INTERVIEW David Benedek Fondateur BDK Parfums

INTERVIEW David Benedek Fondateur BDK Parfums

À l’occasion de ses dix ans, BDK Parfums ouvre un nouveau chapitre avec la Collection Studio, une ligne d’Absolus de Parfum imaginée comme un dialogue entre fragrance, mode, matière et couleur. De la soie lumineuse de Stellar Silk à l’éclat métallique de Silver Ceremony, jusqu’au cuir violet et sculptural de Oud Paradisio, David Benedek raconte une Maison indépendante en mouvement, fidèle à son exigence de sincérité, de texture et de sillage. Une collection manifeste, pensée non comme un parfum anniversaire, mais comme les bases d’un territoire créatif appelé à évoluer.

BDK Parfums célèbre ses dix ans en 2026. Qu’aviez-vous envie de raconter sur la Maison à ce moment précis de son histoire, et pourquoi avoir choisi de le faire à travers une nouvelle collection plutôt qu’à travers un parfum anniversaire unique ?

Les dix ans de BDK Parfums marquent l’ouverture d’un nouveau chapitre. À ce moment de l’histoire de la Maison, j’avais envie de raconter autre chose, d’explorer un territoire qui m’accompagne depuis toujours : la mode. C’est un sujet très important dans mon parcours personnel, presque intime.

J’ai grandi entouré de femmes élégantes, avec notamment ma grand-mère qui portait Yves Saint Laurent ou Courrèges, et j’ai toujours été fasciné par la manière dont la mode permet d’exprimer une personnalité, une allure, une émotion. La mode est pour moi une manière de questionner, de surprendre, d’éblouir.

J’ai toujours admiré les créateurs capables de faire dialoguer les couleurs, les matières et les émotions avec audace. Yves Saint Laurent évidemment, auquel Rouge Smoking rendait déjà hommage, mais aussi le travail très précis et sensuel d’Alaïa, ou encore la vision sculpturale et contemporaine de Daniel Roseberry chez Schiaparelli. Aujourd’hui encore, Anthony Vaccarello perpétue chez Saint Laurent une sophistication et une tension esthétique que je trouve fascinantes.

La Collection Studio s’inscrit comme un chapitre fondateur. Elle est une affirmation artistique, un regard sur le temps présent et une projection vers l’avenir, fidèle à l’esprit de recherche, de culture et de création qui anime le Studio de Parfums Parisien.

Cette collection d’Absolus de Parfum rend hommage à dix années de passion pour la mode, les textiles et la couleur, un univers esthétique profondément ancré dans mes années de formation à l’Institut Français de la Mode.

Dans la mode comme dans le parfum, on parle de texture, de structure, de sensualité, de contraste. Il m’a donc semblé naturel de créer un pont entre ces deux univers et de mettre en avant notre studio de création parfum comme on parlerait d’un studio de mode.

Cette nouvelle collection est née de cette vision. Elle permet de développer un langage créatif plus large, plus riche, à travers plusieurs créations, plutôt qu’à travers un parfum anniversaire unique et éphémère.

La collection Studio n’est pas une collection “anniversaire” au sens classique ; son lancement accompagne cette année symbolique des dix ans, mais elle a été pensée pour s’inscrire durablement dans l’histoire de la Maison. Les trois Absolus sont les premiers chapitres d’un ensemble voué à évoluer et à accueillir de nouvelles créations au fil du temps.

Cette collection traduit finalement cette passion : une approche du parfum pensée presque comme une silhouette couture, où chaque matière devient un tissu, chaque contraste une coupe, et chaque sillage une attitude.

En dix ans, BDK Parfums a construit une identité très reconnaissable. En regardant le chemin parcouru, qu’est-ce qui, selon vous, n’a jamais changé dans votre manière de créer, et qu’est-ce qui a au contraire profondément évolué ?

Ce qui n’a jamais changé en dix ans, c’est avant tout ma sincérité dans la création. Depuis le début, je n’ai jamais voulu suivre les tendances ou répondre à des effets de mode. Chaque parfum naît d’une émotion, d’une intuition, d’une histoire que j’ai envie de raconter. C’est cette authenticité qui guide encore aujourd’hui toutes les créations de la Maison.

