À La Rencontre Des Créations De Mark Rothko…
« Je ne m’intéresse qu’à l’expression des émotions humaines fondamentales : la tragédie, l’extase, le destin », déclarait Mark Rothko. Avec ses champs de couleur vibrants, ses formes rectangulaires suspendues, ses surfaces lumineuses et ses compositions monumentales, l’artiste américain a profondément renouvelé notre manière d’envisager la peinture, non plus comme une image à observer, mais comme une expérience physique, émotionnelle et spirituelle.
Creation’Decoding…
Une immersion d’une heure trente, à l’Icon-Icon Gallery, dans l’univers créatif de Mark Rothko, afin de comprendre comment cet artiste majeur du XXe siècle a construit un langage visuel immédiatement reconnaissable. À travers ses œuvres emblématiques, son processus créatif et ses constantes plastiques, ce workshop explore la manière dont Rothko a transformé la couleur, la lumière, l’échelle et l’espace en instruments d’émotion.
Une Approche Expérimentale De La Couleur Et De L’Émotion…
Né Marcus Rothkowitz en 1903 à Dvinsk, dans l’actuelle Lettonie, Mark Rothko émigre avec sa famille aux États-Unis en 1913. Installé à New York, il étudie brièvement à Yale avant de se consacrer à la peinture et de suivre notamment les enseignements de Max Weber à l’Art Students League. Ses premières œuvres sont figuratives : portraits, scènes urbaines, intérieurs, paysages et représentations du métro new-yorkais composent alors son vocabulaire.
Très tôt, Rothko refuse pourtant de considérer la peinture comme une simple imitation du monde visible. Les figures isolées, les architectures fermées et les espaces silencieux de ses premières compositions révèlent déjà son intérêt pour la solitude, la vulnérabilité et la condition humaine. La peinture doit, selon lui, exprimer quelque chose de plus profond que l’apparence des choses.
Dans les années 1940, son travail se transforme au contact de la mythologie, du surréalisme, de la psychanalyse et des écrits de Nietzsche. Les corps et les objets reconnaissables laissent progressivement place à des formes organiques flottantes, à des symboles indéterminés et à des espaces sans perspective traditionnelle. Rothko ne cherche plus à représenter une scène : il veut créer les conditions d’une rencontre émotionnelle directe.
De La Figuration Aux Multiformes…
Le workshop reviendra sur les différentes étapes qui ont conduit Rothko à son langage pictural caractéristique. Ses scènes urbaines des années 1930, ses compositions mythologiques du début des années 1940, puis ses œuvres dites « multiformes » témoignent d’une lente disparition de la figure et du récit.
Dans les multiformes, apparues à partir du milieu des années 1940, des masses colorées irrégulières commencent à se détacher sur des fonds lumineux. Ces formes semblent flotter, se rapprocher, s’éloigner ou entrer en tension les unes avec les autres. La toile ne fonctionne plus comme une fenêtre ouverte sur un monde extérieur, mais comme un espace autonome, animé par la couleur.
À partir de la fin des années 1940, Rothko atteint la structure qui rendra son œuvre mondialement reconnaissable : de vastes rectangles aux contours indécis, disposés verticalement les uns au-dessus des autres. Pourtant, réduire ces tableaux à une formule géométrique serait manquer leur véritable enjeu. Les formes ne sont jamais parfaitement stables. Elles vibrent, respirent et semblent parfois se dissoudre dans la surface qui les entoure.
De Ses Œuvres Majeures À Sa Grammaire Visuelle…
À travers l’analyse de ses œuvres majeures, ce workshop décryptera les grands codes visuels de Mark Rothko : la superposition de couches extrêmement fines, la transparence de la matière, les contours diffus, les rapports de proportion, les intervalles entre les formes et la manière dont la couleur semble émettre sa propre lumière.
Chez Rothko, la couleur n’est jamais décorative. Elle n’est pas choisie pour sa beauté isolée, mais pour les relations qu’elle entretient avec les autres couleurs de la composition. Un rouge peut sembler lumineux, inquiétant ou presque noir selon la teinte qui l’accompagne. Un jaune peut avancer vers le spectateur, tandis qu’un violet paraît l’absorber. Chaque tableau repose sur un équilibre instable entre attraction et retrait, ouverture et enfermement.
Le format vertical joue également un rôle essentiel. Rothko dimensionne souvent ses peintures par rapport au corps humain. Placées relativement près du sol et présentées à faible distance du spectateur, elles cessent d’être de simples objets accrochés au mur. Elles deviennent des présences. Le visiteur n’observe plus seulement la peinture : il entre dans son champ d’action.
La monumentalité n’est donc pas destinée à impressionner par la taille. Elle vise à abolir la distance habituelle entre l’œuvre et celui qui la regarde. Rothko souhaitait que le spectateur se sente enveloppé par la couleur, presque absorbé par elle.
