INTERVIEW : Yann Masseyeff, Le Sculpteur Céramiste Investit La Place Vendôme

INTERVIEW : Yann Masseyeff, Le Sculpteur Céramiste Investit La Place Vendôme

Né à Dakar, Yann Masseyeff se nourrit de la richesse de la multitude des influences culturelles qui l’entourent. D’abord initié au dessin puis tourné vers la céramique, il s’intéresse à la sculpture dont les émotions procurées par les matières et textures, les réminiscences de formes ancestrales et tribales nourrissent ses gestes. Il modèle la terre avec son intuition créant un dialogue primaire avec ses sculptures, faisant résonner son énergie créative. 

Ses sculptures humanisées transmettent sa sensibilité et révèlent sa manière de percevoir le monde. 

Actuellement exposé à la Secret Gallery autour d’une exposition Art & Design auprès de Reda Amalou et sur la très prestigieuse et iconique Place Vendôme autour de son installation « Ligne de vie », Icon-Icon est allé à sa rencontre. 

Face à face à la secret gallery

Rencontre avec Yann Masseyeff 

Pour recontextualiser et vous présenter à nos lecteurs, pouvez-vous revenir sur votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivé à la sculpture et non à une autre forme d’expression artistique ? 

J’ai rencontré le céramiste d’art Pascal Lacroix. Le voir tourner sa porcelaine m’a littéralement fasciné. Après plusieurs années d’études de cet art et un an de stage auprès de Pascal Lacroix, j’ai appris à maîtriser des techniques complexes comme la réduction ou les émaux d’Extrême-Orient. Progressivement, je me suis détaché du versant virtuose pour m’ouvrir au flux créatif en revenant à l’essence même de la matière : modeler la terre me permet de transmettre mon énergie directement à la matière. 

On constate dans vos œuvres un lien très fort avec la matière, notamment les matériaux naturels, pourquoi ce rapport à la terre et aux origines est-t-il aussi important pour vous ? 

Je travaille la terre de manière brute, avec les doigts et un simple bâton de bois. Dans cette liberté totale, une certaine gestuelle s’est mise en place, totalement spontanée. Je ne fais aucun dessin préalable. Je prends la terre, donne les premiers gestes, comme une première courbe, et la sculpture se fait d’elle-même, tirant sa force de ce dialogue instinctif. Chaque sculpture figure l’empreinte d’une émotion instantanée. J’en ai réalisé des milliers, mais chacune est unique. J’ai toujours l’impression de sculpter ma première pièce ! L’énergie créative archaïque, c’est elle qui œuvre dans mon travail, et non mon imaginaire. Nous l’avons tous en nous. Les formes graphiques ancestrales qui émergent sans que je les recherche étaient déjà là, il y a des milliers d’années. On les trouvait esquissées par des tribus aux quatre coins de la planète qui, bien évidemment, ne communiquaient pas entre elles. Ces gestes nous sont donc communs. Ils constituent un héritage universel. Ils affleurent régulièrement dans des ateliers que j’ai pu animer avec des enfants, qui dessinent sans réfléchir. Mon truc, c’est de me reconnecter à cette source primordiale. 

redemption
©Mikael Benard

Quant aux couleurs, la presque totalité de vos pièces sont faites en noir ou en blanc, quelle est l’idée derrière cette opposition ? Qu’exprime cette binarité pour vous, binarité que l’on retrouve par ailleurs dans vos œuvres en général.

Les paradoxes, les contrastes. Le noir, le blanc. Les oppositions nous ramènent à ce que l’homme est et restera. Le temps passe l’homme ne change pas et les paradoxes restent. Quand j’étais jeune, je pensais qu’il n’y avait qu’un seul bon sens. Je réalise de plus en plus que cette croyance était fausse. Chacun est ancré dans ses convictions. Au final, personne ne détient la vérité. 

On peut justement découvrir jusqu’au 30 avril votre installation « Ligne de vie » sur la Place Vendôme, qu’elle est ici votre démarche ? 

Cette œuvre est une allégorie sur le temps,

Et sur le caractère unique de la vie de chacun d’entre nous.

Un travail sur l’évolution, sur l’incertitude, sur notre temps passé sur terre.

En résumé sur la race humaine face au temps et à ses origines.

D’une graine, d’une boule, d’un œuf naît une sculpture abstraite

Qui va évoluer de manière aléatoire dans une forme d’incertitude,

Représentant ce sentiment qu’il y a entre le présent et l’avenir,

Tout en laissant sa marque dans le passé.

