À La Rencontre Des Créations De Damien Hirst…
« L’art, c’est la vie, et ça ne peut pas vraiment être autre chose », affirme Damien Hirst. Avec ses animaux conservés dans le formol, ses vitrines médicales, ses armoires de médicaments, ses papillons, ses têtes de mort, ses spin paintings et ses diamants, l’artiste britannique a construit l’un des langages les plus provocateurs, spectaculaires et immédiatement reconnaissables de l’art contemporain.
Chez Hirst, l’œuvre se tient souvent entre attraction et répulsion. Elle séduit par sa précision, sa brillance ou sa beauté formelle, tout en confrontant le spectateur à la mort, à la maladie, à la croyance, au corps, à la peur et à la valeur marchande. Son art agit comme une vitrine clinique : il expose ce que la société tente généralement de tenir à distance.
Creation’Decoding…
Une immersion d’une heure trente, à l’Icon-Icon Gallery, dans l’univers créatif de Damien Hirst, afin de comprendre comment cet artiste majeur de l’art contemporain a transformé la mort, la médecine, la science, la religion, les objets pharmaceutiques et les systèmes de valeur en langage plastique.
À travers ses œuvres emblématiques, son processus créatif et ses constantes formelles, ce workshop explore la manière dont Hirst a fait dialoguer sculpture, installation, peinture, collection, provocation, luxe, marché de l’art et angoisse existentielle.
Une Approche Frontale De La Mort Et Du Désir De Contrôle…
Né en 1965 à Bristol et élevé à Leeds, Damien Hirst se forme à Goldsmiths, à Londres, à la fin des années 1980. Il s’impose très rapidement comme l’une des figures centrales des Young British Artists, génération d’artistes britanniques qui transforme profondément la scène artistique londonienne par son usage de l’installation, de la provocation, de l’objet trouvé, de la culture populaire et des stratégies médiatiques.
En 1988, alors qu’il est encore étudiant, Hirst organise Freeze, exposition collective présentée dans un bâtiment désaffecté des docks de Londres. L’événement devient l’un des moments fondateurs de la scène YBA et révèle déjà l’importance de l’exposition comme geste artistique, social et stratégique.
Très tôt, Hirst comprend que l’art ne se limite pas à la fabrication d’objets. Il repose aussi sur la mise en scène, le choc, la communication, la circulation du récit et la construction d’un système de visibilité.
Son œuvre se développe autour d’une question centrale : comment regarder ce que nous savons tous, mais que nous refusons de penser pleinement ? La mort, la maladie, la décomposition, la foi, la valeur de l’argent, la fragilité du corps et la promesse de guérison deviennent les matériaux d’une esthétique aussi froide que spectaculaire.
De Goldsmiths Aux Young British Artists…
Le workshop reviendra sur le contexte artistique dans lequel Damien Hirst apparaît. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, Londres devient le théâtre d’une nouvelle scène artistique, plus directe, plus médiatique et souvent plus abrasive que les générations précédentes.
Les Young British Artists utilisent des matériaux non traditionnels, des objets quotidiens, des animaux, des déchets, des vitrines, des photographies et des dispositifs immersifs. Ils refusent l’idée selon laquelle l’art contemporain devrait rester discret, hermétique ou protégé de la culture populaire.
Hirst s’impose rapidement comme l’une des figures les plus visibles de ce mouvement. Son travail attire autant les collectionneurs que les critiques, les journalistes et le grand public.
Cette visibilité est essentielle. Hirst ne crée pas seulement des œuvres : il crée des situations dans lesquelles l’œuvre devient un événement.
Le scandale, la fascination, la répulsion et la spéculation font partie de la réception de son travail. Chez lui, l’art contemporain apparaît comme un théâtre où se confrontent croyance, argent, mort et désir de spectacle.
Des Medicine Cabinets Aux Vitrines Cliniques…
Le workshop abordera les premières séries de Damien Hirst consacrées à la médecine et aux médicaments.
