La Veste Bar De L’Automne/Hiver 2020

Maria Grazia Chuiri ancre un peu plus l’héritage Dior dans sa démarche féministe – en tête cette saison, le tailleur bar épouse le pantalon et la maille. Une première. 

L’Icône Dior En Version Maille

Cette saison, Maria Grazia Chuiri embrasse un peu plus la cause féministe en ancrant son propos en droite ligne de celui né dans l’Italie des années 70. Affirmation de soi et dépassement des impératifs stylistiques, les femmes étaient à l’époque à l’avant garde des mouvements sociaux.

Et cette fois encore, Maria Grazia Chuiri imprègne les icônes Dior d’un souffle de rébellion. Tout autour du podium où ont défilé 84 looks, le collectIf artistique Claire Fontaine avait installé des néons reprenant notamment les mantras de Carla Lonzi. Critique d’art et éditrice, elle avait fait de la formule « je dis je » le cœur de son manifeste de 1971.

Ainsi nommée à son tour, ‘Je dis je’, la collection Dior propose un vestiaire tout en action, réinterprétant le légendaire tailleur bar autour d’une matière jusque là peu utilisée sur l’icône. Une maille souple et travaillée. L’intérêt?

Le tailleur bar pantalon épouse les mouvements de la femme, active et combattante. Plus Marc Bohan que John Galliano, la vision de Maria Grazia Chuiri fait la part belle aux matières et silhouettes qui viennent accompagner la femme plutôt qu’elles ne la parent.

Autre code clé travaillé, les carreaux. A l’instar du pied-de-poule et du cannage, Monsieur Dior trouvait dans les carreaux le ressort idéal à l’élégance qu’il voulait exprimer. Il notait en effet dans son Petit Dictionnaire de la Mode: « J’aime beaucoup les carreaux qui donnent un ton jeune, apportent une note de fantaisie à la fois élégante et décontractée. »


Maria Grazia Chuiri les distille ainsi autour de silhouettes non moins précises — combats boots et collants cannage enjupe finement travaillée en transparente ou en pantalon doublé… La femme Dior de l’Automne/Hier 2020 s’apprête à lancer le dernier assaut à la conquête de ses droits. Toujours vêtue du chic de l’Avenue Montaigne.

Le Tailleur Bar, Le Manifeste Dior

En 1947, au lendemain de la seconde guerre mondiale, Christian Dior envoie valser l’image de la femme-soldat d’usine — la femme-fleur est née, le Tailleur Bar en étendard.

Comment Le Tailleur Bar de Dior Est-Il Né?

Christian Dior, aux côtés de l’industriel du textile Marcel Boussac, s’engage pour que se fasse le « retour à un idéal de bonheur civilisé ». Par son refus du compromis, par son engagement en faveur du retour des vêtements seyants, Monsieur Dior pense une première collection qui renoue avec l’idéal de beauté.

Lui qui aimait passer boire un verre en fin d’après-midi au Plaza Athénée, c’est le bar du palace même qui lui inspire sa création phare. Epaules droites, légèrement tombantes de profil, jupe extrêmement large et couvrant le mollet, taille très fine et resserrée, constituant le point d’ancrage de toute la tenue — l’ensemble Bar fait fureur ce jour de 1947, dans les salons du 30 Avenue Montaigne.

La ligne se veut symbole de la féminité et de l’absolue élégance.  Le couturier assurait vouloir «  que mes robes fussent construites, moulées sur les courbes du corps féminin dont elles styliseraient le galbe. J’accusais la taille, le volume des hanches, je mis en valeur la poitrine. » En harmonisant le tout grâce à une doublure de trois mètres de percale et de taffetas, Christian Dior renouait ainsi avec une vieille tradition.

La silhouette galbée du Tailleur Bar évoque déjà les crinolines du XIXe siècle; la veste est un emprunt à l’âge d’or de la mode masculine, emprunt permis par la démocratisation du complet veston.

Mais en cette veille de défilé, les premiers essayages sur le mannequin Tania vont d’échec en échec. Les basques tombent à plat. L’effet sur les hanches est insignifiant… Dior a alors l’idée d’utiliser des plaques de coton chirurgical qu’il plie en accordéon pour créer le volume désiré. Ça marche !

Le tailleur-bar est né. Emerveillées, nombreuses sont les mondaines à s’être précipitées vers cette nouvelle signature de la mode Française. Dès 1947, le Tailleur Bar est reproduit dans tous les magazines; aux quatre coins du monde, les femmes s’habillent en Dior.

