À La Rencontre Des Créations De Jeff Koons…
« Je crois que l’art vous emmène en dehors de vous-même, au-delà de vous-même », affirme Jeff Koons. Avec ses Balloon Dogs, ses lapins en acier poli, ses aspirateurs sous vitrine, ses porcelaines monumentales, ses fleurs géantes et ses surfaces miroir, l’artiste américain a construit l’un des langages visuels les plus reconnaissables et les plus controversés de l’art contemporain.
Chez Koons, l’œuvre ne cherche pas à dissimuler son lien avec le désir, la consommation, le kitsch, la publicité ou le luxe. Au contraire, elle les expose avec une précision clinique et une brillance presque hypnotique. Ses sculptures ressemblent à des jouets, des bibelots, des objets gonflables ou des souvenirs populaires, mais elles sont produites avec des matériaux nobles, des procédés industriels complexes et une exigence technique extrême.
Creation’Decoding…
Une immersion d’une heure trente, à l’Icon-Icon Gallery, dans l’univers créatif de Jeff Koons, afin de comprendre comment cet artiste majeur de l’art contemporain a transformé les objets ordinaires, les images populaires et les symboles de la culture de masse en œuvres monumentales.
À travers ses œuvres emblématiques, son processus créatif et ses constantes plastiques, ce workshop explore la manière dont Koons a fait dialoguer readymade, culture populaire, artisanat industriel, luxe, sexualité, enfance, publicité, marché de l’art et désir collectif.
Une Approche De L’Objet Entre Readymade Et Séduction…
Né en 1955 à York, en Pennsylvanie, Jeff Koons étudie au Maryland Institute College of Art de Baltimore, puis à la School of the Art Institute of Chicago. Très tôt, il s’intéresse à la manière dont les objets de la vie quotidienne peuvent devenir porteurs de fantasmes, de statut social et de projection personnelle.
Avant de s’imposer dans le monde de l’art, Koons travaille notamment au Museum of Modern Art de New York, où il vend des abonnements, puis dans la finance, comme courtier en matières premières à Wall Street. Cette connaissance directe des mécanismes de vente, de désir et de valeur influencera profondément sa pratique artistique.
Koons s’inscrit dans l’héritage du readymade de Marcel Duchamp, mais il en déplace les enjeux. Là où Duchamp introduisait un objet ordinaire dans le musée pour interroger la définition de l’art, Koons transforme l’objet populaire en surface de séduction absolue.
Ses œuvres ne se contentent pas de présenter des objets trouvés. Elles les agrandissent, les perfectionnent, les polissent, les rendent plus brillants, plus séduisants et parfois plus artificiels que leur modèle original.
L’objet devient alors un miroir du désir social. Il révèle ce que nous aimons, ce que nous consommons, ce que nous voulons posséder et ce que nous refusons parfois d’assumer.
Des Inflatables Aux Premières Vitrines…
Le workshop reviendra sur les premières séries de Jeff Koons, notamment les Inflatables et les Pre-New, qui posent déjà les bases de son vocabulaire.
Dans les années 1970, Koons utilise des objets gonflables en vinyle, souvent posés sur des miroirs. Ces fleurs, lapins ou jouets de piscine semblent légers, colorés et fragiles. Mais leur présentation transforme immédiatement leur statut : l’objet banal devient une présence sculpturale.
Le miroir joue un rôle essentiel. Il reflète l’objet, mais aussi le spectateur. L’œuvre n’existe plus seulement comme chose à regarder : elle inclut celui qui la regarde dans son dispositif.
Avec les séries Pre-New et The New, Koons présente des aspirateurs neufs dans des vitrines éclairées par des tubes fluorescents. Ces appareils domestiques, choisis pour leur état impeccable, sont exposés comme des reliques technologiques.
L’aspirateur, objet de consommation courante, devient un symbole de nouveauté, de propreté, d’efficacité et de promesse commerciale. Pourtant, placé sous vitrine, il ne peut plus remplir sa fonction. Il est suspendu dans un état de désir pur : toujours neuf, toujours disponible, jamais utilisé.
Cette mise en scène révèle l’un des thèmes centraux de Koons : la fascination moderne pour l’objet intact, brillant, désirable et séparé de l’usure du monde.
De L’Équilibre À La Suspension Du Désir…
Le workshop analysera ensuite la série Equilibrium, présentée au milieu des années 1980.
