Une Collaboration tout en Griffe de Chat : Grace Coddington et Louis Vuitton

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Quand l’expression anglaise « It’s raining cats and dogs » [Il pleut des cordes] passe au filtre de l’humour de Grace Coddington, c’est pour mieux célébrer l’iconique Monogram Louis Vuitton. Le résultat ? Une collection capsule qui met à l’honneur le Catogram — sur des pièces vedettes, des pyjamas en satin, des mini-malles, des souliers et des foulards… Stimulant et hautement désirable ; le Monogram signe une noblesse détachée ! 

 

Déjà en 2012, l’ancien bras droit d’Anna Wintour égayait les pièces clés du vestiaire Balenciaga, version Nicolas Ghesquière, à coup de griffes de son animal fétiche. Cette fois, il n’y a pas que le chat dans la vie — il y a le chien de Ghesquière, aussi ! La mini-collection distille ainsi une série aussi mode qu’exaltante. Une vingtaine de pièces tout en fun et grâce, à découvrir dès à présent ! 

La Photo Iconique des Supermodels de Peter Lindberg

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L’histoire s’est faite par l’action de personnes devenues aujourd’hui de grands noms de la mode. Anna Wintour arrive à la tête du Vogue Américain – Britannique, elle apporte un flegme suffisant pour convaincre les actionnaires de la suivre et, de faire tirer la Une du numéro de Janvier 1990, avec en vedette 5 filles, shootées par un photographe habitué des portraits bruts mais racés. Peter Lindberg se souvient : « Anna Wintour est arrivée au Vogue US, elle a vu mes photos et a dit que c’était exactement ce qu’elle voulait faire. Elle m’a donné la Une, and ça a été le tournant, en quelques mois, de la poubelle à la couverture. » Ces cinq filles sont  Linda Evangelista, Naomi Campbell, Tatjana Patitz, Cindy Crawford et Christy Turlington. Aujourd’hui, ceux sont ces visages qui incarnent le noms de Supermodels. Il faut dire qu’à l’époque ces filles sont déjà loin des cannons de beauté en vigueur – voluptueuses quant au mesures en vigueur sur les podiums, ces mannequins ont su conservé la fraîcheur, l’indépendance et la simplicité des femmes qui ont forgé dans le passé les lettres de noblesse des magazines de mode. Et c’est en cela que la couverture du Vogue de Janvier 1990 a littéralement intronisé ces filles avant de les faire entrer dans la légende.

Il faut dire que la couverture elle-même détonne dans le bling et l’exubérance qui caractérisent alors la décennie 1980. Face à l’opulence alors en vigueur – l’opulence de créateurs incarnée par Versace ou Christian Lacroix – Lindeberg a l’idée de faire poser ces modèles sinon dans le plus simples appareil, dans des vêtements en proie à capter l’essence de la décennies à venir, en prenant notamment pour décor le centre-ville de New York, en 1989 : dans un jean levi’s et un jersey top, Linda Evangelista, Naomi Campbell, Tatjana Patitz, Cindy Crawford et Christy Turlington sont à peine maquillés. Par contre, elles fixent l’objectif, sûres et appaisées ! Ici, la simplicité devient reine grâce au pouvoir du silence et, immédiatement, la photo et les filles se changent en objet de fascination. Elles qui n’ont pas les mensurations nécessaires des podiums se retrouvent bientôt de tous les défilés ! Car ce qu’on aime chez elles, c’est cette façon d’incarner le vêtement – cette personnalité qui fait que la pièce prend sens et, évidemment, déclenche l’envie d’achat dans les villes du monde entier. Si Peter Lindberg a ici fait émerger une nouvelle interprétation de la femme, c’est parce qu’il a rendu à la femme le droit d’être elle-même, d’exprimer un autre versant de son caractère, et ce dans le style le plus simple qui soit. En même temps que les mannequins retrouvaient une voix, ceux-ci devinrent des vecteurs de personnalité ; autrement dit, des célébrités!

