L’Escarpin Virgule, Pièce Iconique de la Maison Roger Vivier

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Christian Dior disait : « Beaucoup de femmes pensent que les chaussures ne sont pas importantes, mais la vraie preuve qu’une femme est élégante est sur ses pieds ». Cette phrase illustre à elle seule toute l’importance que portait l’instigateur de la haute couture française pour les souliers féminins. Plus inventeur que chausseur, l’esprit créatif et avant-gardiste de l’artiste Vivier sied tant aux collections de Monsieur Dior qu’il ne fera appel à personne d’autre pour confectionner ses souliers. En fait, ce que Christian Dior admire chez un chausseur, c’est justement cette capacité à manufacturer des “ sculptures de pied“ ; et c’est exactement ce que Roger Vivier fait. Il voit en effet la chaussure comme une sculpture dont il ne cesse de questionner la forme : « Depuis toujours la ligne me passionne, confiait le bottier, cinq cents fois, je refais mon dessin pour vérifier la justesse de l’idée et respecter l’architecture du pied. » Les talons sont ses lignes de force, du talon aiguille, qu’il fut le premier à lancer en 1954, au talon Etrave (1958), et du talon Choc (1959), jusqu’au sinueux talon Virgule, voulu comme le manifeste de sa griffe éponyme. Cette forme atypique qui vient ponctuer la silhouette lui permet d’obtenir une identité artistique indépendamment des grandes maisons qui utilisaient ses créations.

            Depuis 2003, la maison du “Fabergé du soulier“ a été rachetée par le groupe Tods. Bruno Frisoni, directeur artistique de la griffe, a alors l’intelligence de ne pas seulement inventer à partir de sa personnalité et de sa créativité, mais de partir des archives et des fondements de Roger Vivier afin de se réapproprier les pièces cultes de l’histoire de la maison. En s’inspirant d’anciennes collections portées par les icônes du temps d’avant, aussi bien cinématographiques que monarchiques de l’époque, Bruno Frisoni modernise et fait du talon Virgule un objet artistique, adoré des icônes d’aujourd’hui, à l’instar d’Inès de la Fressange et Carla Bruni Sarkozy. Le talon courbé au fil du temps s’est fait l’emblème du chic et de l’élégance à la française. La Virgule n’incarne pas un type de chaussure classique ; avec son design unique, il représente pour les personnalités de la mode, et pour les clients Roger Vivier, un objet de collection.

           C’est finalement comme ça que le soulier a été présenté le long de l’exposition qui lui a rendu hommage en 2013, au Palais de Tokyo, sobrement intitulée « Virgule, etc. » Une ribambelle de chaussures Vivier s’est vue rassemblée autour de collections intergénérationnelles, se fondant gracieusement dans l’assortiment de tableaux et d’antiquités servant de décor au musée. L’objectif de l’exposition fut atteint, tant il était devenu impossible de faire la distinction entre la dimension artistique des sculptures égyptiennes et celles des sculptures du pied en forme d’apostrophe. En feuilletant les numéros classiques de Vogue, la Virgule dorée ou multicolore, unie ou quadrillée, en satin ou en cuir, on s’aperçoit à quel point celle-ci vient illuminer les tenues des shootings des photographes comme Peter Lindbergh ou Mario Testino. Cet objet iconique est une touche de féminité, et de légèreté ; un instrument fait pour se sentir sexy, gracieuse. Une chaussure certes, mais de celles qui portent en elles « l’esprit de Roger Vivier ».

Massaro, Chanel et la Sandale Bicolore

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En effet, c’est de l’opportunité entre Raymond Massaro et Gabrielle Chanel qui, à l’époque, entretenaient une relation de travail forte qu’est née une véritable icône au sein de la maison rue Cambon. De cette étroite collaboration naquit à la fin des années 50, la renommée sandale bicolore Chanel. Massaro proposa alors à Mademoiselle Chanel de laquelle il dit encore aujourd’hui « Elle était d’une intelligence hors du commun », de lui façonner un soulier décomposé, une partie beigne accompagnée d’un bout délicatement carré de couleur noire. Ce soulier à la fois pratique et élancé, du haut de ses 6 centimètres de talon, est comme toute création provenant des ateliers Massaro confortable et chic. Le fruit de cette collaboration fut rendu possible grâce à la formidable acuité de Massaro dans la création, non seulement dans la confection du soulier au travers des dessins, des formes, mais aussi dans la prise en compte du vêtement qui sera assorti à celle-ci. Une aubaine pour Chanel alors au sommet de son art dans la couture. Une ligne directrice commune pour les deux artistes associés, apporter l’excellence à leurs clientes.

