INTERVIEW : Frédéric Beigbeder Nous Parle de La Vodka Le Philtre

INTERVIEW : Frédéric Beigbeder Nous Parle de La Vodka Le Philtre

La vodka Le Philtre imaginée par Guillaume Rappeneau, Charles et Frédéric Beigbeder est un nectar en phase avec son époque — enivrant, et innocent pour la planète… Rencontre avec Frédéric Beigbeder.

Vodka Le Philtre: Une Amitié Et Une Ode Pour La Préservation de la Planète

La vodka Le Philtre, c’est l’histoire d’un trio. Deux frères et un ami d’enfance, épicuriens et noceurs accomplis, en quête d’un nectar dont l’ambition écologique ne serait pas qu’un atout marketing. D’ailleurs, le marketing, la vodka Le Philtre n’en a que faire !

Distillée 6 fois et embouteillée, dans la région de Cognac, dans des bouteilles chaque fois différentes — pourquoi ? « Le verre de transition que nous récupérons pour créer nos flacons comporte une grande variété de teintes : tantôt Aigue Marine, tantôt Jade, tantôt Turquoise, ce flacon désobéit à toutes les règles du marketing ! » assènent Guillaume Rappeneau, Charles et Frédéric Beigbeder.

Elaborée à base de blé issu de l’agriculture biologique et d’eau de Gensac®, une eau reconnue pour sa grande pureté, la vodka Le Philtre se moque et des additifs chimiques, et du sucre — sa composition se suffit à elle-même pour enivrer les sens. Rechargeable et consignable, la vodka Le Philtre se pense comme un produit consommable mais surtout un objet durable.

Le résultat ? Une vodka aux notes légèrement toastées qui, en bouche, porte sur sa structure soyeuse des notes torréfiées, d’amande grillée et de fève tonka… La finale lactée et vanillée emporte, elle, vers une volupté toute innocente.

Rencontre Avec Frédéric Beigbeder

Pour recontextualiser pour nos lecteurs — quelle est l’histoire de la vodka Le Philtre? Comment est née l’idée chez vous Frédéric Beigbeder?

Nous étions avec mon frère et un copain, Guillaume, en train de boire des Caipiroska, c’est-à-dire un cocktail vodka citron vert, glace pilée et un peu de sucre. Nous le buvions sur la plage de Guéthary et nous avons remarqué que la plage se rétrécissait…

Il y a de moins en moins de sable. Guillaume, qui a justement produit un documentaire pour Arte sur la disparition du sable, a commencé à nous expliquer que s’il y avait moins de sable, c’est parce qu’on utilise ce sable pour les bouteilles en verre. Il y a donc de moins en moins de plage dans le monde, parce qu’on ne recycle pas le verre.

Et les bouteilles de vodkas étant faites en verre blanc, cela ne peut pas être du verre recyclé… C’est là qu’on s’est dit : « on veut qu’il y ait encore des plages pour nos enfants » et on s’est senti très coupable. Nous avons donc eu l’idée de faire une vodka qui serait écologique. Cela a pris deux ans après cette conversation.

Pour trouver une distillerie, goûter les propositions… Il fallait que ce soit une distillerie qui accepte de passer au bio parce que on y tenait. Et deux ans après, en 2020 est sorti « le Philtre »: une vodka française, bio et 100% recyclée. Pas la vodka, mais la bouteille, qui est en verre recyclé.

Comment s’est faite la collaboration avec la Maison Villevert? Une maison finalement très ancienne, fondée en 1487, et ancrée dans la belle tradition peut-être…

Nous cherchions des distilleries qui correspondaient à notre projet un peu dingue. Il y en avait plusieurs et puis il y a eu Villevert, une très ancienne maison, dirigée par Jean-Sébastien Robiquet avec qui nous nous sommes très bien entendu. Je crois qu’il nous a un peu testé au début, il voulait voir si nous étions sérieux ou pas. Nous avons beaucoup discuté sur la manière dont on voyait ce produit et pourquoi nous voulions absolument être bio et écolo. Il voulait vérifier que nous n’étions pas simplement des Parisiens qui voulaient être branchés.