Les Supermodels sont en effet devenus les héroïnes de l’époque, et aujourd’hui encore, elles incarnent encore ces valeurs de résistance face à la pression monstre de la société : rejet des standards, des critères de beauté, elles ont remis la star au goût de la mode. Elles n’ont pas seulement changé la pop culture, elles sont devenues un pan de la pop culture. Au point que les Supermodels n’ont jamais vraiment disparu des pages mode. Versace, Dior, Calvin Klein, Chanel, pas une maison ne s’est passée d’elles – aujourd’hui ces fille sont toujours présentes au premier rang des défilés, une sorte de caution extrême de hype ! Devenues des stars incontournable, au-delà des shooting, des campagnes de mode, les Supermodels s’affichent dans des publicités en devenant ainsi les modèles d’une génération ! Et, parce qu’elles représentent un idéal démocratisé de la femme, elles sont multiples : femmes indépendantes, femmes d’affaires, mamans, les Supermodels représentent les femmes du quotidien avec un glamour certain et accentué qui leur confèrent le statut d’icône…

La Photographie du Smoking Yves Saint Laurent Par Helmut Newton

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En 1975, Helmut Newton est contacté par Vogue Paris : l’artiste doit en effet réaliser une des séries mode de la saison. C’est donc dans une petite rue étroite que la séance prit place ; la rue Aubriot dans le quartier du Marais où le photographe a vécu 14 ans durant. Le shooting se fit en petit comité ; ils n’étaient que cinq : Helmut, la rédactrice de l’époque, Francine Crescent, un coiffeur et deux modèles. Justement, Newton confie au mannequin Vikebe, avec qui il travaille régulièrement, d’incarner la figure familière de l’art français du XIXe siècle : le dandy, ou « celui qui n’a pas d’autre profession que l’élégance », selon Baudelaire. L’idée de l’image est simple : une femme masculine, androgyne, se trouve la nuit dans une rue parisienne. Le smoking, lui, se devait de lui donner du pouvoir ; son langage corporel d’accentuer cette impression d’inaccessible. Tout cela se sent dans une posture confiante, dans la façon dont elle tient sa cigarette… Tout s’accorde à lui donner l’ expression d’un homme, et pourtant, par contraste, c’est une féminité exacerbée qui s’imprime sur papier glacé.

La photographie a dû être prise de nuit, afin de ne pas priver les clientes des pièces précieuses ; ce qui ne gêna pas Helmut Newton. Bien au contraire, l’artiste aimait à travailler de nuit. Il prit alors la photo sans flash, usant de la lumière de l’éclairage de la rue. Et c’est sans doute cela ce qui rend la photo plus poignante et réaliste. Et c’était le but : bien que très élaborée, l’image se devait de représenter une scène qui avait effectivement eut lieu. Newton se voulait comme un paparazzi qui passait au détour de la ruelle, capturant cet instant dans la plus grande discrétion. Pourtant, cette photo était très inhabituelle du style Helmut, puisque la femme y est entièrement habillée. Oui, Newton ne s’adapte pas ; ni aux conventions, ni aux couturiers. C’est alors qu’il prit une deuxième photo. Quasiment identique à la commande de Vogue, il y ajoute un model nu, paré de hauts talons, venant caresser sensuellement la femme virilisée. Une scène glaciale devenue iconique.

 La Robe Portefeuille Automne-Hiver 2015-2016 de Diane von Furstenberg

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En janvier 1970, Diane von Furstenberg glisse trois exemplaires de sa robe moderne et sensuelle dans une mallette, et s’en va frapper à la porte du chamane de la mode : la grande Diana Vreeland, directrice légendaire du Vogue américain. Diane lui doit l’émergence et le succès de la Wrap dress. Depuis plus de quarante ans, les silhouettes Fürstenberg élèvent la séduction drapée dans le jersey de soie. Sur le thème de la séduction, précisément, son vestiaire de l’hiver 2015-2016 multiplie les ajours, les dentelles et les matières compliquées. « Séduction. Durant la journée, elle dirige son monde, la nuit, elle suscite les fantasmes » nous conte-t-elle dans ses notes de collection automne-hiver 2015-2016. « Opérant incognito dans une parka de soirée, c’est un agent double. »

Prenez un classique, la « wrap dress ». Juste sexy comme il faut, la voici qui s’élance dans des envolées trompe-l’œil et faussement stricte, tantôt fleuries dans un drapé qui, en prenant de la longueur, s’émancipe et s’orientalise par le biais de motifs. Une poésie donc, et un charme fou inédit qui rappelle qu’une pièce de prédilection qui surprend à l’infini n’est qu’une grande icône.

La Petite Robe Noire Collection Croisière de Chanel

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1926 : le modèle inventé par Coco Chanel va à l’essentiel : la coupe est simple, les manches sont longues et la longueur aux genoux. Ce caractère monacal fait de la robe une pièce de mode révolutionnaire, totalement à contre-courant.