Le Manifeste Dior, Une Modernité Radicale

En ce qu’il constitue une balance parfaitement harmonieuse entre courbes et lignes, les proportions du Tailleur Bar magnifient les courbes naturelles d’une femme. Et c’est en cela qu’il est un chef d’oeuvre absolu de la maison.

De John Galliano à Raf Simons en passant par Maria Grazia Chuiri, le manifeste inventé par Christian Dior est une merveille à réimaginer. Toujours en avance sur son temps, le Tailleur Bar est devenu le basique des femmes — élégantes et de pouvoir… Un basique capturé à merveille par le photographe Peter Lindberg.

Car là où John Galliano en faisait une version extravagante toute en tissus et volumes imposants, Raf Simons a très vite prouvé qu’il était aussi efficace dans une version minimale.

Noir et coupé au cordeaux, le Tailleur Bar épousait ainsi en 2012 le pantalon dans une version des plus désirables !

Maria Grazia Chuiri a elle aussi beaucoup réinventé le Tailleur Bar ces dernières années — piochant dans ses lignes accentuées, une grammaire néo-féministe des plus radicales. Une légende qui résiste, finalement, à tous les changements d’époque.

Le Noeud Dior, Une Grammaire Élégante


L’esthète que fut Christian Dior a longtemps été inspiré par le patrimoine de la mode Française — notamment du temps de la cour… Le noeud, icône Dior, tient de cela.

La Duchesse de Fontanges, Christian Dior Et Le Noeud

On le sait, la mode de Christian Dior doit beaucoup à son enfance passée à Granville. Là, où, les dernières traces de la Belle Epoque pouvaient se lire sur la toilette des élégantes. Quelques rares photos de la famille Dior montrent ainsi tout le romantisme de la mode des années 1900. Une photo accroche cependant l’oeil — celle d’un jeune Christian Dior portant un noeud. Ce nouer aurait pu être anodin si, des années plus tard, il n’était au coeur de la couture de Monsieur.

Cultivé et inspiré du patrimoine Français, Dior a en effet pioché plus d’un tics de sa couture dans ce répertoire. Le noeud, à l’instar de la ligne corolle , est directement lié à sa fascination pour l’apparat de cour. La Duchesse de Fontanges, icône de mode de l’époque, lui aurait donc inspiré tout le charme des noeuds. Elle-même laissa son nom à la postérité dans ce que l’on nomme une fontange. Dans cette iconographie, Dior repère aussi la passion de Marie Antoinette pour les noeuds et les rubans; d’une folle délicatesse …

Il y a dans ces noeuds toute la sophistication que Christian Dior veut, au lendemain de la guerre, rendre à la femme moderne. « J’aime que les noeuds finissent un décolleté, garnissent un chapeau, ferment une ceinture. Petits, grands ou énormes, je les aime dans tous les styles et toutes les matières » a-t-il un jour déclaré.

Miss Dior Et Le Noeud

Pourtant, avant d’apparaître dans la couture même de la maison Dior, le noeud est vu pour la première fois dans une publicité. Une illustration de René Gruau pour le lancement du Miss Dior met en scène un cygne voguant avec délicatesse, un ravissant noeud noir autour du cou. Immédiatement, le noeud vint symboliser le Miss Dior.

Inspiré du dessin, c’est en 1950 que Christian Dior décide de modifier l’apparence de sa bouteille — désormais, l’imprimé pied-de-poule gravé sur le fond de la bouteille, un noeud vient en twister l’apparence. La bouteille comme nous la connaissant aujourd’hui était née.

Mais entre 1948 et 1949, le noeud commençait à entrer dans la couture de Monsieur. Le New Look ayant déjà fait sa révolution à coup de lignes strictes mais fluides, le noeud venait en fait adoucir encore un peu plus l’allure Dior. Avec le muguet, le noeud devient essentiel à Christian Dior — féminin et frivole, il signe le plus souvent des robes cocktail et robes du soir d’une préciosité jamais affectée.

Le Noeud Dans La Couture Dior

C’est néanmoins à Yves Saint Laurent que l’on doit au noeud Dior d’être devenu iconique. Le jeune couturier, remplaçant Dior tout juste défunt en 1957, organise rapidement une vision plus romantique encore.

