Paris, juillet 2025. La haute couture s’est réinventée en rituel. Moins une démonstration de luxe qu’une exploration de la matière et du sacré. Cet été, cinq maisons ont affirmé des visions radicales, dessinant un nouvel alphabet de l’extrême.
Chanel : le dernier salut avant l’ère Blazy
Au Grand Palais, Chanel a signé un chapitre final avant le passage de relais à Matthieu Blazy. Une collection en forme d’ultime révérence : tweeds mohair, robes aériennes, volumes feutrés. Ici, pas de grand fracas, mais une élégance presque silencieuse. Chaque silhouette semblait figée dans un souffle nostalgique, évoquant un été normand ou un jardin anglais sous la pluie. Chanel s’est offert une sortie subtile, épurée, fidèle à son ADN — une ponctuation élégante avant le saut vers l’inconnu.

Iris van Herpen : couture vivante, techno-organique
Chez Iris van Herpen, la mode cesse d’être vêtement pour devenir organisme. Une robe saturée d’algues bioluminescentes, des textures en mouvement permanent, comme des battements sous la peau. La créatrice néerlandaise continue d’explorer le corps comme territoire hybride, à la frontière du liquide et du lumineux. Chaque pièce semblait respirer, presque gémir, transformant le défilé en écosystème immersif. La couture s’illumine, s’éteint, vit et meurt. Une proposition futuriste qui brouille les frontières entre mode, science et poésie.

Margiela par Glenn Martens : la procession baroque
Au Centquatre, Glenn Martens a transformé Margiela en fête spectrale. Masques en organza, corsets sculptés comme des architectures gothiques, brocarts aux allures liturgiques : le tout baigne dans une atmosphère gothique et décadente. La silhouette surgit, tremblée, presque spectrale. Martens signe une haute couture ritualisée, théâtrale, où chaque apparition devient un acte de vanité joyeuse et baroque. Margiela ne défile pas, il hante.

Balenciaga : l’adieu fantôme de Demna
Dans les salons haussmanniens, Demna Gvasalia a signé sa dernière collection pour Balenciaga. Un vestiaire strict et maîtrisé, entre tailleurs bourgeois, robes sculpturales et manteaux en soie technique. Kim Kardashian en satin et Isabelle Huppert en tailleur noir incarnaient ce mélange d’extravagance discrète et de tension couture. Plus qu’un show, un adieu codé à la maison avant la transition vers Pierpaolo Piccioli. Un final presque spectral, salué comme un hommage feutré à l’héritage Balenciaga.

Schiaparelli : retour à l’ombre et à l’archéologie de l’élégance
Chez Schiaparelli, Daniel Roseberry a choisi la retenue. Une collection inspirée des archives des années 30 et 40, jouant sur le noir et blanc, les corsets sculpturaux et les volumes matador. La silhouette s’étire, s’affine, s’armure. L’idée d’un « liquid deco » fusionne drapé fluide et architecture couture. Kendall Jenner a ouvert le show en gown sculptural, icône d’un glamour vintage revisité. Une proposition qui interroge la mémoire, tout en affirmant un geste couture profondément contemporain.


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