Les Actrices, Chanel Et Le Cinéma

D’Hollywood à la Nouvelle Vague, l’esthète qu’était Coco Chanel a contribué à faire la légende de films iconiques. Une histoire qui se raconte, aussi, à travers des actrices de grandes envergures.

Coco Chanel Et Le Cinéma

La force et la modernité des silhouettes de Coco Chanel ont très vite servi à la narration cinématographique.

Coco Chanel, Epoque Hollywood

« C’est par le cinéma que peut être imposée la mode aujourd’hui » tranche Coco Chanel dans La Revue du Cinéma en 1931.

Et il est vrai que la silhouette moderne et épurée de Coco Chanel peut tout dire d’un personnage, sans qu’il ait à parler. En 1931, c’est dans le film Ce Soir Ou Jamais que Gloria Swanson démontre toute la puissance de la mode Chanel.

Coco Chanel, 1930’s, dans les bureaux de la MGM

Cette actrice, star du muet passant à l’audio, focalise en effet l’attention dans ses tenues Chanel. Quelques mois auparavant, en 1930, Coco rencontrait Samuel Goldwyn, le propriétaire des studios de la MGM…

Par l’intermédiaire du grand-duc Dimitri Pavlovitch, à Monte-Carlo, Chanel est ainsi appelée à redonner de la fougue et du rêve à Hollywood. Au lendemain du plus grand krach boursier de l’histoire, Samuel Goldwyn compte sur la papesse de la mode moderne pour transformer ses actrices en icônes. Il compte sur Chanel, aussi, pour amener de « la classe » à Hollywood, face aux costumiers un brin trop théâtraux.

A la recherche d’un nouveau public à amener au cinéma, il ambitionne donc d’en faire une vitrine de la mode.

Depuis Paris puis New York, Chanel rejoint Los Angeles dans un train blanc – clin d’oeil à sa teinte favorite – tout spécialement affrété pour elle. Et c’est Greta Garbo en personne qui l’accueille à l’arrivée. L’histoire de Chanel et du cinéma s’amorce, et les journaux titrent: « Deux reines se rencontrent. »

Si la réputation et la mode de Coco Chanel avaient déjà conquis le monde, Hollywood avait besoin de s’appuyer sur son talent pour ériger ses actrices en épitomé du chic. Ainsi, les femmes du monde entier ont vu dans ces silhouettes l’attitude à adopter.

Chanel et Samuel Goldwyn

Samuel Goldwyn confiait ainsi, en 1931, à des journalistes français: « Je pense qu’en engageant Mme. Chanel j’ai non seulement résolu le problème difficile de savoir comment empêcher les vêtements d’être datés, mais c’est également un service rendu aux femmes Américaines, qui peuvent voir dans nos films les dernières modes parisiennes, parfois même avant que Paris ne les voit. »

Avec la MGM, Chanel signe un contrat qui, comme le rapporte Rhonda K. Garelick, en 2014, dans la biographie Mademoiselle: Coco Chanel and the Pulse of History « Habiller ses stars, à l’écran comme à la ville. . . . Chanel devait mettre les actrices dans des styles « six mois en avance » sur la mode, afin de compenser le délai inévitable entre le tournage et la sortie.»

« C’est un nouveau chapitre dans ma carrière qui commence aujourd’hui » confie Chanel en mars 1931 au Los Angeles Examiner.

Dès lors, le nouvel Hollywood espère se reposer sur des éléments cinématographiques directement liés à la mode de Chanel. Attirant ainsi un nouveau public, d’abord. Puis en donnant aux actrices une allure glamour, quasi-surnaturelle.

Gloria Swanson, Ce Soir ou Jamais, en Chanel

Mais voilà, le film avec Gloria Swanson, Ce Soir Ou Jamais, est un échec. Un échec que Gloria Swanson explique comme un échec vestimentaire.

Coco Chanel époque Hollywood est finalement une expérience de courte durée. Son style sobre et épuré ne rentre finalement pas dans la définition hautement rocambolesque du glamour à l’Américaine.

