Blazer, Dents de la Mer et Wetsuit : l’Equation Calvin Klein pour le Printemps/Eté 2019

_cal0079_jpg_4429_north_1382x_black-2.jpg

Décennie 70 — Calvin Klein capture l’esprit du temps et délivre à toute une génération en quête de vêtements faciles et sexy la silhouette idéale. Une fois passés entre la griffe CK, les maillots de bain et tricots de tennis désormais s’associent à des jupes et pantalons taillés suivant les lignes du tailoring classique. Et depuis deux ans qu’il est à la tête de sa création, Raf Simons n’a de cesse d’injecter une aura toute nouvelle à l’ADN Calvin Klein — au prisme du fantasme d’une Amérique un brin plus sombre…

 

La note du défilé Printemps/Eté 2019 le précise: « Tout voyage à travers les Etats-Unis finit, inévitablement, à la plage. Et c’est là qu’on retrouve cette idée d’une beauté incroyable, mais aussi une certaine tension, entre la mer et la terre, deux mondes en choc. Il y a quelque chose d’inattendu et, toujours, une tentation. Pour moi, Les Dents de la Mer est l’exemple ultime de tout ça. » Fil rouge de cette collection, le film de Steven Spielberg sert ici de continuité au commentaire de Raf Simons — après avoir exploré la face cachée de la pop américaine, puis celle des prudes paysages de prairies, le voici qui s’attaque à l’atmosphère dangereuse qui pèse sur la mer. 

 

La nouvelle collection Calvin Klein 205W39NYC faisait ainsi la part belle aux expérimentations de matières techniques — résultat ? Des combinaisons stylistes aussi pertinentes qu’avant-gardistes ! Blazer et wetsuit, l’équation de la prochaine saison distille une vision très postmoderne de l’univers Calvin Klein. Associée à l’iconique blazer subrepticement oversized, la combinaison de plongée se mue en une robe-jupe donnant l’illusion de pouvoir s’enfiler dès le premier danger venu. Pièce maîtresse qui se trouvera assurément sur les épaules des dits-décideurs du cool, le tee-shirt Jaws, lui, donne la touche pop à un ensemble savamment équilibré.

La Slip Dress Calvin Klein, Epitomé Nineties

014ceb413abf0ec2f912c753f0f70782.jpg

À l’instar de la chemise, la Slip Dress est avant tout un tissu fonctionnel apparu au Moyen Âge pour adoucir le contact entre la peau et le vêtement — en soie ou en satin, toujours lisse, la pièce se glisse ainsi sous n’importe quel costume d’époque. Des siècles plus tard, les Années Folles, libérant tout dans leur sillage, mettent une première fois en vedette les sous-vêtements médiévaux. Les flappers, les premières, adoptent ladite Slip Dress sous de longs manteaux de fourrure. Éminemment chic, la silhouette tape dans l’oeil d’un certain Calvin Klein. À dire vrai, le natif du Bronx est particulièrement inspiré par l’Amérique des années 30 et ses comédies musicales ! 

« Pour moi, Ginger Rogers représente le chic absolu, une sensualité typiquement américaine, issue de l’univers de la lingerie. J’ai toujours taillé mes robes du soir en biais et dans des tissus satinés et miroitants. » Minimaliste, structurée et franchement sensuelle — la grammaire Calvin Klein est sur le point de définir une époque. Jouant à réduire la frontière entre mode publique et mode privée, Calvin Klein produit une pièce au minimalisme sacerdotal — une Slip Dress noire qui cache le corps pour mieux le révéler. Le sous-vêtement ainsi devenu une robe à part entière, le style Slip Dress se répand à vitesse grand V. La tendance prend et, son paroxysme est atteint lorsqu’en 1993, Kate Moss en fait l’apanage d’une rébellion toute nouvelle. 

Lors d’une soirée organisée par l’agence Elite Models, la Brindille arbore une robe chatoyante qui, à peine visible, laisse apparaître ses sous-vêtements autant que leur absence. Si la robe qu’elle porte n’est pas une Calvin Klein, il n’en reste pas moins que l’égérie de la maison vient de faire de la Slip Dress l’identité stylistique d’une époque en pleine rébellion. Ce qui choque ce soir là, n’est pas la vue d’un corps révélé, mais bel et bien toute la nonchalance qui habite Kate Moss à ce moment précis. La jeune femme ne semble en effet gênée — pas le moins du monde ! Une démonstration de rébellion pure et décontractée qui fera école. La Slip Dress devenant instantanément le figure stylistique d’une jeunesse apte à abattre les derniers conservatismes. L’air de rien ! 

