La Tabi Shoes de Margiela : un Passé Recomposé

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Inspiré des chaussettes insérées dans les chaussures des ouvriers japonais, cet élément pratique du vestiaire orientale fut réinventé en 1989 par Martin Margiela. Désireux de marier le passé au présent, il retranscrit à partir d’un objet, à l’histoire centenaire, une création futuriste étonnante. Par ce jeu des références, le créateur sublime l’objet et le fait évoluer afin d’atteindre une nouvelle lecture de l’histoire de la mode. Il modifie un objet d’intérieur, destiné à protéger le pied, en un objet d’extérieur et lui donne donc une nouvelle fonction. Avec humour, il s’emploie à décliner la chaussure tabi dans de multiples formes tels que les escarpins ou les ballerines. Malgré la simplicité de sa composition, les matériaux changent au gré des saisons ; les paillettes l’illuminent un jour, l’aluminium leur donne ce côté spatiale quand le plastique inscrit ces chaussures révolutionnaires dans un contexte purement contemporain. Les années défilent et la Tabi ne prend pas une ride, jusqu’à se couvrir de laque rouge dans la collection Automne/Hiver 2014-2015, donnant l’illusion de rubis à ces chaussures attirant déjà les regards.

En effet, l’aspect étrange de la chaussure Tabi de Margiela questionne le consommateur sur la notion de beauté et de laideur de la mode proposée par les créateurs. Cette question, maintes fois étudiée dans le domaine de l’art, reste évidemment sans réponse puisqu’elle est subjective. Mais, elle montre par ces errements philosophiques que la chaussure Tabi n’est pas un simple accessoire que Margiela a décidé de faire porter aux plus téméraires. Elle s’inscrit véritablement dans un univers fantastique où la machine à remonter le temps se serait emballée et aurait mélangé toutes les époques et toutes les cultures pour parvenir à une représentation unique du monde. La chaussure Tabi serait-elle une utopie ? Le marketing inexistant et l’anonymat du créateur permet de n’associer l’objet à aucune personnalité afin de nous approprier ces drôles de chaussures pour constituer une nouvelle histoire. Par cette création, différents temps, différents lieux et différents domaines sont évoqués de façon à questionner le spectateur quant à ses limites et quant à ses motivations vestimentaires. Vais-je provoquer le regard de l’autre ? Vais-je provoquer l’imagination de l’autre ? Vais-je provoquer l’admiration ou la répulsion ? Puis-je assumer ce choix ? La chaussure Tabi que propose Margiela incite à un vrai questionnement sur l’habillement d’hier et d’aujourd’hui qui tend inexorablement à s’uniformiser et à ne plus, simplement, nous étonner. Finalement, qui peut porter la chaussure Tabi de façon éhontée ? Devenue, à travers le temps, l’une des icônes de la mystérieuse maison, cette création reste un défi. Anticonformiste, Margiela vise une clientèle pointue et sûrement provocatrice afin de recomposer une société créative et sans entrave vestimentaire. Les Tabi semblent démultiplier le plaisir de parcourir la ville, de long en large, comme ces nouvelles chaussures hybrides que certains marcheurs aguerris arborent. De toute évidence, Martin Margiela a lancé, il y a plus de vingt ans, une mode qui gêne car elle ne correspond pas aux canons habituels. Pourtant, cette mode perdure et reste acclamée pour son originalité, le sens de la structure et de l’histoire extraordinaire qu’il nous livre.

Le rapport à l’œuvre d’art peut une dernière fois se vérifier par l’exposition mise en place dans la boutique de Bruxelles en 2012, sacralisant l’objet dans le temple de la création anonyme MMM à l’image d’une sculpture présentée dans un musée. Agrandies et exposées en extérieur à Milan, les Tabi shoes paraissent jaillir d’un nouvel esprit et s’inscrivent dans l’intemporel.

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