Gloria Swanson, Ce Soir ou Jamais, en Chanel

Soit. Mais si en 1931 Chanel est une nouvelle fois trop à l’avant-garde, c’est une autre avant-garde qui se tourne vers elle, vingt ans plus tard, pour ses looks de cinéma !

La Nouvelle Vague Et L’Epure de Chanel

La Nouvelle Vague a en effet trouvé dans le style Chanel l’expression la plus radicale de la modernité. Pourtant, lorsque Truffaut ou Alain Resnais approchent Chanel, elle a déjà 75 ans. Et la Dame aux camélias a derrière elle une forte expérience dans le domaine.

Michèle Morgan dans Le Quai des Brumes

En 1938, elle réalise un coup d’éclat lorsque Michèle Morgan cherche une robe pour son rôle dans Le Quai des Brumes de Marcel Carné. Elle se rend ainsi rue Cambon mais ne trouve que l’opposition de Coco Chanel. Pour elle, « un film comme celui-là n’a pas besoin de robe; un imperméable, un béret, voilà tout ! »

L’élégance et la féminité toute en audace masculine – déjà griffe de Chanel – porte ainsi à l’écran une Michèle Morgan au sommet de sa séduction. Mystérieuse et féline, la silhouette fait Ecole.

En 1939, pour le film La Règle du Jeu, Chanel distille son intelligence de classe autour d’un éventail de personnages, pensé par Jean Renoir.

La Règle du Jeu. Costumes par Chanel

Puis vint la Nouvelle Vague. Et ses cinéastes fascinés par l’épure Chanel. « Tout le cinéma a envie de s’habiller chez Chanel » écrit Elle en novembre 1958. Et c’est le cas !

La Nouvelle Vague voit dans l’épure Chanel l’élément indispensable à sa narration simple mais féroce. L’élément indispensable à leurs femmes modernes car libres, aussi !

C’est ainsi que Jeanne Moreau en 1958 dans Les Amants de Louis Malle arbore le mythique tailleur Chanel. En 1963, Jacques Demy rappelle Jeanne Moreau, et le Tailleur Chanel dans la Baie des Anges…

Jeanne Moreau La Baie des Anges

Uniforme des femmes modernes, le tailleur se trouve une nouvelle fois sur les épaules de Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l’échafaud, en 1958 toujours. C’est alors la deuxième collaboration entre Louis Malle et Gabrielle Chanel — et le début d’une longue histoire entre Jeanne Moreau et Coco. A la ville comme à l’écran, Jeanne Moreau porte haut les valeurs de la maison aux deux C.

En 1960, Alain Resnais fait appel à Chanel pour habiller Delphine Seyrig dans L’Année Dernière à Marienbad. Le film va marquer l’histoire du cinéma, en même temps que sa relation avec les maisons de mode. En effet, pour la première fois de l’histoire du cinéma, les silhouettes ne sont pas pensées pour les personnages, mais bien tirées des collections Haute Couture…

Delphine Seyrig dans L’Année Dernière à Marienbad.

Alain Resnais inaugure ainsi une nouvelle voie pour les costumes de cinéma. Cette fois, ils sont ancrés dans la réalité. Dès lors, la mode ne peut se passer du cinéma pour exposer ses créations !

Delphine Seyrig dans Baisers Volés

En parlant de réalité justement. C’est peut être pour cela que Truffaut, en 1968 pour Baisers Volés, donne carte blanche à l’actrice Delphine Seyrig pour choisir chez Chanel l’ensemble de ses costumes. Le néo-réalisme, voilà bien ce qui habite nombre de films de Truffaut.

Visconti et Chanel

Mais Chanel adore aussi jouer le rôle de mécène, de pygmalion même. Elle est celle à avoir introduit Visconti à Jean Renoir, projetant ainsi la carrière du réalisateur. Tandis que, lorsque Hanne Karin Bayer arrive à Paris à l’âge de 17 ans pour se lancer dans le cinéma, c’est sa rencontre avec Gabrielle Chanel qui change sa vie.