 

Le Blazer Calvin Klein vu par Raf Simons pour l’Automne/Hiver 2018

calvin-klein-raf-simons-aw18-icon-icon-sebastien-girard.jpg

Depuis un an qu’il est à la tête de la création Calvin Klein, le belge Raf Simons a fait tout ce qu’on attendait de lui, et notamment bousculer les codes de la maison pour mieux les réinventer. Dans son exploration de l’autre Amérique, celle des prairies et des héros de l’ordinaire, Raf Simons pioche une collection Automne/Hiver 2018 comme un kaléidoscope de silhouettes entre rêve de conquête spatial et hiver nucléaire. « La chose la plus importante est de voir comment je peux ajouter d’autres éléments au symbolisme américain que j’ai commencé à utiliser dès le début, et comment puis-je l’expérimenter davantage » précise le designer. 

Parmi les looks ayant défilé, le directeur artistique a cherché à honorer les héros de tous les jours — pionnier, pompier, Warhol, Looney Tunes, Hollywood… Et quand l’American Stock Exchange, qui sert de décor au défilé, est rempli de pop-corn jusqu’au podium, on se dit que le contraste est intéressant. « Cette collection est une évolution de mon idée de Calvin Klein — à la vue de la société américaine – mais à présent plus large, universelle. C’est une allégorie de la rencontre des mondes anciens et nouveaux, liée à la découverte de l’Amérique, la conquête spatiale des années 1960 et l’ère de l’information du XXIe siècle. » Raf Simons est là pour réinterpréter les archétypes américains, et le blazer iconique de la maison Calvin Klein n’y échappe évidemment pas.

Dans cette collection, les pièces et les genres se mélangent et, le blazer Calvin Klein devient un par-dessus. Mais pas n’importe lequel puisqu’il s’extrait du costume du banquier et du citadin pour venir réchauffer une robe somme toute champêtre. Dans l’Amérique de Raf Simons, les vêtements et les références s’émancipent de leurs significations — la silhouette s’élargie, le blazer à gros fils se fait surdimensionné et, accompagné de gants d’argent, illustre un gimmick libéré pour la silhouette de la saison prochaine. Une silhouette Calvin Klein qui fut d’ailleurs longtemps applaudie par le premier rang composé notamment de Nicole Kidman, Laura Dern, Cindy Crawford, et Lupita Nyong’o. 

La Robe Minimale Calvin Klein, Version Raf Simons

calvin_1.jpg

Avec ce second défilé pour la maison Calvin Klein, Raf Simons semble vouloir accéder à l’inconscient même des Etats-Unis – entre rêve Américain et phobies Hollywoodiennes, le designer Belge compose ici avec son expérience new-yorkaise. Six mois après son premier opus pour la griffe, voici qu’il poursuit en même temps la refondation de l’ADN CK… “L’horreur Américaine, les rêves Américains“ – ainsi fut baptisée cette collection décrite par le designer comme étant « une abstraction des horreurs et des rêves empruntés au cinéma, de la fabrique de rêves qu’est Hollywood et ses représentations du cauchemar américain et du pouvoir du rêve américain. » Mais dieu merci, il s’agit de mode et c’est dans une pirouette composée par son ami et artiste Sterling Ruby que Raf Simons distille les éléments d’une culture aussi belle que déjantée.

 Dans une pièce en satin somme toute très Calvin Klein, le directeur artistique de la griffe intègre avec une dextérité folle les signatures morbides que sont des coulisses faites comme des cordes et une reproduction de l’image d’un crash. Mais, là encore, l’esthète qu’est Raf Simons fait un clin d’oeil certain à la folle passion américaine pour les faits divers… en reproduisant une image de la série “Death and Disaster“, elle-même produite par le Pape de l’art sous vide, Andy Warhol. Dans sa découverte de l’Amérique Raf Simons renoue avec l’essentiel de cette culture – comme il le fait d’ailleurs avec la maison dont il tient à présent les rênes.

