Le Corset A Seins Coniques de JP Gaultier

Jean Paul Gaultier a grandi auprès de sa grand-mère, dans le Val de Marne. Très tôt, elle le met à la couture, et c’est tout naturellement à 6 ans qu’il confectionne ses premières tenues, pour vêtir son ours en peluche. Un jour, il trouve chez sa grand-mère un corset. Cette pièce, qui comme une cage venait jadis enserrer la taille féminine, jalonnera fréquemment ses futures collections. C’est quand il voit le film Falbalas – film retraçant l’ascension d’un jeune couturier – qu’il comprend le présage d’une destinée : c’est vers la Mode qu’il se tournera. C’est cette prédilection pour le vêtement fantasmé qui le mènera à détourner les grands classiques pour les réinventer dans une gimmick insolente. Et lorsqu’il voit Madonna, en 1983, chanter Holiday sur le plateau ambiancé de l’émission Top of the Pops, il y perçoit l’explosif mélange du punk et de la pop, une sorte de muse à la provocation stylisée. C’est alors pour lui une révélation : il rêve d’habiller sa Madone.

Il entre dans l’univers de la Mode aux côtés de Pierre Cardin. Sa sincérité, sa bonhomie et son humilité tout aussi entière font de sa personnalité une singularité dans un milieu fardé.

Dès 1984, le corset apparaît dans ses collections qui déjà attirent l’oeil des rédactrices fascinées par son habilité à démocratiser l’usage et le port d’un vêtement désuet. Les courbes sont soulignées, le dessous surpasse le dessus et dans une séduction sophistiquée, les attributs féminins s’extirpent des carcans de l’esthétique bourgeoise. Dans ses corsets culottés, véritable écrins pour seins obus, la femme se libère ; sensuelle, cool et sexy, elle se veut dominatrice. En 1990, son fantasme prend vie quand Madonna, emblème du double sexe, fait personnellement appel à lui pour les costumes de Blond Ambition, sa troisième tournée mondiale. Comme une évidence, les deux artistes collaborent pour donner naissance à des tenues ésotériques et érotiques. Le style punk faussement usuel de Gaultier épouse la provocation et l’incorrection de la chanteuse américaine.  Comme un évidence encore, le corset à seins coniques rose poudré incarne l’harmonie d’une époque. En satin rose avec un effet géométrique, le corset-bustier est zipé devant et ceinturé ; les bonnets en pointe comme deux torpilles prêtes à partir reflètent la vision des deux artistes : celle d’une féminité  conquérante, d’une féminité gardienne, bref d’une femme comme un mentor. Car, quoi de plus néoclassique qu’un sous-vêtement pour habiller une Madone.

Le non conformisme dans ce qu’il a de plus splendide, Jean-Paul Gaultier en a fait sa griffe, mieux, sa signature propre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *