Un sac peut se regarder comme une silhouette. Le Diane L20 Oculus de Joseph Duclos invite aussi à regarder à travers sa matière. Sous la direction artistique de Ramesh Nair, ce modèle transforme une ouverture architecturale en principe de création. Le cuir devient une surface rythmée de cercles, le métal souligne la construction, la couleur apparaît en profondeur. Derrière cet objet contemporain se découvre une histoire moins connue : celle d’une manufacture de Lectoure dont la reconnaissance royale remonte à 1754.
Joseph Duclos, Une Histoire De Cuir Avant Une Histoire De Sacs
Qui était Joseph Duclos ? Né en 1719, Joseph Duclos de Bouillas était un négociant. À Lectoure, dans le Gers, il fait construire une tannerie pensée avec l’architecte Pierre Racine de Rocheville. En 1754, Louis XV lui accorde les lettres patentes qui distinguent l’établissement comme Manufacture Royale. Cette origine compte : le patrimoine auquel se réfère la maison est d’abord celui du travail de la peau, des procédés de transformation et de la qualité de la matière.
La distinction entre manufacture de cuir et maison de maroquinerie éclaire le projet actuel. Il ne s’agit pas de reproduire une collection de sacs du XVIIIe siècle. L’héritage se situe en amont de l’objet, dans une exigence de fabrication et dans un univers culturel. Pour un créateur, cette situation ouvre un espace singulier : imaginer des formes nouvelles à partir d’une mémoire matérielle, plutôt que reprendre un modèle ancien dont il suffirait de modifier les dimensions ou la couleur.
En 2021, Franck Dahan fait renaître le nom de Joseph Duclos et confie la création à Ramesh Nair. Le designer, passé par Hermès et Moynat, développe un vocabulaire où les références historiques deviennent des détails que l’on peut toucher et utiliser. L’ambition prend alors une forme concrète : donner à cette histoire un langage de maroquinerie identifiable. Le Diane en constitue l’une des expressions les plus reconnaissables, avec son rabat dessiné, sa poignée et sa fermeture à l’allure de bijou.
Ramesh Nair, L’Héritage Comme Matière De Création
Dans un entretien accordé à Vogue India lors du lancement de la maison, Ramesh Nair expliquait avoir étudié les objets auxquels les cuirs de l’époque pouvaient être destinés. Bourses, accessoires de cavalerie et étuis de dépêches composent ce répertoire. Ce sont des objets pratiques, mais aussi porteurs de signes : leur fermeture protège, leur décor identifie, leurs proportions répondent à un usage. Le créateur retrouve dans cette double fonction une manière de penser le sac contemporain.
La fermeture du Diane illustre cette lecture. Son inspiration rejoint la fourragère des vêtements d’apparat, tandis que les lettres patentes nourrissent le décor gravé de son cadre métallique. L’ornement ne vient donc pas simplement habiller une forme neutre. Il contribue à la reconnaître. Sur une silhouette relativement compacte, le contraste entre la souplesse visuelle du rabat et la précision de la parure donne au regard un point d’arrêt. C’est là que se construit un code de maison.

Diane L20 Oculus : L’Architecture Entre Dans Le Cuir
Avec l’Oculus, ce vocabulaire rencontre une nouvelle géométrie. L’oculus désigne une ouverture circulaire, familière de l’architecture monumentale. Joseph Duclos cite notamment Versailles et les Panthéons de Paris et de Rome pour situer cette inspiration. Transposée au sac, elle devient une série de cercles de différentes tailles, découpés dans le cuir. La façade ne se lit plus comme un panneau continu : elle ménage des ouvertures, des intervalles et des contrastes.
Le déplacement est intéressant parce qu’il conserve la silhouette du Diane tout en changeant sa perception. Le rabat reste un repère, la fermeture garde sa présence, mais la surface prend un autre rythme. Certains cercles attirent immédiatement le regard ; d’autres demandent de s’approcher. Leur répartition fait circuler l’œil entre la matière extérieure et ce qui apparaît derrière elle. Le motif existe ainsi autant par les vides que par le cuir qui les entoure.
Dans la version Marron Glacé présentée par la maison, le cuir Tempo offre une base mate aux nuances retenues. Les ouvertures laissent apparaître un fond rouge ; une pochette jaune amovible complète l’intérieur. Ce dialogue de couleurs donne de la profondeur au dessin. Le brun stabilise l’ensemble, le rouge souligne les percées, le jaune introduit un éclat plus vif. La lumière devient une idée de composition autant qu’un phénomène que l’objet donne à observer.

Une Petite Architecture À Porter
Le format L20 mesure vingt centimètres de largeur, quinze de hauteur et huit de profondeur. Cette échelle ramène l’ambition architecturale à un objet qui accompagne le corps. Il faut alors apprécier le sac de face, mais aussi de trois quarts : le cadre métallique, la poignée et l’épaisseur du volume participent à sa lecture. Une vue unique en aplat ne suffit pas à raconter la relation entre les percées et la construction qui les accueille.
Le cuir Tempo est un veau pleine fleur dont la finition fait apparaître de fines lignes croisées. Selon Joseph Duclos, il développe avec l’usage une patine discrète et une légère brillance. Cette évolution rejoint un autre enjeu du dessin : créer un objet qui ne soit pas épuisé par sa première image. La couleur, la surface et les traces d’usage pourront modifier la façon dont on le regarde, alors que ses proportions et ses signes demeureront reconnaissables.
De La Source Diane À Une Signature Contemporaine
Le nom Diane ramène enfin à Lectoure. La source qui porte ce nom alimentait historiquement la tannerie Joseph Duclos ; elle fournit à la collection une origine géographique précise. L’eau, le cuir et l’architecture appartiennent ainsi à une même histoire, avant de devenir des références de création. Cette continuité évite de réduire le patrimoine à une date imprimée sur un objet. Elle permet de comprendre pourquoi certains noms, certaines formes et certains matériaux se répondent.
Le Diane L20 Oculus propose une lecture particulièrement claire de cette démarche. Sa nouveauté ne repose pas sur l’effacement des codes du Diane, mais sur leur mise en relation avec un autre signe : le cercle ouvert. Le sac reste identifiable tout en donnant une place nouvelle au contraste et à la profondeur. Chez Joseph Duclos, Ramesh Nair fait ainsi de la mémoire de manufacture un point de départ. Le cuir porte l’histoire ; le dessin lui donne une présence actuelle.
À découvrir sur le site de Joseph Duclos et dans la boutique du 54, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris.

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