La Rolls-Royce Silver Shadow, Icône Démocrate

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La démocratisation grandissante des sociétés au tournant des années 1960 amène Rolls-Royce à penser une voiture de prestige loin de la tradition aristocratique. Sortant ainsi des écuries royales, la Silver Shadow repense le rapport du luxe à la démocratie – commercialisée de 1965 à 1980, avec un prix pour la première fois inférieur à 100 000 francs, elle fut la Rolls-Royce la plus vendue de l’histoire. Dix ans de recherche, de mise au point et de conception furent nécessaires à une telle révolution. Sans rogner sur la qualité ou la superbe des voitures estampées du Spirit of Ecstasy, la Silver Shadow a ouvert Rolls-Royce à une nouvelle clientèle. Plus jeune, plus ouverte, et surtout en phase avec l’époque ! 

Il faut dire qu’avec sa silhouette saillante et un brin moins robuste, la Silver Shadow capture l’air du temps – la ligne ponton, déjà adoptée par les autres fabricants, trouve ici un écho particulier dans l’exécution Rolls-Royce. Symbolisée par une ceinture de caisse rectiligne, la voiture abandonne l’affectation du protocole britannique. C’est que la Silver Shadow fut conçue pour être conduite par son propriétaire – et non par un chauffeur ! Ainsi affûtée dans une affriolante sobriété, la Shadow révèle, dans un équilibre rare, une élégance toute en noblesse. C’est peut-être elle, la ‘meilleure voiture au monde’ tant souhaitée par Charles Rolls et Federick Royce… Une berline à quatre places taillée autour de la signature Rolls’, un long et imposant capot.

En son cœur, le moteur de sa devancière, la Silver Wraith : un V8 de 6,2 litres à course courte et vilebrequin monté sur cinq paliers. Rolls-Royce fidèle à la tradition consistant à ne pas communiquer sur la puissance de ses moteurs, on estime ce V8 capable de propulser la voiture à la paisible valeur de 200 chevaux. De quoi laisser filer dans le vent les ailes de l’iconique Vénus d’argent sculptée par Charles Sykes en 1911… 

La Silver Ghost Rolls Royce, Icône Originelle

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Lorsque Charles Rolls et Henri Royce fondent Rolls-Royce en 1904, ils souhaitent avant tout et pour tout réaliser la meilleure voiture au monde en poussant le luxe dans les moindres détails. Mais tout reste à faire pour ces deux visionnaires, et notamment détrôner les pionniers de l’automobile. C’est ainsi qu’en 1906, Rolls-Royce présente au London Motor Show une voiture pareille à nulle autre – la Rolls-Royce Silver Ghost. Henri Royce la considère déjà comme l’oeuvre de sa vie ; il le sait, elle possède toutes les qualités nécessaires à une grande voiture ! Et il ne s’y trompe guère : la presse s’affole, le public s’extasie : la Rolls-Royce 40/50 HP semble fendre l’espace à la manière d’un fantôme, dans un silence saisissant. La couleur argent de son châssis et ses accessoires lui valent son surnom – la Rolls-Royce Silver Ghost entre dans la légende mais c’est sa performance qui la fait entrer dans l’histoire.

 

Après avoir établi un record d’endurance sur une distance de 23 127 kilomètres, un exploit sans précédent, la Rolls-Royce Silver Ghost acquière sa réputation. Raflant à Mercedes le titre de « Meilleure voiture du monde » Rolls-Royce sonne désormais comme l’élite du constructeur automobile ; et ce, au niveau planétaire. Mais à voiture exceptionnelle, clientèle exceptionnelle. La Silver Ghost se destine ainsi aux rois, empereurs, aristocrates et autres milliardaires. Chose intéressante, le Roi Léopold II de Belgique est le premier à l’acquérir ; chose amusante Lénine, à la tête de la Révolution communiste de Russie en 1917, choisit de rouler en Silver Ghost, comme le Tsar Nicolas II avant lui.