Les Medicine Cabinets présentent des armoires remplies de boîtes pharmaceutiques, de flacons, de comprimés et de produits médicaux. Ces objets sont soigneusement alignés, classés et exposés derrière des surfaces vitrées.
À première vue, ces œuvres peuvent sembler froides, ordonnées et presque minimalistes. Pourtant, elles mettent en scène notre rapport anxieux à la guérison, à la maladie et au contrôle du corps.
Le médicament promet la survie, la réparation, la performance ou l’apaisement. Mais il rappelle simultanément la possibilité de la douleur, de la dépendance, de l’échec thérapeutique et de la mort.
Hirst transforme ainsi la pharmacie en autel contemporain. Les pilules remplacent les reliques. Les boîtes deviennent des objets de foi moderne. La médecine apparaît comme l’un des grands systèmes de croyance de notre époque.
La vitrine joue ici un rôle fondamental. Elle protège, expose, classe et sépare. Elle donne aux objets une aura muséale tout en conservant leur caractère utilitaire.
Chez Hirst, la vitrine n’est jamais neutre. Elle transforme ce qui est montré en preuve, en archive, en marchandise et en relique.
A Thousand Years : La Vie Comme Système Fermé…
Le workshop reviendra sur A Thousand Years, réalisée en 1990, l’une des œuvres fondatrices de Damien Hirst.
L’installation se compose d’une vitrine divisée en deux compartiments. D’un côté, des asticots naissent et deviennent des mouches. De l’autre, une tête de vache en décomposition attire ces insectes, tandis qu’un dispositif électrique les tue.
L’œuvre expose un cycle de vie et de mort dans un espace fermé, presque expérimental. Naissance, nourriture, reproduction, attraction, destruction et décomposition se déroulent sous les yeux du spectateur.
A Thousand Years fonctionne comme une vanité contemporaine. Elle ne représente pas symboliquement la mort à travers un crâne peint, une fleur fanée ou une bougie éteinte. Elle met en présence un processus réel.
Le spectateur ne contemple pas une image de la mortalité. Il regarde la mortalité agir.
La précision de la vitrine renforce la violence du dispositif. L’œuvre ressemble à une expérience scientifique, mais son sujet est métaphysique. Elle réduit l’existence à un système biologique tout en posant une question vertigineuse : que reste-t-il du sens lorsque la vie est observée comme un mécanisme ?
De Ses Œuvres Majeures À Sa Grammaire Visuelle…
À travers l’analyse de ses œuvres majeures, ce workshop décryptera les grands codes visuels de Damien Hirst : la vitrine, le formol, l’alignement, la répétition, la classification, la couleur pharmaceutique, la symétrie, l’animal naturalisé, la brillance et la tension entre beauté et menace.
Chez Hirst, l’ordre visuel est souvent impeccable. Les médicaments sont rangés, les instruments sont classés, les papillons sont organisés, les points de couleur sont répartis avec méthode, les vitrines sont nettes et les surfaces semblent contrôlées.
Mais cet ordre recouvre toujours une inquiétude. Il tente de contenir la mort, le chaos, le hasard, la décomposition ou la douleur.
La répétition joue également un rôle essentiel. Les comprimés, les points, les papillons, les scalpels, les cigarettes, les diamants ou les poissons peuvent apparaître en série. Chaque élément semble interchangeable, mais leur accumulation produit une présence presque obsessionnelle.
Hirst travaille ainsi comme un collectionneur, un pharmacien, un taxonomiste, un entrepreneur et un metteur en scène. Il organise des objets qui semblent promettre un sens, tout en révélant l’impossibilité de maîtriser totalement ce qu’ils désignent.
Un Processus Créatif Fondé Sur La Série Et La Production…
Nous explorerons également le processus créatif de Damien Hirst et sa manière de penser l’œuvre comme système.