J’ai également conservé le même niveau d’exigence qu’à nos débuts. La qualité des ingrédients, le soin apporté aux formules, la précision des équilibres. Rien n’est laissé au hasard. Je porte aussi une attention particulière à la tenue et au sillage. Pour moi, un parfum doit laisser une empreinte, accompagner une allure, créer une présence presque invisible mais mémorable.

Depuis dix ans, chaque création est pensée comme une signature affirmée. Chacun possède son identité propre, son caractère, sa construction, tout en venant enrichir et compléter l’univers global de la Maison BDK Parfums.

Ce qui a évolué, en revanche, c’est certainement ma manière d’exprimer cette vision. Avec le temps, j’ai gagné en liberté et en maturité créative. Je connais mieux les territoires que j’ai envie d’explorer, les émotions que je souhaite provoquer, et j’ose aujourd’hui aller encore plus loin dans les contrastes, les textures et les partis pris.

Avec la Collection Studio, vous affirmez un lien encore plus fort entre parfum et mode. À quel moment ce dialogue entre fragrance, matière, tissu et allure est-il devenu central dans votre réflexion créative ?

Le lien entre le parfum et la mode s’est imposé à moi de façon très naturelle, presque instinctive. Depuis toujours, je perçois les fragrances à travers une approche profondément synesthésique : un parfum évoque immédiatement une texture, une couleur, une émotion, une silhouette ou un paysage.

Certaines matières premières en parfumerie ont, pour moi, un toucher, une couleur, une image que j’associe librement selon mes expériences, mes émotions et mes intuitions.

Cette approche s’est renforcée en 2010, lorsque j’ai intégré l’Institut Français de la Mode pour un master en management des industries créatives dont le parfum en fait partie. L’IFM a profondément nourri mon intérêt pour la mode, les textiles, les couleurs et la matière. J’y avais notamment pour mission de créer une bibliothèque textile, ce qui m’a donné envie de relier de manière encore plus organique la mode et le parfum.

Avec la Collection Studio, j’ai eu envie de pousser encore plus loin cette manière de créer. J’ai cherché à révéler le lien qu’il peut exister entre la texture des tissus en couture et celle des matières premières en parfumerie, en associant deux langages sensoriels dans un dialogue intime.

On parle de soie olfactive, de notes veloutées, d’un toucher granuleux… Dans mon processus créatif, je pense en termes de tombé, de texture, de contraste, de volume ou encore de lumière sur la peau. Une note peut être mate ou brillante, fluide ou structurée, opaque ou translucide.La couleur joue également un rôle essentiel. Elle traverse le nom des créations, la nuance des flacons, la teinte même des jus, mais aussi l’émotion visuelle que le parfum provoque mentalement.

Le choix de la soie, du cuir et du métal s’est imposé de manière très intuitive, car ce sont des matières que je ressens naturellement à travers l’olfaction et que j’affectionne dans mon quotidien.

La soie possède une forme d’onctuosité lumineuse, presque caressante ; le cuir évoque une matière travaillée à la main, sensuelle et structurée ; tandis que le métal apporte de la lumière, du magnétisme et un éclat très contemporain.

La Collection Studio célèbre ainsi le savoir-faire créatif au point de rencontre entre deux univers mêlant élégance, maîtrise artisanale et expression artistique.

Vous présentez le parfum non comme un simple accessoire, mais comme une seconde peau, voire une armure. Qu’est-ce que cette idée dit de la manière dont nous portons aujourd’hui le parfum, entre intimité, présence et affirmation de soi ?

Aujourd’hui, le parfum est beaucoup plus personnel. C’est presque un prolongement de soi. Une manière de se sentir aligné avec une humeur, une énergie, une allure.

J’aime l’idée qu’un parfum puisse être une seconde peau, mais aussi une forme d’armure. Pas dans le sens de se protéger du monde, plutôt dans celui de se sentir plus fort, plus libre, plus affirmé.

Certains parfums rassurent, enveloppent, donnent confiance. D’autres révèlent une facette plus audacieuse, plus sensuelle ou plus lumineuse de soi-même.

Le parfum a cette capacité unique d’être intime et visible à la fois. On ne le voit pas, mais il laisse une empreinte très forte. Souvent, on se souvient d’une personne par son sillage.

