Blazer, Dents de la Mer et Wetsuit : l’Equation Calvin Klein pour le Printemps/Eté 2019

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Décennie 70 — Calvin Klein capture l’esprit du temps et délivre à toute une génération en quête de vêtements faciles et sexy la silhouette idéale. Une fois passés entre la griffe CK, les maillots de bain et tricots de tennis désormais s’associent à des jupes et pantalons taillés suivant les lignes du tailoring classique. Et depuis deux ans qu’il est à la tête de sa création, Raf Simons n’a de cesse d’injecter une aura toute nouvelle à l’ADN Calvin Klein — au prisme du fantasme d’une Amérique un brin plus sombre…

 

La note du défilé Printemps/Eté 2019 le précise: « Tout voyage à travers les Etats-Unis finit, inévitablement, à la plage. Et c’est là qu’on retrouve cette idée d’une beauté incroyable, mais aussi une certaine tension, entre la mer et la terre, deux mondes en choc. Il y a quelque chose d’inattendu et, toujours, une tentation. Pour moi, Les Dents de la Mer est l’exemple ultime de tout ça. » Fil rouge de cette collection, le film de Steven Spielberg sert ici de continuité au commentaire de Raf Simons — après avoir exploré la face cachée de la pop américaine, puis celle des prudes paysages de prairies, le voici qui s’attaque à l’atmosphère dangereuse qui pèse sur la mer. 

 

La nouvelle collection Calvin Klein 205W39NYC faisait ainsi la part belle aux expérimentations de matières techniques — résultat ? Des combinaisons stylistes aussi pertinentes qu’avant-gardistes ! Blazer et wetsuit, l’équation de la prochaine saison distille une vision très postmoderne de l’univers Calvin Klein. Associée à l’iconique blazer subrepticement oversized, la combinaison de plongée se mue en une robe-jupe donnant l’illusion de pouvoir s’enfiler dès le premier danger venu. Pièce maîtresse qui se trouvera assurément sur les épaules des dits-décideurs du cool, le tee-shirt Jaws, lui, donne la touche pop à un ensemble savamment équilibré.

Le Blazer Calvin Klein vu par Raf Simons pour l’Automne/Hiver 2018

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Depuis un an qu’il est à la tête de la création Calvin Klein, le belge Raf Simons a fait tout ce qu’on attendait de lui, et notamment bousculer les codes de la maison pour mieux les réinventer. Dans son exploration de l’autre Amérique, celle des prairies et des héros de l’ordinaire, Raf Simons pioche une collection Automne/Hiver 2018 comme un kaléidoscope de silhouettes entre rêve de conquête spatial et hiver nucléaire. « La chose la plus importante est de voir comment je peux ajouter d’autres éléments au symbolisme américain que j’ai commencé à utiliser dès le début, et comment puis-je l’expérimenter davantage » précise le designer. 

Parmi les looks ayant défilé, le directeur artistique a cherché à honorer les héros de tous les jours — pionnier, pompier, Warhol, Looney Tunes, Hollywood… Et quand l’American Stock Exchange, qui sert de décor au défilé, est rempli de pop-corn jusqu’au podium, on se dit que le contraste est intéressant. « Cette collection est une évolution de mon idée de Calvin Klein — à la vue de la société américaine – mais à présent plus large, universelle. C’est une allégorie de la rencontre des mondes anciens et nouveaux, liée à la découverte de l’Amérique, la conquête spatiale des années 1960 et l’ère de l’information du XXIe siècle. » Raf Simons est là pour réinterpréter les archétypes américains, et le blazer iconique de la maison Calvin Klein n’y échappe évidemment pas.

Dans cette collection, les pièces et les genres se mélangent et, le blazer Calvin Klein devient un par-dessus. Mais pas n’importe lequel puisqu’il s’extrait du costume du banquier et du citadin pour venir réchauffer une robe somme toute champêtre. Dans l’Amérique de Raf Simons, les vêtements et les références s’émancipent de leurs significations — la silhouette s’élargie, le blazer à gros fils se fait surdimensionné et, accompagné de gants d’argent, illustre un gimmick libéré pour la silhouette de la saison prochaine. Une silhouette Calvin Klein qui fut d’ailleurs longtemps applaudie par le premier rang composé notamment de Nicole Kidman, Laura Dern, Cindy Crawford, et Lupita Nyong’o. 