Comme Warhol ou Koons, Hirst remet en question l’idée de l’artiste produisant seul, de sa main, chaque œuvre. Il travaille avec des assistants, des ateliers, des fabricants, des techniciens, des biologistes, des conservateurs, des fondeurs, des peintres et des spécialistes de matériaux.
Cette organisation n’est pas une simple solution pratique. Elle correspond à sa conception de l’art comme production, classification, protocole et dispositif.
Certaines séries reposent sur des règles strictes : format, couleur, alignement, répétition, classement alphabétique ou logique pharmaceutique. D’autres se construisent autour d’objets réels et de matériaux biologiques exigeant des procédures techniques précises.
Hirst produit ainsi des œuvres qui paraissent froides, presque industrielles, mais qui traitent des sujets les plus archaïques : mort, foi, peur, désir, beauté, sacrifice, valeur et immortalité.
Cette tension entre méthode et angoisse constitue l’une des forces de son travail. Plus l’œuvre semble contrôlée, plus elle révèle ce qui échappe au contrôle.
The Physical Impossibility Of Death In The Mind Of Someone Living…
Le workshop consacrera une place essentielle à The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, réalisée en 1991.
L’œuvre présente un requin-tigre conservé dans du formol, suspendu dans une grande vitrine. Le titre, d’une précision presque philosophique, énonce l’impossibilité de penser réellement sa propre mort.
Le requin est à la fois animal, sculpture, relique, menace et image spectaculaire. Sa présence est physique, mais aussi profondément mentale. Le spectateur sait que l’animal est mort, mais sa forme demeure chargée d’une puissance prédatrice.
L’œuvre agit par contradiction. Elle expose la mort, mais sous la forme d’un corps qui semble encore capable d’attaquer. Elle immobilise un animal associé à la vitesse, à la violence et à la peur. Elle transforme une rencontre impossible en expérience muséale.
Le formol permet de suspendre la décomposition, mais non de supprimer la mort. Il produit une illusion de présence, une conservation instable, une tentative chimique contre le temps.
Cette œuvre est devenue l’une des icônes de l’art contemporain des années 1990. Elle incarne à la fois la puissance de choc de Hirst, son goût pour les titres conceptuels et sa capacité à transformer une image simple en question existentielle.
Des Animaux Dans Le Formol À La Question Du Sacrifice…
Après le requin, Hirst développe plusieurs œuvres utilisant des animaux conservés dans le formol : moutons, vaches, veaux, poissons, cochons ou fragments anatomiques.
Mother and Child Divided, réalisée en 1993, présente une vache et son veau coupés en deux dans des vitrines séparées. Le spectateur peut circuler entre les moitiés des corps et observer leur intérieur.
L’œuvre évoque à la fois la science, l’abattoir, la maternité, la violence et la religion. Le titre introduit une dimension affective et biblique qui contraste avec la froideur du dispositif.
Le corps animal devient un moyen de penser la séparation, la vulnérabilité et la brutalité de notre rapport au vivant.
Hirst est souvent critiqué pour l’utilisation d’animaux morts dans ses œuvres. Ces critiques font partie intégrante de la réception de son travail. Elles interrogent les limites entre art, spectacle, cruauté, science et consommation.
L’artiste met le spectateur face à une contradiction. La société accepte massivement l’abattage, la consommation de viande, l’expérimentation et l’exploitation animale, mais s’indigne lorsque ces réalités sont déplacées dans l’espace muséal.
Hirst ne résout pas cette contradiction. Il la place sous vitrine.
Les Papillons : Beauté, Mort Et Métamorphose…
Le workshop abordera également la place des papillons dans l’œuvre de Damien Hirst.
Depuis les années 1990, l’artiste utilise des ailes de papillons dans des compositions extrêmement colorées, souvent organisées comme des vitraux, des mandalas ou des motifs religieux.
Le papillon est un symbole ancien de transformation, de beauté, de fragilité et d’âme. Chez Hirst, il devient également un matériau réel, pris entre fascination décorative et violence silencieuse.
