Armando Costa, Premier Lauréat I’M Alumni Collections Evolution

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La mode, pour Armando Costa, est l’une des seule forme d’expression capable de combler le vide de l’infinité infinie. Premier lauréat du mécénat tout juste inauguré par l’Institut Marangoni de Milan, le designer introduisait lors de la semaine de la mode Printemps/Eté 2018 sa toute première collection. Il faut dire que le jeune homme fut diplômé de l’Institut en 2006 – et c’est là tout l’intérêt de ce nouveau mécénat. Imaginé pour promouvoir et soutenir le travail d’anciens étudiants, le projet exceptionnel I’M Alumni Collections evolution, confirme l’implication de l’école dans la mise en valeurs de ses talents. Une aide économique et organisationnelle donc, qui vient propulser de nouvelles idées sur le devant de la scène mode. 

Pour sa première collection sous l’égide du projet, Armando Costa a ainsi présenté une ligne largement inspirée du thème du voyage – un nomadisme élégant où se mêle couleurs fluorescentes et noblesse des matériaux de l’artisanat Italien. Les teintes des néons des hôtels de Las Vegas se mêlent ici aux patterns des moquettes et autres intérieurs de ces mêmes palaces et casinos qui ne connaissent aucune limite. Mieux, c’est aussi dans les ornements baroques et gothiques des églises qu’Armando Costa pioche les détails des silhouettes inspirées de l’esprit gitan ! Exquise et exotique, sa collection se veut la pure expression d’un voyage à travers le temps et l’espace. 

« L’école a toujours été très attentive à l’avenir professionnel de ses étudiants. Nous sommes donc très fiers de pouvoir offrir cette opportunité extraordinaire, dans laquelle nous croyons fermement,  faire émerger les vrais professionnels de demain. Le projet fait partie des activités et des événements promotionnels à l’appui de I’M anciens, afin d’offrir de nouvelles opportunités, réseau privilégié et le partage des valeurs et des compétences communes » explique Roberto Riccio, Directeur Général du groupe Galileo Global Education. Une façon de rester connecter aux talents de demain. 

La Coupe, Maîtrise Absolue d’Hussein Chalayan

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Hussein Chalayan est l’un des designers les plus aboutis de sa génération – un designer mêlant très tôt la haute technologie à la mode dans des pièces au succès commercial jamais contesté. Au tournant du XXIe siècle, Time magazine le place parmi les 100 innovateurs les plus influents du nouveau siècle – il est alors le seul designer mode cité. Ses défilés ne sont pas seulement reconnus pour leur créativité. C’est aussi et surtout le génie de la coupe et de la couture qui laisse pantois nombre de rédactrices mode. Justement, pour son défilé Printemps/Eté 2018, la maison Chalayan replace au cœur de son propos la coupe et la puissance la simplicité.

Pièce majeur de cette collection, ce costume coupé en gris ardoise et piqué d’un châle ultra-léger noir. Pensée comme une célébration de sa légendaire réputation, la pièce maîtresse démontre le talent exquis de Chalayan – un talent qui une fois de plus pioche dans l’art le contre-propos du temps. Ce voile, à ne pas s’y méprendre, n’a rien à voir avec l’Islam, des mots mêmes du designer. C’est plutôt du côté de Magritte qu’il faut chercher la référence : Hussein Chalayan interroge en fait l’identité à l’heure du tout digital. Derrière ce voile en mousseline noir, c’est donc l’identité en construction qui s’incarne ; une identité tant malmenée par le désir de se faire remarquer pour exister, dans un monde digital régit par la crainte de manquer quelque chose. Le FOMO en anglais.

Représentant les filtres sociaux, le voile noir accompagne ici une draperie exquise où l’habilité du couturier libère une silhouette douce au raffinement extraordinaire. Pourtant, rien ne dépasse, rien ne bronche : le tissu semble à peine travaillé… Et c’est bien là que s’incarne toute la magie Hussein Chalayan pensée pour la saison Printemps/Eté 2018. Une magie toute faite de savoir-faire et d’intellectualisme à l’heure d’une vulgarité si facilement érigée en avant-garde.

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Le Trench Amusé de Burberry

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Lors de la semaine de la mode Londonienne, la maison Burberry a présenté son désormais tant attendu défilé see-now/buy-now. En prenant possession de la Old Sessions House, ancienne prison fermée au public depuis plus d’un siècle, la griffe au tartan mythique a choisi de renouer avec l’essence même de la Grande Bretagne ; à savoir, un style savamment désagencé. Dans cette mode toute faite de textures, de couleurs et de silhouettes surprenant l’oeil bienséant, Christopher Bailey pioche des archétypes, des looks comme des portraits de l’éclectisme Britannique. Et le 16 septembre dernier, c’est bien la tradition Burberry qui se liait à l’audace de la rue.

