Imaginée par Philippe Starck comme une œuvre d’art habitable, Maison Heler domine Metz avec son architecture spectaculaire et sa maison lorraine suspendue dans le ciel. Depuis septembre 2025, sa directrice adjointe accompagne le développement de cet hôtel hors norme, devenu aussi bien une destination internationale qu’un nouveau lieu de vie pour les Messins. Entre narration surréaliste, exigence hôtelière, gastronomie et ancrage culturel, elle raconte les ambitions d’une maison conçue pour intriguer, émouvoir et rester en mémoire.
Maison Heler : « L’Hôtellerie Peut Encore Surprendre »
Vous avez rejoint Maison Heler en septembre 2025. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cet établissement hors norme, et qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à cette aventure ?
Lorsque je vivais au Canada, j’ai découvert Maison Heler dans une sélection des quinze ouvertures hôtelières les plus attendues au monde en 2025. Ce qui m’a immédiatement fascinée, c’est qu’il semblait impossible de classer l’établissement dans une catégorie existante. Maison Heler est un véritable électron libre de l’hôtellerie contemporaine.
J’ai travaillé dans des maisons de luxe très codifiées, très structurées, avec un charme fou. Mais Maison Heler m’a rappelé quelque chose que j’avais peut-être un peu oublié : l’hôtellerie peut encore surprendre. Ici, on ne pénètre pas simplement dans un hôtel, mais dans un univers. Et cela change tout.
Ce qui m’a donné envie de rejoindre cette aventure, c’est précisément la dimension presque émotionnelle du projet. Philippe Starck n’a pas imaginé un lieu simplement « instagrammable ». Il a conçu un endroit capable de provoquer une sensation.
Aujourd’hui, beaucoup d’établissements cherchent à atteindre la perfection. Très peu cherchent véritablement à devenir mémorables. Maison Heler intrigue avant même de séduire. Or je crois que les voyageurs contemporains ont profondément besoin de cela : ressentir quelque chose.
Lorsque j’ai été contactée pour rejoindre Maison Heler en tant que directrice adjointe, aux côtés d’Arnaud Montigny, directeur général, la décision s’est donc imposée comme une évidence. Un grand oui, du cœur comme de l’esprit.

Maison Heler vient de remporter un Design Award à Milan et figure parmi les finalistes des Hôtel & Lodge Awards. Que représentent ces distinctions pour les équipes au quotidien ?
Il y a bien sûr une immense fierté.
Mais au-delà des récompenses elles-mêmes, ce qui nous touche le plus est de voir un projet aussi singulier trouver un écho international tout en restant profondément ancré à Metz.
Ces distinctions viennent saluer une véritable prise de risque : celle d’avoir osé proposer quelque chose de radicalement différent dans un secteur qui tend parfois à s’uniformiser.
Pour les équipes, cette reconnaissance est particulièrement forte. Elles voient arriver des clients venus du monde entier spécialement pour découvrir Maison Heler. Certains viennent presque comme on visiterait une œuvre d’art contemporaine.
Cela donne énormément de sens au travail accompli chaque jour.
Philippe Starck a imaginé cet hôtel comme une « œuvre d’art habitable ». Comment cette vision artistique se traduit-elle concrètement dans l’expérience client ?
L’expérience commence bien avant le check-in.
Elle débute au moment où l’on aperçoit cette maison lorraine suspendue dans le ciel messin. Elle suscite immédiatement une forme de surprise, presque de trouble.
Tout a ensuite été pensé comme un récit. Même notre manière d’accueillir les clients s’éloigne légèrement des codes traditionnels de l’hôtellerie. Nos équipes les invitent à voyager, à observer, à découvrir progressivement les différentes strates de l’histoire.
L’expérience ne repose donc pas uniquement sur le luxe matériel. Elle se construit à travers le rythme du lieu, ses détails parfois invisibles, sa poésie et les sensations qu’il provoque.
C’est cette dimension narrative qui rend Maison Heler si différente.
Comment réussit-on à trouver l’équilibre entre l’audace créative d’un lieu aussi singulier et les exigences opérationnelles d’un hôtel haut de gamme ?

C’est précisément là que résident toute la difficulté et toute la beauté du projet.
Plus un lieu paraît fluide et poétique, plus l’organisation qui le sous-tend doit être précise. Le véritable luxe est finalement l’absence de friction.
Le client doit percevoir l’émotion, jamais l’effort nécessaire pour la produire. C’est un travail quotidien.
Derrière l’univers onirique de Maison Heler se trouvent énormément de rigueur, de formation, d’attention portée aux détails et de coordination entre les équipes.
