La Robe Tout en Avant-Garde par Proenza Schouler pour le PE 2019

image_12-09-2018_a_20.03-2.jpg

Le retour le plus attendu en ce début de Fashion Week new-yorkaise était celui de Proenza Schouler. Après deux saisons passées à Paris, le duo le plus cool de ces deux dernières décennies présentait au coeur de Wall Street une collection comme une ode au textile phare de l’Amérique. Motivés par deux années passées à explorer matières et savoir-faire des maisons parisiennes, c’est au denim que Lazaro Hernandez et Jack McCollough consacrent leur collection Printemps/Eté 2019. 

 

« On travaillait énormément sur l’aspect technique de la chose, pour faire le poids face à Dior ou Chanel qui présentaient également à Paris. On ne voulait plus miser là-dessus, et le défi créatif a été de tout dépouiller à nouveau. Toute la collection est faite de coton et de denim, avec un tout petit peu de cuir et des embellissements. »  Ainsi en vedette, la robe hybride portée par Sasha Pivovarova assume une avant-garde bien tranchée ! Dans un blanc immaculé, la taille extra-basse façon années 20, la pièce phare du vestiaire Proenza Schouler se destine à habiller une cliente férue de vêtements ciselés — une femme attirée par la pertinence d’un vestiaire tout en réalisme !

La Blouse See Through Habille l’Homme Saint Laurent du Printemps/Eté 2019

_93a2907.jpg

A l’heure où l’on interroge les codes même de la masculinité, Anthony Vaccarello envoyait sur le podium la semaine passée une vision éminemment révolutionnaire de l’homme façon Printemps/Eté 2019 — un homme qui assume sa ‘virilité’ au contact d’une pièce venue tout droit de la grammaire iconique de la maison Saint Laurent. Et si en 1968, Yves Saint Laurent donnait aux femmes la pièce clé d’un vestiaire puissant et sexy, libéré et sophistiqué, l’actuel directeur artistique de la maison se glisse dans les pas mêmes du fondateur. 

La blouse See Through habille en effet l’Homme Saint Laurent du Printemps/Eté 2019 — une pièce rock mais classique, sensuelle mais stricte. Pièce vedette d’un défilé s’étant tenu sur les berges de l’Hudson River en périphérie de New York, la blouse See Through gagne en pertinence dans une version finalement très contemporaine. Donner une vision différente de l’homme; ouvrir de nouvelles possibilités d’appréciation de la décadence; le luxe chez Saint Laurent se réfère cette année à un New York fantasmé. 

« C’est pourquoi quand je conçois le prêt-à-porter masculin Saint Laurent, je m’imagine Saint Laurent lui-même. Il portait des pantalons taille haute, des chaussures pointues; sans être trop littéral, nous ne sommes plus dans les années 1970. J’aime être entouré de toutes ces images de Saint Laurent en partant de rien chaque saison » confiait Anthony Vaccarello aux abords de son défilé. Et il est vrai que Monsieur Saint Laurent a aujourd’hui de quoi inspirer plus d’une révolution! 

 

Doria Arkoun

La Saharienne de l’Homme Saint Laurent pour le Printemps/Eté 2019

_93a3265.jpg

Délaissant Paris pour New York le temps d’une collection, l’Homme Saint Laurent du Printemps/Eté 2019 se pense en miroir du fondateur — période 1970. Ne pouvant puiser dans les codes de la maison la ligne directrice de la silhouette masculine – Yves Saint Laurent n’ayant jamais pensé aux pièces pour hommes – Anthony Vaccarello a préféré jouer de l’allure même du plus bohème des couturiers. « Quand je conçois le prêt-à-porter masculin Saint Laurent, je m’imagine Saint Laurent lui-même. Il portait des pantalons taille haute, des chaussures pointues; sans être trop littéral, nous ne sommes plus dans les années 1970. J’aime être entouré de toutes ces images de Saint Laurent en partant de rien chaque saison » a t-il confié aux abords de son défilé. 

Et il est certain que la silhouette vedette de la collection Printemps/Eté 2019 a quelque chose du chic éminemment bohème d’Yves Saint Laurent. Un brin de Rive Gauche mêlé aux inspirations safari — l’homme Saint Laurent 2019 se glisse volontiers dans une saharienne en cuir ultra-désirable. Une pièce sans genre qui, lacée et ceinturée, signe une masculinité sensuelle et affirmée. Clin d’oeil appuyé à la mythique saharienne imaginée en 1968, le défilé mettait aussi à l’honneur l’une des soirées les plus mémorables du Studio 54 — le lancement d’Opium, en 1978, un jus charnel au parfum de scandale. 