Qu’est-ce qui vous plaît tant dans la vodka?

Pour moi c’est générationnel. J’ai commencé à sortir dans les années 80, et c’était la grande mode de la vodka. Il y avait la marque « Absolut » qui était nouvelle.

Une marque très créative, pour qui j’ai d’ailleurs travaillé comme concepteur rédacteur lorsque j’étais dans la pub. Et puis j’ai un peu pris l’habitude de boire de la vodka lorsque je sortais, et ça n’a jamais vraiment changé.

Mes parents buvaient plutôt du Whisky et les jeunes d’aujourd’hui sont plutôt Gin ou Rhum. Moi, je suis resté complètement dans ma génération Vodka.

Et c’est en outre un alcool très littéraire. On retrouve de la vodka dans toutes les littératures, en particulier la littérature Russe. J’ai récemment lu le dernier roman de Andrei Kourkov, Les Abeilles Grises, qui parle de la guerre en Ukraine… Parce que cette guerre ne date pas de février. Il s’agit d’un très beau roman sur la guerre en Ukraine, où les deux personnages principaux n’arrêtent pas de boire de la vodka, elle fait partie intégrante du paysage.

Le design de la bouteille même intrigue, fascine… On croit s’enivrer rien qu’en le regardant. Comment l’idée de ce design est-elle née?

A partir du moment où on a trouvé ce nom « Le Philtre » qui est l’un des plus vieux mots de la langue française, et qui signifie “élixir magique qui a des pouvoirs”… L’idée était de faire une bouteille qui pourrait ressembler à un élixir bizarroïde, fait par une sorte de Merlin l’Enchanteur… L’ambiance entre le pirate et le mage.

J’ai donc cherché ce qui existait comme formes anciennes, celles des alambiques, des choses faites à la main… Et progressivement, nous sommes arrivés à cette forme de bouteille, un peu obèse qui ne ressemble pas à quelque chose d’industriel. Qui soit comment dire… une bouteille de coca cola qui…

Qui a un peu fondu au soleil? C’est vrai qu’au niveau de l’alcool, elle nous fait penser à une forme d’enivrement, on se sent déjà presque saoul en voyant la bouteille plus tout à fait droite.

Oui c’est vrai et puis elle n’est pas symétrique c’est ça qui me plaît, on a rajouté des bosses.
On a dessiné ça jusqu’au dernier moment… On changeait d’avis. Le fait qu’elle soit de différentes couleurs, c’est joyeux.

Au fond, comme j’ai fais de la pub dans les années 80-90 – 90 surtout – j’avais envie de désobéir à toutes les règles qu’on m’avait apprises à l’époque. Si un jour je faisais un produit dans ma vie, ce serait le contraire du marketing !

Votre cocktail favori avec Le Philtre? Et le paysage, le contexte pour le savourer?

Ça dépend. En début de soirée, j’aime bien les cocktails. Récemment j’ai rencontré pas mal de bartenders très talentueux et je suis devenu assez adepte de la vodka Sour, c’est-à-dire un mélange vodka, citron et blanc d’œuf. C’est très agréable.

Sinon j’aime beaucoup le White Russian, donc de la vodka, que vous pouvez mélanger avec du lait, un peu d’Amaretto…

Il y a quelque chose que j’adore mais c’est très sucré, tout ce que je vous partage est d’ailleurs très sucré… C’est pour cela que je dis vraiment en début de soirée… Ça s’appelle Frangelico c’est du cœur de noisette: ça, c’est à tomber par terre…

Bref. Il faut boire un verre à la tombée du jour et ensuite c’est vrai que je préfère continuer avec de la vodka pure et des glaçons. Oui parce que je suis fière du « Philtre », je trouve qu’elle est délicieuse. Elle est très dangereuse parce qu’elle descend très vite ! J’ai souvent remarqué que lorsqu’on pose la bouteille sur la table, elle est vide mais vraiment très vide donc il faut faire très attention !