Les Butterfly Paintings peuvent sembler immédiatement séduisantes. Leurs couleurs, leur symétrie et leur éclat créent une impression de splendeur presque spirituelle. Mais cette beauté repose sur la mort de l’animal.
La tension est donc fondamentale. Ce qui attire le regard est aussi ce qui met mal à l’aise.
Hirst utilise cette contradiction pour interroger la manière dont nous consommons la beauté. L’aile de papillon devient un pigment, un motif, une relique et une trace de vie interrompue.
Dans certaines installations, des papillons vivants naissent, volent, se nourrissent puis meurent au sein de l’espace d’exposition. Le cycle biologique devient partie intégrante de l’œuvre.
Là encore, Hirst ne représente pas la mort. Il la laisse se produire.
Des Spot Paintings À La Peinture Comme Système…
Les Spot Paintings constituent l’une des séries les plus reconnaissables de Damien Hirst.
Composées de points de couleur alignés selon une grille régulière, ces œuvres semblent au premier regard abstraites, décoratives et presque joyeuses.
Pourtant, la série est liée à l’univers pharmaceutique. De nombreux titres font référence à des substances chimiques, médicaments ou composés scientifiques.
Les points peuvent évoquer des pilules, des molécules, des échantillons, des unités de couleur ou des éléments standardisés.
Hirst retire de la peinture une grande partie de l’expressivité traditionnelle. Les points sont souvent réalisés par des assistants selon des règles précises. La main individuelle disparaît derrière le système.
Chaque couleur est généralement utilisée une seule fois dans une même composition, ce qui crée une impression d’ordre, de variété et de contrôle.
Les Spot Paintings posent ainsi plusieurs questions : qu’est-ce qu’une peinture lorsqu’elle peut être produite par un protocole ? Où se situe l’auteur lorsque l’exécution est déléguée ? Une œuvre peut-elle être à la fois froide, industrielle et séduisante ?
Chez Hirst, la peinture devient moins l’expression d’un moi intérieur qu’un dispositif de classification. La couleur est administrée comme un médicament visuel.
Les Spin Paintings Et Le Hasard Contrôlé…
À côté des Spot Paintings, les Spin Paintings développent une autre relation à la peinture.
Ces œuvres sont réalisées en versant de la peinture sur une toile en rotation. La force centrifuge disperse les couleurs en motifs rayonnants, imprévisibles et dynamiques.
La série renvoie aux loisirs populaires, aux attractions foraines et aux dispositifs créatifs accessibles aux enfants. Elle évoque une forme de plaisir immédiat, presque régressif.
Pourtant, Hirst l’intègre à un système artistique contrôlé, titré, exposé et collectionné.
Les Spin Paintings introduisent le hasard dans son œuvre, mais un hasard encadré par une machine. La composition ne vient pas d’un geste pictural expressif, mais d’un processus mécanique.
La peinture devient événement, projection, explosion et trace d’un mouvement.
Cette série permet de comprendre l’une des tensions centrales chez Hirst : il alterne constamment entre contrôle clinique et abandon spectaculaire. D’un côté, les vitrines, les grilles et les classements. De l’autre, la rotation, l’éclatement, l’accident et la couleur.
Pharmacy : La Médecine Comme Temple Contemporain…
Le workshop reviendra sur Pharmacy, installation créée au début des années 1990.
L’œuvre reconstitue un espace pharmaceutique, avec armoires, flacons, boîtes de médicaments, comptoirs, instruments et dispositifs lumineux.
La pharmacie apparaît comme un lieu de rationalité, de promesse et de croyance. Elle offre des solutions, des noms scientifiques, des couleurs codées et des emballages rassurants.
Mais en transformant cet espace en installation artistique, Hirst révèle sa dimension presque religieuse.
Le médicament devient une hostie moderne. Le pharmacien devient un intermédiaire entre peur et guérison. L’étiquette devient un langage sacré que le consommateur ne comprend pas toujours, mais auquel il fait confiance.