Koons y expose notamment des ballons de basket flottant dans des aquariums remplis d’eau distillée et de solution saline. Les ballons semblent suspendus dans un état d’équilibre parfait, ni au fond, ni à la surface.
Cette image est d’une grande simplicité visuelle, mais elle repose sur une complexité technique importante. Koons collabore avec des scientifiques pour obtenir cette suspension, qui demeure pourtant instable dans le temps.
Le ballon de basket renvoie à la culture populaire américaine, au sport, à l’ascension sociale, au rêve de réussite et à l’image du héros athlétique. Mais une fois placé dans un aquarium, il devient inutilisable, silencieux et presque mélancolique.
L’œuvre évoque un désir maintenu en suspension. Le ballon ne rebondit plus. Il flotte dans une forme d’attente, comme une promesse qui ne se réalise jamais totalement.
Dans cette même série, Koons utilise également des affiches publicitaires mettant en scène des sportifs célèbres. L’athlète devient une image de réussite, de puissance et de projection sociale.
Equilibrium révèle ainsi la manière dont Koons relie les objets à des systèmes de croyance : réussite, virilité, mobilité sociale, perfection physique et consommation.
De Ses Œuvres Majeures À Sa Grammaire Visuelle…
À travers l’analyse de ses œuvres majeures, ce workshop décryptera les grands codes visuels de Jeff Koons : l’agrandissement, la brillance, la surface miroir, l’apparente simplicité, la perfection industrielle, l’emprunt aux objets populaires et la transformation du kitsch en sculpture monumentale.
Chez Koons, l’objet est souvent immédiatement identifiable. Un ballon, un lapin, un chien, un bouquet de fleurs, un cœur, un bibelot en porcelaine ou un jouet gonflable ne nécessitent aucune initiation savante pour être reconnus.
Mais cette accessibilité visuelle dissimule une grande complexité matérielle et conceptuelle. Les œuvres les plus simples en apparence exigent souvent des années de fabrication, des équipes nombreuses et des technologies de production extrêmement précises.
La surface joue un rôle fondamental. Les sculptures en acier inoxydable poli reflètent leur environnement et le spectateur. L’œuvre ne se contente pas d’être regardée : elle renvoie le monde autour d’elle, le déforme légèrement et l’intègre à sa propre présence.
Cette brillance crée une forme de séduction immédiate. Elle attire, rassure, amuse et fascine. Mais elle introduit aussi une question : sommes-nous devant une œuvre critique de la consommation ou devant son accomplissement le plus parfait ?
Koons refuse souvent de trancher. Sa force se situe précisément dans cette ambiguïté. Ses œuvres peuvent être perçues comme une célébration du désir populaire, une critique du fétichisme marchand ou les deux simultanément.
Un Processus Créatif Fondé Sur La Perfection Industrielle…
Nous explorerons également le processus créatif de Jeff Koons et l’organisation extrêmement précise de son atelier.
Koons ne produit pas la plupart de ses œuvres seul, à la main, selon le modèle traditionnel de l’artiste artisan. Il travaille avec des équipes d’assistants, d’ingénieurs, de fondeurs, de peintres, de fabricants, de spécialistes de la pierre, de l’acier, du verre ou de la porcelaine.
Cette délégation ne constitue pas une simple organisation pratique. Elle fait partie de sa conception de l’art. Koons cherche à atteindre une perfection de surface presque impossible, où la trace individuelle du geste disparaît au profit d’un objet qui semble n’avoir jamais été fabriqué.
Les sculptures peuvent nécessiter des années de recherche et de production. Une œuvre apparemment gonflable peut être réalisée en acier inoxydable massif. Un objet qui paraît léger peut peser plusieurs tonnes. Une surface qui semble simple peut exiger d’innombrables corrections.
Le paradoxe est central : Koons imite des objets fragiles, mous, bon marché ou éphémères à travers des matériaux coûteux, durables et techniquement complexes.
L’œuvre fonctionne ainsi comme une illusion matérielle. Elle ressemble à un ballon, mais elle ne peut pas se dégonfler. Elle évoque l’enfance, mais elle appartient aux plus grands collectionneurs. Elle paraît spontanée, mais elle est le résultat d’un contrôle extrême.
De Banality À La Puissance Du Kitsch…
À la fin des années 1980, Jeff Koons développe la série Banality, l’une des plus importantes et des plus controversées de sa carrière.
Il y reprend des figures issues de la culture populaire, des bibelots, des images sentimentales, des objets décoratifs et des références religieuses ou enfantines, qu’il transforme en sculptures monumentales, souvent réalisées en porcelaine ou en bois polychrome.