 

En dix-huit années, la Silver Ghost fut produite à 7 800 unités. Remplacé en 1925 par la Phantom I, le modèle originel, appartenant toujours à Rolls-Royce, est en parfait état de fonctionnement, malgré ses 920 000 km au compteur. En 2018, la maison rend ainsi hommage à la voiture qui lui vaut d’être, aujourd’hui encore, considérée comme l’épitomé du style, du savoir-faire et du luxe. Avec la Silver Ghost Collection, Rolls-Royce célèbre la voiture qui défia l’impossible autour de détails faisant écho à son passé. À l’intérieur, l’habitacle garni de cuir Forest Green imite le coloris vert des sièges de la version de 1907. À l’extérieur, un gris sidérant rappelle qu’il s’agit toujours de l’une des voitures les plus abouties de l’histoire ! Une légende en version contemporaine dont la production se limite à 35 voitures.

La Légende Phantom par Rolls-Royce

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Alors que la technologie automobile n’en est qu’à ses balbutiements, l’ingénieur autodidacte Frederick Henri Royce se prend à rêver d’un engin capable de concurrencer train et chevaux. Il en est persuadé : la voiture peut être un moyen de transport performant et accommodant. Mais lorsqu’il rencontre l’aristocrate Britannique Charles Rolls, pionnier de l’aviation et de la course automobile, l’homme en devient convaincu. Ensemble, ils fusionnent talents et situations dans le but de concevoir une voiture efficace, luxueuse et inaltérable – selon leurs propres standards de qualité, très élevés ! Lorsqu’en 1925 Rolls-Royce conçoit les modèles de la catégorie ‘Phantom’, les voitures estampillées du ‘Spirit of Ectasy’ sont déjà reconnues comme étant les meilleures au monde.

 

Modèle convoité aux quatre coins du monde, la Rolls-Royce new Phantom, rebaptisée Phantom I, est produite entre 1925 et 1929. Une automobile d’exception dont la rigueur, le sens du détail et les prouesses techniques figurent aujourd’hui encore pour référence absolue. La pièce respecte en tout point le principe édicté par Henry Royce ; selon lequel il faut « chercher la perfection en tout. » Et c’est en ce sens que la série Phantom déploie toute la finesse des grandes icônes du luxe. Il y a d’abord la grâce incroyable avec laquelle elle se déplace ; l’incroyable silence de son moteur… Un moteur à soupapes en tête de six cylindres avec poussoirs qui permet aussi l’absence totale de vibrations. Puis vient tout le raffinement de sa composition intérieure – une noblesse paroxysmique qui se retrouve dans l’équipement et l’habillage de cette voiture hors norme. Sanctuaire de tranquillité, la Phantom joue à la perfection son rôle d’icône pour les icônes.

 

Et celle qui lui succède, la Phantom IV, est la plus exclusive de toute la série. Se destinant aux têtes couronnées et aux chefs d’état, rien ne semble porter atteinte au plaisir ! Fabriquée à 18 exemplaires, entre 1946 et 1956, elle figure la pure expression du savoir-faire Rolls-Royce – son pinacle même ! Dotée du moteur V8 de la Silver Cloud, d’abord de 6,2 litres, puis de 6,7 litres, cette voiture fut produite en exclusivité pour la noblesse britannique. En 2018, c’est dans une Rolls-Royce Phantom IV, sortie de l’usine le 6 juillet 1950, que Meghan Markle s’est rendue à la Chapelle Saint-Georges du château de Windsor lors du Royal Wedding. Une distinction sans égale fruit de l’architecte d’une élégance éternelle. 

La Série des Rolls de Bernard Buffet

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L’art de Bernard Buffet est absolument hors du temps. Loin des avant-gardes abstractionnistes de l’époque, et complètement déconnectée des œuvres contemporaines trop soucieuses de se conformer et si pressées d’être aimé, le travail de Buffet a tout de l’audace des grandes productions artistiques. Né en 1928 à Paris, dès 1945, Bernard Buffet délaisse les rangs de l’école pour les couloirs des musées : à 20ans, la reconnaissance déjà le trouve. Les premières peintures qu’il réalise abordent les rues de Paris comme personne : trait aiguisé donc pointu, atmosphère lugubre mais vive, le style Buffet dépasse les cases de la peinture figurative. Entre filiation expressionniste et préfiguration de la pop culture, sa peinture se fait ardente !