Notre rôle consiste à rendre cette expérience naturelle, presque évidente.
L’hôtel est profondément ancré dans le quartier de l’Amphithéâtre et dialogue avec le Centre Pompidou-Metz. Quelle relation entretenez-vous avec la vie culturelle locale ?
Maison Heler participe, à sa manière, à l’évolution de l’image de Metz.
Depuis plusieurs années, la ville connaît une transformation culturelle, architecturale et lifestyle particulièrement intéressante. L’écoquartier de l’Amphithéâtre symbolise parfaitement cette dynamique : il réunit création contemporaine, architecture, culture, gastronomie et nouvelles manières de vivre la ville.
Nous entretenons naturellement un dialogue avec le Centre Pompidou-Metz, mais aussi, plus largement, avec l’ensemble de la scène culturelle et événementielle locale.
Ce qui est passionnant, c’est que nous accueillons aussi bien des voyageurs internationaux que des visiteurs français venus découvrir ou redécouvrir Metz. Après tout, la ville ne se trouve qu’à 1 h 20 de Paris et à 45 minutes de l’aéroport international de Luxembourg.
En tant que directrice adjointe, quel a été votre principal défi depuis votre arrivée ?
Le principal défi a été de transformer une œuvre architecturale en un lieu pleinement vivant.
Un hôtel ne prend réellement vie qu’à travers les femmes et les hommes qui l’incarnent. Il ne suffisait donc pas d’exploiter un établissement spectaculaire. Il fallait créer une véritable culture Maison Heler : une énergie commune et une manière de recevoir cohérente avec l’univers imaginé par Philippe Starck.
Nous avons beaucoup travaillé, et continuons de le faire, sur l’humain, les rituels de service et l’attention portée aux détails. Car, au fond, les clients ne se souviennent pas uniquement des espaces. Ils se souviennent surtout de ce qu’ils y ont ressenti.
L’autre enjeu majeur concernait la restauration. Nous étions convaincus que les deux restaurants devaient devenir des destinations à part entière, aussi bien pour les voyageurs que pour les Messins. Aujourd’hui, près de 80 % de notre clientèle en restauration est locale ou régionale, ce qui constitue une immense satisfaction.
Avec l’arrivée du chef et la refonte complète des deux concepts, nous avons retravaillé leur identité afin de les rendre plus lisibles, plus affirmés et plus cohérents avec les attentes de notre clientèle.
La Cuisine de Rose s’est ainsi imposée comme une véritable brasserie chic contemporaine : une adresse généreuse, élégante et rassurante, où l’on vient aussi bien partager une belle côte de bœuf que retrouver de grands classiques revisités avec exigence.
À l’inverse, La Maison de Manfred assume pleinement un ADN plus voyageur, curieux et spontané. Sa cuisine de partage invite à explorer différentes influences et a donné naissance à plusieurs plats devenus emblématiques.
Notre ambition était simple : offrir à chaque restaurant sa propre personnalité, sa propre atmosphère et sa propre clientèle, tout en l’inscrivant dans l’identité globale de Maison Heler.
Aujourd’hui, lorsque nous voyons les Messins revenir régulièrement, faire découvrir l’établissement à leurs proches ou choisir nos restaurants pour célébrer un moment important, nous avons le sentiment d’avoir accompli une partie de cette mission.

Les clients adhèrent-ils à cette narration autour de Manfred et Rose ?
Les petits comme les grands.
Les clients cherchent les détails cachés, posent des questions et veulent comprendre qui est Rose, ou qui se cache réellement derrière Manfred.
Certains prennent même le temps d’explorer l’établissement comme on parcourrait le décor d’un film. C’est d’ailleurs pour répondre à cette curiosité que nous avons lancé des visites architecturales.
Ce qui est fascinant, c’est que beaucoup reviennent ensuite accompagnés de leurs proches, avec l’envie de leur faire découvrir le lieu à leur tour.
Dans un monde saturé d’images et de contenus consommés à toute vitesse, les gens recherchent à nouveau des endroits capables de raconter une histoire.
Après ces récompenses internationales, quelles sont les prochaines ambitions de Maison Heler ?
Notre ambition n’est pas simplement de grandir, mais de continuer à faire de Maison Heler une destination émotionnelle et culturelle.
Nous souhaitons enrichir l’expérience globale à travers la gastronomie, les propositions lifestyle, les événements privés et corporate, les collaborations artistiques, ainsi que la programmation du rooftop et du jardin de Rose.