Michael Jackson and Bubbles, réalisé en porcelaine, représente le chanteur avec son chimpanzé de compagnie dans une posture presque sacrée. L’œuvre associe célébrité, innocence, luxe, fragilité, idolâtrie et artificialité.
La porcelaine, traditionnellement liée aux objets décoratifs précieux, donne à la scène une dimension à la fois kitsch et majestueuse. Michael Jackson devient presque une icône religieuse issue de la culture de masse.
Koons ne cherche pas à se moquer du kitsch de manière distante. Il le prend au sérieux. Il considère que les images populaires, sentimentales ou commerciales révèlent des désirs profonds : tendresse, réussite, pureté, amour, reconnaissance et élévation.
Banality affirme ainsi que le mauvais goût supposé peut devenir un matériau artistique majeur. Ce que la culture savante rejette comme naïf, excessif ou vulgaire devient chez Koons un miroir des émotions collectives.
Made In Heaven : Sexualité, Image Et Scandale…
Le workshop abordera également la série Made in Heaven, réalisée autour de la relation entre Jeff Koons et Ilona Staller, connue sous le nom de Cicciolina, actrice pornographique et femme politique italienne.
La série présente des peintures, photographies et sculptures mettant en scène le couple dans des poses sexuelles explicites, souvent entouré d’un univers visuel très coloré, floral et artificiel.
Made in Heaven provoque un scandale important au début des années 1990. L’œuvre brouille les frontières entre art, pornographie, publicité, performance intime et stratégie médiatique.
Koons affirme vouloir dépasser la honte et proposer une vision d’acceptation totale du désir. Mais la série soulève aussi des questions complexes sur l’exposition de l’intimité, la marchandisation du corps, la célébrité et la mise en scène de soi.
Elle marque un moment de crise dans sa carrière. Après la réception controversée de Made in Heaven, Koons connaît une période plus difficile sur le plan critique et commercial.
Pourtant, cette série reste essentielle pour comprendre son travail. Elle pousse à l’extrême l’un de ses thèmes fondamentaux : transformer le désir en image publique.
Chez Koons, l’intime n’est jamais protégé de la surface sociale. Il devient lui aussi un objet de représentation, de circulation et de consommation.
Celebration : Enfance, Monumentalité Et Acier Miroir…
À partir des années 1990, Jeff Koons développe la série Celebration, qui donnera naissance à certaines de ses œuvres les plus célèbres.
Balloon Dog, Balloon Flower, Hanging Heart, Diamond, Tulips ou encore Balloon Swan reprennent des formes associées à la fête, à l’enfance, aux anniversaires, aux cadeaux et aux objets gonflables.
Ces sculptures semblent légères, joyeuses et immédiatement accessibles. Pourtant, elles sont réalisées en acier inoxydable poli avec des revêtements colorés transparents. Leur apparence fragile est donc une illusion.
Balloon Dog constitue l’un des exemples les plus emblématiques de cette logique. L’œuvre évoque un ballon torsadé par un magicien ou un animateur d’anniversaire. Mais elle devient une sculpture monumentale, lourde, brillante et techniquement irréprochable.
Cette transformation crée un vertige matériel. Ce qui devrait être éphémère devient durable. Ce qui devrait être bon marché devient extrêmement précieux. Ce qui devrait appartenir à l’enfance entre dans les collections des musées et des milliardaires.
La série Celebration repose sur une idée simple mais puissante : les souvenirs populaires, les objets festifs et les signes de bonheur peuvent être agrandis jusqu’à devenir des monuments contemporains.
Koons ne peint pas la fête. Il en fige les symboles à l’échelle de la sculpture historique.
Rabbit : Icône Froide Et Surface De Désir…
Le workshop reviendra sur Rabbit, réalisé en 1986, l’une des œuvres les plus célèbres de Jeff Koons.
Inspirée d’un jouet gonflable, la sculpture est réalisée en acier inoxydable poli. Elle conserve l’apparence d’un objet léger et souple, mais sa matérialité est dure, froide et réfléchissante.
Rabbit condense plusieurs dimensions fondamentales de son travail. Il évoque l’enfance, la sexualité, le cartoon, le fétichisme de l’objet neuf et la tradition du readymade.
La surface miroir efface presque les détails du visage. Le lapin ne regarde pas vraiment le spectateur. Il le reflète. L’œuvre devient ainsi moins un personnage qu’un dispositif de projection.