Devant un parterre de stars et d’icônes, de Kate Moss à Naomi Campbell, le défilé a introduit une ribambelle de retournements stylistiques : le plastique waterproof, très habituel dans la capitale Britannique, se fond ici dans la structure d’un trench luxueux ; des teintes vives épousent le célèbre tartan Anglais… Mais la pièce qui capture tout l’esprit de cette collection est inévitablement le trench amusé – un paletot coupé en gabardine tropicale, évidemment tissée en Angleterre. Pièce classique du vestiaire et de l’histoire de la Grande Bretagne, la trench flirte ici largement avec le second degré Britannique. A la fois léger et protecteur, sobre et élégant, le trench version Automne/Hiver 2017 s’amuse aussi de l’imagerie de l’Albion.

A travers des imprimés à dessins esquissés à la main dans les studios Burberry, Christopher Bailey joue en fait des classiques de cette culture populaire : Huffin & Puffin, ou encore le lapin d’Alice au Pays des Merveilles qui n’en peut plus de courir après le temps sur le dos d’un Double Decker ! Une pièce aussi attrayante que parfaitement atemporelle donc, qui insère un peu plus Burberry dans l’aura caustique et urbaine de l’époque. 

Dover Street Market, le Temps d’une Mode Pointue et Non-Conformiste

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Inauguré en 2004 à Londres, le Dover Street Market dès ses débuts surprend par sa sélection mêlant sans prétention pièces de luxe et travail de designer encore inconnu. « Au début, nous avons approché quatre personnes: Hedi [Slimane], Raf [Simons], Alber [Elbaz] et Azzedine [Alaïa] » se souvient Adrian Joffe. Tous les quatre ont alors accepté de composer des pièces exclusives pour le lancement du magasin. Dès lors, Dover Street Market s’impose comme la maison naturelle de l’avant-garde, l’expérimentation mais aussi et surtout pour sa sélection pointue des collections des maisons déjà confirmées. Temple de la mode à la fois libre et ultra-spécialisé, le Dover Street Market a aussi cela d’exceptionnel qu’il présente et compose les univers de façon toute à la fois précise et différente : sous l’égide de Rei Kawakubo, créatrice de Comme des Garçons et reine emblématique de l’avant-garde, DSM s’imagine comme un espace haut de gamme à la créativité débordante. Conceptualisé par l’idée de ‘beau chaos’, le magasin ne cesse d’attirer à lui professionnels et passionnés.

Avec son époux Adrian Joffe, Rei Kawakubo imagine alors Dover Street Market comme un magasin aux allures de galerie d’art. Pour la première fois, un magasin prenait en considération des notions de conservation, redonnait aux baskets et autres bijoux leur statut d’oeuvre d’art en les présentant comme rarement elles le furent auparavant. Très vite, Dover Street Market devient aussi une expérience shopping privilégiée – un véritable antidote au conformisme et à la culture du centre commercial. Il faut dire que leur approche est plus spontanée, intuitive et créative. « Au Japon récemment, Burberry a ouvert un magasin phare de plusieurs millions de dollars » précisait en 2004 Rei Kawakubo « Il sera l’antithèse de cela. Heureusement, nous n’avons pas beaucoup d’argent, donc nous ne pouvons pas nous permettre de marbres. Nous devons trouver une idée qui ne coûtera pas trop. » Un manifeste délibérément anti-luxe donc qui rapidement s’étend à Tokyo et New York.

Il faut dire le Dover Street Market refuse de répondre à l’exigence d’une mode industrialisée, forcée d’oublier le passé, tirée à marche forcer vers le neuf. C’est ainsi qu’en 2014, la maison Prada réintroduit sa célèbre collection de 2008 en exclusivité pour DSM. En 2016, le magasin fait peau neuve et se transforme ; sur ses cinq étages et désormais 3000 m2 de l’ancien siège de Burberry – celui-même inauguré par Thomas Burberry en 1912 – se côtoient alors maisons de luxe et labels de jeunes premiers. Gosha Rubchinskiy ou Dior, Loewe ou Vetements, Gucci ou Jacquemus, les univers s’encastrent pour finalement mieux dialoguer.

Ambre Sultan par Serge Lutens

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Son Ambre sultan, «arabe et non pas oriental» pour reprendre les termes de son créateur, marque ce baptême. Iconoclaste et rêveur, c’est en marge de tout et à travers son parfum que Lutens se positionne : «Vous sentiez un parfum, c’était une soupe. On sentait la femme sexy ou bien la femme qui tient des dossiers. Pour l’homme, c’était la panoplie de Zorro. Avec Ambre sultan, je voulais sortir des Adam et Ève du marketing». Une nouvelle genèse de l’humanité, incarnée par un sillage envoûtant, où l’antiquité et la sensualité s’entremêlent, exacerbées. 