Sa vision d’une femme féline et romantique trouve dans le noeud une signature évidente — souvent utilisé en combinaison avec un autre emblème de la maison, le noeud devient le ‘Noeud Dior’. Broderies, lignes envolées, froufrous, volants et dégringolades de fleurs magnifient ainsi des drapés à nœuds vraiment sublimes.

Plus tard, c’est John Galliano et sa vision théâtrale, baroque et ô combien inspirée là encore de la cour, qui redonne un souffle inédit au noeud Dior. Extravagance et provocation se mêlent et font du noeud une icône explorant les extrêmes. Très audacieux, les noeuds à la Galliano se taillent dans des matières et des tissus inédits, tels le plastique ou le denim.

En 2009, pour le Printemps/Eté, Galliano dédie une collection entière au noeud Dior. Le résultat? Une pléthore de robes follement sophistiquées, démontrant toute l’efficace de la touche Dior — les noeuds sont ici immenses !

Un an plus tard, c’est dans la joaillerie que Victoire de Castellane fait du noeud un atour des plus désirés. La bague Tralala, célèbre l’esprit romantique de Dior et surtout sa passion des noeuds. Cette fois, c’est entièrement incrusté de diamants que le noeud sert une nouvelle symbolique: celle du lien amoureux…

Succédant au génial Galliano, Raf Simons et Maria Grazia Chuiri auront tous deux une vision un brin plus minimale, amenant le noeud à sortir des silhouettes pour venir ponctuer les accessoires. D’ailleurs, c’est en 2012 que celui-ci vient égayer pour la première fois l’icône Lady Dior .

Dans sa recherche de l’essentiel, dans son voyage dans les codes et les racines les plus chers à Dior, Maria Grazia Chiuri offre au noeud de s’épanouir sur des pièces simples. Pour la collection Haute Couture Printemps/Été 2017, les noeuds viennent enrubannés des souliers mémorables.

De quoi rappeler le romantisme de la femme Dior, marchant portée par la délicatesse du Noeud Dior.

La Collection Haute Couture Dior 2020: Féminine Et Féministe

Maria Grazia Chuiri a une nouvelle fois distillé un manifeste féministe au gré d’une collection aérienne — preuve, s’il en fallait, que la couture de Christian Dior résonne avec les combats d’aujourd’hui.

Du Péplum Version Avenue Montaigne

« Le pouvoir des femmes n’est pas seulement dans la reproduction mais aussi dans la création » — les mots de l’actuelle directrice artistique de la maison Dior capturent la dimension révolutionnaire de sa collection Haute Couture 2020. A défaut de robes divines taillées pour des nymphes, Maria Grazia Chuiri invoque des déesses de la trempe d’Athéna.

Puisant ainsi dans les codes établis par Christian Dior au siècle dernier, le plissé soleil et l’iconique gris Trianon servent aujourd’hui des silhouettes structurées mais aériennes. Nombre de ses Walkyries coutures arborent en effet des toilettes teintées du mythique gris Dior.

Derrière cette collection couture, se lit le dessein de Maria Grazia Chuiri; celui de célébrer « l’aspect divin des femmes et leur pouvoir. » Le symbole ultime de cette ambition n’est autre que le final — une robe de mariée qui perd sa tradition au profit d’une teinte noir et or, et d’un… corsage armure ! Une inspiration tirée du péplum.

Le Rêve de Christian Dior Est Aussi Celui De Maria Grazia Chuiri

N’était-ce pas l’homme derrière le New Look et sa révolution qui aimait à dire que son rêve était de « rendre les femmes plus belles et plus heureuses ». Ou encore, une « robe telle que je la conçois est une architecture éphémère destinée à exalter les proportions du corps féminin. » Voilà bien le rêve partagé par Maria Grazia Chuiri — elle qui, cette fois, exalte le pouvoir féminin au gré de tenues à la beauté triomphante.