Rabbit peut sembler amusant, mais aussi étrangement inquiétant. Son absence d’expression, sa brillance parfaite et son immobilité lui donnent une présence presque robotique.
L’œuvre fonctionne comme une icône contemporaine. Elle est immédiatement reconnaissable, reproductible mentalement et pourtant physiquement très rare.
En 2019, Rabbit a été vendu 91,075 millions de dollars chez Christie’s à New York, établissant alors un record pour une œuvre d’un artiste vivant vendue aux enchères. Cette vente a confirmé la place de Koons au cœur du marché international de l’art contemporain.
Puppy Et La Sculpture Vivante…
Jeff Koons ne limite pas son travail aux surfaces métalliques ou aux objets brillants.
En 1992, il réalise Puppy, sculpture monumentale représentant un chien West Highland terrier recouvert de dizaines de milliers de fleurs vivantes.
Présentée notamment devant le Guggenheim Museum Bilbao, l’œuvre associe architecture, horticulture, sculpture monumentale et culture populaire.
Puppy fonctionne comme une image de tendresse à très grande échelle. Le chien, symbole domestique et affectif, devient une présence publique gigantesque, presque protectrice.
Mais contrairement aux sculptures en acier poli, Puppy est vivant. Les fleurs poussent, fanent, sont remplacées et changent selon les saisons. L’œuvre nécessite un entretien constant.
Cette dimension organique introduit une temporalité différente dans le travail de Koons. La perfection n’est plus seulement industrielle. Elle devient horticole, fragile et renouvelable.
Puppy révèle également la capacité de Koons à créer des images immédiatement populaires dans l’espace public. L’œuvre attire un public très large, souvent au-delà du cercle des amateurs d’art contemporain.
Cette accessibilité est l’un des enjeux centraux de son travail : produire des œuvres capables de fonctionner à la fois comme objets théoriques, attractions visuelles et icônes collectives.
De La Publicité À La Culture Du Luxe…
Le workshop analysera également la relation de Jeff Koons à la publicité, au luxe et aux marques.
Koons comprend que les objets ne circulent jamais seulement pour leur fonction. Ils transportent des signes sociaux : statut, désir, enfance, réussite, séduction, innocence ou prestige.
Ses œuvres reprennent souvent les codes de la marchandise idéale. Elles sont brillantes, parfaites, reconnaissables, photogéniques et immédiatement mémorisables.
Mais elles déplacent ces codes dans le champ de l’art, où leur valeur devient spéculative, symbolique et institutionnelle.
Koons a également collaboré avec plusieurs maisons et marques, notamment dans les domaines de la mode, du design et du luxe. Ces collaborations prolongent la question fondamentale de son œuvre : où s’arrête l’art et où commence le produit ?
Plutôt que de protéger l’art de la consommation, Koons l’expose à ses mécanismes. Il montre que le désir esthétique et le désir marchand ne sont pas toujours séparables.
Cette proximité avec le luxe suscite des critiques. Certains y voient une forme d’adhésion complète au capitalisme visuel. D’autres y lisent une analyse lucide de notre rapport aux objets.
La force de Koons consiste à maintenir cette ambiguïté sans la résoudre.
Gazing Ball : Dialoguer Avec L’Histoire De L’Art…
À partir des années 2010, Jeff Koons développe la série Gazing Ball, dans laquelle il associe des répliques de chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art à une sphère bleue réfléchissante.
Ces œuvres reprennent notamment des images inspirées de Manet, Titien, Rubens, Poussin, Le Greco, Courbet ou Van Gogh.
La boule bleue, placée sur ou devant la composition, reflète l’espace environnant et le spectateur. Elle introduit une perturbation contemporaine dans l’image historique.
Koons ne cherche pas seulement à citer les maîtres anciens. Il met en relation leur héritage avec l’expérience actuelle du regard.
Le spectateur se voit littéralement inscrit dans l’histoire de l’art. La surface réfléchissante affirme que l’œuvre n’existe jamais indépendamment de celui qui la regarde.
La série Gazing Ball prolonge également l’intérêt de Koons pour les objets décoratifs populaires. Les boules réfléchissantes utilisées dans les jardins américains deviennent ici des instruments philosophiques.
Elles relient l’histoire savante de la peinture à une culture domestique, populaire et ordinaire.
Antiquity Et La Mémoire Des Images…
La série Antiquity permet à Koons de poursuivre son dialogue avec l’histoire de l’art, mais à travers une logique de superposition.