L’ambre classique s’enrichit des notes poudrées et vanillées du benjoin des petits arbres de Siam. Le ciste apporte une chaleur sensuelle. La coriandre, l’origan et la myrte s’arrondissent autour d’une note de patchouli et de bois de santal. Autant d’ingrédients qui s’accordent parfaitement, telle une symphonie odoriférante et maîtrisée. Mais la sophistication n’est qu’une évidence, une simple immanence pour Serge Lutens. Il ne cherche rien, si ce n’est qu’à s’exprimer. Selon lui, Ambre sultan unit «le goudron épais, austère, mystérieux du ciste qui colle les doigts, et le goudron accueillant, réconfortant de la vanille, elle aussi adhérente et que sa mémoire retenait». Le parfum reflète une certaine dichotomie, une sensible ambivalence humaine et personnelle, perçue avec justesse par cet homme d’une extrême finesse. Une émotion saisissante nous frappe alors, issue de la force d’un récit et d’un mythe personnel. Le voyage est fantasmé, la spontanéité sublimée et le sentiment témoigné par cette fragrance princière.

C’est ainsi que, luxueux et intime à la fois, Ambre sultan règne sur le Palais-Royal, à Paris. La boutique est singulière et préservée de tout, un bel escalier forgé s’érige au centre de la pièce mystérieuse. Au somptueux décor XIXe, celle-ci est habillée de marbre et de marqueterie. Les joyaux fugaces et éphémères, parfums de l’instant, sont exposés sobrement et sans caprice. Ils sont contenus dans des flacons aux lignes claires et cristallines. S’opère alors une magie des sens chez Serge Lutens, cet alchimiste baudelairien qui transforme les sentiments et les souvenirs en sensations olfactives, et inversement. 

Le Bumster Selon Alexander McQueen

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“Pour moi, c’est cette partie du corps – pas tellement les fesses mais la chute de reins – qui est la partie la plus érotique du corps de chacun, homme ou femme.” Alexander McQueen

La Fourrure Fendi Automne/Hiver 2016/2017

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De ce défilé Automne-Hiver 2016-2017, l’inspiration, venue tout droit du Japon, a guidé le duo de designers vers l’utilisation riche et variée d’un motif vagues – ou plutôt un motif d’ondes. Sensorielles, elles le deviennent au contact d’une fourrure travaillée dans une modernisation du style seventies, associées à des silhouettes d’inspiration victorienne.

Ainsi les ondes se sont-elles gravées dans une palette très colorée pour la saison prochaine. Du jaune moutarde à l’orange, en passant par de magnifiques nuances de bleu, de violet, ou de bronze, la fourrure se pare d’une touche cool et funky ! Loin d’être trop travaillée, la fourrure chez Fendi apporte ici une légèreté obtenue par un mélange inattendu des couleurs, piquée de rayures arc-en-ciel. Une intention très moderne qui, assurément, séduira les filles en quête réjouissance stylistique !

 

Le Parfum L’Interdit de Givenchy

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L’Interdit est un parfum d’amitié, un parfum capturant dans une essence sans pareille la rencontre imprévue mais sublime entre un couturier et sa muse, entre un homme et une femme : Hubert de Givenchy a 27 ans lorsqu’il fait la connaissance d’Audrey Hepburn. L’actrice, tout juste découverte, se pose en figure de proue d’une nouvelle féminité. Il faut dire qu’Audrey est en rupture avec la vogue des années 50 : filiforme, quasi-androgyne, gracieuse et gracile, elle est à mille lieues des femmes voluptueuses et autres pin-up blondes que le tout Hollywood s’arrache, à l’instar de Marilyn Monroe et Jayne Mansfield. Audrey Hepburn est différente : elle est chic, sophistiquée et romantique. Et c’est ainsi que la composition olfactive d’Hubert de Givenchy ne put être autrement faite.

 «Sans être sulfureux, l’Interdit évoque une séduction passionnelle » Françoise Donche, olfactologue chez Givenchy. Comme Audrey, la fragrance est outrageusement féminine. Imaginée pour une femme de charme, d’esprit et de style, elle est aussi le parfum d’une femme exclusive. Lorsque Hubert de Givenchy décide de commercialiser ce parfum, la star qui le porte déjà depuis trois ans lui répond : « Mais, je vous l’interdis. » Une sentence presque sans appel qui baptise du même coup ce parfum : ce bouquet de fleurs moderne annonce un style.

Là encore, le couturier, l’air de rien, est en réalité en train de transgresser l’image trop lisse, trop sage des senteurs romantiques. Pour ce cadeau à Audrey Hepburn, il fait appel au laboratoire Roure Bertrand Dupont, aujourd’hui Givaudan, qui imagine, avec les aldéhydes, un départ très lumineux. « Une ambiguïté troublante, le côté espiègle des notes de tête se révèle finalement très sensuel, l’œillet n’est pas si sage et le clou de girofle, une épice brûlante, apporte une touche clairement enivrante. » explique Françoise Donche. Le tout est capturé par le designer Pablo Reinoso, dans un flacon aux lignes rectangulaires paré d’un cartouche champagne rosé !