Beussanda par Imane Ayissi

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C’est à Paris, en 1992, qu’Imane Ayissi défile pour la première fois. Sa collection, largement composée de robes à pois, lui fait dire qu’il y avait « des pois en entrée, en plat de résistance et en dessert, en tout plus d’une centaine de robes ! » Ses maîtres, que sont Alaïa, Lanvin ou Saint Laurent, lui ont transmis l’amour de la fluidité, le goût des lignes architecturales, et l’utilisation de la couleur. Imane Ayissi en est convaincu : « La fluidité, c’est la liberté de mouvement. Le vrai luxe, c’est la sobriété. La sensualité, c’est une manière de plaire aux autres. »
Ainsi, sa collection Printemps ­Eté 2016 regorge de formes et tissus africains, principalement teintés tie and dye, dans lesquels il s’éprend à glisser des mannequins androgynes. « Beussanda » dans sa langue natale du Cameroun signifie étoffes nouées, drapées sur un corps. Cette façon de se vêtir, en drapant, nouant ou enserrant un tissu de différentes manières remonte à la nuit des temps, et perdure encore dans de nombreuses sociétés… 
Les couleurs et les formes concourent ainsi à ce qu’il nomme le grand théâtre à ciel ouvert : dans les rues, la générosité et l’élégance naturelle surgissent alors de manière inattendue comme dans un conte de mode où les corps s’expriment à travers le drapé… Et c’est ce sentiment qu’Imane Ayissi est parvenu à capturer. A Paris défilait ainsi une collection où la sophistication de la coupe tout occidentale se conjugue à la nonchalance et l’espièglerie des tissus africains, pour donner vie à une silhouette au raffinement aérien.

La Sublime Santiag de Saint Laurent Paris

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Bien que l’origine exacte des santiags soit mal connue, ces bottes auraient été introduites en Amérique par les Vaqueros venus d’Espagne au début du XVIe siècle. Elle se caractérise par un bout pointu et un talon biseauté, plus ou moins haut. Le nom des « santiags » provient probablement de celui de la ville de Santiago de Cuba. Les Vaqueros ainsi que les indiens ont été les premiers cow-boys d’Amérique, chargés du soin des troupeaux de bovins, de leur migration à travers les États Unis. Au commencement la botte en question était plutôt inconfortable, peu esthétique. Composée d’une tige de cuir souple de chevreau qui s’ajustait parfaitement au coup de pied, d’une empeigne et d’un talon plat. Cette empeigne s’usant bien souvent avant la tige, de nombreux cow-boys en faisaient recoudre une nouvelle chez les cordonniers au milieu des années 1870 et particulièrement dans l’ouest. Ces artisans étaient  des bootmakers plutôt que de vrais cordonniers. Ils offraient notamment une variété de « tiges » faites dans toutes sortes de cuirs ou bien ils travaillaient sur commande .C’est ainsi que naquit un autre type de tige légèrement arrondie sur le haut et sur le devant .Faisant preuve de fantaisie et d’imagination fertile, les bootmakers décoraient les cuirs de surpiqûres en forme de fleurs, d’insecte, de reptiles. Le fameux talon constitué de lamelles de cuir collées entre elles «biseauté» est né de l’expérience des cavaliers Mexicains qui s’aperçurent que quand ils montaient les chevaux, la forme « biseauté » était beaucoup plus adaptée pour ne pas perdre les étriers.

Avec le temps, le découpage de la tige se différencia, en fonction du goût individuel des cow-boys. L’art et la singularité  venait de s’immiscer dans la fabrication des bottes et allait très largement contribuer à leur succès. Dans les premières années du XXe siècle, on vit apparaître des incrustations autour des tiges. Elles plurent vivement aux cow-boys et l’engouement pour ces «fancy boots» fut général. Lorsqu’à  Hollywood des producteurs avisés sentant venir la mode western, commencèrent à faire fabriquer des bottes que les stars portèrent tant à l’écran qu’à la ville. Fabriquées sur mesure et pour le show, à base de peaux exotiques telles que l’alligator, l’autruche, l’élan, ou encore de bison, serpent, lézard, ou peau d’éléphant. De plus les gammes de couleurs étaient plus soutenues, ou ultra sophistiquées. Elles étaient ornées de motifs gravés à la main ou plus souvent par des broderies dans le cuir, comportant des fils d’or et d’argent.