La Robe Minimale Calvin Klein, Version Raf Simons

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Avec ce second défilé pour la maison Calvin Klein, Raf Simons semble vouloir accéder à l’inconscient même des Etats-Unis – entre rêve Américain et phobies Hollywoodiennes, le designer Belge compose ici avec son expérience new-yorkaise. Six mois après son premier opus pour la griffe, voici qu’il poursuit en même temps la refondation de l’ADN CK… “L’horreur Américaine, les rêves Américains“ – ainsi fut baptisée cette collection décrite par le designer comme étant « une abstraction des horreurs et des rêves empruntés au cinéma, de la fabrique de rêves qu’est Hollywood et ses représentations du cauchemar américain et du pouvoir du rêve américain. » Mais dieu merci, il s’agit de mode et c’est dans une pirouette composée par son ami et artiste Sterling Ruby que Raf Simons distille les éléments d’une culture aussi belle que déjantée.

 Dans une pièce en satin somme toute très Calvin Klein, le directeur artistique de la griffe intègre avec une dextérité folle les signatures morbides que sont des coulisses faites comme des cordes et une reproduction de l’image d’un crash. Mais, là encore, l’esthète qu’est Raf Simons fait un clin d’oeil certain à la folle passion américaine pour les faits divers… en reproduisant une image de la série “Death and Disaster“, elle-même produite par le Pape de l’art sous vide, Andy Warhol. Dans sa découverte de l’Amérique Raf Simons renoue avec l’essentiel de cette culture – comme il le fait d’ailleurs avec la maison dont il tient à présent les rênes.

Il abuse de satin, signature même de Calvin Klein ; il déride le minimalisme qui est le code même de la griffe New-yorkaise pour finalement, référencer avec brio ce qu’il est lui-même en train de découvrir. Dans cette pièce, c’est bel et bien l’élégance de Raf Simons et son éloge des lignes de couture qui viennent épouser la légende des coupes épurées de Calvin Klein. Le tout associé à des détails sportwear. Et voici comment un designer Belge parvient à servir l’une des it-pièces de la saison prochaine – en n’oubliant pas d’assainir ses coupes nettes, presque strictes, qui sont la propre marque de fabrique de Raf Simons.

 

Raf Simons Pour Calvin Klein Automne-Hiver 2017-2018

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« Tous ces gens différents avec des styles différents, des codes d’habillement différents, c’est l’avenir, le passé, l’Art Déco, la ville, l’Ouest américain… c’est toutes ces choses-là, et aucune à la fois. Il n’y a pas une seule époque, une seule chose, un seul look. C’est le brassage de tous ces personnages et de tous ces individus, exactement comme l’Amérique. C’est toute la beauté et l’émotion de l’Amérique. » C’est en effet sur une musique de David Bowie “This is not America », sortie en 1985, que s’est clôt le premier défilé Raf Simons pour Calvin Klein. Un premier défilé qui, dans contexte politique délicat, prend ses distances avec le style plus street-wear emblématique de Calvin Klein, aujourd’hui célèbre pour ses jeans et ses sous-vêtements.

Une griffe street-wise donc, Calvin Kein version Raf Simons s’introduit autour d’un podium surplombé d’une installation de l’artiste Sterling Ruby, autour de la formidable diversité qui constitue les États-Unis. Les mannequins, homme et femme, jouent tantôt de l’allure cow-boy et femme fatale, avec du cuir viril, des transparences délicates, des tailleurs sportswear, et évidemment du denim brut !

Mais Raf Simons vient récemment de quitter la direction artistique de Dior – ses inspirations couture, elles, demeurent. En mêlant les plumes au vinyl, fourrure et autres draperies chics, les pièces Calvin Klein s’élèvent en affichant une admirable unité. L’ensemble se compose autour de lignes d’une rigueur sans faute : chemises militaires et pantalons officier, longues jupes crayons, tailleurs stricts, trench intemporel ou total look denim classique en passant par des réinterprétations du tailoring et du costume Wall Street… Raf Simons est là pour télescoper les univers. Avec un travail de transparence sur des pièces en PVC, alluré et mythifié au contact de brodés de plumes et autres jeux de matières, la pièce la plus désirable du défilé se trouve sans toute dans cette robe toute sportwear aux manches côtelés, transparence intellectualisée et roses d’argent brodées!

 

 

Le Tailleur Bar Dior Printemps-été 2016

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Une maison sans directeur artistique n’est jamais chose inconséquente. Le duo Serge Ruffieux et Lucie Meier, qui en assure l’intérim, a ainsi plongé au cœur des archives de Monsieur, pour donner à Dior l’allure couture post-moderne, déjà initiée et sublimée par Raf Simons. Et c’est la cour du musée Rodin qui avait servi de théâtre à la collection placée sous les signes de la chance et des superstitions.

