La Première Campagne Raf Simons : Un Passé-Présent

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Les premières photos de la campagne printemps-été 2013 Raf Simons pour Dior circulent déjà sur papier ou tablette. Sur un décor blanc, épuré, les petits nuages surréalistes de Magritte parsèment une aura immaculée, minimaliste et follement poétique.

Puis, se greffe le style du créateur belge : un chic géométrique plein de discrétion et de délicatesse ; comme pour darder le grandiloquent de John Galliano. Cassant la faculté du britannique à contraindre les femmes sous une fantaisie qui n’appartient plus à cette ère, Raf Simons cherche à mettre en exergue la sensibilité à fleur de peau du « bel animal » qu’est la femme.

Sous l’objectif de son ami et photographe Willy Vanderperre, Raf Simons fait poser de vivantes poupées, drapées dans un vestiaire masculin-féminin, que l’architecture corolle corrèle à l’imaginaire. Les pièces phares y sont divulguées. Micro-jupes noires en soie irisée, tops aux tons pastels en jersey de soie qu’un énorme nœud noue dans le dos… Le smocking reste néanmoins la grande réussite de cette première. Alors que chez Saint-Laurent on actualise les codes, c’est ici un tailleur-pantalon dont la veste fleure bon le tailleur-bar époque Christian Dior qui témoigne d’un retour à l’authentique. Pourtant, si le nouveau directeur artistique joue du passé c’est pour mieux s’imprégner du présent. Et, l’unité se crée.

2012 Fashback : L’Escarpin Dolly Art Basel par Charlotte Olympia

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Du 6 au 9 Décembre, l’endroit où il faut être est Art Basel, la foire d’art des XX° et XXI°s, qui se tient à Miami Beach. La créatrice Charlotte Olympia l’a bien compris et édite à cette occasion une collection capsule autour de son escarpin phare : le Dolly. 

En effet, elle pare ici le soulier aux 15cm de talons et reconnaissable par sa plateforme dorée d’une toile de peintre et s’entoure de la body-painter Boyarde pour nous livrer une édition limitée célébrant sa passion pour l’art moderne, vendue exclusivement chez Neiman Marcus durant le Salon.

De Van Gogh à Mondrian, six artistes passent sous le pinceau de l’artiste mettant chacun à l’honneur un mouvement artistique majeur du XX°s, comme un écho aux œuvres présentées dans les galeries de Miami Beach cette semaine.

Sous la houlette de Charlotte Olympia, les « high heels » se muent en « high arts » et la bulle sur le soulier en l’honneur de Roy Lichtenstein nous dit « just one more pair » comme verbalisant nos désirs les plus chers. 

L’Immortel Blouson Biker de Rick Owens

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On dit des hommes fanatiques de surréalisme et d’étrange, vivant au rythme de leur flou artistique souvent très arrangeant, qu’ils sont des ovnis. Tout ça, à cause d’un célèbre blouson biker ou du blouson en cuir bouilli de Rick Owens. Peut-on réellement croire en ce créateur de mode américain avide de matières travaillées et d’ambiances dignes de scénarios cinématographiques extravagants, lorsqu’il nous définit ses inspirations comme étant un subtil mariage entre le glamour et le rock ?

Si du point de vue d’un humain tout-à-fait normal (en apparence), sont cités des termes tels « gothique », « grung », « punk » ou encore « trash », il convient désormais de se laisser porter par l’imagination « vraie », la seule difficile à décrire et d’oublier les redites. Ce n’est tout de même pas un coup de ciseaux décalé ou des coutures de travers qui font du style de Rick Owens un style juste « dark ». 

Penchons-nous de plus près sur son incontournable création, ce blouson biker en cuir, porté des plus grands ou plutôt des plus grandes, comme Kate Moss qui fut l’une des premières à trôner, encore et toujours, sur d’éternels clichés de papier glacé soigneusement sélectionnés pour Vogue Paris en 2001. Manches froncées à l’air figé dans le temps et l’espace, fermeture éclair asymétrique rendant un « habit » quasiment hermétique au monde réel, col replié sur les épaules mais ayant bien évidemment la capacité de se fermer à la vitesse d’une plante carnivore, souplesse d’un cuir de grande qualité oblige. De matières brutes naissent de véritables pièces futuristes : la plus réputée, répandue, reconnue, c’est ce blouson phare, qui, encore et toujours rayonne sous les projecteurs des plus grands podiums. Clin d’oeil charbonné de coal au défilé automne hiver 2012-2013. Se glisser dans ces assemblages de matières, de conceptions, de tissus intelligents, fait des Ovnis cités précédemment, célèbres ou non, des « hommes » prêts à affronter le quotidien disons physique. 

Rick Owens serait-il devenu le gourou de la mode, prêchant un langage stylistique trop avancé pour le commun des mortels ? Et quand ces silhouettes insolites, pouvant être perçues comme de véritables envahisseurs venus d’ailleurs, s’emparent de la scène, on se demande encore si on a marché sur la lune ou si l’on se trouve en face d’intelligence artificielle. On dit, enfin Brian Aldiss affirme que les Supertoys durent tout l’été. Le blouson biker, lui, dure toute l’année. Indépendante de tous les grands groupes du luxe, la Maison Rick Owens est l’incarnation d’un monde futuriste, si bien qu’en 2007, son créateur reçoit un prix américain prestigieux dans le domaine de la mode l’honorant d’un excellent travail de stylisme : le Cooper Hewitt Design Award. Ainsi, cette même année un livre retraçant sa rétrospective « L’ai-je bien descendu ? » paraît. Une signature tant rock’n’roll que révolutionnaire, consciente d’être hors du temps et marquant le monde de la mode d’une éternelle empreinte cosmique.