Principalement portée par les hommes, la santiag se féminise dans les années 1950. Elle se démocratise, et devient unisexe. Considérée dans les années 50/60 comme la botte des mauvais garçons, bikers et rockers c’est incontestablement la botte qui a remportée la palme d’or du succès et de l’originalité. Son élaboration a vogué sur plus d’un siècle, pour se retrouver aujourd’hui à Paris chez l’un des couturiers le plus chic du monde.

La Veste de Smoking Saint Laurent Automne-Hiver 2015-2016

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On le sait, Hedi Slimane s’est donné pour mission de mêler la musique à l’art de la mode. Et l’hiver prochain, sur le catwalk Saint Laurent, l’univers rock croise celui de la féminité. A l’image du fondateur chérissant l’effervescence des nuits parisiennes, les belles Saint Laurent deviennent ainsi des oiseaux de nuits, un peu punk, un peu glam, et très rock. De ce savoureux mélange procèdent des silhouettes bien évidemment androgynes ; pourtant, chaque look revêt une part de féminité bien affirmée.

Tout au long du défilé, les mannequins arboraient l’allure de véritables poupées punk habillées de petites robes ou jupes en tulle, accompagnées de vestes classiques. Et justement, parmi ces pièces à la coolitude exacerbée, quelques pièces plus chastes à l’image de la veste de smoking. L’équation reste identique au classique : tombé masculin, revers satiné, et longueur affectée. Jouant donc volontiers des classiques de la griffe, Hedi Slimane fait pourtant l’apologie d’une femme encore plus forte, fougueuse, et qui n’a pas peur d’entrer dans le jeu.

Les Babies

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Adorables et sophistiquées, les Mary Jane ont la réputation d’être des chaussures de filles de bonne famille. Mais ça, c’était avant que les créateurs ne s’en emparent. Il y a d’abord eu Vivienne Westwood pour leur insuffler un punk vitaminé, histoire de percher la beauté féminine sur un talon si haut qu’il en devient un piédestal. C’est pourtant chez Prada que les babies obtiennent leurs galons. Pour la griffe Miu Miu, Miuccia les imagine en effet frôlant l’insolence avec un mélange de matières inattendues – bijoux précieux aux multiples pierres et caoutchouc. Des souliers fantaisistes où se mêlent talons cambrés, patins intégrés, fines brides croisées et décolletés prudes, le tout perché sur une hauteur de talon vertigineuse. L’allure est follement divine.

En 2014, c’est l’interprétation Saint Laurent qui donne le ton. Quand la majorité des créateurs ne présentent que des talons hauts sur les podiums, Slimane, lui, livre d’emblée aux femmes les babies. Vernies ou pailletées, à brides simples ou multiples, en noir ou aux couleurs guimauve, le clin d’œil preppy pop aux incontournables se fait terriblement craquant. Il faut dire que les sixties sont l’apanage de Slimane chez Saint Laurent et, avec elles, l’insouciance et la désinvolture propre à l’époque. Les babies se couvrent de paillettes, de cuir verni tape-à-l’œil, se piquent de cristaux brillants ou de clous métalliques. Bref, les babies font le show, et les femmes en brûlent de désir.

Le Pantalon en Cuir

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Né de la légende des cow-boys de l’Ouest, le pantalon en cuir refait surface durablement avec les motards des années 70/80, aux États-Unis. Tout le monde se souvient de Grease et de ses pantalons en cuir armant la jeunesse en quête de révolution. Ainsi, il gagne sa mauvaise réputation lors des raids violents menés par ces groupes d’hommes, montés sur leur bécane. Vêtement à l’esprit transgressif, que peut nous inspirer le pantalon en cuir pour les femmes d’aujourd’hui ? Dans ces années de libération, la femme porte le pantalon, de façon quotidienne, depuis peu. Ce grand moment de l’histoire de la mode montre aussi les évolutions de la société puisqu’en portant le pantalon publiquement, les femmes exhibent ce nouvel accès aux mêmes rôles que les hommes. Ceci renforce l’ascendant qu’elles commencent à prendre sur la société. D’ailleurs, remarquons que le power dressing d’Armani apparaît à la même époque. La femme s’émancipe, gagne les sphères masculines et s’emparent de leur vestiaire. Ainsi, porter un pantalon en cuir ajoute une nouvelle dimension à cette notion de prise de pouvoir par les femmes, ce vêtement décrivant toutes les notions de masculinité et force inhérentes à ses origines. Jitrois, expert en la matière, fait le pari d’habiller la femme de cuir et parvient avec succès à donner au pantalon en cuir ses titres de noblesse. 
Pourtant, ce pantalon n’est-il pas associé à la notion de rébellion et donc de caractère ? Ce qu’il faut, aujourd’hui, c’est surtout une dose de style et de féminité pour le manier avec habileté. Tout le jeu se trouve dans la composition des forces et des apparences que peuvent révéler l’ensemble de la tenue autour du pantalon en cuir. La femme n’est plus une entité attachée à cette personnalité qui se doit d’être douce et soumise ; elle peut affirmer son côté rebelle, son caractère transparaîtrait presque à travers cette nouvelle peau. Car, s’habiller du pantalon de cuir, c’est adopter une seconde peau, celle définissant une société à plusieurs facette, comme les multiples visages qu’endossent maintenant les femmes jonglant entre carrière et vie personnelle. Les maisons telles que Saint Laurent, Barbara Bui ou encore Ungaro s’amuseront au fil des saisons à décliner les différentes perspectives qu’offre ce vêtement. On se souvient des collections d’Hedi Slimane où la parisienne arbore un slim en cuir des plus rock et des plus actuel. Ainsi, s’il peut rapidement tourner au vulgaire, si l’on ne connaît pas les codes adaptés à son usage, les notions de rock, d’androgynie, mais, aussi, de sensualité sont les bienvenues. En somme, le pantalon en cuir montre une véritable combinaison de la femme du XXIè siècle.