C’est ainsi qu’Anthony Vaccarello a fait de New York la toile de fond de son défilé; et l’atmosphère fleurait bon la décadence sophistiquée du Studio. En 1978, on comptait parmi les invités Cher, Truman Capote et Diana Vreeland. Andy Warhol, absent, s’en serait mordu les doigts, tant l’évènement est devenu légendaire! Au premier rang cette fois, on remarquait Kate Moss, Charlotte Gainsbourg, Ezra Miller, Lauryn Hill, Selah Marley, et Travis Scott. Un décor époustouflant car ouvert sur Manhattan — pour son premier défilé homme, Vaccarello recréait une version contemporaine de l’évènement ! 

Doria Arkoun

La Manhattan de Meyrowitz

manhatttan-acetate-noire.jpg

Etablie en 1875 à New York, la maison Meyrowitz lie rapidement sa tradition Parisienne à la culture Américaine. Comme en témoigne l’icône et objet du désir le plus vendu de la maison – la Manhattan. De Londres à Paris en passant par la Grand Pomme, la Manhattan s’inspire de nombre de lignes et références – inspirée d’un dessin des années 50, la lunette est aussi et surtout un hommage au talent exceptionnel de Woody Allen !

« Son succès international est tel que c’est une joie d’accueillir nos clients qui arrivent en nous disant : ‘J’aimerais avoir une Manhattan’ » commente Jean-Manuel Finot, directeur général à Paris. Et il est vrai que la Manhattan a tout du it – rééditée en 2002 avec ses cotes et dimensions actuelles, la pièce est réalisée dans la pure tradition de Meyrowitz… Charnières rivetées et brillantage à la main, la lunette distille tout de l’aura et du luxe d’une paire d’époque.

Un style éternel qui sied tout aussi bien les hommes que les femmes. Coulée en noir, sa couleur de prédilection, la Manhattan parvient à faire ressortir ses volumes avec une grâce convaincante ! Mais, succès oblige, l’icône de la maison Meyrowitz est aujourd’hui disponible dans des teintes d’imitation corne ou écaille… Pourtant, c’est taillée en écaille de tortue véritable, matière désormais très rare, qu’elle distille tout de la sophistication d’une si grande maison !

Le Costume Tapisserie Prada Croisière 2019

le-defile-prada-resort-2018-2019-photo-6.jpg

C’est au septième étage de la Piano Factory, quartier général New-yorkais de la maison, que Miuccia Prada faisait défiler la semaine passée sa collection Croisière 2019. Un exercice qui, s’il apparait nouveau pour la maison, distille tout des gimmicks chers au style Prada. « La collection exprime ma vision de ce qui est réel, de ce qu’on veut porter aujourd’hui, du moins, c’est la façon dont je le rêve. » Une collection où l’étrangeté-chic de Prada se révèle une nouvelle fois efficace de bien des façons.

Fidèle à sa griffe, Miuccia Prada a ainsi fait défiler des silhouettes aussi étonnantes que pertinentes – à l’heure d’une mode plus audacieuse qu’élégante, la pionnière du laid-sublimé renouait ici avec nombre de ses gimmicks iconiques. A l’instar de cet ensemble veste-pantalon trempé dans un motif tapisserie très seventies. Déjà, lors de la collection Printemps/Eté 1996, Miuccia Prada faisait faire un grand bon à la mode en faisant défiler nombre d’imprimés jugés ‘laid’ aujourd’hui synonymes d’avant-garde…

Justement, la collection Croisière 2019 renoue avec l’ADN même de la maison Milanaise – un ensemble veste-pantalon taillé à la perfection, vibrant au contact d’un imprimé à l’effervescence assumée! Silhouette phare de la collection, l’ensemble célèbre ici le monde Prada. Un monde fantastique et riche en contrastes ; une mode bourgeoise pourtant éminemment poétique. Un style antiglamour qui, en 2018, continue d’incarner la figure de proue d’une mode décomplexée.