L’actrice phare de la Nouvelle Vague, Anna Karina, est ainsi entrée dans la mode comme mannequin, avant le cinéma.

Coco Chanel Habille Les Actrices

Coco Chanel a ainsi su mettre en mouvement ses silhouettes sur les actrices les plus révérées de son temps. Annie Girardot, Brigitte Bardot… Nombreuses sont celles à s’être appuyées en retour sur la mode de Chanel pour dégager l’image d’une femme moderne, libre et assurément élégante.

Et parmi les élégantes les plus iconiques, on retient tout particulièrement Romy Schneider et Anouk Aimée.

Romy Schneider

Elle a incarné la femme Chanel à l’écran et à la ville. Il faut dire que Coco Chanel a pris Romy Schneider sous son aile, dès 1961… A la demande de Luchino Visconti.

Romy Schneider dans Boccacio 70

C’est pour le film non moins iconique Boccacio 70, en 1961, que Chanel et Romy Schneider entament leur recherche du style adéquat. Et quoi de mieux que le tailleur Chanel pour camper le personnage joué par Romy Schneider dans le film — une aristocrate espiègle et émancipée. Emancipée de l’emprise de son mari, en écho au mouvement de libération des femmes… En Chanel !

Une femme au style fou devenue une icône de mode, figeant dans l’éternel de la pellicule la sophistication détachée du légendaire tailleur Chanel. Romy Schneider ne quittait, à la ville non plus, son élégance Chanel.

Anouk Aimée

L’autre icône absolue des actrices en Chanel, c’est Anouk Aimée. Qu’elle pose dans les pages du Vogue sous la caméra d’Irving Penn en 1962…

Ou qu’elle fasse l’objet d’un texte du Vogue Paris, en 1963, qui relate toute la force des silhouettes Chanel sur la sublime Anouk Aimée.

« Une nouvelle femme, toute différente de cette Luisa qu’avait imposée Fellini. Anouk Aimée a laissé à Rome les cheveux courts et les lunettes qu’elle portait dans  » 8 ½ « . La voici vue par Chanel, et vêtue d’or. Or brun, le tailleur du soir en lamé cloqué de Bucol. Veste à col châle entièrement ourlé de zibeline comme les poignets des manches longues. Robe trés simple: corsage décolleté en rond à deux bretelles fines; jupe à quatre plis creux couvrant les genoux. Détail nouveau: les deux plis sont ouverts assez haut sur le devant, et piqués trés bas dans le dos. Camélia de velours rouge dans les cheveux. Collier doré, rubis et émeraudes fantaisie. »

Anouk Aimée a incarné la femme Chanel.

Justement… Les femmes Chanel comptent parmi les actrices les plus iconiques de l’histoire. De Marilyn Monroe et son adoration pour le Chanel N°5, en passant par les actrices Françaises de la Nouvelle Vague qui, à la ville comme à l’écran, portent du Chanel. La maison a un lien étroit avec le cinéma, et les grandes dames.

Comment, en effet, ne pas penser à Jackie O., autre icône de mode. Comment ne pas penser, aussi, à Karl Lagerfeld qui a poursuivi ces liens profonds avec nombre d’actrices et de réalisateurs.

Isabelle Huppert, Carole Bouquet, Nicole Kidman, Vanessa Paradis ou encore Keira Knightley, Penélope Cruz, Kristen Stewart et récemment Margot Robbie… Les égéries Chanel se réinventent autour d’un style qui lui est éternel !

L’Alhambra de Van Cleef & Arpels, la Bonne Fortune Eternelle

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Alors que la société Française est en pleine ébullition, les ateliers Van Cleef & Arpels de la Place Vendôme sont sur le point de mettre au monde une pièce éminemment dans l’ère du temps. 1968 donc, la collection Alhambra est imaginée à partir d’un symbole de chance intemporel — un trèfle à quatre feuilles aux lignes minimales, au raffinement du quotidien. Car tout le propos est bien là; la révolution des années 70 est avant tout une révolution plaçant en son coeur une esthétique un brin moins clinquante et bien plus élégante. « Créé par Van Cleef & Arpels cette année-là, dans une tradition d’excellence et de savoir-faire, le sautoir Alhambra a capturé l’air du temps et offert de nouvelles manières de porter un bijou au quotidien. En cinquante ans, il est devenu une référence qui a profondément influencé l’histoire de la joaillerie » souligne Nicolas Bos, actuel président de Van Cleef & Arpels. 