Comme un hommage au goût de Christian Dior pour l’innovation et la recherche de formes nouvelles, le travail de Ruffieux et Meier tournait autour des broderies, des coupes et de décolletés travaillés avec la plus grande virtuosité par les ateliers. Épaules dénudées, décolletés décalés, l’amour de la nature partagé par Monsieur Dior s’incarnait aussi dans les fleurs, les insectes et autres volatiles qui, au détour d’une veste drapée ou tombant nette, surgissaient dans un mouvement très néo-couture.

Et c’est dans cet esprit que le Tailleur Bar fut complètement réinventé. « Repenser l’architecture particulière de la veste Bar, pour dénuder son dos tout en marquant sa taille, ou pour dégager les épaules tout en assurant de la tenue aux manches et au buste » pouvait-on lire dans le communiqué presse. Il est vrai que la veste gagne en désirabilité lorsque les manches extra-longues se font creuser pour démultiplier la sensualité du geste. En laine écrue, brodée de brins de muguet, l’une des fleurs fétiches de Christian Dior, la veste Bar s’impose donc sous nos yeux dans une attitude douce et libre, mais nuancée.

Le muguet de Dior en Quelques Dates

Les années 1940 : Ainsi que sa rose bien-aimée, Dior a une passion pour le Muguet. Il le porte comme ornement sur ses vêtements et depuis le début le muguet devient un des traits distinctifs de la maison Dior.

1954 : Christian Dior célèbre le muguet en nommant la collection Printemps/été exactement comment sa fleur bien-aimée.

1956 : Avec le maître parfumeur Edmond Roudnitska, il crée «Diorissimo», un parfum avec une intense note de muguet

1956 : Christian Dior crée une robe finement brodée avec muguets et faux diamants. La robe apparaîtra dans le film «Paris Palace Hotel».

1957 : Christian Dior dessine la robe emblématique «Le muguet», dans le cadre de sa nouvelle collection «Libre».

1959 : Grâce à Roger Vivier, les muguets entrent en scène sur les chaussures Dior.

1957 – 2000 : Même après la mort de Dior, le muguet devient un symbole emblématique de la maison. Pendant trois décennies Yves Saint Laurent, Marc Bohan et Gianfranco Ferrè, maintiendront la fleur bien-aimée du créateur au centre de ses collections.

Les années 2000 : L’intérêt de Dior pour le muguet trouve expression dans plusieurs secteurs du luxe. De la décoration d’intérieur aux arts de la table, jusqu’aux accessoires pour hommes et au design des vitrines. Baby Dior fait une grande utilisation des muguets ainsi que le cristal Dior en baccarat.

2000s : Pendant son histoire Dior a célébré plusieurs fois les muguets à travers les joyaux. Mais Victoire de Castellane va en fait plus loin, en dédiant certains uniques et précieux chefs-d’oeuvre à cette fleur.

2007 : Pour la collection Automne/Hiver John Galliano rend hommage au muguet Dior, en renouvelant à travers son style une emblématique robe Dior noire. Gisele Bundchen porte une emblématique broche Dior des années 1950 inspirée des muguets.

2012 : A l’occasion du 1er Mai, la maison Dior rend hommage au model «Muguet», avec un événement virtuel dédié à la célèbre robe de soirée de la collection Haute Couture 1957 Printemps/été.

2014 : Pour la collection Automne/Hiver Raf Simons transforme les muguets en un motif pour homme, au point que manteaux, pulls et costumes sont recouverts de fleurs. L’événement porte totalement sur la fleur: les invités sont accueillis avec un bouquet de muguets et une brève brochure qui explique son importance pour la maison.

2016 : Maria Grazia Chiuri célèbre le muguet avec une robe cousue main et finement brodée avec des perles et  autres matériaux précieux.

La Robe Corolle Haute Couture Dior Automne/Hiver 2016

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Afin de réaliser sa collection haute couture 2016, Raf Simons est parti de quelques concepts : la pureté, l’innocence, l’opulence, mais aussi la décadence. Dans un temps coincé entre deux, la saison couture de Dior s’écrit à l’aune des maîtres primitifs flamands. Nous parlons de ceux d’Anvers, cette ancienne région des Pays-unis, aujourd’hui nommés Pays-Bas. En les faisant rencontrer les maîtres artisans de la haute couture française, Raf Simons réussit la synthèse difficile entre techniques plastiques et art majeur. Le résultat lui-même détonne : entre réserve ecclésiastique, envolée champêtre et décadence d’Ibiza, l’artiste met au jour une nouvelle femme Dior, libre, et encore plus stylisée.