Il abuse de satin, signature même de Calvin Klein ; il déride le minimalisme qui est le code même de la griffe New-yorkaise pour finalement, référencer avec brio ce qu’il est lui-même en train de découvrir. Dans cette pièce, c’est bel et bien l’élégance de Raf Simons et son éloge des lignes de couture qui viennent épouser la légende des coupes épurées de Calvin Klein. Le tout associé à des détails sportwear. Et voici comment un designer Belge parvient à servir l’une des it-pièces de la saison prochaine – en n’oubliant pas d’assainir ses coupes nettes, presque strictes, qui sont la propre marque de fabrique de Raf Simons.

 

Raf Simons Pour Calvin Klein Automne-Hiver 2017-2018

ck.jpg

« Tous ces gens différents avec des styles différents, des codes d’habillement différents, c’est l’avenir, le passé, l’Art Déco, la ville, l’Ouest américain… c’est toutes ces choses-là, et aucune à la fois. Il n’y a pas une seule époque, une seule chose, un seul look. C’est le brassage de tous ces personnages et de tous ces individus, exactement comme l’Amérique. C’est toute la beauté et l’émotion de l’Amérique. » C’est en effet sur une musique de David Bowie “This is not America », sortie en 1985, que s’est clôt le premier défilé Raf Simons pour Calvin Klein. Un premier défilé qui, dans contexte politique délicat, prend ses distances avec le style plus street-wear emblématique de Calvin Klein, aujourd’hui célèbre pour ses jeans et ses sous-vêtements.

Une griffe street-wise donc, Calvin Kein version Raf Simons s’introduit autour d’un podium surplombé d’une installation de l’artiste Sterling Ruby, autour de la formidable diversité qui constitue les États-Unis. Les mannequins, homme et femme, jouent tantôt de l’allure cow-boy et femme fatale, avec du cuir viril, des transparences délicates, des tailleurs sportswear, et évidemment du denim brut !

Mais Raf Simons vient récemment de quitter la direction artistique de Dior – ses inspirations couture, elles, demeurent. En mêlant les plumes au vinyl, fourrure et autres draperies chics, les pièces Calvin Klein s’élèvent en affichant une admirable unité. L’ensemble se compose autour de lignes d’une rigueur sans faute : chemises militaires et pantalons officier, longues jupes crayons, tailleurs stricts, trench intemporel ou total look denim classique en passant par des réinterprétations du tailoring et du costume Wall Street… Raf Simons est là pour télescoper les univers. Avec un travail de transparence sur des pièces en PVC, alluré et mythifié au contact de brodés de plumes et autres jeux de matières, la pièce la plus désirable du défilé se trouve sans toute dans cette robe toute sportwear aux manches côtelés, transparence intellectualisée et roses d’argent brodées!

 

 

La Collection Abby par Chloé

5118fd23bdb87.jpg

Clare Waight Keller, styliste de la maison Chloé depuis 2011, continue d’enthousiasmer les nostalgiques de l’ère seventies. Sur un air d’inspiration bohème chic, la douceur de la griffe se retrouve dans le bijou Abby, bracelet néo-bobo qui mêle un corps puissant à un coeur sphérique. Celle qui aiguisa son crayon pour Calvin Klein Homme avait déjà séduit par ses deux premières collections. Dès le premier show, la rigueur de la britannique suinte des pièces qu’elle dessine pour Chloé ; pièces qui confirment la maxime de la maison : une certaine sérénité, qui vient aux yeux comme une friandise ; l’aura qui s’en dégage rappelle le réveil des douces matinées de printemps.

Un printemps qui laisse place à la nouveauté. La nouveauté chez les bijoux Chloé, c’est Abby. Sa forme d’inspiration art déco sonne une nouvelle esthétique : un mélange extrême composé de formes rondes et de courbes graphiques, de formes féminines et de courbes masculines. La manchette est une reprise de celle qui avait fait la renommée de la marque en ce domaine. Elle est simple, coulée dans l’or, et est un décor pour la bille d’agate ou de jaspe rouge qui vient se nicher entre ses deux versants, tandis qu’un pique la maintient en son coeur.

Abby est une pièce décorative et sculpturale, de celles que l’on retrouvent à la fin des années 60, aux lignes très industrielles. Il aurait pu flirter avec les codes too-much de l’époque, mais, la maîtrise parfaite de la coupe qu’a la discrète anglaise sert cet accessoire. Un romantisme classiquement nonchalant mais néanmoins raffiné. Ultra-désirable !