A une époque où le monde de l’art ne jure plus que par l’abstraction, l’œuvre de Buffet fait figure de colosse – mais un colosse au pied d’argile. Peintre très populaire, son style laisse les critiques pantois ; “horriblement beau“ ou “magnifiquement moche“, qu’importe puisqu’aux côtés de son compagnon Pierre Bergé, l’artiste devient la première pop star du monde de l’art. A partir des années 1950, ils ont eu tout d’abord un vélo, puis un vélomoteur, une 2CV, une Jaguar d’occasion, puis une Rolls, et enfin, ils ont eu un château. A peine trentenaire et au sommet de sa célébrité, l’artiste qui ne savait pas conduire, roulait en Rolls-Royce. Au volant, son chauffeur, Joseph. Homme d’argent, peut-être, mais Bernard Buffet est homme de goût avant tout : « l’argent m’intéresse dans le sens où il me donne ma tranquillité (…) il peut m’isoler des gens monstrueux qui nous entourent » explique-t-il.

Et son ennemi premier pourrait être l’art abstrait, fossoyeur de « l’intelligence immédiate d’une œuvre » selon ses propres mots. Alors, Bernard Buffet se met au vert à partir des années 70 dans ses différentes propriétés pour s’adonner sans ménagement à son art… Le “successeur de Picasso“ s’ouvre ainsi à divers univers : corridas, culture japonaise, scènes du quotidien, paysages urbains ou ruraux, mais aussi l’automobile. Bernard Buffet dédie ainsi certaines de ces œuvres aux Rolls Royce… Il en peindra plusieurs, toujours avec cette même patte étirée, angoissée mais sublimée. En 1956, Paris Match publie un article le montrant dans sa majestueuse propriété de Manimes, nichée dans la forêt de Montmorency, avec sa rutilante Rolls-Royce Phantom IV. Cette Rolls qui, finalement, finira par l’éclipser, tant le monde de l’art ne parviendra à capter la subtilité de cet apparat aristocratique.

La Série des Rolls de Bernard Buffet

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L’art de Bernard Buffet est absolument hors du temps. Loin des avant-gardes abstractionnistes de l’époque, et complètement déconnectée des œuvres contemporaines trop soucieuses de se conformer et si pressées d’être aimé, le travail de Buffet a tout de l’audace des grandes productions artistiques. Né en 1928 à Paris, dès 1945, Bernard Buffet délaisse les rangs de l’école pour les couloirs des musées : à 20ans, la reconnaissance déjà le trouve. Les premières peintures qu’il réalise abordent les rues de Paris comme personne : trait aiguisé donc pointu, atmosphère lugubre mais vive, le style Buffet dépasse les cases de la peinture figurative. Entre filiation expressionniste et préfiguration de la pop culture, sa peinture se fait ardente !

A une époque où le monde de l’art ne jure plus que par l’abstraction, l’œuvre de Buffet fait figure de colosse – mais un colosse au pied d’argile. Peintre très populaire, son style laisse les critiques pantois ; “horriblement beau“ ou “magnifiquement moche“, qu’importe puisqu’aux côtés de son compagnon Pierre Bergé, l’artiste devient la première pop star du monde de l’art. A partir des années 1950, ils ont eu tout d’abord un vélo, puis un vélomoteur, une 2CV, une Jaguar d’occasion, puis une Rolls, et enfin, ils ont eu un château. A peine trentenaire et au sommet de sa célébrité, l’artiste qui ne savait pas conduire, roulait en Rolls-Royce. Au volant, son chauffeur, Joseph. Homme d’argent, peut-être, mais Bernard Buffet est homme de goût avant tout : « l’argent m’intéresse dans le sens où il me donne ma tranquillité (…) il peut m’isoler des gens monstrueux qui nous entourent » explique-t-il.

Et son ennemi premier pourrait être l’art abstrait, fossoyeur de « l’intelligence immédiate d’une œuvre » selon ses propres mots. Alors, Bernard Buffet se met au vert à partir des années 70 dans ses différentes propriétés pour s’adonner sans ménagement à son art… Le “successeur de Picasso“ s’ouvre ainsi à divers univers : corridas, culture japonaise, scènes du quotidien, paysages urbains ou ruraux, mais aussi l’automobile. Bernard Buffet dédie ainsi certaines de ces œuvres aux Rolls Royce… Il en peindra plusieurs, toujours avec cette même patte étirée, angoissée mais sublimée. En 1956, Paris Match publie un article le montrant dans sa majestueuse propriété de Manimes, nichée dans la forêt de Montmorency, avec sa rutilante Rolls-Royce Phantom IV. Cette Rolls qui, finalement, finira par l’éclipser, tant le monde de l’art ne parviendra à capter la subtilité de cet apparat aristocratique.