L’idée est que Maison Heler ne soit pas seulement un hôtel où l’on vient dormir, mais un endroit que l’on peut vivre à différents moments de la journée et de l’année.
En arrivant dans cet hôtel imaginé comme un conte surréaliste, y a-t-il un détail qui vous a immédiatement séduite ?
Oui : ce moment très particulier où l’on passe du monolithe noir, presque brutaliste, à un intérieur beaucoup plus intime.
On a réellement la sensation de changer de monde. Les contrastes sont saisissants : quelque chose de monumental à l’extérieur, puis des espaces soudain plus chaleureux, sensibles et silencieux. Il est assez rare qu’un établissement provoque autant de sensations différentes.
Mais ce qui m’a probablement le plus marquée est le travail réalisé autour de la lumière. Elle est incroyablement juste.
Dans les chambres, elle devient très cinématographique, presque éthérée. Dans les restaurants, elle souligne les plats différemment selon les moments de la journée. Il y a également les vitraux imaginés par Ara Starck, dont les reflets colorés viennent parfois danser sur les tables et le sol au fil des heures.
Par moments, on a l’impression que la lumière a été pensée comme un matériau à part entière. Elle ne se contente pas d’éclairer les espaces : elle contribue directement à ce que l’on y ressent.
La Cuisine de Rose est pensée comme le cadeau de Manfred à Rose. Comment cette histoire se retrouve-t-elle dans l’expérience ?
La Cuisine de Rose s’adresse moins à l’intellect qu’à la mémoire émotionnelle.
C’est une cuisine de générosité, de réconfort et de souvenirs. Il y a quelque chose de très sensible dans cette adresse, une forme de douceur élégante.
Même le service a été imaginé différemment, à travers des rituels humains et chaleureux.
Nous voulons que les visiteurs aient le sentiment d’être reçus, et non simplement accueillis.
Comment positionnez-vous aujourd’hui l’offre de restauration de Maison Heler sur la scène messine ?
Nous nous inscrivons dans une scène messine devenue particulièrement dynamique et intéressante, comme en témoignent les étoiles récemment décernées par le Guide Michelin, la venue de Gault & Millau ou encore celle de Gilles Pudlowski.
Metz évolue énormément en matière de gastronomie, de culture et d’art de vivre.
Maison Heler y apporte probablement une dimension plus lifestyle et singulière, avec cette volonté de créer des lieux de vie hybrides où l’on peut aussi bien travailler, déjeuner, prendre un cocktail que passer toute une soirée à rêver.
Comment faites-vous de vos restaurants une destination pour les Messins ?
Le véritable défi consistait à faire tomber la barrière psychologique de l’hôtel.
Au départ, beaucoup de Messins imaginaient que l’établissement était réservé aux voyageurs ou qu’il leur serait inaccessible.
Aujourd’hui, ils viennent y déjeuner, travailler, bruncher, prendre un verre au coucher du soleil ou simplement profiter de la vue.
Nous voulions qu’ils se sentent pleinement invités et accueillis.
C’est précisément ce mélange entre habitants, voyageurs, artistes, entrepreneurs et visiteurs de passage qui crée aujourd’hui toute l’énergie de Maison Heler.
En quoi le rooftop est-il emblématique de l’esprit Maison Heler ?
Il y a quelque chose de complètement inattendu dans cet endroit.
On se trouve à la fois au cœur de Metz, avec une vue sur les principaux monuments de la ville, et légèrement en dehors du réel.
La perspective, les couchers de soleil, la maison suspendue et le mélange des publics composent une atmosphère très particulière.
On y vient autant pour vivre un moment que pour boire un cocktail. Sans oublier qu’il s’agit du plus haut rooftop dans un rayon de 100 kilomètres.
Le rooftop est-il devenu un lieu incontournable de Metz ?
Oui, très clairement.
Mais ce qui nous plaît surtout, c’est la diversité des personnes qui s’y retrouvent.
On y croise des voyageurs internationaux, des Messins, des créatifs, des chefs d’entreprise, des couples ou encore des groupes d’amis.
Le rooftop est presque devenu une forme de salon urbain contemporain.
Quels temps forts imaginez-vous pour les beaux jours ?
Nous avons envie de créer du rythme, du désir et de la surprise.
Nous préparons notamment des apéros-pétanque, des collaborations artistiques, des événements musicaux, des cocktails signature et des dîners exclusifs.
L’idée est que chaque visite puisse être légèrement différente de la précédente, tout en continuant à faire de Maison Heler l’une des destinations incontournables de Metz.

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