Le Galon Chanel

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Rendu célèbre dans les années 50 par Coco Chanel, le tailleur jupe a connu ses premiers grands succès dans sa version tweed gansée de galons : ces fameuses petites bordures intemporelles d’une couleur contrastante, une signature Chanel qui deviendra un classique iconique, souvent copié. Madame Pouzieux comme Coco Chanel partageaient la même passion pour les chevaux et avaient assurément le même mépris pour le factice et les faux-semblants. “Par principe, j’invente toujours, je ne fais rien qui existe déjà. Je me consacre à l’unique. Il m’est arrivé de défaire totalement un tissu Chanel pour le refaire en galon. On n’a que les limites que l’on veut se donner » aimait à dire Madame Pouzieux.

Elle s’était aménagée un petit atelier, au-dessus de ses écuries. « A la fin de la guerre, un client de mes parents me dit : « Pourquoi ne feriez vous pas des galons, aujourd’hui plus personne n’en fait. » Autodidacte, libre et inventive, chaque galon chamarré et cordon qu’elle créait était pièce unique comme une œuvre d’art. L’experte avait construit son premier métier à tisser avec l’aide de son frère, et élaborait ses propres techniques, tressant fils de soie et de coton avec une virtuosité et une inventivité inégalées. Elle y travaillait les fils de laine, de coton ou des matières plus nobles comme l’or, l’argent ou encore la soie brute. Plus de douze métiers à tisser, de tous les styles et de tous les âges, côtoyaient les coupons de tissus, pelotes de laine, bobines de fils ou encore boutons. C’était une artiste faisant de la passementerie comme une œuvre depuis 1947 ! D’ailleurs ses techniques étaient uniques au monde pour des galons inimitables.  

Pourtant le galon restera à jamais l’emblème du tailleur Chanel comme preuve de l’excellence par principe de ce tandem de femmes hors pair. « C’est justement cette inventivité et cette volonté de ne jamais faire ce que quelqu’un a déjà fait » qui a établi la renommée de Raymonde Pouzieux auprès des couturiers. Ainsi, même si comme elle le souligne « avec une machine, les pièces n’auront jamais la même texture, la même finesse qu’avec les mains », son secret est pour aujourd’hui encore bien gardé.

Le Tailleur Chanel Printemps-Été 2016

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Sous la verrière du Grand Palais, tout y était décalqué comme le vrai : guichets d’enregistrement des bagages, personnel au sol, tableaux d’affichage des vols… Après le super-marché, Karl Lagerfeld fait déambuler ses belles dans l’enceinte de l’aéroport Chanel. Cette collection fut avant tout une interprétation pragmatique et fantaisiste de l’idée de voyage… Une collection qui aime ainsi à hisser haut et fort les couleurs bleu-blanc-rouge du drapeau français dans un monde interconnecté… Pour la saison Printemps-Été 2016, la maison aux deux C s’amuse ainsi des codes et des uniformes des hôtesses, pour singer à merveille l’univers aéroportuaire… Il est évident que la femme Chanel de la saison prochaine a tout de l’âme d’une globe-trotter : à en croire les jupes à petits volants, les bijoux d’inspiration tribale ou les matières élimées, la belle Chanel vit sur plusieurs latitudes.

Et cet esprit s’insère jusque dans les créations : les jupes, longues, s’ouvrent ainsi sur des pantalons : « Si vous fermez la fermeture éclair, vous avez une jupe ou alors vous avez le pantalon seul, tout cela peut exister, coexister », explique Karl Lagerfeld. C’est dans le même esprit qu’est née une nouvelle vision du tailleur Chanel : une pièce 100 % brodé, sans poche, ni logo, ni d’ailleurs le moindre bouton à monogramme CC… Un tailleur plus épuré et dépouillé que le modèle emblématique : dépourvu de col, le tailleur s’imagine en tweed noir, gris, bleu nuit, blanc et rouge avec des fils argentés venant former de petits carreaux. Une collection qui regorge ainsi de carreaux reprenant presque le tartan. La saison Printemps/Eté 2016 impose une vérité : Chanel sera toujours Chanel et, la signature de la maison restera le tailleur emblématique imaginé il y a presque un siècle… Mais aujourd’hui, Karl Lagerfeld le modernise et vient l’accessoiriser d’une casquette portée à l’envers !

Le Tailleur Selon Coco Chanel

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« Avec deux tailleurs noirs et trois chemises blanches – une pour le matin, une pour l’après-midi et une pour le soir – chaque femme pourrait conquérir le monde, le coeur de celui qu’elle aime et rester d’une grande élégance. » Coco Chanel

Le Tailleur Chanel Collection Croisière

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La collection Chanel à Dubaï conjugue la couture occidentale aux inspirations orientales. Le résultat : des tenues riches et féminines, fantasmées et créées. L’art oriental est ici retravaillé de façon contemporaine, voire futuriste. Il est si évident de voir dans le traitement des tissus un défi à la perception immédiate : des grappes de perles, des géométries tridimensionnelles, pour des lignes en décomposition de tweeds et de patchworks. Le directeur artistique réinvente les grands classiques de la marque : dans un mélange de matières, de coupes et d’imprimés, Lagerfeld donne sa vision du style oriental.