Le Télescopage et la Chapka Prada Croisière 2019

prada_resort_19_015_jpg_6128_north_660x388_white.jpg

C’est la ville de New York que la maison Prada a choisit pour faire défiler l’une de ses rares collections Croisière. Et celle de 2019 signe le meilleur de l’ADN de la maison Milanaise. Il faut dire que la griffe Miuccia est depuis longtemps à l’avant-garde du système – un système qui, aujourd’hui, ne jure que par un chic étrange, dérouté, détourné. Justement, lorsque Miuccia Prada arrive sur le devant de la scène au milieu des années 1980, l’héritière s’attache à développer une mode à contre-courant ; une mode inspirée et percutante. Là, les styles, les imprimés, les coupes et les références se mélangent dans une cacophonie étrangement convaincante.

Aujourd’hui, la silhouette phare de Prada distille une mode qui ne se conjugue ni en genre, ni en nombre – une silhouette où le tee-shirt en lurex vient embrasser une longue jupe en mousseline de soie. « C’est comme mon fantasme de la réalité » déclarait backstage l’intéressé. Un fantasme qui, pourtant, touche de près à l’actualité, tant Miuccia Prada a en effet su faire se rencontrer détails geek, confort athleisure et préciosité un brin surannée.

Un opéra d’époques et d’influences ici chapeauté par une chapka des plus inspirées ! Ce couvre-chef, Miuccia Prada raconte l’avoir vu sur l’un de ses fils tout juste de retour d’un voyage en Russie. Mais une fois passée au filtre de l’ADN Prada, la chapka ne peut que gagner en style, imprimée de l’iconique motif tapisserie. Miuccia Prada vient sans doute d’inscrire là le geste mode de la prochaine saison !

La Robe Minimale Calvin Klein, Version Raf Simons

calvin_1.jpg

Avec ce second défilé pour la maison Calvin Klein, Raf Simons semble vouloir accéder à l’inconscient même des Etats-Unis – entre rêve Américain et phobies Hollywoodiennes, le designer Belge compose ici avec son expérience new-yorkaise. Six mois après son premier opus pour la griffe, voici qu’il poursuit en même temps la refondation de l’ADN CK… “L’horreur Américaine, les rêves Américains“ – ainsi fut baptisée cette collection décrite par le designer comme étant « une abstraction des horreurs et des rêves empruntés au cinéma, de la fabrique de rêves qu’est Hollywood et ses représentations du cauchemar américain et du pouvoir du rêve américain. » Mais dieu merci, il s’agit de mode et c’est dans une pirouette composée par son ami et artiste Sterling Ruby que Raf Simons distille les éléments d’une culture aussi belle que déjantée.

 Dans une pièce en satin somme toute très Calvin Klein, le directeur artistique de la griffe intègre avec une dextérité folle les signatures morbides que sont des coulisses faites comme des cordes et une reproduction de l’image d’un crash. Mais, là encore, l’esthète qu’est Raf Simons fait un clin d’oeil certain à la folle passion américaine pour les faits divers… en reproduisant une image de la série “Death and Disaster“, elle-même produite par le Pape de l’art sous vide, Andy Warhol. Dans sa découverte de l’Amérique Raf Simons renoue avec l’essentiel de cette culture – comme il le fait d’ailleurs avec la maison dont il tient à présent les rênes.

Il abuse de satin, signature même de Calvin Klein ; il déride le minimalisme qui est le code même de la griffe New-yorkaise pour finalement, référencer avec brio ce qu’il est lui-même en train de découvrir. Dans cette pièce, c’est bel et bien l’élégance de Raf Simons et son éloge des lignes de couture qui viennent épouser la légende des coupes épurées de Calvin Klein. Le tout associé à des détails sportwear. Et voici comment un designer Belge parvient à servir l’une des it-pièces de la saison prochaine – en n’oubliant pas d’assainir ses coupes nettes, presque strictes, qui sont la propre marque de fabrique de Raf Simons.

 

Le Retour d’Helmut Lang, et l’Ensemble Immaculé

helmut_1.jpg

Helmut Lang est l’un des rares noms de la mode à être si souvent associé aux moments-clés de son histoire – et c’est peu dire lorsque l’on sait que la maison a été active de 1986 à 2005. Avant d’incarner la griffe emblématique des années 90, Helmut Lang, c’est d’abord un autodidacte Autrichien ayant fait, pour un temps, de la mode sa terre d’expression. De cette mode architecturée, il explore, le premier, un style asexué quand, sur les podiums de Paris ou de New-York, il distille l’uniforme d’une nouvelle génération de créatifs moderne et urbaine. Pantalon et T-shirt en coton blanc, slip-dress et bottes de motard, veste bombardier et jeans repeints – les icônes d’Helmut Lang sont les lieux communs d’aujourd’hui. Seule diffère la griffe sur l’étiquette… Dans une veine brutaliste mais poétique, le designer met au monde une ribambelle de pièces cultes qui, piquées de références militaires et fétichistes, mettent  rapidement en émoi toute la fashion sphère.