Ainsi pensée en rupture avec les pièces traditionnelles – surchargées de pierres précieuses – l’Alhambra est coulé dans un or, simple et léger, éminemment raffinée! « Impossible de dire quelle est l’origine exacte du motif quadrilobé. Ni abstrait ni figuratif, il fait évidemment référence au motif très présent dans les jardins de l’Alhambra à Grenade, mais il évoque aussi un trèfle à quatre feuilles que pourrait avoir proposé Jacques Arpels, très superstitieux » indique Catherine Cariou, directrice du Patrimoine. Première pièce de cette collection à piquer l’intérêt, le sautoir en or jaune orné de nacre blanche devient le symbole de cette nouvelle élégance.

Et son allure ravissante ne tarde pas à convaincre Françoise Hardy, Grace Kelly ou encore Romy Schneider… Mais celle qui hissa définitivement l’Alhambra au rang d’icône incontournable de la joaillerie internationale, est Elizabeth Taylor. Sa version du sautoir Alhambra est la plus chère jamais échangée lors d’une vente aux enchères. La pièce en cristal de roche, déclinaison la plus rare, s’est envolée pour 470 000 dollars chez Christie’s en 2012. Aujourd’hui, l’icône Alhambra  célèbre ses 50 ans! L’occasion, pour le joaillier Van Cleef & Arpels d’introduire de nouvelles versions — des pièces proposées en diamant et or rose, diamants et or blanc, nacre grise ou onyx… 

 

L’Alhambra de Van Cleef & Arpels, quelques dates clés

2018 : La maison enrichit son offre horlogère avec la Sweet Alhambra disponible en cinquante pièces.

2018 : Pour fêter ses cinquante ans, la maison créé quatre modèles de l’Alhambra disponible en édition limitée.

2018 : A l’occasion des cinquante ans de l’Alhambra, le photographe Damian Foxe fait une déclaration d’amour à ce motif.

2016 : La maison réalise un making-off de la réalisation des bijoux de la collection Alhambra.

2013 : Pour le quarante-cinquième anniversaire de l’Alhambra, une version en malachite a vu le jour.

2012 : La maison propose désormais aux clients de graver au dos de l’Alhambra un texte.

2012 : A l’occasion des fêtes de fin d’année, la maison propose un modèle Alhambra disponible en édition limitée, paré de nacre blanche et d’un diamant rond scintillant en son cœur.

2012 Cinq nouveaux modèles en bois d’amourette et en or rose, disponibles en édition limitée, viennent compléter la collection Alhambra Vintage.

2012 : Van Cleef & Arpels décline le motif quadrilobé Alhambra en bois d’amourette.

2012 : Pour sa campagne d’hiver, la maison met en valeur son motif Alhambra avec le collier Twinkling Magic Alhambra.

2012 : Lors de la vente des bijoux de Elizabeth Taylor chez Christie’s, le sautoir Alhambra a été adjugé 47 500 euros.

2011 Pour la saison,la maison revisite l’Alhambra vintage avec parure en or rose et percée d’un pistil ton sur ton ou serti d’un diamant, ainsi que le Magic Alhambra, en or blanc et entièrement pavée de diamants. 

2011 : La princesse Charlène de Monaco porte un collier Alhambra

2008 : Pour ses quarante ans, la maison propose une combinaison des matières, comme les boucles d’oreilles en or rose et en nacre grise.

2007 : La collection Sweet Alhambra voit le jour avec des cœurs et papillon aux couleurs vives.