Pharmacy expose ainsi le désir contemporain d’être sauvé par la science, la chimie, l’achat et le protocole.
Ce n’est pas une critique simple de la médecine. C’est une mise en scène de notre besoin de croire en quelque chose face à la vulnérabilité du corps.
For The Love Of God : Le Crâne, Les Diamants Et La Vanité Absolue…
En 2007, Damien Hirst présente For the Love of God, l’une de ses œuvres les plus célèbres et les plus controversées.
L’œuvre consiste en un moulage en platine d’un crâne humain du XVIIIe siècle, recouvert de milliers de diamants, avec de véritables dents humaines.
Elle reprend la tradition ancienne de la vanité, dans laquelle le crâne rappelle la mortalité, la fragilité de la vie et l’inutilité des richesses face à la mort.
Mais Hirst pousse cette logique jusqu’à l’excès. Le crâne n’est pas pauvre, sombre ou silencieux. Il est brillant, luxueux, presque obscène dans sa valeur matérielle.
For the Love of God transforme la mort en bijou, en icône de luxe et en objet de spéculation.
L’œuvre pose alors une question brutale : que devient la vanité lorsque la mort elle-même est recouverte de diamants ?
Le titre ajoute une dimension ambiguë, à la fois religieuse, affective et exaspérée. L’expression peut être entendue comme une prière, une injonction ou un cri d’incrédulité.
Avec cette œuvre, Hirst condense plusieurs de ses obsessions : mort, valeur, foi, matérialisme, beauté, provocation et marché.
Le crâne ne dit plus seulement « souviens-toi que tu vas mourir ». Il semble ajouter : souviens-toi aussi que tout peut être vendu.
Beautiful Inside My Head Forever Et Le Marché Comme Performance…
Le workshop analysera également la vente Beautiful Inside My Head Forever, organisée chez Sotheby’s à Londres en septembre 2008.
Damien Hirst y propose directement plus de deux cents œuvres aux enchères, contournant le système traditionnel des galeries.
L’événement devient immédiatement historique. La vente atteint environ 111 millions de livres sterling, un résultat spectaculaire pour une vente consacrée à un artiste vivant.
Mais l’événement est aussi symbolique. Il transforme le marché de l’art en médium visible de l’œuvre.
Hirst ne subit pas seulement les mécanismes de la spéculation. Il les met en scène, les accélère et les utilise comme un dispositif artistique.
Cette vente soulève de nombreuses questions. Un artiste peut-il court-circuiter ses propres galeries ? Le prix fait-il partie de l’œuvre ? Le spectacle économique peut-il devenir une performance ?
Beautiful Inside My Head Forever demeure l’un des gestes les plus radicaux de Hirst dans son rapport au marché.
Elle confirme que chez lui, l’art ne se limite pas aux objets exposés. Il inclut les systèmes de vente, les récits médiatiques, les collectionneurs, les enchères et la construction publique de la valeur.
Treasures From The Wreck Of The Unbelievable…
En 2017, Damien Hirst présente Treasures from the Wreck of the Unbelievable à Venise, entre le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana.
L’exposition raconte la découverte fictive d’un trésor antique englouti, attribué à un ancien esclave devenu collectionneur.
Sculptures monumentales, objets pseudo-archéologiques, créatures mythologiques, références à l’Antiquité, figures divines, icônes contemporaines et vidéos sous-marines composent une immense fiction muséale.
Hirst y brouille les frontières entre archéologie, mythe, spectacle, cinéma, musée, collection et mensonge.
Le visiteur se trouve face à des objets présentés comme des vestiges, mais dont l’artificialité devient progressivement évidente. Mickey Mouse, Rihanna, des figures égyptiennes, des divinités et des monstres marins cohabitent dans une même narration.
L’exposition interroge la croyance muséale. Pourquoi faisons-nous confiance aux vitrines, aux cartels, aux récits d’origine et aux dispositifs institutionnels ?