2014 : la pièce gagne en tact dans la coquetterie pour un cachet digne du lointain Orient. Pour la collection Croisière 2015, Karl Lagerfeld fait de Dubaï sa nouvelle ville d’exploration. En s’inspirant du travail orientaliste de Paul Poiret, le Kaiser rappelle à notre temps le duo robe/pantalon. Ici, la petite robe noire de Gabrielle se pense en manches crevées, mais, au genou en tissu fluide, elle s’arbore avec un air décontracté sur des pantalons inspirés de la tradition arabe. Un noir pantalon moulant attaché dans le bas avec des boutons d’argent qui donne à la silhouette Chanel tout le charme enchanteur des princesses orientales.

Fendi Baguette Collection Printemps-été 2013

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La maison romaine Fendi réorchestre son chef d’oeuvre Baguette pour la collection printemps-été 2013. Chef d’oeuvre créé en 1997, le sac Baguette porte en lui l’étiquette Fendi : anti-conventionnel, à une époque où les sacs se font fonctionnels. Aux côtés du Jackie chez Gucci, du Birkin Hermès, ce contenant mou, sans armature, à la silhouette minimale, à la anse si petite qu’elle encapsule le sac sous l’épaule, détonne. Né du facétieux esprit de Silvia Fendi, il est naturellement  baptisé Baguette car, comme la baguette de pain du parisien, il a la même prise en main. Dès son arrivée en boutique, il est devenu l’accessoire à avoir. Les éditions se multiplient, toutes plus baroques et imaginatives. 

Le Baguette a ouvert l’ère des it-bags et, en 2013, il fait peau neuve, sous les mêmes caractéristiques. Sur la dernière campagne shootée par Karl Lagarfeld, on le retrouve porté par Kati Nescher et Saskia de Brauw, à Saint Tropez. Sur un fond noir entaillé, fendu, la campagne se mue en un triptyque. Au centre, ce qu’occulte les ténèbres : une mer, plate et solaire. De chaque côté, les couleurs vives et justes des vêtements annoncent un printemps aux teintures tendres où les femmes s’insèrent dans des tenues faussement allurées. On y retrouve les sirènes Fendi : robes graphiques aux sigles colorés, méditant un classicisme à l’italienne où la superposition est le maître mot.

A l’image du Baguette, la collection est un savant mélange que sous-tend une désobéissance avisée : agité, raisonnable, sans fausse note, le vêtement est une performance Fendi. 

Inside Chanel : Mademoiselle Chanel et le Diamant

Le troisième chapitre de la saga Inside Chanel rouvre cette fois la page de l’exposition de l’unique collection de Haute Joaillerie de la maison, alors dirigée par Mademoiselle. A jamais cette ligne a marqué la joaillerie contemporaine, d’une exquise simplicité. Le diamant et Chanel en 1932 donnent le ton : trois ans après la crise de 29 qui met à mal l’empire masculin de la finance, Gabrielle annexe les atours féminins. Leur ligne supplante la mise en valeur de la pierre ; et les parures s’ouvrent et s’étendent autour de 5 (son chiffre fétiche) thématiques, chéries par la créatrice. La poésie des étoiles inonde les décolletés quand le rayonnement du soleil lui inspire une broche, à glisser sur la chevelure ou ailleurs. 
Comme un ruban, elle pense le bijou léger et souple ; à la manière des franges, il se doit d’être outrageusement gai, et, léger comme les plumes. Sur son enfance passée à l’abbaye d’Aubazine, Coco l’orpheline n’a jamais voulu s’étendre. Pourtant, c’est de là qu’elle tire et magnifie son essence. Narrée par cette collection de diamants, l’abbaye est mise en avant : les étoiles, les croissants de lune, les croix de malte et le soleil, ne sont rien d’autres que les éléments graphiques du pavé d’un des étages. Pavé qu’elle foula dès douze ans. 
Les années précédant l’arrivée de la maison aux deux C dans la Joaillerie, elle était au bras du duc de Westminster, réformant les structures des parures qu’il lui offrait après les avoir démantelées. C’est sur le même ton espiègle que Chanel présente aujourd’hui les vidéos de l’exposition retrouvées dans les archives Pathé. Et, c’est avec la même sophistication retenue que la maison perdure dans le paysage de la Haute Joaillerie.