Chez Massaro, que le soulier soit fait d’une des dizaines de peausseries luxueuses présentent en atelier, qu’il soit mat ou brillant, le raffinement issu de la main du maître artisan perpétue sans cesse l’héritage bottier français ; la sandale bicolore concoctée pour la maison Chanel n’y fait pas défaut. Massaro, bottier d’exception et maître d’art français sait faire rêver toute personne amoureuse de chaussures luxueuses. Avec son style graphique propre, il fait de la sandale bicolore un objet phare, porté par les grands de ce monde, de Marlène Dietrich à Catherine Deneuve en passant par Romy Schneider. La sandale bicolore, coupée dans un chevreau beige et accompagnée de sa pointe en satin noir permettant d’allonger la jambe sans détirer le pied, reste une référence de la maison Massaro ainsi que de son époque, et l’influence du vestiaire masculin cher à Chanel s’y retrouve pour offrir au monde de la mode, une véritable référence en matière de souliers féminins.

Aujourd’hui encore, les souliers bicolores continuent d’être réinventés rue Cambon et Massaro fait dorénavant partie des « métiers d’arts » acquises par Chanel.  Ce qui fait de la maison Massaro une maison à part depuis sa création en 1974, tout comme pour la maison Chanel, réside dans le savoir-faire artisanal mais aussi dans l’esprit familial. Au delà de la forte notion d’artisanat et d’héritage, le bottier Massaro, souligne l’importance de la relation, partant de la prise d’empreintes et la mesure du pied jusqu’à la réalisation du prototype puis les essayages et ajustements, le tout pour une trentaine à une cinquantaine d’heure de travail pour finaliser une paire. Durant ces six semaines de patience et de labeur, la confiance qui s’installe entre le client et l’artisan est primordiale autant pour l’heureux requérant de rareté que pour le bottier qui se remet perpétuellement en question pour parfaire son art. Dans cette recherche constante d’excellence, fort similaire à l’activité de la maison Chanel, autant aujourd’hui que du vivant de Gabrielle Chanel, le bottier écoute et pourvoit à chaque caprice de ses clientes, que ce soit des particuliers ou bien pour des collections hautes coutures. La rigueur est bien le maître mot du métier, un mot bien connu, en son temps, par Gabrielle Chanel qui, comme Raymond Massaro insistait sur le fait que, le soulier tout comme l’habit, ne sont que détails signant une allure, la silhouette de celle qui les porte.

L’Escarpin Monte-Carlo de Walter Steiger

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On a vu ses chaussures dans des défilés de Chloé, Chanel, Sonia Rykiel, Bill Blass ou Oscar de la Renta. Est-ce Louboutin? Manolo? Non…mais bel et bien un des grands maîtres de la chaussure, Walter Steiger. Un chausseur moins médiatique que certains de ses confrères, mais au style audacieux et couture, à l’imagination sans bornes. Un bottier qui n’hésite pas à revendiquer « mon but, c’est l’excellence ».

Le créateur d’origine suisse s’est d’abord fait remarquer grâce aux chaussures qu’il crée pour Mary Quant, la créatrice de la mini-jupe, dans le cadre du Swinging London. Mais c’est en 1983 que ce génie de la chaussure invente ce qui deviendra son modèle emblématique : l’escarpin Monte-Carlo. Helmut Newton se chargera de l’immortaliser et de le rendre icône, à travers un fameux cliché.

Le talon virgule est à Walter Steiger ce que la semelle rouge est à Louboutin. Une signature identifiable au premier coup d’oeil, assez pour qu’on remarque un soulier Steiger, aux pieds de Victoria Beckam, Beyoncé, Lindsay Lohan, Julianne Moore, Michelle Williams ou de la très influente Anna Dello Russo. En 2012, le créateur réédite ses escarpins Monte-Carlo. L’occasion pour vous de chausser les talons de ce soulier mythique défiant les lois de la gravité.

Les Kitten Heels Sont de Retour

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Des talons de chaton pour une jeune fille en fleur. L’accessoire d’une féminité radieuse, ingénue et mutine. Les « petits stilettos » sont de retour, avec leur hauteur de 5 cm, un caractère bien affirmé et une reprise iconique.

Le profil incurvé pour l’élégance mythique d’Audrey Hepburn, le talon carré pour l’espièglerie Mondrian d’Yves Saint-Laurent… Les kitten heels volent à travers les décennies et ce, sans se fouler la cheville. D’une sensualité certaine et incontestable, ces chaussures, baptisées « trainer heels » par les américaines des années 50, incarnent l’esprit « jolie madame », chic et raffiné en toute circonstance.

Une revanche contre la mode du début du millénaire, du toujours plus haut et du toujours plus massif, pour un style davantage éthéré et créatif.

L’Escarpin par Céline

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Certaines pièces racontent à elles seules l’inspiration d’un coup de coeur. Il fut une chaussure à la fourrure jaune citron et rouge que piquait un talon de 105MM, ancré dans le creux du pied.

L’escarpin skinny est tel qu’il paraissait : douillet, chaleureux et incroyablement stylisant. A son contact, toute femme en devient câline. A en croire les oracles, la créatrice Phoebe Philo sera bientôt maman d’un garçon.

Voilà qu’elle pare ses tenues comme un écrivain conte, avec malice et justesse. Jouant des codes comme elle sait capter l’essence d’un temps, Céline donne le ton de cette saison.