Cet alignement représente une métamorphose 

elle nous rappelle le temps qui passe 

De manière inéluctable.

Cette évolution se finit comme elle a commencé 

créant le cycle de la vie,

En laissant une empreinte unique.

Comme la signature de l’identité de chacun d’entre nous.

Chaque sculpture est induite par l’autre dans une démarche spontanée,

Fait dans une intention de geste simple, de geste archaïque,

Comme une intention commune, tribale.

Elle nous incite à cette réflexion .

Que fais-tu de ta vie ?

ligne de vie
©Mikael Benard

Allégorie donc sur le temps qui passe et le retour aux origines de la vie, pourquoi avoir choisi la place Vendôme, l’une des plus belles de Paris mais également des plus luxueuses et donc peut être symbole d’un monde superficiel et matérialiste ? 

Est-ce justement ce contraste qui vous intéresse ? 

C’est évidemment dans ce lieu rempli de symbole qu’il faut peut-être revenir sur les fondamentaux. Que fait-on là sur cette terre en sachant que c’est un instant très court. Cette ligne de vie est composée de deux lignes une noire une blanche qui se répondent. 

La question est : pourquoi je suis moi et pas l’autre ? 

Vous exposez également à la Secret Gallery jusqu’au 23 juillet aux côtés de l’architecte et designer Reda Amalou dans un dialogue entre mobilier et sculptures, comment est née cette collaboration, cette rencontre ? 

Nous nous sommes rencontré et le regard que Reda à porter sur mes œuvres est je pense le même que j’ai pu porter sur ses créations. La matière, les courbes, une évidence graphique qui fait que vos créations sont complémentaires. 

Vous avez tous deux un lien fort à la culture, aux origines, aux voyages, que cherchez-vous à transmettre via vos créations ? 

Reda Amalou est Architecte Designer et j’ai toujours considéré qu’il n’y avait aucune frontière entre l’architecture, le design et l’art plastique.

Et notre collaboration sur deux meubles mélangeant sculptures et design sont pour moi une réussite artistique à voir évidement à la Secret Gallery

face à face à la secret gallery
©Mikael Benard

Vous avez collaboré avec la très ancienne Maison Daum, une verrerie ayant par ailleurs travaillé auprès de nombreux artistes, comment vous est venue cette idée ? 

C’est comme souvent dans la vie une rencontre.

Traduire vos sculptures en pièces de cristal, un matériaux totalement différent, jouant davantage avec la lumière et la transparence, donne une dimension totalement différente à ces dernières, que cela représente-t-il pour vous ? Est-ce une autre démarche artistique ? 

J’ai toujours aimé le travail de Daum des années 30.

Ces vases très structurés, dans cette matière très dense, très belle. 

Cette pâte de cristal qui permet de révéler les textures tout en jouant sur sa translucidité. 

L’histoire de Daum, c’est aussi une constante collaboration avec des artistes depuis des décennies.

Et c’est un immense plaisir de réaliser et partager ces œuvres avec le savoir-faire de la Maison Daum

Daum édition d’art

Vos pièces sont beaucoup tournées vers la nostalgie d’un temps passé, l’évolution inéluctable de la vie et du temps qui passe. Cette idée me semble en parfaite résonnance avec l’actualité très perturbée. 

Comment percevez-vous cette période et l’impact sur votre art ? J’imagine que plus que jamais, celui-ci devient un exutoire et prend toute sa dimension. 

Je pense qu’au-delà d’une nostalgie d’un temps passé, mes œuvres sont ancrées dans nos racines, notre tribalité au sens proche de la nature. Une intemporalité qui devient difficile à restaurer. Qui pourtant est là en chacun de nous, mais nous demande de plus en plus d’effort pour ralentir cette période qui nous échappe.

Pour finir cette interview, chez Icon-Icon, nous nous intéressons particulièrement aux Icones, aux objets, aux expériences ou encore aux lieux, avez-vous un objet fétiche, un talisman, un vin ou encore un parfum, une odeur qui ne vous quitte pas ? 

Avez-vous un fait, une expérience, un lieu vous ayant particulièrement marqué au court de votre vie que vous aimeriez partager avec nous ? 

Bizarrement je ne suis pas fétichiste mais je ne pourrais pas oublié ce parfum

Shalimar de Guerlain que portait ma mère. Ce sont des odeurs ancrées en moi.

J’essaie que chaque jour soit une expérience nouvelle de regarder les choses de manière différentes. De vivre la vie pour justement ne pas perdre les secondes qui s’écoulent malgré moi.

Propos recueillis par Sébastien Girard, Président d’Icon-Icon 

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