Comme dans la mode, il y a une question de texture, de silhouette, de personnalité. Un parfum habille la présence comme un vêtement habille le corps. Et aujourd’hui plus que jamais, les gens cherchent des créations qui leur ressemblent vraiment, qui racontent quelque chose d’eux sans jamais être figées.

La mode et les parfums se complètent, offrant des moyens différents mais harmonieux de traduire l’identité en une expérience sensorielle. Tous deux définissent la façon dont une personne se sent dans sa peau et la manière dont elle souhaite être perçue par les autres.

Chaque fragrance de la Collection Studio semble naître d’une matière visuelle et tactile. Comment passe-t-on, dans votre processus de création, d’un tissu, d’une texture ou d’un vêtement à une écriture olfactive ?

Pour moi, la création d’un parfum commence souvent par une émotion visuelle ou tactile. Une tissu, une couleur, une lumière ou une texture peuvent immédiatement provoquer une idée olfactive. Un velours n’évoquera pas les mêmes matières premières qu’une soie ou qu’un cuir.

Je fonctionne de manière très instinctive et synesthésique depuis toujours : j’associe naturellement des couleurs, des matières, des images, des paysages ou même des œuvres d’art à des sensations olfactives. Impadia s’inspire des couleurs des ciels parisiens en été qui se reflètent sur les bâtiments haussmanniens.

Vanille Caviar rend hommage à une vanille naturelle, en monochrome, tel un tableau de P. Soulages dont la lumière émane de ses tableaux outrenoir. Rouge Smoking représente le quartier vibrant de Pigalle à Paris. Chaque création est porteuse d’un univers chromatique et d’une histoire qui se traduit par une signature olfactive singulière.

Dans la Collection Studio, chaque fragrance naît justement de ce dialogue entre le visuel, le touché et l’olfactif. Le travail avec le parfumeur est essentiel dans ce processus. Nous échangeons beaucoup sur l’intention, les émotions et les sensations que nous voulons créer.

Il y a des discussions autour des textures, de la lumière, du toucher. Puis, progressivement, cela devient une écriture olfactive.

Créer un parfum, c’est convoquer tous les sens. Toucher, voir, sentir… C’est ce que j’aime dans ce métier : un parfum peut être invisible, mais il peut évoquer et transporter.

Stellar Silk évoque une soie fluide, lumineuse, presque mouvante. Comment avez-vous traduit olfactivement cette sensualité du drapé, du toucher et de la lumière en mouvement ?

Avec Stellar Silk, je voulais retranscrire la sensation d’une soie en mouvement sur la peau : quelque chose de fluide, lumineux, tactile et profondément sensuel. Le bois de santal a été le point de départ de cette écriture. Il possède naturellement une texture crémeuse, douce et enveloppante qui me rappelle immédiatement le toucher de la soie.

Autour de ce santal, nous avons travaillé avec Jordi Fernandez des matières plus lactées et poudrées, comme la noix de coco, la fève tonka et la vanille, pour créer cet effet de drapé souple et lumineux. L’iris apporte une élégance poudrée presque textile tandis que les muscs prolongent cette sensation de voile délicat qui reste en mouvement.

Le gingembre, la cannelle et une touche de safran viennent apporter un relief presque poudré comme lorsque le tissu capte la lumière en bougeant.

Silver Ceremony convoque l’éclat, le sequin, le métal, une forme de brillance presque électrique. Était-ce pour vous l’occasion d’explorer une facette plus incisive, plus spectaculaire, voire plus nocturne de BDK Parfums ?

Avec Silver Ceremony, il ne s’agissait pas forcément d’explorer une facette plus nocturne de BDK Parfums, cet univers existe davantage dans Oud Paradisio, mais plutôt de travailler l’idée d’éclat et de vibration. Je voulais créer un parfum qui capte la lumière comme un tissu brodé de sequins ou une matière métallique en mouvement.

Le point de départ était cette sensation presque électrique du métal : froide, brillante, très moderne. Nous avons travaillé avec Jordi Fernandez autour des agrumes : la bergamote, la mandarine verte et le citron, pour apporter cet éclat immédiat.

Jordi Fernandez a également ajouté une touche d’Azurone™, un captif de chez Givaudan, qui vient amplifier encore cette sensation cristalline et scintillante, comme des reflets argentés.