La Marinière Glitter de Saint Laurent

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Si la marinière est entrée au monde le 27 mars 1858, il aura fallu attendre l’été 1962 pour voir un certain Yves Saint Laurent la façonner dans une mode à sa façon. Cet été là, il est le premier à créer des tenues extrêmement élégantes inspirées de ce vêtement de marin un brin retro et très casual. 1966, le génie de l’artiste l’amène à faire défiler ce vêtement de travail sur le podium haute couture de sa collection été, avec des robes rayées et pailletées.

Hedi Slimane, lui, décide de faire du pouvoir magique de la marinière une sophistication iridescente… En 2014, la marinière YSL se pare de l’ADN rebelle du fondateur pour y puiser toute l’énergie d’une icône contemporaine. Une référence aux 70’s qui agite le travail de Slimane chez Saint Laurent. Une appropriation de la marinière dans un esthétique rock, à coup de reflets scintillants et intrigants.

La Collection Monogram de Saint Laurent

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Depuis son arrivée à la tête de la direction artistique d’Yves Saint Laurent en 2012, Hedi Slimane n’a eu de cesse de révolutionner la griffe. Associant patte androgyne, ADN rock, et audace en accord avec la jeunesse d’aujourd’hui, l’artiste dévoile cette année une nouvelle gamme d’accessoires de voyage Saint Laurent, dans la sobriété et le raffinement qui ont fait tout l’attrait des créations de la maison. En fait, si avant lui la maison d’Yves Saint Laurent n’avait jamais développé sa signature sur toile, c’est pourtant bel et bien en hommage à l’héritage d’Yves qu’Hedi Slimane pense cette collection. Il explore, fouille et déniche dans les archives de la griffe une écriture datant de 1961. C’est celle de l’artiste graphiste Cassandre qui, cette année-là, réalisa l’iconique logo YSL. Pour Pierre Bergé, « Cassandre était le plus grand, le meilleur graphiste de son temps ».

Et aujourd’hui, à travers le prisme contemporain d’Hedi Slimane, le logo Saint Laurent est miniaturisé puis répété à l’infini sur le cuir et la toile. Le résultat ? Trente pièces androgynes, de toutes tailles — briefcases, portefeuilles, pochette d’IPad, sac ou étui. C »est un nouvel imprimé signature tout en subtilité qui vient se décliner sur trois couleurs. Sur du noir, sur du brun clair ou du brun foncé, le monogramme se fait raffiné comme un détail. Renforcée par de délicates bandes de cuir noir et réveillée par le nouveau logo doré de la maison, la bagagerie acquiert déjà la désidérabilité des classiques. Obsédante comme une icône. Cependant, les logos sont densément tissés ensemble ; cela pour éviter d’obtenir quelque chose de trop flashy, quelque chose de trop évident. Car, comme Yves Saint Laurent le disait lui-même : « Nous ne devons jamais confondre élégance avec snobisme ». Et c’est ainsi qu’Hedi Slimane a préféré saupoudrer un peu d’abstraction dans la reprise de monogramme. Une manière de célébrer l’intemporalité et la sophistication de la maison Saint Laurent.