Treasures from the Wreck of the Unbelievable fonctionne comme une fable sur la manière dont les musées produisent du vrai, même lorsqu’ils exposent des fictions.
Elle constitue aussi l’un des projets les plus démesurés de Hirst, poussant au maximum son goût pour la production monumentale, le luxe matériel et l’ambiguïté entre sincérité et imposture.
Cherry Blossoms Et Le Retour À La Peinture…
Le workshop abordera également les Cherry Blossoms, série de peintures présentée notamment à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris en 2021.
Avec ces œuvres, Hirst revient à une peinture plus gestuelle, colorée et apparemment joyeuse. Les toiles représentent des branches de cerisiers en fleurs, motif chargé d’une longue tradition picturale et poétique.
Les Cherry Blossoms peuvent surprendre par leur douceur apparente. Après les requins, les vitrines, les crânes et les cadavres, Hirst semble se tourner vers la floraison, la couleur et le plaisir de peindre.
Mais le motif reste lié à la fragilité du vivant. La fleur de cerisier est un symbole d’éphémère, de beauté brève et de disparition imminente.
Là encore, la beauté n’est pas séparée de la mort. Elle en constitue une forme plus lumineuse.
La série permet également de nuancer l’image d’un Hirst uniquement conceptuel ou industriel. Elle rappelle que la peinture, la couleur et le geste continuent de jouer un rôle important dans son œuvre.
Le motif floral devient un autre moyen de penser la vanité : non plus par le crâne ou l’animal conservé, mais par l’éclat fragile d’une floraison.
The Currency Et L’Œuvre Comme Choix…
En 2021, Damien Hirst lance The Currency, projet composé de 10 000 œuvres physiques sur papier associées à des NFT.
Les collectionneurs doivent ensuite choisir entre conserver le NFT ou garder l’œuvre physique. Lorsqu’une version est choisie, l’autre doit être détruite.
Ce projet transpose dans le monde numérique certaines des questions centrales de Hirst : valeur, original, copie, croyance, marché, destruction et spéculation.
L’œuvre n’est plus seulement un objet. Elle devient une décision.
Le collectionneur participe au destin matériel de l’œuvre. Il doit choisir entre la présence physique du papier et la valeur numérique du jeton.
Avec The Currency, Hirst met en scène l’un des grands débats contemporains sur l’art : qu’est-ce qui fait la valeur d’une œuvre à l’ère de la blockchain, de la reproduction numérique et des marchés spéculatifs ?
Le projet prolonge la logique de Beautiful Inside My Head Forever. Hirst ne se contente pas d’entrer dans un nouveau marché. Il transforme les mécanismes de ce marché en sujet artistique.
Damien Hirst, Des Grandes Institutions Internationales Aux Expositions De 2026…
Le workshop abordera également la présence de Damien Hirst dans les grandes institutions internationales, de la Tate Modern à la Fondation Cartier, de la Royal Academy of Arts au Palazzo Grassi, de la Punta della Dogana à la Newport Street Gallery, fondée par l’artiste lui-même à Londres.
Son œuvre a fait l’objet d’expositions majeures consacrées à sa manière de repenser la sculpture, la peinture, l’installation, la collection, la valeur et le rapport contemporain à la mort.
En 2025 et 2026, la Newport Street Gallery présente Triple Trouble, exposition réunissant de nouvelles œuvres liées à son travail récent autour de la peinture, de la répétition et des variations formelles. En 2026, le National Museum of Modern and Contemporary Art de Séoul consacre également une exposition à Damien Hirst, incluant plusieurs œuvres majeures telles que A Thousand Years et The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living.
Sa reconnaissance se mesure également sur le marché de l’art. En 2008, Beautiful Inside My Head Forever atteint environ 111 millions de livres sterling chez Sotheby’s, faisant de cette vente directe un moment majeur dans l’histoire du marché contemporain.