Un Processus Créatif Fondé Sur La Lenteur Et La Superposition…
Nous explorerons également le processus créatif de Rothko et l’extrême précision dissimulée derrière l’apparente simplicité de ses compositions. L’artiste travaille ses surfaces par superpositions successives de pigments dilués, appliqués sur des toiles souvent préparées avec peu d’apprêt. Certaines couches sont frottées, essuyées, reprises ou laissées partiellement visibles.
Cette méthode produit une matière optique complexe. La lumière ne se contente pas de rebondir sur la surface : elle semble traverser les différentes couches de couleur avant de revenir vers le spectateur. Les tableaux paraissent alors changer selon l’éclairage, la distance et le temps passé devant eux.
Les contours de ses rectangles sont construits avec la même attention. Jamais complètement nets, jamais entièrement dissous, ils créent une zone de passage entre la forme et le fond. Cette hésitation donne l’impression que les couleurs respirent ou se déplacent très lentement.
Rothko contrôlait également avec soin les conditions d’exposition de ses œuvres. Il réfléchissait à leur hauteur d’accrochage, à la lumière, à la couleur des murs, à la distance entre les tableaux et à la proximité du spectateur. Son œuvre ne peut donc pas être séparée de l’espace dans lequel elle est présentée.
Des Couleurs Lumineuses Aux Seagram Murals…
Le workshop abordera le changement progressif de palette qui traverse la carrière de Rothko. Les rouges, oranges, jaunes, roses et bleus lumineux de certaines œuvres des années 1950 laissent progressivement place à des tonalités plus sombres : bordeaux, brun, noir, violet et gris.
Cette évolution apparaît avec une force particulière dans les Seagram Murals. En 1958, Rothko reçoit la commande d’un ensemble de peintures destiné au restaurant Four Seasons du Seagram Building, à New York, bâtiment conçu par Ludwig Mies van der Rohe avec Philip Johnson. Il imagine alors une série monumentale dominée par des rouges profonds, des bruns, des noirs et des formes évoquant des ouvertures, des portes ou des architectures condamnées.
Après avoir découvert le caractère luxueux et mondain du restaurant, Rothko renonce finalement à la commande et restitue l’argent reçu. Une partie de ces peintures sera plus tard donnée à la Tate, à Londres, où elles sont présentées dans une salle spécialement consacrée à leur expérience.
Les Seagram Murals marquent une transformation importante. La couleur n’ouvre plus nécessairement vers la lumière : elle peut aussi fermer l’espace, ralentir le regard et produire une sensation d’enfermement. Les rectangles flottants prennent une dimension architecturale. Ils ressemblent à des seuils que l’on ne peut franchir, à des fenêtres obstruées ou à des portes donnant sur une obscurité intérieure.
De La Peinture À L’Architecture : La Rothko Chapel…
Le workshop reviendra également sur la Rothko Chapel, œuvre ultime et projet total de l’artiste. En 1964, les collectionneurs et mécènes Dominique et John de Menil lui commandent un ensemble de peintures destiné à une chapelle non confessionnelle à Houston.
Rothko ne se contente pas de produire des tableaux pour un bâtiment déjà défini. Il intervient dans la conception même de l’espace, réfléchissant à son architecture, à ses proportions, à son plan octogonal et à la lumière naturelle qui doit atteindre les œuvres.
Il réalise quatorze peintures monumentales dominées par le noir, le brun, le violet et le pourpre. Certaines présentent des rectangles noirs aux contours plus affirmés, tandis que d’autres reposent sur de subtiles variations tonales presque imperceptibles. À première vue, ces œuvres peuvent sembler entièrement obscures. Mais une observation prolongée révèle une multitude de profondeurs, de vibrations et de différences de matière.
Dans la Rothko Chapel, la peinture ne représente rien d’extérieur à elle-même. Elle construit un lieu de silence, de confrontation et de contemplation. L’œuvre n’est plus seulement placée dans une architecture : peinture, lumière, bâtiment et corps du spectateur forment une seule expérience.
De La Couleur Lumineuse Aux Black And Gray…
Les dernières années de Rothko sont marquées par un assombrissement et une simplification croissante de sa palette. Dans la série des Black and Gray, réalisée à partir de 1969, la composition se divise souvent horizontalement entre une zone noire et une zone grise, séparées par une ligne plus ou moins nette.
Ces œuvres ont parfois été interprétées uniquement à travers la biographie tragique de l’artiste. Le workshop permettra précisément de dépasser cette lecture trop automatique. Les Black and Gray ne constituent pas seulement l’expression d’un désespoir personnel. Elles poursuivent les recherches de Rothko sur la lumière, les limites de la visibilité, la tension entre deux surfaces et la possibilité de produire une expérience émotionnelle avec des moyens picturaux de plus en plus réduits.
Même dans ses peintures les plus sombres, la couleur ne disparaît jamais totalement. Le noir peut révéler des nuances de brun, de bleu ou de violet. Le gris peut sembler argenté, mat, opaque ou lumineux. Sous leur apparente austérité, ces œuvres demandent au spectateur de ralentir et de regarder ce qui ne se livre pas immédiatement.