            Ouvert, fermé, exposé, le corps appairait plus vivant que jamais. Dans cette robe corolle, les femmes fleurs de Christian Dior prennent vie dans un sens inédit. Eclairée à la lumière du Jardin des Délices du peintre Jérôme Bosch, la modernité de la féminité de Raf Simons se cache là. Dans ces références artistiques allant jusqu’au pointillisme qui vient griffer, pour l’embellir, la robe corolle de la collection couture 2016. Comme les fleurs habituelles de Dior, il brouille ici la tradition de manière impressionniste, sur des robes aux proportions follement XIXe. Une pièce hautement désirable. Oui, Raf Simons parvient ici à transformer le passé pour donner sens à aujourd’hui.

Le Palais Bulles

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L’auteur de cette folie organique ? Antti Lovag, un artiste hongrois visionnaire se définissant lui-même comme un « habitologue ». En 1977, il se voit confier par Pierre Bernard, un riche industriel, la construction de ce projet inédit. Mais à sa mort, l’habitation n’est pas achevée. Séduit par le lieu Pierre Cardin rachète l’ébauche au début des années 1990 et fait appel, à son tour, à l’architecte pour terminer le projet.

L’inventeur de la mode futuriste, le créateur de la robe bulle, l’obsessionnel du rond, l’affirme : « Cette maison correspondait à mes émotions, à ce que j’avais de plus profond en moi. J’aime cette maison, aussi naturelle qu’une matrice. Depuis mes débuts dans la mode, le rond est une constante. Il symbolise l’infini, le mouvement perpétuel, la perfection, bref, la vie ». Le point de départ « théorique » est la volonté de créer une enveloppe autour des pratiques et des besoins quotidiens de la vie de l’homme : la convivialité, le rapport harmonieux avec la nature, la fonctionnalité et la commodité des aménagements. L’intérieur se caractérise par des séquences spatiales d’esprit organique et matriciel et par un large emploi du marbre et de la pierre. Ni angles ni arêtes vives, tout est rond : portes, tables, lits, baignoires et même la télévision ! Ronds aussi, les deux piscines extérieures et l’amphithéâtre que Pierre Cardin fit construire en dernier. « Elle a été la première maison ronde de l’histoire déployée sur une telle surface. Il n’en existe aucune autre similaire. Elle est vraiment unique. » En 1999, le Palais Bulles est classé au patrimoine des monuments historiques. C’est aujourd’hui l’une des résidences privée de Monsieur Cardin.

Raf Simons directeur artistique de la maison Dior a choisi cette saison l’emblématique Palais pour la présentation de la collection croisière.Un retour aux sources en quelque sorte car le couturier, a travaillé au début de sa carrière chez Christian Dior, en 1946. « J’ai été le premier employé de la maison Dior! Et ce durant trois ans ». Ainsi les grands esprits se rencontrent, les mémoires se croisent, les silhouettes défilent dans ce lieu unique au monde : le Palais Bulle.

La Robe Bustier Haute Couture Printemps/Eté 2015 de Dior

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« Les périodes de temps sont confondues. » Raf Simons a longtemps refusé de s’inspirer du passé, prétextant que la nostalgie d’un temps révolu ne peut satisfaire la soif créatrice d’un avenir à faire. Pourtant, le voilà qui reconnaît aujourd’hui toute la beauté que renferme le siècle passé. Ainsi, à la romance des années 50, l’artiste s’éprend à conjuguer l’expérimentation des années 60 et la libération des 70’s. Le résultat ? La femme-fleur de Monsieur Dior s’allure avec goût et dissonance. Pour chaque vêtement, en effet, les ornements les plus délicats côtoient les matières les plus modernes et, se superposant les uns aux autres, c’est dans une complexité technique que se révèle l’incroyable travail des ateliers de la Maison de l’Avenue Montaigne.

La « femme-fleur » sous le prisme d’une esthétique Raf Simonienne se glisse alors dans une robe bustier à la taille appuyée, et à la géométrie parfaite. En jouant avec les volumes, le designer belge fait la fusion hallucinogène de deux des thèmes forts de la maison : le tailleur bar et la fleur qui, sous son impulsion, se chargent de références pop et d’expérimentations technologiques. La fleur se retrouve justement taillée dans des paillettes et brodée en sorte de guipure dans un bleu marine riche et profond. Nul besoin de douter, l’excellence des ateliers de haute couture est poussée vers de nouvelles limites : avec l’idée d’ornement devenu architecture, la parure du vêtement se veut graphique. Et finalement, c’est la haute couture tout entière qui franchit de nouvelles limites.