D’ailleurs, le décor du défilé était lui-même une affaire d’empowerment. Oeuvre de Judy Chicago, pionnière Américaine de l’art dit féministe, l’entrée du défilé se faisait à travers la figure d’un vagin colossal, véritable ode à la spiritualité féminine; intitulé The Female Divine. Un décor qui, aussi, pose les bonnes questions. ‘What If Women Ruled The World?’ Ou ’Que Serait Un Monde Gouverné Par Les Femmes?’ — la réponse se fera par des actes…

Le Tailleur Bar Dior se Teinte d’Or pour la Haute Couture Hiver 2018- 2019

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Rien ne sert de conter une nouvelle fois l’histoire du New Look et la révolution que Christian Dior initia en 1947. La maison qui porte son nom, ses ateliers et son savoir-faire sont là pour en témoigner. Et la semaine passée à Paris, au cœur des jardins du Musée Rodin, l’actuelle directrice artistique de la maison Dior a cherché à distiller l’essence, la nature même de la Haute Couture. Activité particulière et éminemment traditionnelle, la Haute Couture résonne tout particulièrement avec la grammaire Dior – il faut dire que Dior le couturier est parvenu à imposer une nouvelle vision de l’exercice sans en chercher la flamboyance.

Les ateliers, gardiens de la pensée Dior, ont ainsi assisté Maria Grazia Chiuri lorsque celle-ci a voulu revenir aux fondamentaux de l’Avenue Montaigne. Des fondamentaux qui passent inévitablement par l’interprétation de l’icône absolu de la maison – le tailleur-bar, pièce vedette de cette collection Haute Couture 2018-2019. Et la pièce cultive l’audace de ses débuts. Taillé dans sa forme originelle, le tailleur-bar s’accompagne ici d’un pantalon mais, façon or Dior. Oui, c’est bel et bien coulé dans cette teinte, dont Cocteau disait qu’elle faisait partie intégrante de l’univers Dior, que Maria Grazia Chuiri initie la combinaison la plus désirable de sa collection couture.

Cela, puisque le tailleur-bar a la force des intemporels – une pièce qui, fidèle aux gestes codifiés, se permet l’audace d’une telle teinte ! Ainsi twistée, l’icône Dior flirte avec le statut de pièce sacré ; une pièce comme hommage au passé de la maison, qui ouvre les nouvelles générations à la merveille qu’est l’exercice de la couture. Une élégance qui se murmure dans les détails plutôt qu’elle n’hurle sa singularité.

Doria Arkoun

Le Jardin Dior Façon Haute Couture de l’Hiver 2018

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C’est dans les jardins du Musée Rodin que l’actuelle directrice artistique de la maison Dior a fait défiler sa collection Haute Couture Hiver 2018 – un set immaculé célébrant lui-même l’un des habillages de l’extraordinaire exposition « Christian Dior : couturier du rêve ». La collection même révérait tout le talent des ateliers de Monsieur, en même temps qu’elle chantait haut les valeurs et l’exquis raffinement de la Haute Couture. « Quand nous réalisons une robe haute couture, il n’y a pas de patron, pas de tailles différentes : elle est le reflet d’une morphologie unique. De nos jours, la mode ne parle que de collections capsules. Or, la haute couture est la plus limitée des éditions limitées, la plus exclusive des collaborations puisqu’elle a lieu avec les ateliers et qu’ils sont les seuls au monde à posséder ce savoir-faire » soulignait Maria Grazia Chuiri.

Dans le propos du vêtement, son analyse se traduisait dans des pièces-hommage cherchant à sublimer le travail des premières d’atelier. Mais la Haute Couture est avant tout une histoire de fantaisie alors, c’est dans la rêverie devenue la grammaire de Monsieur que Maria Grazia Chuiri pioche les éléments de ce nouveau vestiaire. Dans les jardins de sa maison d’enfance, la villa Les Rhumbs à Granville, Dior avait en effet capté tout de l’onirisme des fleurs… « Ayant hérité de ma mère la passion des fleurs, je me plaisais surtout dans la compagnie des plantes et des jardiniers. »

Les roses et le muguet, fleurs fétiches de Dior, se retrouvent ici magnifiquement brodées sur une robe bucolique au raffinement démesuré. Sculpté et plissé, le jardin Dior épouse une pièce à la sensualité affirmée, distillant dans une palette chromatique poudrée et délicieuse l’héritage stylistique d’une si grande maison… Une pièce aussi éminemment digne de la Haute Couture. « La couture parle de ce qui est caché. Si vous vous rendez à l’atelier, vous voulez prendre soin de vous et savoir que quelqu’un prendra soin de vous » précise la directrice artistique. Et il est certain qu’une fois glissée dans une robe si bien exécutée, c’est toute la magie et le romantisme de la maison Dior qui imprègnent l’aura de la Belle ainsi rêvée.

Doria Arkoun