2006 : Pour le centenaire de la maison, trois collections sont lancées : Magic Alhambra, Lucky Alhambra et Byzantine Alhambra.

2001 : La collection Pure Alhambra, rebaptisée plus tard Vintage Alhambra, est lancée.

1998 : Les créateurs réalisent les premières montres Alhambra.

1983 : La maison propose désormais des modèles avec de la nacre grise.

1981 : La maison propose désormais des modèles avec de la nacre blanche.

1975 Grace Kelly se fait faire une collection privée.

1974 Romy Schneider adopte le sautoir Alhambra.

1974 Françoise Hardy adopte le sautoir Alhambra à 2 tours.

1973 : Le Prince Rainier offre à Grace de Monaco un sautoir Alhambra.

1971 : La maison propose désormais des modèles avec des pierres dures.

1968 : Le motif Alhambra est créé. Le premier modèle est un sautoir en or jaune

La Robe Trapèze De Courrèges

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Apparaît alors la petite robe blanche trapèze qui dynamite le vestiaire bourgeois en prennant le contre-pied des silhouettes traditionnelles et apprêtées de la précédente décennie. Sa particularité ? Une coupe trapèze structurée qui libère les hanches et dévoile les jambes au-dessus du genou. La forme géométrique et plate de la robe insuffle l’allure futuriste d’une femme des temps modernes. Le blanc immaculé accentue cette impression de tenue venue tout droit du cosmos. Elle signe le renouveau de la mode des années 60, prémisse des années 70, qui deviendra plus libérée et audacieuse. De par sa formation d’ingénieur, les créations d’André Courrèges sont extrêmement construites et architecturées. L’utilisation de matériaux nouveaux en est la preuve. Regardant vers l’avenir tout en restant en phase avec son époque, il provoqua la révolution chahutant le monde du design, de l’art et de l’industrie. La robe trapèze pose les bases du style Courrèges, devenant du même coup une référence absolue de la mode française.

Elle accompagne le mouvement de libération des femmes, habille des corps en mouvement qui s’attaquent au marché du travail. Par ailleurs, les adolescentes y trouvent une forme d’expression de libération et d’affirmation de leur féminité. Au sommet de sa gloire, Twiggy portera la robe minimaliste dans un style « Classic with a twist », ou « mod dress » d’où le terme même de la tendance « mod », désignant un modernisme peu conventionnel. Toutes les icônes chics l’adoptent, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Romy Schneider ou encore Françoise Hardy. Créateur de génie, André Courrèges a marqué lui aussi durablement la mode. Yves Saint-Laurent salue le talent novateur pour affirmer que la mode ne sera plus jamais la même suite à « l’explosion Courrèges ».

La Robe Trapèze de Courrèges

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Apparaît alors la petite robe blanche trapèze qui dynamite le vestiaire bourgeois en prennant le contre-pied des silhouettes traditionnelles et apprêtées de la précédente décennie. Sa particularité ? Une coupe trapèze structurée qui libère les hanches et dévoile les jambes au-dessus du genou. La forme géométrique et plate de la robe insuffle l’allure futuriste d’une femme des temps modernes. Le blanc immaculé accentue cette impression de tenue venue tout droit du cosmos. Elle signe le renouveau de la mode des années 60, prémisse des années 70, qui deviendra plus libérée et audacieuse. De par sa formation d’ingénieur, les créations d’André Courrèges sont extrêmement construites et architecturées. L’utilisation de matériaux nouveaux en est la preuve. Regardant vers l’avenir tout en restant en phase avec son époque, il provoque la révolution chahutant le monde du design, de l’art et de l’industrie. La robe trapèze pose les bases du style Courrèges, devenant du même coup une référence absolue de la mode française.

