La Montre Première de Chanel

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Ouvrant le dernier défilé Chanel au Grand Palais, la Première apparait comme jamais : enserrant le bassin du top Cara Delevingne, c’est sans précédent que l’icône de la maison s’arbore en ceinture. L’expérience Première est cette ode à la vision du temps, un chant célébrant l’affranchissement de la femme. Créée exclusivement pour les femmes par Chanel en 1987, la Première reprend la forme du cabochon du flacon N°5, lui-même décalquant la géométrie de la place Vendôme. Première est une icône ; de celle qui précède les autres dans le temps pour faire rimer au rang l’espace. Dans sa composition, le garde-temps fonde une surface sans fin ; un cadran qui n’est ni étranglé par la tatillonne fragmentation des secondes, ni par la rigidité de l’espace.

Chanel N°5 : En Attendant Brad Pitt

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Une nouvelle fois, Chanel interpelle. « Pour la première fois, un homme s’exprimera sur le plus féminin… et légendaire des parfums » ; après Audrey Tautou, le N°5 est, cette fois, humé par Brad Pitt.

Car qui mieux que l’homme qui, maintes et maintes fois, avec ivresse et gourmandise, peut s’allier à l’effluve d’une femme, retrouvant aisément dans le présent un passé restauré ? Oui, la première impression que l’homme a d’une femme réside dans les particules de parfum et, lorsque cette senteur est le N°5 de Chanel, il semble que l’amour ne dure pas ; il perdure. Ici, Brad Pitt intervient : le nouvel ambassadeur sait être drôle, envoûtant profond, aimant, amant ; autant que ce N°5, déjà célébré par Warhol dans ses sérigraphies. Bref, la maison Chanel lui confie, le temps d’un spot publicitaire, un créneau de quelques secondes pour l’entendre conter une confidence.

C’est au parfum, dernier témoin de l’écriture féminine, que l’acteur semble, au second abord, se révéler. L’histoire défilera sur tous vos écrans le 15 Octobre à 19h. Une fois encore, le N°5, parfum de toutes les premières fois, bouscule les conventions, inspire, et, sans tapage, risque de faire des adeptes.

« Une Femme Sans Parfum Est Une Femme Sans Avenir. » Coco Chanel

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1921, après avoir initié la coupe garçonne, donné ses lettres de noblesse au Jersey, alors que son style est devenu une pierre angulaire de la mode parisienne, Miss Coco Chanel complète l’inventaire de la femme Chanel en y apposant l’ultime touche d’élégance : la fragrance.

A l’époque, Coco s’est éprise du Grand-duc Dimitri Pavlovitch, exilé à Paris. Par son entremise elle fait la connaissance d’Ernest Beaux, ancien parfumeur à la cour des tsars russes ; elle ne tarde pas à lui confier la confection de son premier parfum. Ce nez lui confectionne deux séries de senteurs : numérotées de 1 à 5 et de 20 à 24. Chanel choisit la n°5. Pour autant, Ernest Beaux ne pouvait être pleinement satisfait de sa création : l’odeur, trop pesante, restait au fond du flacon, et risquait de peser sur la peau, oubliant alors de se répandre à leur passage. Son génie le guida vers l’aldéhyde (des molécules de synthèse capturant une vague odeur d’alcool) : une fois injectée à la substance première, le parfum prend son envol. C’est cela qui apporte la touche de sophistication, cette pénétrante odeur qui surpique l’olfactive odeur de sainteté.

Si la femme était définie par son odeur, par ce qu’elle dégageait, si le parfum était l’aura de la féminité? Chanel semble avoir imaginé, à sa façon, la fragile dichotomie féminine : passion ou raison, qui doit décider? Aussi, l’aura des deux amants enferme la fragilité de l’essence féminine sous une robuste fiole aux allures de flasque dessinée par le Duc. Quand il a fallu donner un nom à la postérité, Chanel a laissé la vie décider pour elle : « je présente ma collection de robes le 5 du mois de mai, le cinquième de l’année, nous lui laisserons donc le numéro qu’il porte et ce numéro 5 lui portera bonheur ». Le mythe est construit.