À l’inverse, les bois viennent structurer la composition. Le cèdre, le patchouli et le ciste labdanum apportent quelque chose de plus architectural, plus texturé. Le cèdre notamment possède une sécheresse très élégante qui évoque pour moi les sensations brutes presque froides du métal.

À l’image d’un vêtement lumineux, brillant, aérien, Silver Ceremony se dessine comme une fragrance à la signature électrique, magnétique, mordante, éclatante.

Oud Paradisio semble travailler une matière plus dense, plus sculpturale, avec cette idée d’un cuir magnifié par une nuance violette. Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette tension entre puissance, sophistication et imaginaire presque couture ?

Avec Oud Paradisio, je voulais travailler une forme de puissance très sophistiquée. Le bois de oud et le cuir sont des matières fortes, presque instinctives, avec quelque chose de profondément sensuel et affirmé. Mais ce qui m’intéressait, c’était justement de les détourner de leur registre habituel, souvent très sombre ou très brut, pour leur apporter plus de lumière et de texture.

L’idée était de créer un parfum dense et sculptural, mais traversé par des contrastes. Ici, nous avons cherché à le réinventer à travers des contrastes plus inattendus : l’ananas glacé apporte une facette juteuse et éclatante, presque transparente, tandis que le trio de roses viennent adoucir et sophistiquer la structure. Cela crée une forme de sensualité nuancée très moderne.

Le cuir, lui, évoque une certaine assurance. Mais dans l’univers de la mode, il peut aussi devenir extrêmement raffiné lorsqu’il est sculpté, travaillé comme une seconde peau. Une composition riche en puissance et exquise volupté. La nuance violette du cuir brodé de pierres était importante aussi.

Diffractée, la lumière se reflète en d’infinis éclats. Le violet possède une dimension nocturne, précieuse, entre mystère et opulence. Il apporte une aura singulière, presque hypnotique.

Cette collection porte le nom de Studio, un mot qui évoque à la fois l’atelier, la recherche, le geste, l’expérimentation. Que représente pour vous le studio comme espace mental et créatif dans l’univers BDK Parfums ?

Le Studio représente pour moi un espace de création sans limite. Un lieu où tout devient possible, où les idées circulent librement, où l’on peut expérimenter, prendre des risques, changer de direction et laisser le temps à une idée de se développer sans limite de temps.

C’est aussi un espace profondément vivant, construit autour de rencontres, de conversations, d’échanges et de la collaborations. Chaque création naît d’un dialogue entre des talents venus d’horizons divers, réunis par une curiosité insatiable pour les arts. Le Studio, c’est cet endroit où toutes ces énergies se rencontrent.

J’aime aussi l’idée du studio comme un espace en mouvement permanent. On y expérimente, on y mélange les influences, on teste des contrastes, sans chercher à figer une identité. Le parfum lui-même est vivant : il évolue sur la peau, il se transforme, il révèle différentes facettes au fil du temps. Le Studio reflète exactement cette idée d’évolution en continue.

Le Studio incarne finalement cette énergie propre à BDK Parfums : une Maison en mouvement, curieuse, intuitive et sincère, où l’on prend le temps de créer, de tester, de ressentir.

Avec cette quatrième collection et ces trois premières fragrances, ouvrez-vous simplement un nouveau chapitre, ou posez-vous les bases d’un territoire plus large pour les dix prochaines années de la Maison ?

La Collection Studio représente bien plus qu’un nouveau chapitre. Elle s’inscrit comme un chapitre fondateur. Elle représente une étape manifeste de la vision de la Maison. Elle est une affirmation artistique, un regard sur le temps présent et une projection vers l’avenir, fidèle à l’esprit de recherche, de culture et de création qui anime le Studio de Parfums Parisien. Cette collection traduit notre envie de continuer à explorer, à expérimenter et à faire dialoguer le parfum avec d’autres formes artistiques et culturelles.

Pour les dix prochaines années, mon ambition est de continuer à construire une Maison indépendante qui vise l’excellence dans chaque détail, avec une exigence très forte sur la qualité d’exécution, des parfums jusqu’aux expériences que nous créons.

Mon but est de révéler une approche créative singulière, tout en restant fidèle à ce qui définit profondément la Maison depuis 10 ans.

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