Elle accompagne le mouvement de libération des femmes, habille des corps en mouvement qui s’attaquent au marché du travail. Par ailleurs, les adolescentes y trouvent une forme d’expression de libération et d’affirmation de leur féminité. Au sommet de sa gloire, Twiggy portera la robe minimaliste dans un style « Classic with a twist », ou « mod dress » d’où le terme même de la tendance « mod », désignant un modernisme peu conventionnel. Toutes les icônes chics l’adoptent, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Romy Schneider ou encore Françoise Hardy. Créateur de génie, André Courrèges marquera lui aussi durablement la mode. Yves Saint-Laurent salue le talent novateur pour affirmer que la mode ne sera plus jamais la même suite à « l’explosion Courrèges ».

Massaro, Chanel et la Sandale Bicolore

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En effet, c’est de l’opportunité entre Raymond Massaro et Gabrielle Chanel qui, à l’époque, entretenaient une relation de travail forte qu’est née une véritable icône au sein de la maison rue Cambon. De cette étroite collaboration naquit à la fin des années 50, la renommée sandale bicolore Chanel. Massaro proposa alors à Mademoiselle Chanel de laquelle il dit encore aujourd’hui « Elle était d’une intelligence hors du commun », de lui façonner un soulier décomposé, une partie beigne accompagnée d’un bout délicatement carré de couleur noire. Ce soulier à la fois pratique et élancé, du haut de ses 6 centimètres de talon, est comme toute création provenant des ateliers Massaro confortable et chic. Le fruit de cette collaboration fut rendu possible grâce à la formidable acuité de Massaro dans la création, non seulement dans la confection du soulier au travers des dessins, des formes, mais aussi dans la prise en compte du vêtement qui sera assorti à celle-ci. Une aubaine pour Chanel alors au sommet de son art dans la couture. Une ligne directrice commune pour les deux artistes associés, apporter l’excellence à leurs clientes.

Chez Massaro, que le soulier soit fait d’une des dizaines de peausseries luxueuses présentent en atelier, qu’il soit mat ou brillant, le raffinement issu de la main du maître artisan perpétue sans cesse l’héritage bottier français ; la sandale bicolore concoctée pour la maison Chanel n’y fait pas défaut. Massaro, bottier d’exception et maître d’art français sait faire rêver toute personne amoureuse de chaussures luxueuses. Avec son style graphique propre, il fait de la sandale bicolore un objet phare, porté par les grands de ce monde, de Marlène Dietrich à Catherine Deneuve en passant par Romy Schneider. La sandale bicolore, coupée dans un chevreau beige et accompagnée de sa pointe en satin noir permettant d’allonger la jambe sans détirer le pied, reste une référence de la maison Massaro ainsi que de son époque, et l’influence du vestiaire masculin cher à Chanel s’y retrouve pour offrir au monde de la mode, une véritable référence en matière de souliers féminins.

Aujourd’hui encore, les souliers bicolores continuent d’être réinventés rue Cambon et Massaro fait dorénavant partie des « métiers d’arts » acquises par Chanel.  Ce qui fait de la maison Massaro une maison à part depuis sa création en 1974, tout comme pour la maison Chanel, réside dans le savoir-faire artisanal mais aussi dans l’esprit familial. Au delà de la forte notion d’artisanat et d’héritage, le bottier Massaro, souligne l’importance de la relation, partant de la prise d’empreintes et la mesure du pied jusqu’à la réalisation du prototype puis les essayages et ajustements, le tout pour une trentaine à une cinquantaine d’heure de travail pour finaliser une paire. Durant ces six semaines de patience et de labeur, la confiance qui s’installe entre le client et l’artisan est primordiale autant pour l’heureux requérant de rareté que pour le bottier qui se remet perpétuellement en question pour parfaire son art. Dans cette recherche constante d’excellence, fort similaire à l’activité de la maison Chanel, autant aujourd’hui que du vivant de Gabrielle Chanel, le bottier écoute et pourvoit à chaque caprice de ses clientes, que ce soit des particuliers ou bien pour des collections hautes coutures. La rigueur est bien le maître mot du métier, un mot bien connu, en son temps, par Gabrielle Chanel qui, comme Raymond Massaro insistait sur le fait que, le soulier tout comme l’habit, ne sont que détails signant une allure, la silhouette de celle qui les porte.