Peu de couturiers ont su conjuguer la mode au théâtre avec autant de panache que Christian Lacroix. L’exposition « Christian Lacroix en scène », présentée jusqu’en janvier 2026 au Centre national du costume et de la scène à Moulins, revient sur plus de trois décennies de créations scéniques.
Christian Lacroix L’Exposition : « Christian Lacroix en scène«
Plus qu’un hommage, c’est un autoportrait textile, une traversée enchantée dans l’imaginaire baroque d’un créateur habité par le drame, la couleur et la ligne. Car l’ADN de Lacroix, c’est cela : une passion pour le costume comme langage. À rebours des minimalismes fonctionnels, ses créations parlent fort, vivent, racontent. Depuis les premiers tutus punk imaginés pour Karole Armitage à l’Opéra de Paris en 1987 jusqu’aux robes-jardins de Fantasio, ses costumes convoquent l’histoire de l’art, la peinture classique, le folklore du Sud, les silhouettes du XVIIe siècle, les idoles de cinéma muet et la commedia dell’arte — en un seul regard.

C’est en quittant la maison Patou qu’il affirme cet amour des planches : théâtre, opéra, ballet, Lacroix embrasse tous les genres. La centaine de costumes réunis à Moulins — accompagnés de maquettes, croquis et photos de scène — fait revivre ces moments de grâce habillée, où chaque pièce devient un personnage. Une robe de satin moiré pour Le Soulier de satin, une guêpière victorienne pour Phèdre, un fourreau scintillant pour Pelléas : chez Lacroix, le vêtement n’est jamais un accessoire, c’est une dramaturgie en soi.
Si cette exposition séduit, c’est qu’elle révèle l’autre facette du créateur : non plus celui des podiums haute couture, mais celui qui met en scène, écoute le texte, comprend l’espace scénique. Un couturier devenu metteur en costume, au service du récit et de l’émotion. Et qui, fidèle à son goût des métamorphoses, fait du tissu un art vivant.
En revisitant ses grandes œuvres, Christian Lacroix en scène permet aussi de mesurer la pérennité d’un style. Non comme tendance, mais comme vision du monde : généreuse, érudite, excessivement élégante. Dans un monde de mode parfois aseptisé, cette exposition rappelle que le vêtement peut — doit — faire rêver, trembler, incarner. Une leçon de théâtre textile signée Lacroix, et un manifeste pour un luxe qui ne s’excuse jamais d’être spectaculaire.

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