Le Tailleur Bar Collection Croisière de Dior

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« New-York m’est devenu presque aussi familier que Paris », écrivait Christian Dior en 1957 dans son autobiographie Christian Dior & moi. Il faut dire que le couturier a entretenu une relation de longue date avec les Etats-Unis. Aujourd’hui, sous les doigts de Raf Simons, le New-Look qui fit sa renommée Outre-Manche se profile sous un nouveau jour. Les volumes se resserrent et la silhouette s’affûte pour offrir cette saison une allure graphique et impertinente. Dans une démonstration de coupe virtuose, la veste Bar voit sa taille remonter d’un cran tandis que s’adoucissent ses lignes : la veste s’achève dans une pointe foulard. Le New Look se redessine ainsi dans des matières diaphanes et des coupes plissées.

L’ampleur de la jupe taille haute est maîtrisée ; les matières sont inédites. Pour ­restructurer la ligne près du corps, Raf Simons décline le Tailleur Bar dans une laine technique japonaise, proche du Néoprène, couleur noir charbon. « Les plis plats donnent une allure urbaine des plus sophistiquées » explique-t-il. Au final, Raf Simons architecture pour Dior l’allure d’une femme moderne et respectée. Une veste Bar profilée qui, quand elle s’ancre dans une mode sensuelle et déstructurée, devient le plus bel hommage à l’esprit résolument contemporain de Christian Dior.

L’Art du Tailleur Selon Burberry

Christopher Bailey, le directeur artistique de la marque, lève le voile sur la confection du costume Burberry. Les anciens ateliers de la marque, une page d’archive détaillant les méthodes de l’époque, la sélection des matières premières, le soin apporté par une costumière à un bouton estampillé du logo Burberry, le détail d’un tissu Prince de Galles, le travail de la doublure… autant de moments hors du temps, qui prennent vie au son d’une des musique fétiche du créateur, interpretée par le groupe Morning Runner.

Le Tailleur Bar Printemps 2013 de Dior

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Le 12 février 1947, Christian Dior expose sa toute première collection Printemps-Eté, ligne Corolle et En huit, dans sa maison de couture, avenue Montaigne. Immédiat et éclatant, le succès est tel que Carmel Snow, la rédactrice en chef de Harper’s Bazaar, s’exclame : « Dear Christian, your dresses have such a new look ! ». Une expression éponyme devenant aussi iconique que le style qu’elle décrit.

Suivant la graphie du chiffre 8, la silhouette se présente tel un calligramme composé de nouveaux codes et dessinant la femme Christian Dior. La taille est étranglée, les épaules s’arrondissent et s’adoucissent, créant une sereine harmonie. La jupe, déployant la forme d’une corolle, est plissée et allongée jusqu’à mi-mollet : un volume, une technique et une longueur qui exigent un métrage considérable pour sa confection. Les basques sont rembourrées et se décollent des hanches, renforçant la délicatesse de la taille. Le couturier explique sa démarche créative : « Nous sortions à peine d’une époque démunie, parcimonieuse, obsédée par les tickets et les points-textile. Mon rêve prenait donc naturellement la forme d’une réaction contre cette pauvreté. […] Nous sortions d’une époque de guerre, d’uniformes, de femmes-soldats aux carrures de boxeurs. Je dessinais des femmes-fleurs, épaules douces, bustes épanouis, tailles fines comme lianes et jupes larges comme corolles ».

Une apostrophe à l’efflorescence et à la floraison que Raf Simons réinvestit cette année. Dans sa dernière collection Printemps-été 2013, le tailleur-bar est retrouvé. La veste au col croisé se décolle éternellement des hanches, la jupe arbore toujours le plissé. Le jeu sur les longueurs est frappant. La basque est géométrisée et allongée, métamorphosant la veste en une courte « robe-manteau » : des poches à rabat peuvent ainsi être rajoutées. La jupe quant à elle est raccourcie, simulant presque le fond de robe, à peine visible sous la veste-tailleur. Minimalisme et inversion des codes cassent ainsi l’élégance traditionnelle afin d’en dessiner une nouvelle. Les formes sont simplifiées, fluides, et habillées de noir. Un noeud souple et imposant, paraphe de Dior, parfait le dos de la tenue. Epure et composition chimérique s’allient savamment pour nous offrir la nouvelle fraîcheur florale et dioresque du tailleur-bar.