Le White Canoe, une symbolique de Peter Doig

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Peter Doig voit le jour en Ecosse en 1959 ; mais c’est au Canada qu’il grandit. Un imaginaire pleins de paysages – dès son apparition sur la scène artistique, le Britannique est vu comme un maître de la peinture post-moderne. Nous sommes au début des années 90 lorsque Peter Doig réalise sa série Canoë). Et c’est un film d’horreur à petit budget qui lui inspire une telle icône. ‘Friday the 13th’ sort en 1980 – peu de décors et des acteurs inconnus, ce film a couté 700,000 $ et en a rapporté 17,000,000 $, en plus de devenir culte pour la génération des 40-50 ans.

White Canoe est ainsi une sorte de snapshot d’un plan apparaissant à la fin de la scène de l’apocalypse, la plus terrifiante du film… Reproduite sur un format magistral de 200 x 240 cm, c’est une impression mêlant précisément mais subtilement calme et angoisse qui se dégage de l’oeuvre. Un trouble qui fascine… L’artiste avouera plus tard que cette scène lui rappelait l’essence d’Edward Munch. La toile White Canoe est ainsi fortement travaillée – au centre, une sorte de canoë fantomatique flottant sur un lac obscurci par la nuit… en 2005, lors de la seconde exposition de l’artiste organisée par la Saatchi galerie, la toile figure parmi la sélection. 

Le soir du 2 février 2007, White Canoe fait partie des ventes prestigieuses de la maison Sotheby’s. Et un commentaire très fouillé sur l’artiste ne manque pas de l’assimiler à la dextérité de grands peintres de l’histoire de l’art, de Van Eyck, à Velasquez, en passant par Monet, Pollock, et Richter. Mieux, Sotheby’s lui accorde une place particulière en le faisant figurer sur la jaquette du catalogue. Il n’en fallait pas plus pour affoler les enchérisseurs : £ 5,7 millions ! Peter Doig devint le peintre vivant le plus cher d’Europe. Après des années de travail à l’extérieur du monde de l’art, tandis que la plupart des artistes en Grande-Bretagne s’intéressaient à des concepts et des installations, Doig était soudain devenu à la mode. Une toile qu’il réalisa lors de ses études à la Chelsea Art School venait de le faire entrer dans l’histoire de l’art.

Tout comme 100 ans , White Canoe dégage une atmosphère puissante qui révele la fascination pour les images , le temps et les émotions . Des thématiques qu’explore Tinguely dans des oeuvres telles que le Cyclop  et la Fontaine des automates.

Le Noir Selon Soulages

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La toile, Peinture, 21 novembre 1959 vient en effet d’être attribuée à 4,3 millions de livres, soit 5,1 millions d’euros, chez Sotheby’s à Londres ce mercredi 26 juin. Le noir comme source de lumière, Pierre Soulages y travaille depuis ses premières œuvres pour lesquelles il utilise déjà des surfaces peu ordinaires comme le verre ou le papier. Le peintre s’inspire tout à la fois du cubisme et de l’écriture cunéiforme, comme sur la toile « Goudron sur verre 45,5 X 76,5 cm, 1948 » où le mouvement du pinceau semble être une référence à la calligraphie japonaise. Tout petit, déjà, la lumière obsédait Soulages. À huit ans, il dessine un paysage de neige à l’encre sur une page blanche. Un geste a priori fait de vacuité. Il dira pourtant plus tard, « ce que je voulais faire avec mon encre, c’était rendre le blanc du papier encore plus blanc, plus lumineux, comme la neige. C’est du moins l’explication que j’en donne maintenant ». Ce sont toutefois les couleurs de Cézanne et de Picasso, exposées au Louvre à la fin des années 30, qui seront pour lui une révélation.
Après la guerre, il retourne à Paris, où il s’adonne entièrement à la peinture. Utilisant le brou de noix, il s’attache à travailler le noir. Refusé au Salon d’Automne de 1946, il s’expose alors au salon des surintendants un an plus tard. Le peintre Picabia prévient : « vous allez vous faire beaucoup d’ennemis ». Il faut dire qu’au milieu des toiles colorées des autres artistes, les œuvres de Soulages, aussi sombres que la nuit, détonnent. Sous le pinceau du maître, le blanc d’une toile se noircit en effet mais seulement pour mieux souligner le passage de la lumière sur la surface. Dans Peinture « 220 x 366 cm, 14 mai 1968 », Soulages recouvre de bleu nuit la surface de son tableau avec détermination et vigueur. Pourtant, c’est bien la blancheur de la toile que l’on remarque tant elle semble s’infiltrer par interstice entre ces larges bandes de bleu sombre qu’elle perce de son éclat. 
En 1979, un évènement viendra marquer le travail du peintre. Soulages s’applique, s’acharne à travailler le noir des heures durant, sans résultat. Frustré, il quitte son atelier pour plusieurs heures. À son retour, c’est le choc. « Le noir avait tout envahi, à tel point que c’était comme s’il n’existait plus ». Il appellera cette expérience « l’Outre-noir », « le noir qui, cessant de l’être, devient émetteur de clarté, de lumière secrète». Ses toiles deviennent alors monopigmentaires, toujours dans le but de travailler les variations de la réflexion de la lumière sur les états de surface. Alors que l’on oppose par définition la lumière à la matière, Soulages remet en cause ce principe philosophique en faisant justement sortir la lumière de la peinture noire. En travaillant avec divers matériaux comme l’huile ou la résine, le peintre crée des stries à la brosse, des sillons, des collages où chacun renvoie un reflet unique de la lumière comme sur la toile « Peinture 290 x 654 cm, Polyptyque, janvier 1997 » . Cependant, Soulages ne travaille pas uniquement la réflexion de la lumière, mais aussi le regard. La lumière se laisse ainsi voir noire, grise ou brune selon l’endroit où l’on se place. En plus de la peinture, Pierre Soulages réalisa 104 vitraux pour l’église abbatiale de Conques entre 1987 et 1994. Il sera également l’un des fondateurs de la chaîne de télévision Arte. Enfin, le musée Pierre Soulages sera inauguré à Rodez, sa ville natale, en 2014 où 500 œuvres de l’artiste y seront présentées. Il a défini l’outre-noir, l’absence de couleurs et pourtant, c’est à partir de cette absence que le maître semble créer de l’éclat. Soulages le prouve : rien ne s’oppose à la lumière.