Mais réduire Damien Hirst à ses records, à ses scandales ou à ses provocations serait passer à côté de la cohérence profonde de son œuvre. Depuis ses débuts, il interroge une même contradiction : nous savons que nous sommes mortels, mais nous organisons nos vies comme si cette pensée était impossible à supporter.
Ses vitrines, ses médicaments, ses animaux, ses papillons, ses crânes et ses diamants sont autant de réponses visuelles à cette impossibilité.
Ce workshop propose ainsi de comprendre pourquoi Damien Hirst demeure une figure essentielle et controversée de l’art contemporain. Son œuvre rappelle que l’art ne sert pas toujours à consoler, embellir ou expliquer.
Il peut aussi montrer ce que nous évitons, conserver ce qui devrait disparaître et transformer la mort elle-même en objet de fascination.
Chez Damien Hirst, créer signifie ouvrir la vitrine, regarder le corps, nommer la peur et demander ce que vaut une vie lorsque tout, même la mort, peut devenir image, objet et marché.
Localisation…
À L’Icon-Icon Institute
11 Boulevard Malesherbes
75008 Paris
Code A6183 / Interphone Icon-Icon
Métro Madeleine ou Concorde
À proximité de la Madeleine, du Faubourg Saint-Honoré, de l’avenue Matignon, de la place de la Concorde et de l’Opéra.
En présentiel, les places sont limitées à 15 participants, pour un format volontairement resserré, une expérience dense et interactive, ainsi que des échanges de qualité.
En ligne : si vous êtes hors de Paris ou si votre agenda ne vous permet pas de vous déplacer, le workshop est également accessible à distance, avec les mêmes contenus et supports.
Réservation :
sebastien.girard@icon-icon.com
06 85 30 25 35
Public Concerné…
Cette formation s’adresse aux artistes, aux investisseurs du second marché, aux collectionneurs, aux communicants, aux professionnels du luxe, aux passionnés d’art contemporain et à toutes les personnes curieuses de comprendre la création et le processus créatif d’un artiste.
De ses inspirations à ses influences, des vitrines médicales aux animaux dans le formol, des Spot Paintings aux papillons, du crâne en diamants aux grandes installations, le workshop propose de décrypter la construction de l’univers de Damien Hirst et les raisons pour lesquelles son œuvre occupe une place majeure dans l’histoire de l’art contemporain et sur le marché international.
Intervenant Et Organisateur De La Formation…
SÉBASTIEN GIRARD est diplômé d’un MBA de l’ESSEC Business School et d’un MBA de l’Institut Français de la Mode. Il est titulaire d’un Postgraduate Certificate in Higher Education et d’une certification Master Black Belt Six Sigma.
Passionné par la création, il développe Icon-Icon autour de trois entités complémentaires : l’Icon-Icon Gallery, l’Icon-Icon Institute et l’Icon-Icon Media. Dans une logique de décryptage de la création, Monsieur Icon-Icon interviewe celles et ceux qui incarnent l’acte créatif : artistes peintres, directeurs artistiques, designers, sculpteurs, parfumeurs, chefs, chefs pâtissiers, chefs de cave et maîtres assembleurs, mais aussi PDG, vice-présidents, directeurs et porte-paroles intervenant sur des sujets liés à la création.
Ces interviews abordent notamment l’identité et la grammaire d’un artiste ou d’une maison, la construction de leurs icônes et les différentes manières dont celles-ci peuvent être réinterprétées et réinventées.
Après quelques années chez Ernst & Young à des postes de Strategy Planning, Sébastien Girard a occupé les fonctions de Directeur Marketing France, puis Europe Middle East and Africa de Motorola, ainsi que de Directeur Marketing Europe pour le Prada Phone.
Il est également l’auteur de « #Instagramming, L’Art De Développer Une Marque De Luxe Sur Instagram ».
Numéro de déclaration d’activité de formateur et organisme de formation : 11 75 71442 75