Mark Rothko, Des Grandes Institutions Internationales Aux Ventes Records Chez Christie’s…
Le workshop abordera également la présence de Mark Rothko dans les plus grandes institutions internationales, de la National Gallery of Art de Washington au MoMA et au Metropolitan Museum of Art de New York, de la Phillips Collection à la Tate, sans oublier la Rothko Chapel de Houston et la Fondation Louis Vuitton à Paris.
Présentée du 18 octobre 2023 au 2 avril 2024, la grande rétrospective de la Fondation Louis Vuitton a réuni quelque 115 œuvres et retracé l’ensemble de sa carrière, depuis ses premières peintures figuratives jusqu’aux compositions abstraites et aux Black and Gray de ses dernières années. Elle constituait la première rétrospective française consacrée à Rothko depuis celle du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1999.
Son influence se mesure également sur le marché de l’art. En 2012, Orange, Red, Yellow, peint en 1961, avait été adjugé 86,9 millions de dollars chez Christie’s, établissant alors un record mondial pour l’artiste. Le 18 mai 2026, ce record a été dépassé par No. 15 (Two Greens and Red Stripe), une peinture de 1964 provenant de la collection d’Agnes Gund, vendue 98,39 millions de dollars chez Christie’s à New York.
Cette reconnaissance spectaculaire confirme la position singulière de Rothko dans l’histoire de l’art moderne. Son œuvre est devenue immédiatement identifiable, tout en résistant à la reproduction et à la consommation rapide des images. Une photographie peut montrer ses couleurs et sa composition, mais elle ne restitue ni leur échelle, ni leur lumière, ni leur action physique sur le spectateur.
Ce workshop propose ainsi de comprendre pourquoi Mark Rothko demeure une figure essentielle de l’art moderne et de l’expressionnisme abstrait. Son œuvre rappelle que regarder une peinture ne consiste pas nécessairement à identifier un sujet ou à décoder un symbole. Cela peut aussi signifier rester devant une surface, accepter le silence et laisser la couleur modifier lentement notre perception.
Localisation…
À L’Icon-Icon Institute
11 Boulevard Malesherbes
75008 Paris
Code A6183 / Interphone Icon-Icon
Métro Madeleine ou Concorde
À proximité de la Madeleine, du Faubourg Saint-Honoré, de l’avenue Matignon, de la place de la Concorde et de l’Opéra.
En présentiel, les places sont limitées à 15 participants, pour un format volontairement resserré, une expérience dense et interactive, ainsi que des échanges de qualité.
En ligne : si vous êtes hors de Paris ou si votre agenda ne vous permet pas de vous déplacer, le workshop est également accessible à distance, avec les mêmes contenus et supports.
Réservation :
sebastien.girard@icon-icon.com
06 85 30 25 35
Public Concerné…
Cette formation s’adresse aux artistes, aux investisseurs du second marché, aux collectionneurs, aux passionnés d’art et à toutes les personnes curieuses de comprendre la création et le processus créatif d’un artiste.
De ses inspirations à ses influences, de sa technique à sa grammaire visuelle, de ses premières œuvres figuratives à ses compositions monumentales, le workshop propose de décrypter la construction de l’univers de Mark Rothko, la portée émotionnelle de sa peinture et les raisons pour lesquelles son œuvre occupe une place majeure dans l’histoire de l’art et sur le marché international.
Intervenant Et Organisateur De La Formation…
SÉBASTIEN GIRARD est diplômé d’un MBA de l’ESSEC Business School et d’un MBA de l’Institut Français de la Mode. Il est titulaire d’un Postgraduate Certificate in Higher Education et d’une certification Master Black Belt Six Sigma.
Passionné par la création, il développe Icon-Icon autour de trois entités complémentaires : l’Icon-Icon Gallery, l’Icon-Icon Institute et l’Icon-Icon Media. Dans une logique de décryptage de la création, Monsieur Icon-Icon interviewe celles et ceux qui incarnent l’acte créatif : artistes peintres, directeurs artistiques, designers, sculpteurs, parfumeurs, chefs, chefs pâtissiers, chefs de cave et maîtres assembleurs, mais aussi PDG, vice-présidents, directeurs et porte-paroles intervenant sur des sujets liés à la création.
Ces interviews abordent notamment l’identité et la grammaire d’un artiste ou d’une maison, la construction de leurs icônes et les différentes manières dont celles-ci peuvent être réinterprétées et réinventées.
Après quelques années chez Ernst & Young à des postes de Strategy Planning, Sébastien Girard a occupé les fonctions de Directeur Marketing France, puis Europe Middle East and Africa de Motorola, ainsi que de Directeur Marketing Europe pour le Prada Phone.
Il est également l’auteur de « #Instagramming, L’Art De Développer Une Marque De Luxe Sur Instagram ».
Numéro de déclaration d’activité de formateur et organisme de formation : 11 75 71442 75