Le T-shirt Blanc, un Sous-Vêtement Devenu Désir

Nombre d’icônes de notre temps découlent d’appropriations un brin particulières – en voici une de plus ! Un sous-vêtement devenu désir, le t-shirt blanc incarne aujourd’hui une certaine nonchalance ; une élégance savamment désintéressée. Tout a pourtant commencé sous les chemises des hommes d’un siècle passé. Début du XXe siècle, les ouvriers, pour s’accommoder de l’effort, glissent sous leur vêtement de travail une pièce de coton blanc, bêtement tracée en T. Moulante, la pièce fait office de seconde peau lorsqu’elle amortit le frottement des vestes coupées, elles, dans des matières quelque peu grossières. Voilà pour l’histoire. La légende, elle, s’écrit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. 13 Juillet 1942, le magazine Life publie en Une la photo d’un élève de la Gunnery school – t-shirt blanc frappé du nom de son école, et arme à la main, l’homme incarne l’Amérique sur le point de triompher du fascisme. Mais les cartes du cool sont sur le point d’être rebattues ; la jeunesse rebelle s’apprêtant à secouer le vieux monde !

Jusque là, l’homme présentable se devait d’être tiré à 4 épingles – costume trois pièces impeccable, mocassins, cheveux taillés… La jeunesse, elle, n’a que faire des codes de ses ainés ! Au cinéma, c’est d’abord Marlon Brando qui propulse l’aura du moment. 1951, ‘Un Tramway nommé Désir’ d’Elia Kazan consacre la figure d’un homme au regard de braise, distillant une charge érotique quasi-bestiale. L’objet à l’origine du désir : un t-shirt blanc, se confondant ici avec le corps ultra-viril de Marlon Brando ! Mais c’est bien James Dean qui confère à la pièce toute son impertinence, sa nonchalance… La jeunesse cherchait une icône, Dean l’incarne en 1955 dans le chef d’oeuvre qu’est ‘La Fureur de vivre’ de Nicholas Ray.

Plus insaisissable et moins viril, James Dean transpose à l’écran un raffinement de rien ! Sexy en diable ainsi glissé dans son t-shirt blanc, Dean devient un objet de fantasme cinématographique. Il n’en faut pas plus pour que l’objet devienne un outil de contestation – dénué de tout ornement, le t-shirt blanc signe l’anticonformiste beatnik. En même temps, le voici qui introduit un nouvel érotisme. Mieux, sa dimension universelle le consacre par-delà les genres… Plus tard, Jean Serberg dans ‘A Bout de Souffle’ achève d’en faire la pièce phare d’une génération en quête d’un autre savoir-être. En véritable caméléon, le t-shirt blanc devient alors un manifeste – une pièce de tissu s’accordant à tout à chacun. Incroyablement sexy, la chemise en T en vient à incarner l’allégorie même d’une icône de mode ; de celles adoptées aux quatre coins du monde !

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