Est-ce que pour vous, lancer un produit comme une vodka inédite c’est un peu la même démarche que celle de lancer un nouveau roman, ou bien c’est une démarche totalement différente ?

Je pense qu’en effet ça y ressemble pas mal. Parce qu’il faut réfléchir à une forme, à un titre, il faut réfléchir à tout, c’est comme un objet d’art mais pas réellement comme un livre, ça ressemblerait plutôt à une sculpture… Un objet dont personne n’a besoin, qui n’existe pas, mais qu’il faut inventer.

De cette vision là, il y a des points communs avec l’expression artistique, c’est cela que j’ai trouvé le plus amusant d’ailleurs. Imaginer qu’on allait faire une vodka… Au début je voulais l’appeler « Philtre » juste comme ça et mon frère a ajouté « mais non c’est mieux Le Philtre », donc nous avons eu de grandes conversations sur l’article défini, est-ce qu’il faut conserver ou pas « le ».

Ça donne un peu de majesté « Le Philtre », d’abord ça permettait de franciser le nom. Si on mettait juste « Philtre » ça pouvait être autre chose, par exemple une marque, alors que « Le Philtre » ça fait réellement titre de livre. Ça a un côté plus littéraire, et français.

Pour finir… « Le Philtre » c’est l’accord parfait entre l’écologie et l’idée d’hédonisme derrière tout ça. Justement qu’est ce qui en est aujourd’hui encore de l’hédonisme post covid en 2022, au milieu de l’élection Présidentielle et de la guerre en Ukraine ?

Vous savez, là il y a vraiment deux écoles et d’ailleurs je suis moi-même partagé entre les deux.

Celle de vouloir se recroqueviller et rester enfermé chez soi et déprimer, ne voir personne je trouve ça tout à fait respectable quand on est en pleine fin du monde mais en même temps, j’ai aussi une pulsion de vie et de société, l’envie de sortir, de parler de se révolter et de faire la fête ça en fait partie.

La vie doit continuer, elle doit reprendre, donc je suis constamment tiraillé entre ces deux pulsions, mais je pense que l’idée d’écologie festive est très importante, c’est une idée même d’avenir parce que si l’écologie continue d’être moralisatrice, donneuse de leçons, elle restera au score de Yannick Jadot à 4%, et c’est très grave, mais je vois bien que l’écologie punitive ne fonctionne pas.

Il faut que ce soit drôle, rigolo et hédoniste, il faut qu’on dise aux gens « vous vivrez mieux en vivant sainement et surtout en produisant les choses autrement. En produisant et consommant des produits non industriels, des produits plus sains, faits dans le respect de l’environnement et ça n’empêche pas de rigoler » !

« Le Philtre » est je crois un bon exemple, comme beaucoup d’autres heureusement ! Il y a beaucoup de gens qui ont la même démarche qu’Elon Musk puisque lorsqu’il fait des voitures Tesla. Il ne fait pas seulement des voitures électriques, il fait des voitures belles, sexy, qu’on a envie de conduire et d’acheter.

Aujourd’hui, la plupart des gens qui ont des Teslas, les ont parce que c’est statutaire, parce que c’est la classe et parce que c’est beau. Le design intérieur est canon et ils ne le font pas juste pour sauver la planète. Donc moi je pense que toutes les entreprises devraient se poser cette question « comment faire pour sauver la nature mais en même temps faire des produits sexy ? ».

Et un candidat écologique aux élections présidentielles devrait aussi se poser la question « comment faire pour que mon discours écologique ne soit pas ennuyeux, ne soit pas culpabilisateur ? »

Propos recueillis par Sébastien Girard, Président d’Icon-Icon

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