En 2003, Helmut Lang se confie dans une interview donnée à Libération : « Depuis deux saisons, je développe une idée amorcée il y a dix ans, celle de «l’accessoire-vêtement. » Cela répond à une notion de vêtements transformables qui, suivant la façon dont on les porte, offrent des ambiances différentes. » Pour le Printemps/Eté 2018, c’est Shayne Oliver, fondateur de Hood by Air, qui se prend à bras-le-corps l’envie de ressusciter les icônes Lang – le soutif-bag en tête. Supervisé par Isabella Burley, il pense ainsi une Re-Édition des pièces issues des archives ; et le résultat est plus que réussi. À l’instar de cet ensemble d’un blanc immaculé, au minimalisme ultra-maîtrisé, la nouvelle collection Helmut Lang réintroduit ses codes sans trop forcés. Blanc sur blanc dans un satin inhabituel pour l’ensemble, les lignes de bondage, les références asexuées et la maîtrise des coupes sèches fondent ici un costume hommage plus désirable que jamais

Et il y a longtemps que la griffe Helmut Lang est aimée pour faire des pièces du quotidien, les must have d’un luxe savamment dévergondé. « Je voulais seulement rappeler l’atmosphère sensuelle » souligne Shayne Oliver. C’est bel et bien cet esprit que distille sa première collection pour Helmut Lang – une collection qui remet au goût du jour la subtilité des compositions alléchantes, basiques mais fétichistes d’un autodidacte devenu depuis une légende de la mode.

Marc Jacobs et son Iconique Pardessus XXL

810-13.jpeg

À 54 ans Marc Jacobs entre dans sa 25e année d’activité modesque, et, ce n’est pas pour rien qu’il célèbre l’évènement à travers une collection medley. Pour le Printemps/Été 2018 , le designer propose une rêverie, une envolée loin de New York et sa région. Quelque Part, ou Somewhere, c’est ainsi qu’il baptise cette collection annoncée comme « une ré-imagination des saisons passées. » Mais il ne faut guère s’y méprendre : Marc Jacobs signe là une pléthore de silhouettes fantasmées, comme extraite d’un été passé dans un monde rêvé situé dans des tropiques paradisiaques. Dans ce contexte mirifique, les archives, ou plutôt les codes de Marc Jacobs épousent donc la légèreté, les imprimés et finalement , l’audace des antipodes. Et d’antipodes, il en a toujours été question dans la création de l’Américain.

La collection Printemps/Été 2018 de Marc Jacobs ne se contente pas de citer ses icônes ; plutôt de les distordre, les exagérer au prisme d’un exotisme décadent. Dans l’enceinte gargantuesque du Park Avenue Armory, ses mannequins avancent pourtant dans le silence le plus total. Aucune musique n’habille leurs pas, et dans cette atmosphère quasi religieuse, les regards se centrent sur l’essentiel : le vêtement. Justement, lorsque le glamour des sequins épouse admirablement l’adoration et les pièces streetwear du designer, il n’y a plus aucun doute : Marc Jacobs renoue avec ses premiers hauts faits. Le défilé trouve son point d’orgue dans ce pardessus XXL à carreaux savamment rattaché et ajusté par un système de cordes. Le turban orange, porté ici par Gigi Hadid, est un clin d’oeil au fameux turban argenté porté par Kate Moss lors du Bal du Met – une édition co-organisée par le duo  en 2009.

En total contraste avec la mise en scène, le défilé est une explosion de couleurs et de coupes oversized exagérées, estampes florales hallucinantes, couleurs vives, nombre de références se dessinent ici. On reconnaît les filles du Studio 54 introduites pour la collection Printemps 2012, les filles Jamiroquai de l’Automne 2012, les anges hivernaux de l’Automne 2014 ! Tant d’éléments iconiques du vestiaire Marc Jacobs retravaillés dans une exagération de circonstance.