Il ne pose jamais en vitrine des grandes maisons. Il ne défile presque pas. Et pourtant, le caleçon a traversé cinq siècles de vestiaire masculin sans perdre sa place, en changeant de forme, de tissu et de statut à chaque époque. Retour sur une pièce discrète devenue, à sa manière, un classique absolu.
Des braies médiévales au caleçon long
Avant d’avoir un nom, il avait une fonction. Au Moyen Âge, les hommes portent des braies, une sorte de culotte de lin ample nouée à la taille, qui sert à la fois de vêtement et de dessous. Le mot « caleçon » arrive plus tard, emprunté à l’italien calzone, au moment où les cours européennes importent les modes de la péninsule. Les historiens associent souvent son essor en France à l’entourage de Catherine de Médicis, au XVIe siècle : la reine l’aurait adopté pour monter à cheval, ce qui fit scandale avant de faire école.
Pour qui veut remonter le fil en détail, l’histoire du caleçon est riche en détours, entre interdits moraux, querelles de tailleurs et règlements militaires. Retenons les grandes étapes. Aux XVIIIe et XIXe siècles, le caleçon long s’impose sous le pantalon, en toile de coton ou en laine, boutonné, descendant jusqu’à la cheville. Il protège du froid, il protège le vêtement de dessus, qu’on lave beaucoup moins souvent, et il a quelque chose de franchement rustique.
Puis vient la guerre. Des millions de conscrits reçoivent leur paquetage avec ses caleçons réglementaires, et toute une génération rentre chez elle avec l’habitude d’en porter.
Le XXe siècle raccourcit tout
Le vêtement masculin s’allège dès les années 1920. Les pantalons se resserrent, le sport entre dans les mœurs, les appartements sont mieux chauffés. Le caleçon long devient encombrant. On le coupe au-dessus du genou, puis à mi-cuisse.
La vraie bascule tient à un détail technique, la ceinture élastique. Fini les boutons et les cordons à nouer, la taille se règle d’elle-même. C’est à ce moment que naît le caleçon flottant tel qu’on le connaît, inspiré des shorts de boxe, coupé dans une popeline de coton tissée, ample, souvent fermé par un ou deux boutons sur le devant. Le slip, apparu dans les années 1930, lui vole un temps la vedette : il maintient mieux, il se glisse sous les pantalons ajustés de l’après-guerre. Pendant trente ans, le caleçon passe pour un choix de grand-père.
Son retour, dans les années 1980, doit beaucoup à la publicité et au cinéma, où il devient un signe de décontraction plutôt qu’un sous-vêtement de vieux garçon. Depuis, le caleçon pour homme n’a plus quitté les tiroirs, décliné en coupes et en motifs pour tous les styles.
Pourquoi il ne se démode pas
Un iconique se reconnaît à une chose simple. On ne peut presque rien lui enlever sans le dénaturer.
Le caleçon flottant tient sur trois éléments : une ceinture, deux jambes, une braguette. Ce dépouillement explique sa longévité. Il laisse circuler l’air, ce que le corps apprécie par 30 °C dans un train bondé. Il ne marque pas la cuisse. Et il accepte toutes les fantaisies sans changer de nature, des rayures tennis aux carreaux vichy, en passant par les imprimés franchement potaches que certains réservent au week-end.
Son tissu raconte aussi quelque chose. La popeline de coton, tissée serrée, vieillit bien, s’adoucit au fil des lavages et garde sa tenue là où une maille fine se détend. C’est un vêtement qu’on use, pas qu’on jette.
Avouons-le, on peut lui préférer le boxer moulant pour le sport ou sous un pantalon très étroit. Mais pour la vie de tous les jours, le caleçon garde un confort que rien n’a vraiment remplacé.
Bien le choisir aujourd’hui
Le choix d’un caleçon se joue sur des critères très concrets, qu’on néglige souvent parce qu’on l’achète vite, en lot, sans l’essayer. Quelques repères aident à ne pas se tromper.
- La matière. Un coton tissé respire mieux qu’une maille synthétique, et une popeline de bonne densité ne devient pas transparente après vingt lavages.
- La ceinture. Elle doit tenir sans serrer. Une ceinture trop ferme laisse une marque rouge en fin de journée, une ceinture trop molle roule sur elle-même.
- La longueur de jambe. Sous un pantalon chino ou un jean droit, une jambe mi-cuisse évite les plis qui remontent. Sous un costume ajusté, mieux vaut une coupe un peu plus courte.
- Les coutures. Une couture plate à l’entrejambe change tout sur une journée de marche.
Côté taille, prenez votre tour de taille réel, pas celui de votre pantalon préféré. Un caleçon flottant trop grand fait des poches sous le vêtement, un caleçon trop petit perd tout l’intérêt de sa coupe ample.
Combien en posséder
Une rotation de sept à dix pièces suffit pour la plupart des hommes, en comptant un lavage par semaine. Au-delà, certaines dorment au fond du tiroir. En dessous, chaque pièce s’use deux fois plus vite. Un bon réflexe consiste à renouveler le stock par moitié tous les ans ou deux, plutôt que tout d’un coup, pour garder une base homogène.
Les marques de prêt-à-porter masculin accessibles proposent aujourd’hui des gammes larges, unies ou imprimées, en coton ou en matières mélangées. Chez Celio, par exemple, on trouve des caleçons pensés pour le quotidien, avec plusieurs coupes et motifs, ce qui facilite la constitution d’un tiroir cohérent sans y passer l’après-midi.
Le détail qui fait la différence
Un conseil, pour finir. Lavez vos caleçons en coton à 40 °C plutôt qu’à 60, faites-les sécher à l’air libre et repassez-les légèrement si la popeline s’y prête. Ce petit soin double leur durée de vie et leur garde ce tombé net qui a fait la réputation du modèle. Un iconique se respecte aussi dans le tambour de la machine.

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