exposition trouve sa force : dans sa capacité à remettre la provenance, la mémoire et la singularité des artistes au centre de l’expérience du visiteur.

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