Il y associe des références à la sculpture antique, à la peinture classique, à l’érotisme, à la publicité et aux images contemporaines.
Les corps antiques, les figures mythologiques et les objets modernes cohabitent dans des compositions saturées.
Koons ne traite pas l’Antiquité comme un modèle pur ou distant. Il la fait entrer dans un flux d’images où passé et présent se mélangent.
Cette méthode correspond à notre manière contemporaine de regarder : les images anciennes, publicitaires, numériques, érotiques, muséales et commerciales circulent souvent sur les mêmes écrans et dans les mêmes mémoires visuelles.
Antiquity montre que Koons ne se limite pas à l’objet populaire. Il s’intéresse aussi à la manière dont toute l’histoire des images peut être consommée, reproduite et réactivée.
Là encore, son travail brouille les hiérarchies : une Vénus antique, une pin-up, une publicité et un jouet peuvent partager un même espace de désir.
Split-Rocker Et L’Architecture Florale…
Le workshop reviendra également sur Split-Rocker, sculpture florale monumentale réalisée à partir de deux moitiés de têtes de jouets pour enfants.
L’œuvre combine une moitié de dinosaure et une moitié de poney à bascule, formant une tête hybride recouverte de fleurs vivantes.
Présentée notamment au château de Versailles en 2008 et au Rockefeller Center en 2014, Split-Rocker associe enfance, hybridation, monumentalité et temporalité organique.
Comme Puppy, l’œuvre nécessite un système horticole complexe. Les plantes ne sont pas un simple revêtement décoratif. Elles constituent la surface vivante de la sculpture.
Split-Rocker montre comment Koons utilise la monumentalité pour transformer des formes issues de l’univers enfantin en architectures publiques.
L’œuvre peut paraître douce, colorée et joyeuse. Mais son caractère hybride introduit aussi une étrangeté. Deux jouets incompatibles fusionnent pour produire une créature nouvelle, à la fois familière et impossible.
Cette tension entre innocence et artificialité traverse une grande partie de son œuvre.
Jeff Koons Et La Question Du Goût…
L’un des enjeux fondamentaux de Jeff Koons est la question du goût.
Son œuvre travaille précisément avec ce que la culture savante a souvent rejeté : le kitsch, le sentimental, le décoratif, le clinquant, le mignon, le pornographique, le commercial et le populaire.
Koons refuse l’idée selon laquelle l’art devrait purifier le regard en l’éloignant des objets ordinaires ou des désirs jugés vulgaires.
Il affirme au contraire que ces goûts populaires méritent d’être regardés, amplifiés et pris au sérieux.
Cette position provoque de fortes réactions. Certains critiques considèrent son œuvre comme froide, cynique ou trop dépendante du marché. D’autres y voient une exploration majeure de la culture contemporaine, de ses désirs et de ses contradictions.
La question n’est pas seulement de savoir si les œuvres de Koons sont belles ou non. Elle est de comprendre pourquoi elles produisent un tel mélange d’attraction, de gêne, d’amusement et de rejet.
Koons place le spectateur face à ses propres hiérarchies esthétiques. Pourquoi un ballon ou un bibelot nous semblent-ils moins légitimes qu’un bronze classique ? Pourquoi la brillance serait-elle moins noble que la patine ? Pourquoi l’enfance, le kitsch ou le désir populaire devraient-ils rester hors du musée ?
Son œuvre ne supprime pas ces questions. Elle les fait scintiller jusqu’à l’inconfort.
Jeff Koons, Des Grandes Institutions Internationales Aux Ventes Records Chez Christie’s…
Le workshop abordera également la présence de Jeff Koons dans les plus grandes institutions internationales, du Museum of Modern Art et du Whitney Museum of American Art à New York au Centre Pompidou, du Guggenheim Museum Bilbao au Palazzo Strozzi de Florence, du Museum of Contemporary Art de Chicago à la Fondation Beyeler.
Son œuvre a fait l’objet de nombreuses expositions majeures consacrées à la manière dont il a redéfini la sculpture contemporaine, la relation entre art et consommation, ainsi que la place de l’objet populaire dans les institutions muséales.
En 2025 et 2026, la Gagosian Gallery de New York a notamment présenté Porcelain Series, une exposition consacrée à des sculptures et peintures nouvelles ou récentes, confirmant la poursuite de son travail autour des matériaux précieux, de l’illusion, de l’érotisme, de l’histoire de l’art et de la séduction des surfaces.
Sa reconnaissance se mesure également sur le marché de l’art. En novembre 2013, Balloon Dog (Orange), issu de la série Celebration, a été vendu 58,4 millions de dollars chez Christie’s à New York.
En mai 2019, Rabbit, réalisé en 1986, a été adjugé 91,075 millions de dollars chez Christie’s à New York, établissant alors le record mondial pour une œuvre d’un artiste vivant vendue aux enchères.
Cette reconnaissance spectaculaire confirme la position singulière de Koons. Son œuvre occupe une place centrale dans les débats sur l’art contemporain, précisément parce qu’elle rend visibles les liens entre désir, luxe, industrie, enfance, sexualité, spéculation et culture populaire.
Mais réduire Jeff Koons à ses records serait manquer la complexité de son projet. Ses œuvres ne sont pas seulement des objets chers, brillants ou spectaculaires. Elles interrogent la manière dont nous attribuons de la valeur aux choses, comment nous construisons nos goûts et pourquoi certains objets nous touchent malgré nous.
Ce workshop propose ainsi de comprendre pourquoi Jeff Koons demeure une figure essentielle et controversée de l’art contemporain. Son œuvre rappelle que l’art ne se situe pas toujours contre la marchandise, le kitsch ou le désir populaire.
Il peut aussi les absorber, les amplifier et les renvoyer au spectateur sous la forme d’un miroir parfaitement poli.
Chez Jeff Koons, créer signifie prendre ce que la société désire déjà, l’agrandir jusqu’au vertige et transformer la surface la plus lisse en piège à questions.
Localisation…
À L’Icon-Icon Institute
11 Boulevard Malesherbes
75008 Paris
Code A6183 / Interphone Icon-Icon
Métro Madeleine ou Concorde
À proximité de la Madeleine, du Faubourg Saint-Honoré, de l’avenue Matignon, de la place de la Concorde et de l’Opéra.
En présentiel, les places sont limitées à 15 participants, pour un format volontairement resserré, une expérience dense et interactive, ainsi que des échanges de qualité.
En ligne : si vous êtes hors de Paris ou si votre agenda ne vous permet pas de vous déplacer, le workshop est également accessible à distance, avec les mêmes contenus et supports.
Réservation :
sebastien.girard@icon-icon.com
06 85 30 25 35
Public Concerné…
Cette formation s’adresse aux artistes, aux investisseurs du second marché, aux collectionneurs, aux communicants, aux professionnels du luxe, aux passionnés d’art contemporain et à toutes les personnes curieuses de comprendre la création et le processus créatif d’un artiste.
De ses inspirations à ses influences, du readymade à la sculpture monumentale, de la culture populaire aux grandes institutions, des Balloon Dogs aux surfaces miroir, le workshop propose de décrypter la construction de l’univers de Jeff Koons et les raisons pour lesquelles son œuvre occupe une place majeure dans l’histoire de l’art contemporain et sur le marché international.
Intervenant Et Organisateur De La Formation…
SÉBASTIEN GIRARD est diplômé d’un MBA de l’ESSEC Business School et d’un MBA de l’Institut Français de la Mode. Il est titulaire d’un Postgraduate Certificate in Higher Education et d’une certification Master Black Belt Six Sigma.
Passionné par la création, il développe Icon-Icon autour de trois entités complémentaires : l’Icon-Icon Gallery, l’Icon-Icon Institute et l’Icon-Icon Media. Dans une logique de décryptage de la création, Monsieur Icon-Icon interviewe celles et ceux qui incarnent l’acte créatif : artistes peintres, directeurs artistiques, designers, sculpteurs, parfumeurs, chefs, chefs pâtissiers, chefs de cave et maîtres assembleurs, mais aussi PDG, vice-présidents, directeurs et porte-paroles intervenant sur des sujets liés à la création.
Ces interviews abordent notamment l’identité et la grammaire d’un artiste ou d’une maison, la construction de leurs icônes et les différentes manières dont celles-ci peuvent être réinterprétées et réinventées.
Après quelques années chez Ernst & Young à des postes de Strategy Planning, Sébastien Girard a occupé les fonctions de Directeur Marketing France, puis Europe Middle East and Africa de Motorola, ainsi que de Directeur Marketing Europe pour le Prada Phone.
Il est également l’auteur de « #Instagramming, L’Art De Développer Une Marque De Luxe Sur Instagram ».
Numéro de déclaration d’activité de formateur et organisme de formation : 11 75 71442 75